Une phrase, un texte 5 : les textes

Bonjour !

Vous avez été huit la semaine dernière à nous proposer un texte en partant de quelques phrases de Marie Charrel : un premier record !

Cette semaine, je vous ai proposé un extrait du livre Zou, d’Anne-Véronique Herter.

Qui suis-je maintenant ? Comment dire d’où je viens et où j’aime aller si je n’ai plus la base de mon histoire pour m’y appuyer ?

Mon texte  :

Qui suis-je maintenant ? Comment dire d’où je viens et où j’aime aller si je n’ai plus la base de mon histoire pour m’y appuyer ?

Je n’ai pas mes repères ici, je suis perdue.

Certaines choses me reviennent rapidement : les sorties le matin avec maman pour aller au marché, les retours rapides à la maison, les repas avec Tara, notre voisine. Puis, ce bruit, soudain, brutal, terrifiant, qui semait la mort. Les bombes. Les cris. Les peurs. Les pleurs. Ce moment où Shérissa et moi on se blottissait dans les bras de nos parents. Les tremblements. Puis, le silence à nouveau, et la vie qui reprend son cours dans cette odeur de fumée morbide.

Puis, il y a eu toutes ces personnes, agglutinées les unes sur les autres, dans ce canot bien trop petits pour nous tous. Ce froid, qui nous crispait les membres jusqu’à crisper définitivement certains cœurs, et l’appel de la mer qui nous entrainait dans son balancier mortel. Cette lumière, soudaine, dans l’obscurité, les cris d’espoir de ceux qui nous entouraient, la main de Shérissa dans la mienne, une main froide, désespérément froide, et molle, qui glissait, mais que je retenais avec toutes les forces qui me restaient.

Soudain, le mouvement de panique. Papa hurle, le canot bouge trop : arrêtez ! On va être sauvés ! Calmez-vous ! Rien n’y faisait. Tous voulaient monter à bord de ce bateau plus solide que le nôtre, plus grand aussi, mais pas assez pour nous tous. On avait déjà tous entendu parler des choix : certains allaient vivre, d’autres mourir. Il fallait se vendre, montrer qu’on voulait vivre, plus encore que son voisin.

Le canot bouge, tangue, les premiers corps chutent dans l’eau glacée. Les corps s’y démènent un moment, les visages sont crispées par l’horreur, puis, c’est le calme. Les corps sont à nouveau paisibles, ils flottent, nonchalamment. C’est assez étrange cet apaisement apparent à côté du tumulte qui secoue le canot.

Puis, papa me porte dans ses bras, je perds la main de Shérissa, je hurle, je hurle. Shérissa, ma Shérissa, papa, prends-la ! Mais déjà je ne le vois plus, d’autres mains me tiennent, on me pose sur une surface sèche, une couverture recouvre mon corps. Je ne vois plus mes parents, ni Shérissa.

Un nouveau pays m’accueille, des nouvelles personnes me prennent, et me bercent dans leurs bras. Je sens la chaleur de leurs corps, mais comment leur dire que ma vie est restée là-bas, quelque part dans les eaux.

Le texte de Séphanie Herter :

Qui suis-je maintenant ? Comment dire d’où je viens et où j’aime aller si je n’ai plus la base de mon histoire pour m’y appuyer ? Une dernière fois, je vais m’appuyer sur le muret. Il a été le rempart de l’océan, il est aujourd’hui le rempart de mes larmes. Assise sur son rebord, les pieds ballants je regardais autrefois, l’infini et devinais tous les possibles de ma vie. Il n’y aura plus d’horizon. La tempête est au coeur de mon être, elle n’est plus un spectacle fascinant. En quittant cette maison, je quitte mon enfance. Je renie mes ancêtres. Me voila funambule d’un passé qui n’inscrira rien dans mon avenir. Je quitte. Comme il y a 20 ans, le père de mes enfants. Comme il y a 3 ans mon père. Je quitte car on m’a abandonnée. Je suis l’écume qui meure. Je ne vivrai plus dans cette demeure magnifique. Il faut la rendre à son avenir. Elle en aura un. Je réalise que l’on ne possède rien! Nous, qui bâtissons nos vies dans le matériel et la possession. En fait, on ne possède RIEN. Je vais me relever de ce muret et me relever de ma vie. Il va le falloir. Je découvrirai ma vraie richesse, ma seule possession. Je fermerai souvent les yeux et voguerai dans mes souvenirs pour me rappeler que j’ai eu une enfance merveilleuse à l’ombre de ma Bretagne. Ces souvenirs, personne ne pourra ni me les voler ni me les acheter. Ils n’ont pas de prix. Un jour je reviendrai et je réaliserai que cette mer est toujours la mienne. Cet air iodé, toujours le mien. La vraie possession est l’émotion et elle a un goût d’éternité.

Les liens :

Le nouveau texte de l’auteure, Anne-Véronique Herter !

Celui d‘Aurore : Taisez-vous.

Divagations océanes, de Jacou33

Et le texte d’Isabelle, S’extérioriser.

 

 

 

 

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16 commentaires sur « Une phrase, un texte 5 : les textes »

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