Rentrée littéraire #2 : le 19 août, la suite !

Pour bien commencer la semaine, voici d’autres livres qui n’attendront que vous ce 19 août … et toujours du côté de la littérature française !

Au programme, Sébastien Rongier et Séverine Werba chez Fayard, Alexandre Seurat aux éditions du Rouergue, Sorj Chalandon, Laurent Binet et Charles Dantzig chez Grasset !

78, Sébastien Rongier, Fayard

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Il y a cet homme qui a gardé le réflexe de tendre la main sous la table pour caresser son chien, alors que son chien est mort. Cette femme qui boit du Get 27 pour oublier que son amant ne viendra pas. Ce militant d’extrême droite qui cherche à embrigader le patron de la brasserie. À l’abri des regards, dans la cuisine, il y a le rescapé d’une nuit d’octobre. Et puis il y a l’enfant. L’enfant qu’un adulte accompagnait mais qui est seul à présent devant son verre vide. L’enfant qui attend que l’adulte revienne. Nous sommes en 1978, dans une brasserie près de la cathédrale de Sens. C’est un instantané de la France et d’une époque. Mais aussi le récit atemporel et poignant de la perte de l’enfance, dans le bourdonnement indifférent de cette ruche française.

Appartenir, Severine Werba, Fayard

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De la guerre, de la déportation et de la mort de ses proches, Boris, le grand-père de la narratrice, n’a jamais parlé. Autour de lui chacun savait, mais, dans l’appartement du 30, rue de Leningrad, que tout le monde appelait « le 30 », le sujet n’était jamais évoqué. Et puis Boris est mort. La jeune femme a vécu un moment au 30, en attendant que l’appartement soit vendu, elle avait vingt ans, et elle a cédé à une bibliothèque les livres en russe et en yiddish de son grand-père. Plus personne ne parlait ces langues dans la famille. Ce n’est que dix ans plus tard, au moment de devenir mère, que s’est imposé à elle le besoin de combler ce vide et de reprendre le récit familial là où il avait été interrompu. Moins pour reconstituer le drame que pour réinventer des vies. Retrouver les rues de Paris autrefois populaires où vivaient Rosa, la sœur de Boris, avec sa fille Lena, déportées en 1942 ; voir ce village lointain d’où son grand-père était parti pour se créer un avenir qu’il espérait meilleur ; entendre couler cette rivière d’Ukraine sur laquelle, enfant, il patinait l’hiver. Comprendre où ils vécurent et furent assassinés. Alors elle cherche, fouille, interroge, voyage, croisant la mort à chaque pas dans son étrange entreprise de rendre la vie à ces spectres. C’est une quête insensée, perdue d’avance, mais fondamentale : celle d’une identité paradoxale qu’il lui faut affirmer.

La maladroite, Alexandre Seurat, Le Rouergue : 1er roman !

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Tout commence par un avis de recherche, diffusé à la suite de la disparition d’une enfant de huit ans. La photo produit un choc chez une institutrice qui a bien connu Diana. D’emblée, elle n’a aucun doute. La gamine n’a pas été enlevée, ses parents sont responsables de sa « disparition ».
Remontant sa courte vie jusqu’au temps même de sa conception, le roman égrène les témoignages de ceux qui l’ont côtoyée. Enseignants ou médecins scolaires, gendarmes, assistantes sociales, et jusqu’à la grand-mère ou le demi-frère de la victime : toutes et tous viennent prendre la parole, dire, dans la stupeur et l’urgence de s’exprimer, ce qui s’est noué sous leurs yeux, qui les a alertés, sans que jamais ils ne puissent enrayer le dénouement fatal. Peu à peu, ils cernent les zones aveugles de cette histoire ainsi que les failles d’un système pourtant dédié à la protection et l’épanouissement de l’enfance. Inspiré d’un fait divers récent, ce roman choral tient volontairement à distance tout effet de style, et évite la surenchère émotionnelle et compassionnelle.
Seulement les faits, et les faits connus par les témoins extérieurs : autour du trou noir de ce que fut le martyre de celle qui est appelée Diana dans le livre, l’auteur conserve le plus parfait silence.

Profession du père, Sorj Chalandon, Grasset

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Tu connais ton père », disait la mère d’Emile.
Un jour, il était parachutiste. Le lendemain, habillé en pasteur, il obligeait son fils à s’agenouiller pour être exorcisé. Et le soir, il lui avouait à voix basse être un agent secret américain. En pleine nuit, le père d’Emile s’est réveillé rebelle. Soldat clandestin chargé d’une mission supérieure : assassiner De Gaulle. Mais pour tuer le général, il fallait être deux. C’est comme ça qu’Emile a été enrôlé par son père dans l’organisation » secrète » ». Alors, il était heureux, Emile. De plaire à son père, de ne plus être battu. Mais aussi, il avait terriblement peur. Parce qu’à 13 ans, c’est lourd un pistolet. C’est pour ça qu’il a demandé à Luca de rejoindre le complot. Luca était Pied-Noir. Tout juste rapatrié d’Algérie, le collégien voulait se venger du général. « Tout ça, c’est des bêtises », disait la mère d’Emile. Pour rassurer son enfant, elle lui répétait: « Tu sais bien que ton père est malade ». Non, Emile ne le savait pas. Le père était tellement malade que même le fils a failli en mourir.

La septième fonction du langage, Laurent Binet, Grasset

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Le 25 février 1980, Roland Barthes se fait écraser par une camionnette, alors qu’il sort d’un déjeuner avec François Mitterrand. C’est un assassinat. Le mobile : Barthes avait sur lui un document inédit de Jakobson, la septième fonction du langage, une fonction qui permet à celui qui la maitrise de convaincre n’importe qui de n’importe quoi dans toutes les situations.
Le commissaire Jacques Bayard, vieux réac peu porté sur le structuralisme, embauche Simon Herzog, jeune gauchiste sémiologue, pour mener l’enquête. Leur mission, assignée par Giscard qui prépare sa réélection, est de retrouver cette septième fonction. Cela implique d’interroger la crème du milieu intellectuel français : Michel Foucault, Gilles Deleuze, Julia Kristeva, Philippe Sollers, Louis Althusser, etc. Le couple d’enquêteurs découvre l’existence du Logos Club, une puissante société secrète où l’on se livre à des joutes oratoires féroces. La piste du Logos Club les emmène à la rencontre d’Umberto Eco à Bologne, puis sur un campus américain, où Derrida et Searle s’affrontent dans un combat mortel, et à Venise, où doit avoir lieu l’ultime joute. L’enquête s’achèvera à Paris, le 10 mai 1981.
Au fil du récit, Simon Herzog révèle des qualités de Sherlock Holmes et de James Bond. Bayard, quant à lui, se découvre un intérêt inattendu pour la French Theory. Mais Simon développe aussi une paranoïa qui le fait s’interroger sur son statut ontologique : et s’il n’était, au fond, qu’un personnage de roman ?

Histoire de l’amour et de la haine, Charles Dantzig, Grasset

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Voici sept personnages à un moment de l’Histoire de France, qui s’ouvre avec les premières manifestations contre le « mariage pour tous » à Paris et s’achève avec les dernières. Il y a Ferdinand, garçon de vingt ans qui souffre de la vulgarité de son père, le député Furnesse, vedette homophobe des médias et fier de l’être ; Armand et Aron, qui vivent en couple et partagent un grand appartement avec Anne, belle et victime de sa beauté ; Pierre, grand écrivain qui n’écrit plus et entreprend une histoire d’amour avec Ginevra. Et bien des personnages secondaires, tous apportant leur voix à ce concert de l’amour et de la haine qui a retenti dans la ville pendant ces quelques mois.

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