Une phrase, un texte #6 : les textes

Bonjour !

Cette semaine, pour la première fois, c’est un extrait d’une œuvre classique qui vous a été proposée, par Agnès Boucher. Je vous la rappelle :

« Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m’empoisonne, ou que je saute dans l’Arno ? »

Mon texte :

  • Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m’empoisonne, ou que je saute dans l’Arno ? Tu vois bien pourtant, que je n’ai plus le choix. Il faut tenir le spectateur en haleine et, si on continue à vivre au pays des bisounours ou des licornes, ils vont s’ennuyer ou pire ! Quitter la salle de théâtre en plein milieu de la représentation.
  • Mais, on ne peut pas essayer quelque chose de moins tragique ? Et comment vas-tu t’y prendre ? Tu vas jouer sa mort sur scène ? Et pourquoi va-t-il mourir ? Qui le tuera ?
  • Tu n’es donc pas capable de lire un texte jusqu’au bout ?
  • Non, là, j’ai besoin que tu me guides, j’ai besoin d’entendre les choses avec tes propres paroles, je ne comprends plus rien.
  • De toute façon, tu n’as jamais rien compris.

Sur ces mots, Pierre se retourne et se dirige vers un grand sac, situé derrière lui. Il marque une pause, se baisse, et se relève lentement, une épée à la main.

  • Comment ça je n’ai rien compris ? Et cette épée, c’est quoi ? Tu l’as trouvée où ? C’est pour la scène ?

Pierre regarde Jean, un sourire presque cruel se dessine sur le coin de sa lèvre gauche qui tressaute. Un vieux tic qu’il ne parvient pas à maîtriser quand il sent que la colère gronde.

  • Je n’aime pas ton air Pierre, arrête ça tout de suite. Sois sérieux un peu ! Tu veux toujours déconner, mais là, ce n’est pas le moment, tu comprends ?
  • Un coup d’épée.
  • Quoi ?
  • Alexandre, je vais le tuer d’un coup d’épée. Une soirée déguisée. Il viendra habillé en panda et moi, je serai déguisé en chevalier.
  • Un panda ? Mais mon pauvre, tu perds la tête.

Le visage de Jean se creuse d’inquiétude  alors que celui de Pierre se crispe.  Pierre s’approche de Jean, il serre avec force le pommeau de son fer.

  • Pierre, tu divagues, là, vraiment ça ne va plus. Je ne vais plus pouvoir suivre, ou alors, il faut que tu m’aides à mieux comprendre où tu veux en venir.
  • Moi, une épée, l’épée qui s’enfonce dans son corps comme dans du beurre. Tu comprends ?

Le visage de Pierre se fait de plus en plus sombre, son rictus s’est propagé à l’autre côté de ses lèvres.

  • Mais pourquoi un panda ?

 

Le texte de Vincent Desaunais, première participation (bienvenue !)

Hier, oh, il n’était pas bien tard, il y avait encore ce pigeon qui roucoulait à ma fenêtre – je
t’avais pourtant dit de faire quelque chose, mais tu as toujours mieux à faire que de t’occuper de mes problèmes. Tu peux regarder ailleurs, mais si tu n’as rien fais demain, j’emprunterai l’arbalète d’un garde et je tuerai moi-même ce volatile ! Tu peux ricaner. Incapable.
Bref, passons sur le pigeon, hier, donc, dans l’après-midi, il arrive, plein de satisfaction, comme à son habitude. Il pose sur la table un plateau portant coupes et vin et m’en propose en guise de traité de paix. Tu connais les sentiments que j’éprouve pour lui, malgré l’évolution de nos relations et j’accepte donc, dans une grimace toutefois, qui ne lui aura pas échappé. Toujours est-il que nous trinquons et nous rapprochons, tant et si bien que nos corps finissent de s’étreindre sur le lit. Je me souviens ensuite avoir ouvert les yeux et l’avoir vu, me quittant, se diriger vers la porte pour aller chercher du vin. Il est revenu alors que je me rhabillais et m’a tendu une coupe. Je l’ai posée près de moi, sur le sol, le temps d’enfiler mon haut.

Tu connais Léopold, toujours dans mes pattes malgré les coups de pieds. Tapi sous le lit, il s’est empressé de boire à la coupe et le voilà, se roulant, se tordant et se mourant, plein de bave dans les poils, sous mes yeux. Je les lève et je vois l’autre enflure esquisser un air étonné, comme une diva qui rote sur l’Air des bijoux. Il s’enfuit bien vite, prétextant d’aller sermonner le personnel dans son entier et de mener une enquête sérieuse quant à cet incident fâcheux.
Je ne m’attendais pas, tu l’imagines, à entendre parler de lui de sitôt. Mais cet après-midi,
souhaitant profiter de l’air de la campagne, je m’offris une petite balade sur les rives du fleuve. Le soleil se faisait doux parmi les nuages et j’appréciais tout particulièrement l’odeur des fleurs écloses avec le printemps. Tout à coup, surgissant à travers les arbres, un cavalier se jette sur moi pour me précipiter dans l’eau. Comme, saisit par la stupeur, je tombe sur mes fesses et le vois me ratant, s’étaler à mes pieds. Après quelques taloches bien placées il m’indiqua vite le nom de son commanditaire.

Maintenant tu me surprends à lui passer la corde au cou et tu t’étonnes.  Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m’empoisonne, ou que je saute dans l’Arno ?

Les vôtres :

Pour le meilleur et pour le pire, de Jacou33

Celui d’Anne Véronique Herter

Celui de Sarah, du blog Mes petites récrés : sa première participation ! ❤

Et celui d’ Eidyia

N’hésitez pas à m’envoyer une proposition de texte pour demain !

Attention, la publication des textes la semaine prochaine se fera le samedi, pour cause de vacances 🙂

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7 commentaires sur « Une phrase, un texte #6 : les textes »

  1. C’est marrant, je trouve que la phrase colle très bien à ton texte, l’auteur qui tue son personnage. Même si on se demande s’il n’a pas envie de le tuer vraiment, cet acteur ^^
    Par contre, je suis horrifiée : tu veux tuer un panda ??? tuer un homme, passe encore, mais s’il est déguisé en panda, non, là c’est plus possible ! 😛

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  2. Et un autre commentaire pour le texte de Vincent D. : j’ai beaucoup aimé le dépaysement, retour dans un château antique ou presque. Ah, ya pas à dire, on savait vivre en ce temps-là, et on n’y allait pas par 4 chemins quand une personne nous dérangeait ! Mais quand même, pauvre chat (chien ?), qu’est-ce que vous avez à vouloir tuer des animaux aujourd’hui ?

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  3. Roooh, vous êtes des sadiques, tous les deux!
    Fanny : j’aime l’idée d’avoir laissé la phrase dans un contexte théâtral. C’est bien vu !

    Vincent ; pauvre chat… décidément ! Pour une première participation (comme moi!), c’est plutôt réussi. J’aime le côté désuet de ton texte, mais plein de « violence » quand même.

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  4. Fanny ton délire est au top ! réussir à mélanger ce classique, décalé dans une scène de théâtre avec un Panda, vraiment, ça te va très bien 🙂
    Vincent, bienvenu à cet atelier ! ton texte est au mieux, il y a effectivement une sorte de légèreté morbide pour arriver à la conclusion… et j’aime bien le principe de clôturer avec la phrase de Musset plutôt que d’en faire l’origine du texte 🙂
    Je vais aller lire tout le monde maintenant.
    Belle semaine à tous
    AV

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