Certains cœurs lâchent pour trois fois rien, Gilles Paris.

Présentation :

« Les cliniques spécialisées, je connais. Je m’y suis frotté comme on s’arrache la peau, à vif. Les hôpitaux psychiatriques sont pleins de gens qui ont baissé les bras, qui fument une cigarette sur un banc, le regard vide, les épaules tombantes. J’ai été un parmi eux. »

Une dépression ne ressemble pas à une autre. Gilles Paris est tombé huit fois et, huit fois, s’est relevé. Dans ce récit où il ne s’épargne pas, l’auteur tente de comprendre l’origine de cette mélancolie qui l’a tenaillé pendant plus de trente ans. Une histoire de famille, un divorce, la violence du père. Il y a l’écriture aussi, qui soigne autant qu’elle appelle le vide après la publication de chacun de ses romans. Peut-être fallait-il cesser de se cacher derrière les personnages de fiction pour, enfin, connaître la délivrance. «Ce ne sont pas les épreuves qui comptent mais ce qu’on en fait », écrit-il. Avec ce témoignage tout en clair-obscur, en posant des mots sur sa souffrance, l’écrivain nous offre un récit à l’issue lumineuse. Parce qu’il n’existe pas d’ombre sans lumière. Il suffit de la trouver.

Mon avis :

Je savais en lisant ce livre que j’allais être émue. D’ailleurs, j’en ai retardé le moment. Je le regardais, de loin, à faire le beau dans les étals des librairies, à s’exposer inlassablement sur les réseaux sociaux. Nul doute : il me cherchait. On s’est trouvé. Un matin, je me suis réveillée en me disant que j’avais envie de lire, que j’avais envie de LE lire. Et c’était parti.

Pourquoi savais-je que ce livre allait m’émouvoir ? Je ne sais pas vraiment. Peut-être parce que ce n’est pas le premier livre que je lis de l’auteur et qu’il m’a déjà cueillie, peut-être parce que je repense au temps où j’étais en contact plus fréquemment avec lui pour les SP, peut-être parce que je me souviens de ce salon du livre, à Paris, en 2014, l’année des Lucioles, je crois. Je l’avais déjà rencontré quelques semaines plus tôt, à Lille, mais je ne m’en souviens guère. Pourquoi cette fois-là, à Paris, m’a marquée ? Je n’en sais pas plus. J’ai un souvenir à la fois précis et flou de l’auteur assis derrière la table, les piles de livres face à lui. Le salon était bondé, une odeur de transpiration mêlée de rire flottait, et il était là, visiblement paisible, le visage souriant. Je suis allée le voir plusieurs fois, un peu aimantée. La dernière fois, j’étais passée au stand de « J’ai lu » pour acheter « Au pays des kangourous », que je suis venue me faire dédicacer. Mais cela n’explique toujours rien. Il y a des visages qui marquent, parfois. Pas souvent chez moi, j’ai la mémoire visuelle vaporeuse. Là, ce n’est pas qu’un visage. C’était une présence.

Mais l’émotion n’est pas la seule raison pour laquelle j’ai retardé la lecture de ce roman. Dans ce texte, l’auteur parle de lui, de sa vie, et j’ai toujours un peu de gêne à lire les récits introspectifs à tendance hautement autobiographique, s’ils sont contemporains. Cela me donne l’impression d’être une voyeuse, je ne trouve pas que ce soit un sentiment toujours agréable. Je sais qu’il faut que je passe au-delà pour apprécier le texte, ses mots, son rythme, sa structure narrative. Et c’est ce que j’ai fini par faire.

Parce que l’auteur ne fait que raconter un pan de son histoire. Il nous emmène auprès de lui, entrainés par le rythme des phrases et des paragraphes. Et j’ai beaucoup apprécié laissé le Gilles auteur / responsable de communication pour suivre le Gilles personnage. C’est un parcours plein d’embuches que nous propose ce roman, avec des moments très sombres, mais je trouve l’ensemble profondément lumineux… et vivant. Je ne détaillerai pas l’histoire de ce livre, qui est vraiment à lire. Je me casserai la figure sur les mots.

Gilles, j’ai été touchée, profondément. J’ai eu envie de m’asseoir à côté de ton ancien toi sur un banc, envie de sentir mes genoux toucher les tiens et de m’enivrer de silence. J’ai eu envie de te regarder droit dans les yeux pour te convaincre que tu as de la valeur et du talent, j’ai eu envie de câliner Franklin quand tu ne te sentais pas capable, que tu n’avais pas envie qu’il vienne te faire la fête. Pourtant ceux qui me connaissent savent que je n’approche pas des chiens. Et je pense à toute cette violence, physique et verbale, qui peut détruire. A ces années nécessaires pour se reconstruire quand on a été brisé, au sens figuré, mais aussi au sens propre. Néanmoins, je veux surtout n’en retenir qu’une chose, Gilles : la route vers la lumière.

Un roman publié aux éditions Flammarion.

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