Une fois ne compte pas, Marie Charrel

MC

Présentation : « Charlie dite Charlotte est en colère. Contre son oncle, ce macho qui l’a élevée comme un p’tit mec, à la dure. Contre les hommes, aveuglés par sa beauté de saltimbanque, qui refusent de voir la fille tordue-bricolée qu’elle est. Certaines nuits, elle rêve qu’ils disparaissent : son oncle, les hommes, tous. Seule sur terre, elle serait libre, enfin.

Un matin elle se réveille dans une ville totalement déserte.

Ailleurs, au même moment, ils sont trois à voir aussi leur désir devenir réalité : Éric a l’occasion de réparer ses erreurs passées. Michèle retrouve sa jeunesse. Lorine devient la prestigieuse journaliste qu’elle souhaitait être.

Que faire de ses rêves lorsqu’ils se sont concrétisés ? Que faire de la solitude lorsqu’elle devient dévorante ? Que faire lorsque l’on découvre avoir construit sa vie sur un mensonge ? »


J’ai découvert Marie Charrel grâce à son deuxième livre, L’enfant tombée des rêves. C’est un livre que j’avais déjà beaucoup apprécié dans l’ensemble, mais j’avoue avoir préféré celui-ci, c’est même un gros coup de cœur.

Nous sommes face à quatre personnages insatisfaits de leur vie,  en imaginant une autre.

Charlotte est misanthrope : elle n’aime pas la compagnie des autres et a un profond besoin de solitude, quitte à se réfugier plusieurs heures voire plusieurs jours chez elle sans sortir.  Elle déteste son oncle qui l’a élevée et qui l’a toujours appelée « Charlie ». Elle semble tout détester « Charlotte n’aime pas grand chose, à part le regard lucide qu’elle porte sur l’existence. Et qui l’aide à la supporter, croit-elle. Elle n’aime plus son boulot […] Charlotte n’aime pas non plus les hommes « . Elle se décrit comme ayant un « cœur d’ivoire ». Elle est « l’enfant maudite » : sa mère est morte après l’accouchement. Un jour, alors qu’elle trébuche sur un trottoir, elle fait la connaissance de Julien, un jeune de dix-sept ans.

Lorine est une jeune fille discrète, passionnée – et douée – par le dessin et la peinture. Elle est stagiaire à News of the days, un célèbre magazine hebdomadaire mais rien ne se passe comme elle l’imaginait réellement « Elle s’imaginait devenir grand reporter ou critique littéraire : la vraie vie allait commencer pour elle. Aujourd’hui elle entame son huitième mois de stage et elle passe ses journées à raser les murs, éplucher des dépêches et pondre des brèves de six ou sept lignes qu’on ne publie jamais. Elle a l’impression qu’on veut lui dessécher le cerveau, à tant l’empêcher d’écrire. » Elle souhaite devenir comme la rédactrice en chef « la grande Catherine », une femme belle, célèbre, douée, enviée, mais qui se comporte d’une façon absolument exécrable avec la jeune stagiaire.

Eric est un grand médecin, chirurgien cardiaque. Il vit seul depuis que Sarah, son premier et seul amour, l’a quitté : elle ne supportait pas qu’il ne souhaite pas fonder une famille, avoir des enfants. Elle lui manque terriblement et espère toujours avoir de ses nouvelles.

Enfin, il y a Michèle, une femme de soixante-deux ans. Depuis quarante ans elle vit avec son mari, François-Luc. Retraitée, elle ressent « l’angoisse diffuse d’être passée à côté de l’essentiel ». Elle accepte difficilement de vieillir, de voir sa peau se transformer, les rides se creuser : elle prend même des pilules pour essayer de rajeunir, préférant ça au lifting. Elle regrette de ne pas avoir fait plus de choses quand elle était plus jeune, d’avoir préféré « remettre à plus tard ses désirs et privilégié les devoirs ».

Un jour, tout change. Charlotte et Julien ont l’impression d’être seuls au monde : les rues sont désertes. Lorine se réveille dans la peau de la « grande Catherine » : c’est elle la rédactrice en chef que tout le monde aime, respecte et craint. Eric se retrouve quelques années en arrière, quand il parlait encore avec son père et qu’il commençait à fréquenter Sarah. Enfin, Michèle constate que les pilules fonctionnent : elle semble devenir plus jeune et aspire à une nouvelle vie.

Le livre est divisé en trois parties : la première présente les différents personnages et les premiers changements, la seconde s’attarde sur les bouleversements alors que la dernière offre les dénouements.

Comment vont-ils réagir face à ces chamboulements ?


Ce livre tend à la réflexion, et j’ai adoré ça. Je pense d’ailleurs qu’on pourrait la pousser encore plus loin. Les personnages sont ordinaires, ce qui nous permet de nous sentir plus facilement concernés, et je pense qu’on peut facilement trouver celui qui nous ressemble le plus.

La vie est faite de choix. Il nous arrive de nous demander (enfin, à moi, au moins !) ce que nous serions devenus si nous avions fait tel choix plutôt qu’un autre : aurions-nous été plus heureux ? Si j’étais cette personne plutôt que moi-même, aurais-je une vie meilleure ?N’ai-je pas trop vite tourné le dos à cette personne ? On pense notre vie faite d’erreurs : peut-on/doit-on les réparer ? Mais, dans le fond, s’est-on réellement trompé ?

C’est un livre qui se lit facilement. La plume, agréable et légère, traite avec finesse de questions existentielles. Marie Charrel nous plonge dans le quotidien de quatre personnes touchantes qu’on n’a pas envie de quitter. Une excellente réussite pour moi.

Enfin, une dernière citation : « La sphère économique dominait toutes les autres, déterminait les choix politiques et les mouvements sociaux. Elle était la source de tous les pouvoirs et inégalités. C’était pour l’argent qu’on déclarait des guerres et signait la paix. Peut-être qu’en devenant économiste, Michèle aurait prise sur le monde. » J’ai souri en lisant cet extrait … après tout, Marie Charrel est journaliste spécialisée en  … économie ! 😉

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7 commentaires sur « Une fois ne compte pas, Marie Charrel »

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