L’Entrevue de Saint-Cloud, Harold Cobert

Présentation :

3 JUILLET 1790.
Le jour se lève sur le château de Saint-Cloud. Les jardins s’étirent dans la fragilité de l’aube. Au loin, Paris émerge timidement de la pénombre. Tout semble étrangement calme.
À peine une année s’est écoulée, mais elle a compté plus qu’un siècle entier. Depuis l’ouverture des États généraux, le 5 mai 1789, ce sont tous les fondements de l’ancienne monarchie qui ont été jetés à bas : fusion des trois ordres en Assemblée nationale, prise de la Bastille, abolition des privilèges, proclamation des Droits de l’homme. Seule l’autorité du roi a résisté à ce raz-de-marée réformateur. Si le monarque partage désormais son pouvoir avec une assemblée, il peut opposer un veto aux décisions parlementaires. La couronne demeure un fondement du nouveau régime; oui, mais pour combien de temps ?
Marie-Antoinette quitte l’embrasure de la fenêtre. La nuit a été courte et agitée. Même le sommeil a fini par la délaisser. Elle s’assoit à sa coiffeuse. Son teint est fade, ses rides plus affirmées, plissures de la peau où se sont gravées les inquiétudes et les angoisses. Son regard est moins lumineux, semblable à une chandelle achevant de se consumer. La reine démêle machinalement ses cheveux avant son entrevue avec «le monstre».
«Nous ne serons jamais assez malheureux, je pense, pour être réduits à la pénible extrémité de recourir à Mirabeau», avait-elle répondu au comte de La Marck, lorsque celui-ci avait fait savoir aux souverains que le terrible tribun était prêt à servir la cause royale. Mirabeau, ce renégat, ce noble élu du tiers état qu’elle avait longtemps cru responsable des «grandes égorgées» d’octobre 1789. Le souvenir de ces effroyables journées lui noue l’estomac, à lui donner un haut-le-coeur.
Pourtant, dans quelques heures, elle sera face à Mirabeau.

Mon avis :

J’adore Harold Cobert, si vous me suivez depuis quelques temps,  vous avez peut-être déjà lu les chroniques que j’ai écrites sur Un hiver avec Baudelaire, Dieu surfe au Pays Basque ou même Petit éloge du charme, que je viens de rapatrier sur le blog.

Son dernier roman, qui semble déjà être un succès, Jim, attend au chaud que je le lise. Là, j’ai eu la chance de trouver ce livre à la bibliothèque pas loin de chez moi  : c’était un signe!  Une manifestation du dieu-livre pour me pousser à découvrir ce roman que je n’avais pas encore eu l’occasion de feuilleter.

Donc oui, j’aime Harold Cobert, j’aime son écriture, la fluidité de sa plume, j’ai aimé lire ce livre, mais je n’ai pas eu un coup de cœur : ça ne peut pas être toujours le cas, c’est vrai. J’aime beaucoup Mirabeau, c’est une personne fascinante, que j’ai découvert avec beaucoup de plaisir à l’université (avant, je ne connaissais que peu de choses sur lui finalement). Donc, j’étais heureuse de le retrouver ici. L’autrichienne m’intéresse moins, mais j’aime les romans historiques, et j’ai pensé que l’Entrevue pouvait en être un : ce n’est pas le cas.

Alors oui, la confrontation de ces deux personnes / personnages est intéressante, tant ils sont loin l’un de l’autre : elle, l’étrangère, « l’autre chienne », haïe des français et malheureuse en France, et Mirabeau ce jeune homme plein d’idées (pas toujours claires), d’ambitions aussi (il veut sauver la monarchie constitutionnelle),  ce libre-penseur incompris qui suscite la méfiance – car il doit parfois agir dans l’ombre, au passé tumultueux (il mène une vie plutôt dissolue) qui ne plaide pas en sa faveur. Ce dernier tente de donner à la reine des conseils politiques afin qu’elle retrouve l’amour du peuple, mais elle demeure inflexible, tant son rejet pour Mirabeau est fort.

Les dialogues sont vifs, parfois piquants, mais aussi un peu redondants et je dois avouer que sans la qualité de plume de l’auteur, ce livre m’aurait ennuyé. On n’apprend pas grand chose finalement, l’ensemble reste creux. J’aurais aimé une psychologie encore plus approfondie des personnages, plus de revirements, mais on ne va pas non plus changer l’histoire.

Cette rencontre se serait vraiment passée, même s’il reste un doute sur le lieu et les personnes présentes. Harold Cobert mélange ce qu’il connait de l’Histoire, de l’histoire de Mirabeau (il lui a consacré une une thèse), et comble les vides avec du romanesque, c’est bien pour cela que le livre s’ouvre sur la citation très juste de Serge Lancel « La légende se nourrit des lacunes de l’histoire ».

En résumé,si on cherche un roman historique (j’ai pu lire ça et là qu’il était classé ainsi), je pense qu’il faut passer son chemin. Si on veut découvrir l’auteur, je conseillerai plutôt de commencer par un autre livre (Un hiver avec Baudelaire par exemple). Enfin, si on aime déjà ses livres,  il ne faut pas hésiter à le lire si vous l’avez sous la main : pourquoi se priver d’une si belle plume !

Par contre j’aimerais beaucoup lire la thèse d’Harold Cobert consacrée à Mirabeau … on doit y apprendre des tas de choses passionnantes ! Quoi ? On peut rêver, c’est bientôt Noël !

Chose qui n’a rien à voir, Harold Cobert était en dédicace à Lille il y a deux jours … encore une rencontre manquée, ça avait déjà été le cas lors du Salon du livre de Bondues, il était parti plus tôt pour ne pas rater son train. Là, c’est moi qui ai déménagé, et mon ventre lourd de 7 mois ne me permettait pas de m’y rendre … Si j’avais une coquille sur la tête (mais en ce moment, je les préfère trempées dans un chocolat chaud), je dirais bien que c’est trop inzuste !

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4 commentaires sur « L’Entrevue de Saint-Cloud, Harold Cobert »

  1. J’ai exactement vécu la même chose que toi avec le livre de l’attrait à la bibliothèque jusqu’à l’avis 🙂 Pour moi non plus, il n’a pas été le coup de coeur que j’ai eu pour les autres 🙂 Pour Harold, tu sais ce qu’on dit « Jamais deux sans trois, la troisième fois c’est la bonne » et je te le souhaite de tout coeur 🙂

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  2. J’ai beaucoup aimé « Un hiver avec Baudelaire » aussi mais c’est le seul livre de l’auteur que j’ai lu jusqu’à présent ! Mais l’hiver est long dans le Nord donc peut-être un des ces jours entre linguistique anglaise et coquilles trempées dans un bon chocolat fumant 😉 pourquoi pas la lecture de l’un des titres que tu as nommés Fanny !

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