Les chagrins de l’arsenal, Patrice Delbourg

Quatrième de couverture :
Un livre saccagé vogue au fil de la Seine. Un autre, déchiqueté en petits morceaux, git au fond d’une corbeille de jardin public. Un troisième, calciné, attend sur un banc à l’arrêt d’un autobus. Une inquiétante et cruelle épidémie contamine le quartier de l’Arsenal. On murmure qu’un forcené s’adonne, nuitamment, à un étrange ballet de « livricide ». Un petit Fahrenheit de poche. Un autodafé intime. Faire disparaître d’une bibliothèque tous les ouvrages qui vous ont pourri votre jeunesse… Froide détermination? Insupportable solitude? Folie douce? Timothée Flandrin a une conception toute personnelle de la loi du talion.


L’histoire et mon avis :

Quartier des Célestins. Timothée Flandrin, au bord de la Seine. Entre ses cuisses L’Astrée d’Honoré d’Urfé, qu’il laisse volontairement tomber dans les eaux, ravi à la vue de son naufrage. Une justice pour lui après avoir dû supporter la lecture de ses plus de cinq mille pages.
Un peu plus loin c’est La condition humaine d’André Malraux qui se retrouve enseveli sous la terre, et beaucoup d’autres subiront le même sort.
Timothée travaille au département des inventaires de la bibliothèque de l’Arsenal. C’est un adepte des permutations de livres qui amène un lecteur de la bibliothèque à lire Bove plutôt que Gide. Il a un patron désagréable qui n’est de toute évidence pas à sa place et qui n’a jamais eu le courage de finir un livre. De temps en temps il prend des œuvres entières d’un auteur pour les faire disparaître   – uniquement d’un auteur disparu -, comblant les trous dans la bibliothèque par des statuettes, au gré de ses envies, ce qu’il nomme son « labeur d’assainissement ». Certains auteurs sont épargnés pour des raisons personnelles (un bon souvenir de lecture) ou parce qu’ils ont subi ou fait quelque chose qui les place haut dans l’estime de Timothée. Classiques ou pas, rien ne l’empêchera de poursuivre son extermination littéraire.

Timothée est un personnage qui m’a amusée. Il est étonnant, cynique, une seule chose l’intéresse et l’obsède : son projet de ne garder que quelques livres. Il est peu attaché au monde qui l’entoure et s’en détache de plus en plus. C’est d’une manière générale une description peu courante pour un homme qui travaille dans une bibliothèque.

Le livre m’a plu. J’ai aimé cette promenade à travers des siècles de littérature, retrouver le nom d’auteurs que j’aime ou que je n’aime pas, sourire quand l’extermination concernait des livres que je n’apprécie pas et dont je me suis toujours demandé ce qu’ils faisaient dans le « patrimoine » littéraire, même si, à l’inverse, j’ai pu avoir un pincement au coeur.

L’écriture est  très talentueuse et poétique, ajoutons à cela les pointes d’humour qui ont fait que je ne me suis pas lassée. Certaines phrases sont très fortes et me resteront en tête.

Un bémol toutefois : ce n’est pas un livre facile à comprendre, essentiellement à cause des mots employés : il y en a tant que je ne connaissais pas – et que je ne connais toujours pas parce que je ne suis pas allée chercher toutes les définitions : trop chronophage. Ce qui en fait un livre qui n’est pas accessible à tout le monde ou qui peut rebuter rapidement certains lecteurs …


Quelques phrases …
« Plus aucun mot ne crie. Les phrases sont sous l’éteignoir. L’intrigue, après de brèves convulsions, rend son dernier soupir« . (page 15).

-« Céline est la preuve par le pire que le lecteur n’existe pas » (page 21)

Merci aux éditions Le Cherche-midi pour cette belle découverte !

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