[Jeunesse – Sainte-Beuve 2018] Aussi loin que possible, Eric Pessan

Antoine et Tony n’ont rien prémédité, rien comploté. Ce matin-là, ils ont fait la course sur le chemin du collège. Comme ça, pour s’amuser, pour savoir qui des deux courait le plus vite. Mais au bout du parking, ils n’ont pas ralenti, ni rebroussé chemin, ils ont continué à petites foulées, sans se concerter. La cité s’est éloignée et ils ont envoyé balader leurs soucis et leurs sombres pensées. Pour Tony, la hantise de se faire expulser vers l’Ukraine et d’avoir à quitter la France.
Pour Antoine, la peur de prendre une nouvelle dérouillée parce que son père a envie de passer ses nerfs sur lui. Depuis ce matin où tout a basculé, ils courent côte à côte, en équipe.
Ils se sentent capables de courir pendant des jours, tant qu’il leur restera une once de force. Fatigués mais terriblement vivants.

Mon avis :

Voici un autre roman de la sélection 2018 du prix Sainte-Beuve, roman qui a déjà reçu le prix NRP de la littérature jeunesse 2015-2016.

Anthony et Tony courent. C’est venu comme ça, un beau matin, après qu’ils aient posé leur sac de cours dans un coin. Ils sont tous les deux en quatrième, plutôt bons élèves, pas vraiment perturbateurs, parfois en retard. L’un s’est mis à courir, l’autre a suivi, d’abord à une vitesse de sprint avant de ralentir à une allure plus raisonnable pour durer. Ils ne parlent pas, ou peu. Les mots sont inutiles pour le moment, ils viennent en temps voulu, avec parcimonie souvent. Ils sentent l’un comme l’autre qu’ils ont besoin de courir. Mais pourquoi ? Envie de se défouler ? Envie de fuir ? Fuir quoi ?

Anthony est battu par son père. Les parents de Tony, sans-papiers, ont reçu l’obligation de quitter le territoire français dans un mois : ils doivent retourner en Ukraine, un pays que le jeune homme ne connait pas. L’un est en colère, l’autre en proie à la tristesse. L’inverse est vrai aussi.

Anthony est le narrateur. Il revient sur leur trajet, leurs arrêts, leurs rencontres, mais c’est aussi lui qui nous révèle ses pensées. Ces dernières ne sont pas linéaires et varient en fonction du rythme de la course. Ils courent d’abord une heure, puis deux, puis plusieurs jours, volant ce qu’il faut pour qu’ils puissent se nourrir, trouvant abri la nuit dans un maison abandonnée ou dans un endroit déserté. Ils ont froid, chaud, des ampoules aux pieds, le corps douloureux mais la tête de plus en plus légère. Et cette douce sensation de liberté, de pouvoir s’échapper…

Un livre surprenant, d’une belle profondeur malgré un sujet qui semble à la base léger. J’ai aimé le rythme de narration parfois mimétique de la foulée des deux adolescents. J’ai remarqué que j’accélérais ma lecture quand, au début, ils étaient proches du sprint, et que j’ai ralenti quand ils en ont fait tout autant.

Autres romans sélectionnés pour le prix Sainte-Beuve :

[Jeunesse – Sainte Beuve 2018] Ma mère, le crabe et moi, Anne Percin

[Jeunesse – Sainte-Beuve] Et mes yeux se sont fermés, Patrick Bard

 

 

 

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