Une phrase, un texte #4 : les textes !

Sept textes ont été proposés la semaine dernière, on peut dire que vous avez été inspirés !

Essayez un maximum de donner vos liens avant 11 heures le dimanche : plus vous tardez, et moins vous avez de chances d’être lus par les autres …

Cette semaine, je vous proposais une citation de Marie Charrel, qui est au cœur de l’actualité puisque son livre « L’enfant tombée des rêves » vient de sortir en poche, et que son prochain livre, Les enfants indociles, va sortir le 10 mars !

Rappel de la citation :

« Charlie dite Charlotte est en colère car elle vient de perdre son sac. Un cabas de cuir marron au parfum d’encens, décoré de quatre poches à la doublure criblée de petits trous ».

Et les textes !

Le mien (court par manque de temps … )

Charlie dite Charlotte est en colère car elle vient de perdre son sac. Un cabas de cuir marron au parfum d’encens, décoré de quatre poches à la doublure criblée de petits trous.

Elle n’est pas en colère parce qu’elle aimait ce sac. A y réfléchir, c’était même plutôt tout le contraire. Non. Elle était en colère car quelqu’un avait réussi à lui subtiliser quelque chose, elle qui était pourtant souvent si prudente et méfiante.

Mais voilà, Charlie avait bien trop de choses en tête pour le moment. Et cela venait de lui coûter son sac en cuir marron. Une chance, elle sortait toujours sans prendre ses papiers d’identité, ce qui pourtant lui valait toujours la colère de Georges. Là, au moins, elle pourrait lui rétorquer la prochaine fois que si ce fameux jour elle avait pris ses papiers sur elle, elle les aurait perdus.

Il n’y avait pas d’argent non plus : les billets qu’elle avait subtilisés étaient glissés bien au chaud à l’intérieur de sa poche, contre sa poitrine, contre son cœur qui battait de toute force.

La force. C’est un peu ce qui la représente le plus, Charlie. Une force physique, qui lui avait été bien utile quand on l’avait un peu trop cherchée, et une force mentale qu’elle s’était forgée rapidement, à cause de sa chienne de vie.

Celui de Guillaume :

Charlie dite Charlotte est en colère car elle vient de perdre son sac. Un cabas de cuir marron au parfum d’encens, décoré de quatre poches à la doublure criblée de petits trous .

Florian dit Dieb est en colère car le sac qu’il vient de voler est vide. En plus il est moche et cocotte atrocement.   Il l’abandonnera sur la banquette en partant. 
 
Imane dit Imane est en colère car le rer est bloqué à cause d’un paquet suspect.  Blasée, elle laisse divaguer son regard sur les rails du train et ne remarque même plus l’odeur d’urine, ni la lancinante litanie du SdF de la station.  Elle aurait largement eu le temps d’accompagner sa grand mère jusqu’à l’arrêt de bus.  
 
Aurélie dit Doudou est en colère car le bus n’avance pas. Il faut dire que cette mamie qui s’est coincée le bras dans la porte n’aide pas.  Hey! Elle roule  sur mes Louboutin avec son caddie de merde! Elle plonge son nez dans son écharpe  et s’enivre de son parfum capiteux lorsqu’un beau motard attire son regard à travers la vitre embuée. 
 
Jonathan dit Jo est en colère car la météo n’avait pas annoncé cette pluie fine et glacée. Il va avoir les cheveux plats et sentir le chien mouillé. De toute façon, le casque le décoifferait déjà. Allez dégage ton taxi d’là!!
 
Alexandre dit Alex est en colère car ça fait déjà quarante minutes que le chauffeur de taxi lui propose une visite guidée des alentours de Roissy Charles de Gaulle dans une ambiance écœurante de sapin magique et de RMC.  « Désolé Monsieur, le terminal de CB ne marche pas aujourd’hui ». 
 
Julian dit Ju est en colère car le feu passe du rouge au vert mais lui ne passe pas la première. Il ne peut réprimer une moue de dégoût : l’odeur des gaz d’échappement ? Non, seulement sa voisine qui se cure le nez.  Heureusement deux vitres les séparent. Bien au chaud et à l’abri, peu lui importe le cycliste  qui suffoque en slalomant au milieu du bouchon. 
 
Guillaume dit Guigui n’est pas en colère. Il est même heureux car il circule en vélo.  Il aura même le loisir de réfléchir à sa prochaine nouvelle en attendant les retardataires à la réunion. 
 
Guillaume Lavoué 04/03/16, sur le vélo ?
Et celui de Stéphanie Herter :
Charlie dite Charlotte est en colère car elle vient de perdre son sac. Un cabas de cuir marron au parfum d’encens, décoré de quatre poches à la doublure criblée de petits trous .
Elle ne devait pas le perdre. Il était plus précieux que tous les cabas de la terre. Elle l’avait promis à Gus. Gus son compagnon d’infortune, son héros au visage criblé de rides. Vieux et moche comme ce cabas mais pas pour Charlie. Un homme usé par la vie, toujours accompagné de son cabas criblé de trous. Tous deux en fin de course. (Et c’était le cas de le dire!) Avant d’être ramassé par la croix rouge pour son dernier voyage qui allait passer par un bon vrai lit d hôpital, Gus lui avait légué son bien. Son seul bien. Sa richesse. Son sac à course, son oreiller, son protège pluie, son camion de déménagement, son armoire. Toutes ces fonctions réunies dans un seul objet. Et l’odeur de l’encens. Le parfum de Gus. Celui même qu’il recevait de l’église Notre Dame quand il y trouvait refuge. Charlie par ce cabas, retrouvait tout de Gus.. Sa présence totale. Son réconfort. Ne pas pleurer. Se sentir démunie Ne pas s’effondrer Se sentir abandonner Ne pas se souvenir Stopper son élan Point zéro. Urgence vitale: trouver un abri. Cabosser sa vie Cabossée par la vie. « Gus! Je n’ai plus rien de toi que les images qui s’effacent de ma mémoire. Gus. Je suis charlie, sans cabas ni cabane.

 

Les liens !

Le texte d’Aurore.

Les soucis de Charlie, d’Anne-Véronique Herter.

Le sac des souvenirs, d’Isabelle des tribulations d’une lectrice !

Dans son sac, de Malika.

Le texte de Maryline.

 

Et l’auteure ?

Charlie dite Charlotte est en colère car elle vient de perdre son sac. Un cabas de cuir marron au parfum d’encens, décoré de quatre poches à la doublure criblée de petits trous . Un bazar de fille où elle fourre un mascara presque sac, trois paquets de mouchoirs entamés, son portefeuille, deux pellicules photo noir et blanc, mais pas ses clefs. Elle les garde toujours dans la poche de son jean pour éviter de les chercher dix minutes chaque soir au milieu de son bric-à-brac insensé.

Charlie dite Charlotte est en colère car elle vient de perdre son sac. Encore une fois. Ses joues se colorent de rouge et, même s’il est déjà plus de 16 heures, elle jure doucement : Je hais les journées qui commencent mal. Elle les hait, oui, au moins autant que les dimanches ensoleillés, les premiers jours de soldes et les vendredis soir de départ en vacances, lorsque des essaims de Parisiens viennent encombrer les quais de la gare de Lyon avec leurs énormes sacs.

 

Et si vous voulez découvrir l’auteure, son site se trouve .
Retrouvez aussi ma chronique sur L’enfant tombée des rêves, et celle sur « Une fois ne compte pas » : je les ai dévorés !

 

 

Une phrase, un texte #3 : les textes

Bonjour !

La semaine dernière l’atelier d’écriture a réuni six textes, et des tas d’idées et d’interprétations différentes … j’ai beaucoup aimé  : merci !

Pour l’atelier de cette semaine, je vous ai proposé un extrait du livre Les corps inutiles, de Delphine Bertholon :

« Elle souriait, sifflotait même, peut-être – une chanson entendue à la radio juste avant de partir, de quitter la maison, heureuse de s’en aller, comme une grande : elle avait rarement le droit de sortir le soir, c’était exceptionnel. Mais il faisait jour encore, l’air était tiède et l’école finie. »

N’hésitez pas à commenter les textes, ici et sur les autres blogs, ça fait toujours plaisir !

Bonnes lectures !

Mon texte :

Elle souriait, sifflotait même, peut-être – une chanson entendue à la radio juste avant de partir, de quitter la maison, heureuse de s’en aller, comme une grande : elle avait rarement le droit de sortir le soir, c’était exceptionnel. Mais il faisait jour encore, l’air était tiède et l’école finie.

Elle avait hâte de le rejoindre, des semaines qu’elle ne pensait qu’à ça, que l’idée lui restait en tête jusqu’à l’obséder. Et les derniers jours lui avaient paru tellement longs … une torture, chaque journée qui s’achevait devenait une délivrance. Puis, il faut dire qu’elle s’ennuyait. L’école, c’est vrai, la divertissait un peu, mais elle n’y avait dans le fond qu’un rôle secondaire. Tous les jours elle était là, attentive, le regard bienveillant sur les mains qui se levaient, souvent un livre à la main. Mais là, elle n’en pouvait plus, elle avait besoin de sortir de son quotidien, de se sentir libre à nouveau. Et de redécouvrir ce regard, ce regard qui la faisait frissonner dès que ces yeux sombres se posaient sur elle. Jamais elle ne pensait pouvoir ressentir ça à son âge, c’était réservé aux autres. Et pourtant … une telle intensité, une telle flamme s’en dégageait …  elle n’imaginait même pas l’explosion de sentiments et d’émotions qui risquaient de l’inonder s’il s’aventurait à poser une main sur sa peau …

A son âge … Jamais elle n’aurait imaginé cela possible. Mais il s’était présenté là, un jour, devant elle à la sortie de l’école, puis, ils avaient discuté, et ils s’étaient revus, encore, et encore.

A l’école, elle venait lire des histoires aux enfants, ou les aider un peu pour les devoirs : la maison de retraite lui autorisait. Mais là, elle avait obtenu autre chose : la fin de la journée, juste seule, avec lui. Autorisation de minuit. Elle était à nouveau une grande, et non plus une vieille.

Celui de Guillaume, fidèle au rendez-vous depuis le premier atelier 😉

« Elle souriait, sifflotait même, peut-être – une chanson entendue à la radio juste avant de partir, de quitter la maison, heureuse de s’en aller, comme une grande : elle avait rarement le droit de sortir le soir, c’était exceptionnel. Mais il faisait jour encore, l’air était tiède et l’école finie. »

Elle remonta lentement la rue. Les garçons jouaient au foot sur le bas côté. Elle ne leur prêta pas attention et continua résolument vers le soleil. Les derniers rayons illuminaient son visage, l’aveuglaient même, mais peu importe elle connaissait bien le chemin. 
Elle passa devant l’échoppe de Valhalla.   Insensible à la profusion de couleur des fruits, elle n’échappa pas à l’ivresse  des épices. Elle rendit son sourire au vieil homme qui se tenait assis à même le sol. 
Soudain elle fut rejointe par Mogany qui arrivait en courant.
 « hi Lana, waxaad tahay? » 
Lana hocha la tête en riant et lui prit la main. Elles repartirent ensemble marchant côte à côte.
A la sortie du village elle s’arrêtent brusquement. Le soleil commençait à se coucher et la pénombre ne tarderait pas à les envelopper.  Lana scruta l’horizon : aucune silhouette ne s’avançait sur la piste principale qui conduisait au puits.  Personne derrière non plus en provenance du village. Rassurées. Les deux filles bondirent hors de la piste et s’enfoncèrent sur un imperceptible sentier perpendiculaire à la piste masqué par la végétation.  Elles hâtèrent le pas et atteignirent rapidement une clairière au milieu de laquelle elles distinguaient une modeste case en torchis. A l’entrée un homme à la longue barbe grise les attendait.  

Guillaume Lavoué, 27/02/2016, train Paris – Rang du fliers / Verton

Et celui de Stéphanie Herter :

Elle souriait, sifflotait même, peut-être – une chanson entendue à la radio juste avant de partir, de quitter la maison, heureuse de s’en aller, comme une grande : elle avait rarement le droit de sortir le soir, c’était exceptionnel. Mais il faisait jour encore, l’air était tiède et l’école finie Elle marchait vers sa propre destinée. Celle-là même qui étouffe l’impossible, qui embrasse l’infini. Libre et imprévisible comme l’océan. Sortir de chez soi, sortir de son « moi ». Oser. Le chemin côtier lui permettait de hurler comme le vent s’engouffrant dans les grottes. Liberté! Ce soir personne n’interviendrait! Aucune autorité. Aucun interdit sinon ses propres freins. La barque était là au bout du chemin. Elle l’emmènerait ce soir de l’autre côté. Embarquer en débarquant ses renoncements. Lever les voiles pour se dévoiler à soi. Vivre à s’enivrer. Ne pas se retourner. L’avenir n’a pas de passer. Se dépasser.Garder le cap. Cap? Pas cap? Se Faire confiance. Siffloter pour se rassurer. Panser ses plaies. Ne pas penser. Chaque pas est une affirmation. De l’autre côté, je m’y attends. Enfin.

Les liens !

Le texte d’Isabelle (merci pour cette première participation ma belle !) , 16 ans, l’âge des découvertes

Celui d’Anne Véronique, une première soirée d’été.

Le texte de Ghaan Ima, Un soir d’été et un fantôme

Et celui de Maryline, Franchir le seuil

Et l’auteure ?

9782709646611-X_0

 

 

Elle souriait, sifflotait même, peut-être – une chanson entendue à la radio juste avant de partir, de quitter la maison, heureuse de s’en aller, comme une grande : elle avait rarement le droit de sortir le soir, c’était exceptionnel. Mais il faisait jour encore, l’air était tiède et l’école finie. Dans deux mois, évidemment, on en reparlerait (le lycée, le changement), mais pour l’heure, c’était bel et bien terminé. Précisément, elle allait fêter cela, chez Amélie, qui avait une grande maison et des parents absents, artistes voyageurs – mais chut, c’était secret, un secret bien gardé.
Elle marchait, portait un jean, un 501 brut comme toutes les filles de son âge, de cette époque, de cette ville. Une blouse en coton lâche, verte probablement – elle adorait le vert. Des ballerines, ou des nu-pieds ; pas de talons, sûr et certain. Elle était petite – de petite taille – mais sa mère la trouvait trop jeune pour porter des talons, les talons étaient des accessoires de femme, d’adulte, aguicheurs et bruyants. Tout de même, elle s’était maquillée, en douce dans l’ascenseur (pas beaucoup, juste un nuage de blush et une pointe de noir sur les cils trop pâles), et elle marchait heureuse dans la ruelle déserte, libre et insouciante – elle trottait. La rue portait un nom d’oiseau. Elle la connaissait bien, mille fois empruntée, à deux pas de chez elle, à deux pas du collège, petite rue bien tranquille.
Sur l’instant, elle n’a pas compris.
Il fallut à son cerveau un temps d’adaptation – une fraction de seconde, sans doute, mais l’adaptation sembla durer mille ans.
–    Ne bouge pas, ne crie pas. Ou je te crève.
La voix avait précédé la sensation, le contact glacé de la lame sur son cou, sur sa peau nue. Elle s’immobilisa, réflexe, au milieu du trottoir. La présence derrière elle, immense, lui faisait de l’ombre. Comme un pin parasol, pensa-t-elle. Un pin avec une arme.

Une phrase, un texte #2 : les textes

Le déjeuner

Bonjour !

Sept textes ont été écrits pour la première de l’atelier d’écriture une phrase, un texte, qui vous présentait le début du prologue d’un livre de Valérie Tong Cuong.

Cette semaine, je vous ai proposé un extrait de « La vallée des Amazones« , d’Angéla Morelli, que vous pouvez vous procurez pour la petite somme de 0.99 centimes en e-book 😉

Voici  «Ses yeux pétillaient  derrière les verres de ses lunettes. Je m’assis immédiatement et dissimulai ma gêne en plongeant le nez dans mon bol de céréales. « 

Mon texte :

Ses yeux pétillaient  derrière les verres de ses lunettes. Je m’assis immédiatement et dissimulai ma gêne en plongeant le nez dans mon bol de céréales.

  • Mais, tu ne m’avais rien dit, pourquoi ?

Je continuais à baisser la tête, peut-être que si je poursuivais, je finirais par réussir à me cacher toute entière dans mon bol, ou à me noyer juste un petit moment, jusqu’à ce qu’il parte de la maison et que je puisse enfin me retrouver seule.

  • Tu fais ça souvent ?

Normalement, on ne parle jamais de ça. ça fait quelques années que je m’adonne à ce petit plaisir secret, et, quand on en parle dans les journaux, ce qui arrive de temps en temps, une fois l’article lu, je prends toujours soin de le dissimuler quand je suis à la maison (sauf cette fois-ci) et je demande qu’on utilise un pseudo quand on narre mes activités pour ne pas être reconnue.Sauf que là, le pseudo avait été omis, je me demande pourquoi, et une photo très représentative illustrait l’article. Vous comprendrez que ce n’est vraiment pas une chose que j’aime afficher, et je ne m’attendais d’ailleurs pas vraiment à ce type de réaction.

  • Tu me montreras tes albums ?

Mais ne se rendait-il pas compte de la gêne dans laquelle il me mettait ? Il ne quittait plus des yeux l’article, j’aurais pu partir qu’il aurait continué à monologuer.

Des albums … j’en ai, oui, des tas, là-haut, bien à l’abri dans un de mes placards. C’est mon petit jardin secret. Je les sors de temps en temps, quand je suis seule, et je les regarde, un à un. Parfois, je m’extasie en découvrant une image oubliée, d’autres fois, je suis juste rassurée de les savoir là, à portée de main, loin de tous. Après une lourde insistance, j’ai cédé. Je suis montée, j’ai sorti de mon placard mes trésors, et je les ai apportés.

Son regard s’illumina encore plus. Il semblait partir dans un autre monde. Il caressa d’abord la couverture du premier, avant de l’ouvrir, délicatement. Un moment de pure extase à en croire ses expressions faciales.

  • Tu sais, ça me fait plaisir de voir ça, vraiment.

Je le regardai, les yeux écarquillés, son regard se posait à nouveau sur le mien. Plaisir ? Souvent, ça interroge, ça rebute, ça amuse, mais, faire plaisir, jamais.

  • Oui, moi aussi je suis philatéliste, je collectionne les timbres depuis cinq ans, je pourrai te les montrer, mes albums !

 

Celui de Guillaume Lavoué :

« Grnouch grnouch » faisaient les flocons d’avoine  dans ma bouche et jusque dans mon crâne. Vous ne vous êtes jamais demandés ce qu’entendaient les autres quand vous mâchiez les céréales qu’on nous vendait toujours plus croustillantes?! Gênant. Surtout ce matin. Je saisis d’un air important le paquet et commençai une lecture attentive. Inutile en fait car je connaissais déjà par cœur les apports glucidiques de ce muesli trop sucré.  Je fronçais les sourcils et hochais la tête d’un air supérieur. Ah oui quand même 0,2 mg de fer!

– « Dis, tu t’appelles comment? », fit une petite voix derrière le paquet.

– « Service consommateur », laissai – je échapper distraitement. « Euh, Gabriel »,  m’empressai – je de corriger, rouge de honte. 

– « Moi c’est Camille. T’es mon frère il paraît ! »

– « Hein?  Nan, Ca m’étonnerait ! J’ai pas de sœur ! Et j’te connais même pas d’abord ».

Je laissai tomber la rose. Elle ne virevolta pas dans l’air comme je l’imaginai et alla finir sa triste course sur le bois noir et froid. Je fermai les yeux, réprimai un sanglot et pris un inspiration. Il y a 7 ans le 14 mars 1991 Camille m’était apparue au petit – déjeuner.

Aujourd’hui elle était morte. 

Guillaume Lavoué, 18/02/16, RER B vers Mitry – Clay

Et les liens !

Le look du jour, d’Anne-Véronique Herter

Le déjeuner, Malika Marie

Celui de Pativore et de Maxxie !

N’hésitez pas à commenter les textes ici, et sur les blogs, ils vous le rendront bien 😉

Et l’auteure ?

9782280340106

Ses yeux pétillaient  derrière les verres de ses lunettes. Je m’assis immédiatement et dissimulai ma gêne en plongeant le nez dans mon bol de céréales.

  • Bonjour, répondis-je sur un ton que j’espérais détaché. Vous avez bien dormi ?
  • Très bien, j’avais peur de rêver de Manuela et Yolande mais même pas.

Je levai le nez. Etait-il sérieux ?

  • Les femmes de cette communauté sont très … attachantes, poursuivit-il en souriant. Vous avez du café ?
  • Instantané seulement.
  • Pas de problème.

Une chose était certaine : João n’était pas du genre à se plaindre de l’état de mes placards.

Le prochain extrait sera publié demain !

 

 

Une phrase, un texte #2

atelier-écriture

Bonjour ! En ce lundi, je vous propose ce texte, les premières phrases de La vallée des amazones, d’Angela Morelli !

« Ses yeux pétillaient  derrière les verres de ses lunettes.

Je m’assis immédiatement et dissimulai ma gêne en plongeant le nez dans mon bol de céréales. »

Les textes seront publiés le dimanche matin, à 11h, environ ! La nouvelle citation sera publiée chaque lundi, si on continue.

Vous voulez participer ? Quelques consignes :

  • Faire un lien vers le blog dans votre article.
  • Précisez qui est l’auteur de la citation.
  • Ne publiez vos textes que dimanche matin, pas avant !
  • Donnez-moi le lien de votre article sous cet article, et le titre de votre texte.
  • Si vous n’avez pas de blog, envoyez-moi votre texte par mail (lesbilletsdefanny[at]gmail.com)

Et n’hésitez pas à partager l’article, plus on est de fous, plus on lit !

Une phrase, un texte #1 : les textes

t

Vous avez été nombreux à vous montrer enthousiastes pour ce nouvel atelier d’écriture, nombreux aussi, d’après ce que j’ai pu lire, à ne pas trouver le temps d’y participer : ce n’est que partie remise, rassurez-vous, je compte bien le continuer, au moins une semaine :p

Ils sont trois à avoir répondu à ce premier appel, soit 6 textes au total, ce qui me réjouit car je craignais de n’y déposer que le mien, ce qui n’aurait pas intéressé grand monde ! Et plus de 400 à lire l’article … ça, c’est vraiment surprenant !

La phrase du jour était donc tirée du prologue de  Pardonnable, impardonnable, de Valérie Tong Cuong. C’est un livre dont je viens de terminer la lecture, et que je chroniquerai prochainement (mais, je peux déjà vous conseiller de vous le procurer rapidement, il est vraiment très bon).

Mon texte :

 Elle se retourne, sourit, inspire avec lenteur pour souligner l’importance de l’entreprise. Se remet en position, tête inclinée. Prête à partir.

Et puis non. Elle se retourne, serre le petit objet dans sa main droite, et va s’asseoir, sur ce canapé ramolli par les années, mais dans lequel elle se sent si bien.

Elle le garde au creux de ses mains comme un trésor. Elle sent que son cœur bat vite, très vite. Trop vite ? Hors de question de s’emballer pour le moment. Respire. Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Lui, il est là, derrière elle. Elle entend qu’il se rapproche. Elle commence à sentir son parfum, puis le souffle de sa respiration qui lui caresse la peau. Elle sent son corps frémir.

  • Tout va bien Virginie ?

Tout va bien, oui. Pour le moment, elle le croit, elle l’espère. Ses pensées s’entrechoquent et se mêlent. Elle sourit, elle faiblit. Et pourtant, elle sent que ce qui se passe en elle la renforce. Moment de plénitude au creux d’un tourbillon. Douces contradictions. Un moment inattendu pourtant attendu, c’était juste qu’elle n’y croyait plus. Mais, les signes, bien qu’elle ait essayé de les ignorer, ne la trompaient pas. Sa main vide caresse sans y penser son ventre plein. Un plein d’amour, un plein de fierté après les années passées, un plein de vie.

Texte reçu par mail, de Guillaume L. (celles et ceux qui me connaissent comprendront pourquoi j’aime beaucoup ce texte 😉 )

Elle se retourne, sourit, inspire avec lenteur pour souligner l’importance de l’entreprise. Se remet en position, tête inclinée. Prête à partir. 

Et puis non. Elle n’y arrive pas. 

C’est tout simplement trop difficile. Pourtant elle était si près du but ! Cela fait maintenant une semaine qu’elle ne cesse d’y penser, d’essayer.  Hier encore quelle humiliation quand les autres ont été témoin de ce nouvel échec: elle s’était pitoyablement  effondrée. Heureusement une fois de plus son charmant sourire lui avait sauvé la mise. Les mines réprobatrices qui l’entouraient s’étaient changées en visages bienveillants. Ah ah  ils peuvent bien se moquer, pour eux c’est si facile. Elle n’était pas du genre à abandonner et sa persévérance n’était plus à prouver. 

Elle ferma un instant les yeux, redressa le buste et prit à nouveau une profonde inspiration. L’environnement lui était familier: elle avait depuis longtemps éprouvé la robustesse des barreaux blancs qui l’entouraient. Ceux-là même qui limitaient son horizon.  Elle avait d’ailleurs entendu récemment qu’elle était dotée d’une incroyable acuité visuelle pour son âge.  Elle distinguait chaque détail, chaque aspérité de la peinture blanche qui s’écaillait imperceptiblement . Elle passa lentement sa main le long du morceau de bois. La peau fine et fragile de ses doigts effleurait le barreau rugueux mais il avait quelque chose de rassurant.  Elle saisit un second barreau et ses deux mains se crispèrent dessus. Elle contracta ses muscles de toutes ses forces et s’éleva enfin sans bruit! Soudain le silence se brisa et Antoine s’écria : « Fanny, Fanny, regarde Chloé est en train de marcher !« 

Guillaume Lavoué, Vol Dusseldorf – Paris, 10/02/16

Texte d’Isabelle Blanes :

« Elle se retourne, sourit, inspire avec lenteur pour souligner l’importance de l’entreprise. Se remet en position, tête inclinée. Prête à partir.
Et puis non. »

Pourquoi partirait­-elle, c’était maintenant que tout se jouait… Elle le regarde, continue de sourire, son cerveau tourne de tout ses rouages, à toute vitesse, comment allait-­elle lui présenter la chose… Il fallait persuader, séduire, le moment est important, il faut se surpasser, j’en suis capable se dit­-elle.

Elle se lève, l’affronte de ses yeux verts, profonds, enjôleurs, sa silhouette fière le surplombe, et elle attaque, son débit est mesuré, son ton convainquant, elle a tout mémorisé et elle ressort ses arguments les uns derrière les autres, elle prend de plus en plus d’assurance, elle se retrouve elle-même, plus de peur, plus d’appréhension, elle sait de quoi elle parle, sa passion reprend le dessus, elle oublie où elle est, devant qui elle se tient, qui elle doit convaincre, elle maîtrise son sujet, elle a tant travaillé dessus!

Elle vole du tableau à la table, ses bras semblent deux ailes qui s’étendent, ses cheveux virevoltent autour de son visage anguleux…

L’homme assis au bureau est éberlué, il ne s’attendait pas à cela, cette passion, ce savoir chez une si jeune femme. Il écoute attentivement, il boit chacune de ses paroles, il essaye de suivre son raisonnement, il admire les résultats obtenus, il n’avait pas envisagé cette solution, cette jeune femme est vraiment brillante, elle a obtenu des résultats incroyables en utilisant des chemins détournés auxquels il n’aurait pas pensé…

Le tableau se remplit de formules, de flèches, de démonstrations… Elle n’a pas présenté ses résultats, elle voulait l’amener à la solution comme elle­-même y est parvenue, elle voit ses yeux s’écarquiller quand il commence à comprendre où elle l’a emmené. Fini l’air revêche de vieux prof grognon, son œil pétille, il ne tient plus en place, il veut savoir… Elle ralentit, elle arrive au final, prendre son temps est encore plus important, elle aborde sa conclusion, ça y est, elle a fini. Elle ne s’attendait pas à sa réaction.

Enthousiaste, il se lève, un rire s’échappe de sa gorge: « Si je m’attendais à cela! » s’écrie­-t­-il.

Puis, il continue, « Bravo! C’est brillant, vous avez gagné, je vous prend dans mon équipe! »

Épuisée, la jeune femme le regarde, elle n’y croit pas, pas encore, puis elle éclate de rire, elle qui croyait avoir encore à convaincre après sa démonstration, c’est fait! Elle y est arrivée, elle va pouvoir continuer ses recherches dans les meilleures conditions possible, fini les petits boulots, les coloc minables, les concessions à n’en plus finir! Elle a gagné!

Les liens :

Le texte de Leana  « Le rejoindre » sur Quelques bouts de page

Le texte de Gaëlle : « Quand il faut, il faut » sur My writting world

Et celui de Pativore et de Belange !

Et l’auteure ?

9782709646086-X_0

Elle se retourne, sourit, inspire avec lenteur pour souligner l’importance de l’entreprise. Se remet en position, tête inclinée. Prête à partir.

Et puis non.

Attends, souffle-t-elle, sourcils froncés.

Elle rajuste sa robe à damiers rouge et blanc, coince avec soin l’ourlet entre la selle et ses cuisses.

Au premier coup de pédale, d’accord ?

Il acquiesce, les yeux rivés sur le cadran magique.

Dans son dos, les champs habillent les collines à perte de vue. Les maïs sont à hauteur d’homme, les tournesols brûlés. Dans deux ou trois jours au plus, les tracteurs déploieront leurs bataillons. Les roues écraseront la terre, arracheront les tiges, broieront les feuilles avec sauvagerie.

Cinq, quatre, trois, deux, un, décompte Milo avec sérieux.

Marguerite s’élance.

Un battement de cils et déjà, il l’a perdue de vue.

La route serpente et disparaît sur une centaine de mètres dans le sous-bois, réapparaît puis s’enfonce à nouveau dans les champs.

Le garçon n’aime pas ce moment où il ne la voit plus, ne l’entend plus. Il se sent seul, vulnérable, minuscule face au monde immobile.

Mais la voici qui surgit, tache rouge et blanche sur le lacet de bitume.

Deux minutes quarante-six ! hurle-t-il joyeusement, comme si elle pouvait l’entendre.

Peine perdue, elle est beaucoup trop loin.

Elle agite les bras : Allez, Milo, à ton tour, descends !

Alors il enfourche son vélo, un vélo bleu avec des étoiles blanches peintes sur le cadre, il courbe les épaules, contracte ses muscles, murmure pour lui-même, Fonce, mon petit vieux, fonce !

Les joues giflées de vent et de soleil, la nuque moite et la mâchoire serrée, il pédale de toutes ses forces. Il ne s’agit pas de compétition ni de record à battre, seulement de vitesse, d’ivresse, il est saoul sur la petite route de campagne, saoul Milo de désir enfantin, de joie, de légèreté, saoul de bonheur – une seconde avant l’impact, il rit encore bouche grande ouverte en pédalant.

Puis tout se brise.

 

Une phrase, un texte ! #1

atelier-écriture.png

Bonjour !

Comme annoncé sur les autres réseaux sociaux, je lance sur le blog un atelier d’écriture, dont le but est d’écrire un texte à partir d’une phrase, tirée d’un livre plus ou moins connu.

Je vous propose pour cette première semaine cette phrase, tiré de Pardonnable, impardonnable de Valérie Tong Cuong. Ce sont les premières phrases du prologue :

« Elle se retourne, sourit, inspire avec lenteur pour souligner l’importance de l’entreprise. Se remet en position, tête inclinée. Prête à partir.

Et puis non. « 

Pas besoin de connaître le livre, puisque vous allez inventer votre propre histoire ….  Les textes seront publiés le dimanche matin, à 9h, environ ! La nouvelle citation sera publiée chaque lundi, si on continue.

Vous voulez participer ? Quelques consignes :

  • Faire un lien vers le blog dans votre article.
  • Précisez qui est l’auteur de la citation.
  • Ne publiez vos textes que dimanche matin, pas avant !
  • Donnez-moi le lien de votre article sous cet article, et le titre de votre texte.
  • Si vous n’avez pas de blog, envoyez-moi votre texte par mail (lesbilletsdefanny[at]gmail.com)

Et n’hésitez pas à partager l’article, plus on est de fous, plus on lit !

 

 

[Atelier d’écriture 2016] #1 : Lal

Nouvelle résolution de l’année, à laquelle je vais essayer de m’astreindre : reprendre régulièrement l’atelier d’écriture de Leiloona. Autre résolution, ou plutôt autre choix, vous les retrouverez ici, et non plus sur le site « les écrits de Fanny », que je néglige, et qui sera certainement bientôt supprimé.

La photo choisie pour ce premier atelier de l’année est de Kot :

halal-food

Lal

  • Viens, Sam, je connais un endroit super, je suis sûr qu’il va te plaire.

Je regardais Baptiste, surprise par son engouement. Je n’avais pas l’habitude de le voir prendre des initiatives, c’était même plutôt l’inverse : il ne savait jamais vraiment où aller, quoi faire, qui voir. Il préférait me laisser choisir, mais je ne connaissais rien à cette ville, et la moindre petite chose était, pour moi, source d’étonnement.

  • J’y suis jamais allé, mais Tom oui, il pense que ça sera bien pour toi, que … ça te correspondra.

Me correspondre ? J’accueillis ce verbe avec intérêt. Cela faisait une semaine que je connaissais Baptiste, on s’était rencontré par hasard devant la terrasse d’un café, il s’était amusé de mon comportement et de mon visage inquiet qui lui avait aussitôt fait comprendre que je n’étais pas d’ici. Je m’étais assise à une table, mais je ne savais pas quoi commander, ni comment faire. Pourtant, je le devais : c’était l’une des obligations que je m’étais fixée. Avant de partir, Tarah, la voisine grâce à laquelle j’avais pu quitter mon pays et venir ici, m’avait affirmé, face à mon inquiétude, que je finirai par trouver ce qui me correspondait.  Avant, je ne sortais jamais, je n’osais pas,  je ne pouvais pas, mais ici, j’étais prête pour commencer une nouvelle vie. C’était une nouvelle chance qui s’offrait à moi. Alors, chaque semaine, il fallait que je me force à faire quelque chose, une chose que je n’avais encore jamais faite -et elles étaient nombreuses – : je voulais essayer de leur ressembler, mais serait-ce  possible ? Qu’est-ce qui, au fond, pouvait bien me correspondre ? J’étais confuse par rapport à ce que j’étais vraiment et à celle que je voulais être, et lui, en une semaine, pensait déjà pouvoir me connaitre.

  • C’est là, un peu plus loin. Tu as faim ?

Je le regardais, toujours étonnée, j’acquiesçai d’un hochement de tête. Il y avait du monde dans la rue, Baptiste marchait vite, bien trop vite pour que je puisse m’imprégner de l’atmosphère des différentes rues qu’on ne faisait que traverser.

  • On y arrive, Samia.

Samia, c’était mon prénom. Baptiste ne l’utilisait presque jamais, il m’appelait « Sam ». Je commençai à ressentir une petite boule se former au creux de mon estomac : cet air pressé qu’il n’avait jamais, ce pas décidé et fonceur, mon prénom …

  • On y est, regarde, c’est Halal !
  • à Lal ?

Je le regardais avec deux yeux ronds. Lal ? C’était qui, Lal ? Face à mon expression interrogative, il poursuivit :

  • Halal, c’est de la nourriture halal, là.

Il me désigna d’un mouvement de tête la petite cabane dans laquelle un homme préparait des sandwichs. Je levai la tête, et lus : « Halal food ».

  • Et ?

Son regard perdit un peu d’assurance, il se mit à regarder ses chaussures, un peu gêné.

  • Je me suis dit … comme tu t’appelles Samia … que tu viens d’arriver dans le pays … que tu devais manger halal.

Je le fixai, et compris tout à coup sa pensée. Il devait s’imaginer que je venais d’Irak ou de d’Afghanistan, à cause de mon prénom et de mon teint. C’est vrai que je ne lui avais jamais dit d’où je venais, je lui parlais peu de moi. Loin de me vexer, cette recherche d’attention me toucha, mais il était peut-être temps de lui parler un peu de moi.

  • Baptiste … je viens de Suisse, et … je suis végétarienne …