Deux cigarettes dans le noir, Julien Dufresne Lamy

Il y a avec la danse une intrigue meurtrière. Avec elle, la fin l’emporte toujours.Clémentine travaille dans une usine de parfum. Elle attend un enfant. Au volant de sa voiture en direction de la maternité, elle percute quelqu’un sans pouvoir s’arrêter. De retour à la maison seule avec son bébé, elle apprend la mort à Paris, deux jours plus tôt, de la chorégraphe Pina Bausch. Clémentine se souvient : une silhouette maigre, de longs cheveux gris ? C’est Pina qu’elle a fauchée. Elle a tué un génie en mettant au monde son enfant. La maternité, la danse, la vie, la mort se côtoient dans le nouveau roman de Julien Dufresne-Lamy, qui trouble et bouscule par son intelligence et son originalité.

Mon avis :

Je me souviendrai longtemps de ce livre. Tout d’abord parce qu’il est arrivé un jour dans ma boite aux lettres, sans crier gare, se payant même le luxe d’être dédicacé par son auteur (merci).

Puis, il y a cette histoire, que j’ai aussi aimée. Cette femme, Clémentine, qui donne la vie le jour même où elle pense signer la mort d’une jeune femme qui traverse la route, sa route. J’ai suivi avec attention les interrogations qui en découlent, son comportement étrange, sa fascination pour la danseuse Pina Bausch – que j’ai découverte au passage-, qu’elle pense avoir tuée. C’est cet aspect du livre que j’ai préféré, accordant moins d’importance à la narration axée sur la vie ouvrière (Clémentine travaille dans une usine loin de chez elle), dans le nord de la France, chez moi, un milieu que je connais bien – et à cause d’une petite phrase qui a failli me fâcher.

Le comportement de Clémentine est étrange, c’est cette étrangeté qui la rend si intéressante et saisissante. Elle est mère célibataire, le père de Barnabé, son enfant, n’est pas au courant de ce bébé. Elle aime son fils, profondément, comme elle peut : elle n’est pas vraiment prête pour ça. Le matin, elle laisse son enfant dormir, alors qu’elle part à la bibliothèque, par exemple, à la recherche de documentaires concernant Pina Bausch. L’après-midi, elle regardera les chorégraphies, assise dans son canapé, son enfant blotti contre elle. Une fascination un peu macabre. Et puis, il y a ce mystère sur le temps écoulé entre le moment où elle pense être partie de chez elle, et celui où elle est arrivée à l’hôpital.

J’ai tout de suite été séduite par l’écriture de l’auteur, avant même d’aimer l’histoire (il me faut toujours plus de temps pour ça). Un style particulier, de ceux qu’on retient, une plume juste, touchante, poétique et percutante. Un rythme qui ne nous lasse pas, et nous entraîne dans l’histoire. Une facilité déconcertante à se mettre dans la peau d’une femme. Julien Dufresne Lamy c’est tout ça, et plus encore.

Deux cigarettes dans le noir est sorti aux éditions Belfond. Ne passez pas à côté.

 

 

 

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2 commentaires sur « Deux cigarettes dans le noir, Julien Dufresne Lamy »

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