[Docu / fiction] »[Dé]connexions » et « Caméléon », Christine Deroin.

Aujourd’hui je vous présente deux livres parus aux éditions le Muscadier, dans la collection « Saison psy », dirigée par Christine Deroin.

Le premier, (Dé)connexions, s’intéresse à l’addiction aux écrans.

9791096935512-755x1024

Manon, Clément et Enzo sont trois adolescents. Manon veut devenir créatrice de jeu et piaffe d’impatience. Enzo est accro aux jeux en réseau et aux jeux d’énigmes, et son mal-être le pousse à s’identifier à ses avatars. Clément vient de perdre le chien de son enfance et ne trouve d’oreilles compatissantes que parmi les adeptes des réseaux sociaux.

Trois expériences différentes qui démontrent la complexité et la diversité de ce qu’on appelle communément l’addiction aux écrans.

L’addiction aux écrans n’est pas une nouveauté. Sa dangerosité a déjà été démontrée plus d’une fois mais les écrans continuent à prendre de plus en plus de place, plus encore pendant cette période de confinement pendant laquelle les enfants / adolescents sont chez eux. Récemment, j’ai lu que les ventes de jeux vidéos sont en pleine expansion depuis un mois…

Il faut dire qu’ils ont tout pour attirer.  Face à l’écran, on oublie un peu le monde qui nous entoure, on se crée une nouvelle famille virtuelle qui nous apparait rapidement comme essentielle, on se sent moins seul. Le temps passe à toute vitesse, tellement que les nuits raccourcissent, ce qui a des conséquences sur la vie quotidienne et la santé (fatigue, mauvaise alimentation, irritabilité, etc). On a aussi tendance à faire facilement confiance à la personne avec laquelle on discute, alors qu’on ne la connait pas… et qu’elle peut nous faire croire ce qu’elle veut. Le livre illustre très bien ces dangers.

Notons que, contrairement à ce qu’on croit, l’addiction aux jeux vidéos ne concerne pas que les garçons, comme le prouve la présence de Manon.


Le second, Caméléon, traite du trouble Asperger.

9791096935529-755x1024

Alice est une adolescente que tout le monde a toujours qualifiée de haut-potentiel sans reconnaître la profondeur de son malaise et son véritable trouble Asperger. Un déménagement et un changement de collège vont la déstabiliser et faire jaillir sa personnalité d’ovni (« objet vivant non intégré »), comme l’appelle sa sœur.

Son admiration pour Fanny, la star de la classe, et sa volonté de lui ressembler en tout point pour être aimée, vont faire exploser ses repères et la mettre en danger.

Le trouble Asperger chez les filles est rarement diagnostiqué dans l’enfance. Le déceler tôt permettrait d’aider les adolescentes à s’épanouir, et aiderait leur entourage à l’accepter.

J’ai adoré lire ce livre et découvrir le cheminement d’Alice. Cette dernière a dû mal à comprendre les codes de la vie en société et s’intègre difficilement. Les ados s’agacent de la voir s’imposer si maladroitement et les adultes aimeraient qu’elle fasse plus d’efforts… comme si c’était sa faute ! La souffrance de l’adolescente est réelle.

 


 

Ces livres sont vraiment des mines d’or indispensables pour comprendre les problèmes et les enjeux de notre société. Les histoires sont vraisemblables, les analyses pertinentes et les aides réelles. Ils peuvent convenir à toute la famille : les adolescents y trouveront des reflets de leurs vies, sans avoir le sentiment désagréable d’être jugés, et les parents des explications grâce aux interventions des spécialistes.

« La collection Saison psy traite de problématiques liées au quotidien et aux questionnements des adolescent·e·s. Les aspects psy et bien-être ne sont jamais abordés l’un sans l’autre, de telle manière que les réponses données au fil des pages permettent d’alléger voire de dissiper totalement le désarroi des lecteurs et des lectrices face à certaines situations compliquées de la vie.

Chaque livre propose une double approche de la thématique : sous forme de fiction, d’une part, et sous forme documentaire, d’autre part. Tous les titres de la collection sont découpés en épisodes – constitués chacun d’un chapitre du récit et d’une analyse psychologique – qui forment un ensemble cohérent, comme une saison complète d’une série TV dans laquelle les personnages auraient le droit à une séance psy à la fin de chaque épisode pour mieux décortiquer leurs actions et leurs comportements.

Au fil des saisons, chacun·e trouvera des réponses pour mieux aborder les maux qui jalonnent l’existence d’un·e ado d’aujourd’hui.. »

[Jeunesse ] Maman les p’tits bateaux, Claire Mazard

sans-titre

 

Marie-Bénédicte a 12 ans. Pour son anniversaire, ses parents lui offrent un ordinateur. À cet ordinateur, elle va confier son terrible secret : depuis cinq mois, tous les mercredis après-midi, son oncle Laurent – le jeune frère de sa mère avec qui elle a passé de si belles vacances lorsqu’elle était enfant – abuse d’elle sexuellement.

Elle écrit son mal-être, sa souffrance, son sentiment de culpabilité, son découragement devant son entourage qui ne peut ou ne veut rien voir. Mais comment briser le silence ?

Mon avis :

Vous connaissez peut-être déjà ce livre puisqu’il est paru une première fois aux éditions Casterman, en 2000. C’est une très bonne chose car sans cette réédition je serais passée à côté, ce qui aurait été vraiment dommage.

Marie-Bénédicte est régulièrement violée par son oncle. Un oncle qu’elle idolâtrait plus jeune et qui a commencé à poser un regard différent sur elle quand ses formes sont apparues. Elle a essayé d’être moins belle, elle a même rasé ses cheveux qu’il trouvait si longs et si doux… En vain. Cela lui aura valu les cris de sa mère et une convocation au bureau de la CPE, mais aucun effet répulsif sur l’oncle.

La jeune adolescente n’ose pas en parler, alors elle l’écrit, sur le nouvel ordinateur qu’on vient de lui offrir et avec lequel elle ne sait pas quoi faire un premier temps. Pourquoi ne rien dire ? Tout d’abord parce qu’il lui interdit. Puis, parce qu’elle n’ose plus. Dans la famille, tout le monde l’aime, l’oncle Laurent. Mais ses appels à l’aide finiront par être entendus.

C’est un livre au thème dur, puisqu’il parle d’inceste mais qui est très bien écrit. Pas de détails sordides, rien de tout ça, rassurez-vous, ce qui en fait une lecture tout à fait adaptée aux adolescents.

Autre roman de l’autrice chroniqué sur le blog :

[Jeunesse / ado] Jours de soleil, Claire Mazard

 

[Jeunesse] Barjoland, Jean-Luc Luciani

7Rk7kihTjjsHhnbLfPF41Ngl6Ak

L’univers de Damien bascule le jour où il apprend, d’une part, que les Américains ont élu Donald Trump à la tête des États-Unis et, d’autre part, que sa mère envisage de refaire sa vie avec un psy qui anime une émission de radio destinée aux adolescents.

Entouré de ses amis proches, des lycéens connectés en permanence, il va tout faire pour tenter de discréditer le psy aux yeux de sa mère… jusqu’à commettre l’acte de trop et frôler la folie à son tour.

Mon avis :

Voici un roman qui se déroule en 13 actes, du 18 novembre 2016 au 31 décembre de cette même année.

Damien vit avec sa mère. Son père est décédé un an plus tôt. Depuis quelques temps, sa mère fréquente un homme, Colvert. C’est un psychologue pour adolescent, très connu pour son émission Ados rebelles, des problèmes à l’appel : comme si Damien avait besoin de ça ! Entre les deux, le courant ne passe pas. Damien multiplie les provocations, plus ou moins graves, tandis que Colvert reste calme, en apparence. La mère, quant à elle, navigue à vue.

De son côté, le professeur Gallois est perplexe. L’élection de Trump, c’est le début de quelque chose. Ou la fin. Il se demande comment il va pouvoir parler de ce coup de massue à ses élèves, certainement avides d’en discuter. Mais il déchante vite : ses élèves s’en moquent complètement. Ils ne s’intéressent qu’aux notes et vont en faire la risée des réseaux sociaux. Quant au proviseur – il travaille dans un établissement privé –  il ne voit pas ses discours d’un bon œil.

D’un côté, la colère d’un adolescent. De l’autre, celle d’un adulte. Dans les deux cas, ils veulent ouvrir les yeux à leur entourage, plus ou moins proche, mais ils font face à l’indifférence. Alors ils continuent, sans savoir jusqu’où ils peuvent aller… Les limites sont fluctuantes, la folie tantôt s’exprime, tantôt reste sous-jacente.

La folie, c’est bien l’idée que l’on retrouve sur cette couverture, comme dans le titre d’ailleurs. Dans les deux cas, la folie est la conséquence de l’indifférence ou d’une colère qui ne trouve pas d’apaisement. Le monde, pour eux, ne tourne plus rond. Un monde de barjos. Barjoland. Pourtant Damien, comme Gallois, sont à l’origine comme n’importe quel autre adolescent ou n’importe quel  autre adulte. Ainsi, la folie peut toucher tout le monde. D’ailleurs elle s’immisce aussi, dans une moindre mesure, dans les comportements d’autres personnages (comme Colvert avec sa manie que tout soit bien rangé).

Un roman fort publié aux éditions Le Muscadier, collection Rester Vivant ! 

D’autres romans de l’auteur :

[Jeunesse / ado] Station sous-paradis, Jean-Luc Luciani

 

 

 

[Docu/fiction] Anomalie : au secours ma mère boit ! Christine Deroin

Les éditions Le Muscadier lance une nouvelle collection « Saison Psy », dirigée par Christine Deroin. 

« La collection Saison psy traite de problématiques liées au quotidien et aux questionnements des adolescent·e·s. Les aspects psy et bien-être ne sont jamais abordés l’un sans l’autre, de telle manière que les réponses données au fil des pages permettent d’alléger voire de dissiper totalement le désarroi des lecteurs et des lectrices face à certaines situations compliquées de la vie.

Chaque livre propose une double approche de la thématique : sous forme de fiction, d’une part, et sous forme documentaire, d’autre part. Tous les titres de la collection sont découpés en épisodes – constitués chacun d’un chapitre du récit et d’une analyse psychologique – qui forment un ensemble cohérent, comme une saison complète d’une série TV dans laquelle les personnages auraient le droit à une séance psy à la fin de chaque épisode pour mieux décortiquer leurs actions et leurs comportements.

Au fil des saisons, chacun·e trouvera des réponses pour mieux aborder les maux qui jalonnent l’existence d’un·e ado d’aujourd’hui.. »

Je vous propose de découvrir cette nouvelle collection avec le livre « Anomalie », qui traite de l’alcoolisme chez la femme.

9791096935420-165x250

Présentation :

Julie, 14 ans, est une collégienne sans histoire. Mais sa petite vie tranquille prend un tournant inattendu lorsqu’elle se rend compte que sa mère est alcoolique. Pour mieux analyser et comprendre la situation, elle va avoir besoin d’aide…

Construite comme une série, cette fiction déroule une succession d’épisodes, chacun ponctué par l’intervention d’une psychiatre spécialisée, qui permettent de rompre le cou aux idées reçues sur l’addiction à l’alcool.

Mon avis :

J’ai beaucoup aimé ce premier opus, décliné en épisodes qui retracent le parcours d’une femme qui tombe dans l’alcoolisme progressivement et qui va, aidée par sa famille et des professionnels, essayer de s’en sortir.

Julie, sa fille, est la première à se rendre compte que quelque chose cloche : sa mère a le regard vitreux, elle n’a pas un comportement habituel. C’est en fouillant dans la maison, sans vraiment savoir quoi chercher, qu’elle va comprendre. En effet, elle trouve une bouteille d’alcool dans le placard des toilettes. Un choc pour l’adolescente qui ne sait ni quoi en penser, ni quoi faire, qui va osciller entre la honte et l’envie de l’aider.

Chaque épisode est suivi du « mot de la psy ». Ainsi, les différents épisodes (et donc les différentes étapes) sont décryptées et analysées. On apprend beaucoup de choses, notamment que les enfants se rendent souvent compte avant les adultes que quelque chose cloche…

A la fin, on trouve en annexe une liste d’associations joignables pour parler du sujet.

En bilan : cette collection devrait rapidement s’imposer dans les librairies. Par le biais d’une histoire intéressante à suivre, et réelle, elle nous aide à comprendre les mécanismes d’un fait de société, en l’occurrence l’alcoolisme chez la femme. L’adolescent peut y trouver des réponses à ses interrogations. En outre, s’il est concerné, il y a ce petit côté rassurant qui lui souffle « tu n’es pas seul, tes réactions sont normales ».

 

[Jeunesse] Le silence du serpent blanc, Arnaud Tiercelin

 

517Ki4Q14XL._SX195_

Depuis trois ans, dans mon pays, on a un roi. Et on ne parle plus. On ne chante plus. On n’a plus le droit. On murmure à peine quelques mots. Même les oiseaux se taisent. Depuis trois ans, la vie est si triste ici. Et puis, est arrivée Pamina. C’est une nouvelle dans ma classe. Elle est belle et, avec elle, je me sens pousser des ailes. Le silence a trop duré. Je veux combattre notre roi.

Mon avis :

Gros coup de cœur pour ce roman que j’ai dévoré hier soir.

Thibault, à l’instar des autres habitants de son pays, doit vivre dans le silence : la musique est interdite, les rires aussi, et même la parole est modérée : attention à ne pas dépasser le nombre de mots accordés par jour ! Dans chaque maison (même dans les établissements publics et privés) une caméra veille au bon respect des règles. Si un délit est constaté, la caméra vire au rouge, s’affole, et les militaires débarquent.

Thibault n’aime pas cette loi à laquelle tout le monde semble obéir sans oser la remettre en cause . Et qui est ce roi qui vole toutes les libertés ? Et où est parti son père, qui n’est pas rentré depuis plusieurs semaines ?

Mais, un jour, Pamina arrive dans la classe de Thibault. La jolie Pamina, qui se déclare « reine du bruit », qui semble avoir le droit de ne pas respecter les mêmes règles que les autres enfants, et qui intriguera très vite notre narrateur… Serait-elle porteuse d’espoirs ?

Ce texte est très bien construit. On s’interroge tout au long sur Pamina : qui est-elle ? Existe-t-elle vraiment ? Est-elle un être réel ou fantastique ? Bien sûr, on s’interroge aussi sur l’absence du père, qu’on imagine être emprisonné quelque part pour ne pas avoir obéi… Autre interrogation : pourquoi céder si facilement à cette loi qui impose le silence ?

Autre point fort de ce roman : la couverture. Je la trouve magnifique. Elle me fait penser aux univers un peu loufoques de Tim Burton, et elle sied très bien au texte.

Enfin, la musique a une place importante dans ce roman, puisqu’elle est synonyme de liberté et de délivrance. Si j’ai adoré l’histoire, j’ai trouvé la fin magistrale, jusqu’au dernier mot.

Avec Le silence du serpent blanc, Arnaud Tiercelin signe aux éditions Le Muscadier, dans la collection Rester Vivant un excellent roman, aux allures de conte mi-loufoque mi-philosophique.

 

Jeunesse / YA] Juliette et Roméo, Yves-Marie Clément

 

julietteetroméo

Guyane 1916. Juliette, 16 ans, est fiancée à un homme de quinze ans son aîné qu’elle n’aime pas. Roméo est un bagnard de 22 ans qui cherche à retrouver la jeune métisse dont il s’est épris. Juliette et Roméo ne se connaissent pas, tout les sépare. Pourtant, le soir de la fête pour annoncer le mariage de l’adolescente, un seul regard suffit à faire naître les sentiments entre les deux jeunes gens… Dès lors, ils n’auront de cesse que de se retrouver. Leur amour parviendra-t-il à les réunir ?

Yves-Marie Clément nous livre ici une réécriture détonnante du Roméo et Juliette de Shakespeare, dans un décor au délicieux goût d’exotisme.

Mon avis :

Tout le monde connait le roman de Shakespeare, Roméo et Juliette, ou tout au moins l’histoire d’amour tragique qui aura uni ces deux amants qui ont eu le malheur de naitre dans deux familles ennemies.

Se frotter à ce classique pour une adaptation est risqué : l’histoire est déjà tellement belle, puissante, elle transmet  un message fort… Mais, cela n’a pas effrayé Yves-Marie Clément, auteur jeunesse connu et reconnu, qui s’est même payé le luxe de transposer l’histoire en Guyane, du côté du bagne, sous fond de premier guerre mondiale.

Et alors ? Réussite ou échec ?

Réussite, ma chère / mon cher !

Entre les deux personnages, c’est tout de suite le coup de foudre. Pourtant, à première vue, ils n’ont pas grand chose en commun : Juliette est fiancée à un officier, Rodolphe, parti à la guerre mais, surtout, c’est la fille du commandant du bagne, tandis que Roméo en est l’un des prisonniers…

Rapidement, ils n’auront qu’une obsession : se retrouver pour vivre leur amour…

L’histoire est aussi écrite en actes, et on attend le dénouement avec impatience, avec une question, tout au long des pages, à laquelle on essaie de répondre : leur destin sera-t-il aussi tragique que celui des personnages originels ?

Un roman qui pourrait être une bonne lecture cursive en 4ème ou en 3ème !

A découvrir aux éditions Le Muscadier !

 

 

 

 

 

 

D’autres romans de l’auteur :

[Jeunesse] Le réveil de Zagapoï, Yves-Marie Clément

[Jeunesse]La peau noire des anges, Yves-Marie Clément

[Jeunesse] Moins que rien, Yves-Marie Clément

[Jeunesse / YA] Le prix de chaque jour, Mireille Disdero

 

CVT_Le-prix-de-chaque-jour_2006

 

Laurie, 16 ans, rentre de vacances avec sa mère. Pendant le trajet, elles ont un accident. Le choc est violent, le résultat aussi : l’adolescente est transférée en urgence à l’hôpital Nord de Marseille. Là, un autre choc l’attend : « Face au miroir… je me suis observée.… Tout semblait normal, le nez, les yeux, un bandage léger.… Mais quand j’’ai souri à mon reflet, avant de retourner dans la chambre, il m’’a renvoyé la moitié de moi-même seulement… qui souriait. »

Laurie va-t-elle se laisser submerger ou, au contraire, se battre pour guérir et sourire à nouveau en entier ? Son amie Claudia et son copain Fred, amoureux d’elle depuis l’’enfance, ainsi qu’’une vieille dame seule au monde, vont l’aider dans son combat, chacun à sa façon.

Mon avis :

Comment réagirions-nous en réalisant qu’une partie de notre visage est devenue immobile ? Que notre sourire n’est qu’une moitié de lèvres qui se hissent ? Comment se reconstruire ? D’ailleurs, le veut-on vraiment ? Voici une série de questions auxquelles Laurie va devoir répondre, alors qu’elle s’en serait bien passée.

Laurie est en vacances avec sa mère. Le mauvais temps étant de la partie, elles décident de rentrer plus tôt que prévu : une bonne nouvelle pour Laurie, puisqu’elle pourra ainsi revoir un jeune garçon qui l’a prévenue : il ne l’attendra pas éternellement.

Emmenée aux urgences, elle ne doit pas seulement faire face à ce défigurement suite à l’opération : sa mère a été transférée dans un autre hôpital. Heureusement, elle a du soutien autour d’elle : le personnel de l’hôpital, mais aussi Claudia et Fred, qui organisent même pour elle des fugues nocturnes, et une autre patiente

Un jour, on lui apprend que la partie fixe de son visage risque de s’affaisser, puisqu’elle n’est plus musclée. S’offre alors à elle un choix : accepter la chirurgie esthétique ou rester dans cet état, en espérant secrètement que les muscles de son visage finissent par se réveiller.

Dans sa chambre d’hôpital, l’adolescente aura le temps de réfléchir à sa vie et à ses choix.

Un beau roman sur la reconstruction.

Une publication parue au Muscadier, collection Rester Vivant !

Autre roman chroniqué de l’autrice :

[Jeunesse / ado] Orient extrême, Mireille Disdero

[Jeunesse/ado] L’école me déteste, Julie Jezequel et Baptiste Miremont

 

9791096935246-165x250

« Dès la première récréation, j’ai compris que ma vie ne tenait qu’à un fil. Éric s’est affirmé tout de suite comme le roi de la cour. Il a organisé deux équipes de foot, les plus grands d’un côté, les plus petits de l’autre. Inutile de préciser de quel groupe je faisais partie. Les filles, elles, sont allées jouer plus loin, à côté de la barrière. Les règles du foot, normalement, tout le monde les connaît. Pas celles décidées par Éric. Il confond foot et bowling. Lui et son équipe étaient des lanceurs, et nous, les plus maigres, on était les quilles. »

Mon avis :

Les romans sur le harcèlement scolaire commencent à être nombreux, ce qui n’est pas une mauvaise chose. C’est un fléau difficile à endiguer, dont on doit parler. Le point important de ce livre est de montrer que cela peut se produire dès l’école primaire, n’importe où.

Ferdinand est en CM1, il a sauté une classe. Malheureusement pour lui, il devient la cible d’Eric, un grand gaillard de sa classe qui ne semble connaitre que le langage des poings. Dans la cour, il est le roi. L’enseignante, « Madame « Grosses fesses », ferme les yeux sur son attitude et quand Ferdinand vient se plaindre, elle prétend qu’il affabule,que tout se passe bien, que c’est lui qui n’est pas adapté.

Le petit garçon va finir par en parler à ses parents. Aussitôt, la mère se rend dans la classe de l’enseignante, et elle en ressort rassurée. Pourtant, quand Ferdinand arrive à son tour en classe, la sanction tombe : il doit rester dans la classe pendant la récréation : une drôle de façon de le protéger.

A la cantine, ce n’est pas mieux. Un homme, Roland, est chargé de venir surveiller les lieux. Toujours accompagné de sa bouteille de vin rouge, il passe son temps à crier et à insulter les élèves. Il va même jusqu’à les faire manger dans un cagibi s’ils font trop de bruit (faire tomber un couvert suffit).

Les parents de Ferdinand ne baissent pas les bras : ils contactent l’inspection académique, se tiennent au courant de tout ce qu’il se passe mais ils comprennent rapidement qu’ils ne peuvent rien faire, à part changer leur enfant d’école.

L’enseignante m’a vraiment agacée : elle punit Ferdinand pour rien, met des bonnes notes à tous les élèves pour ne pas être importunée par les adultes, n’ose pas s’en prendre à Eric car elle craint la colère de ses parents, notamment du père qui est violent. Quant à Roland, il devrait savoir qu’il est interdit d’apporter de l’alcool dans une école (je ne comprends pas d’ailleurs ce qu’il fait là, un maire avec un minimum de cerveau ne devrait pas envoyer un homme connu pour son penchant pour la boisson dans une école primaire).

L’histoire de ce roman est intéressante. Elle illustre bien la façon dont un enfant peut devenir, sans raison apparente, un bouc-émissaire et comment un seul élève peut gâcher la scolarité d’un camarade, sous les regards silencieux des autres, soulagés de ne pas être à la place de l’élève harcelé. On comprend à demi-mot qu’Eric ne fait que reproduire le schéma qu’il voit chez lui, j’aurais bien aimé qu’on parle un peu plus de ses parents.

Un roman paru dans la collection « Rester Vivant », aux éditions Le Muscadier : n’hésitez pas à aller y lire les premières pages !

[Jeunesse/ado] Je les entends nous suivre, Florence Cadier

9791096935130-755x1024

Quand Léo rencontre Léonore à son cours de boxe, c’est le coup de foudre. Le jour de ses 15 ans, il décide de l’embrasser.

Mais à cette même soirée, il y a Robin, visage fin, yeux d’or. Un Robin envoûtant. Léo se laisse aller entre ses bras. Pourquoi a-t-il succombé, lui qui, une heure auparavant, n’avait d’yeux que pour Léonore ? Comment vivre la relation avec un garçon quand on a peur du regard de sa famille, de ses amis ? Comment accepter cet amour plus fort que tout ? Faut-il le cacher ou le vivre au grand jour ?

Jusqu’au jour où, lors d’un bal de village, Robin et Léo se font agresser par des jeunes à cause de leur liaison…

Il est temps alors de mettre des mots sur cette relation.

Mon avis :

Le texte commence par un court chapitre de deux pages. Deux garçons courent, insultés par d’autres personnes (« salopes », « pédales »). Ils ont peur et ont malheureusement raison : quelques secondes plus tard, ils se font tabasser.

Puis, le texte revient un an plus tôt. Léo, le narrateur, va organiser une fête chez lui pour ses quinze ans. Il sait que ce sera le bon moment pour embrasser Léonore, une amie avec laquelle il boxe, et surtout dont il s’est entiché. La soirée se passe bien, tout le monde s’amuse, l’alcool est présent malgré l’interdiction des parents. Léo parvient enfin à poser ses lèvres sur celles de la jeune fille… jusqu’à ce qu’on l’appelle. Robin, que Léo rencontre pour la première fois, fait un malaise à cause de l’alcool. Léo décide de l’emmener dans sa chambre et renvoie tout le monde chez lui. Puis, tout s’est enchainé, comme si c’était une suite logique : Léo s’est allongé à côté de Robin et les deux garçons se sont embrassés.

« Je fonds. Que m’arrive-t-il ? Jamais encore je n’ai éprouvé aussi fort ce sentiment. Même avec Léonore. C’est donc ça un coup de foudre ? »

Des mois plus tard, Léo et Robin sont toujours ensemble. Si Robin n’a pas peur d’afficher son homosexualité face à ses amis, Léo est mal à l’aise. Le regard des autres le gêne, il ne se sent pas suffisamment fort pour l’affronter. Un décalage se creuse entre les deux garçons. Un jour, alors que Robin a invité Léo chez lui (il l’a présenté comme étant un ami), ce dernier est reparti rapidement quand Robin s’est montré plus entreprenant dans sa chambre : il craignait que quelqu’un entre dans la pièce. Première cassure. Alors, l’histoire entre Robin et Léo va-t-elle survivre à l’attaque dont ils ont été victimes ?

Voici un très bon livre que j’ai dévoré. On sait dès le début du roman que la relation entre Léo et Robin ne sera pas un long fleuve tranquille, simplement parce qu’ils s’aiment et qu’ils sont du même sexe. Nous découvrons ce qui s’est passé avant ce passage à tabac mais aussi après, comment Léo va guérir de ses blessures, physiques et morales (essayer en tout cas).

C’est un roman qui parle de l’homophobie, mais pas seulement. Florence Cadier nous esquisse les contours d’une histoire d’amour, le coup de foudre qui unit deux personnes qui s’aiment profondément et qui se sont trouvés comme si leur histoire était une évidence. L’accent est aussi mis sur le regard des autres : Léonore vivra mal la découverte, ainsi que Lucas, le meilleur ami de Léo, comme si le fait d’aimer un garçon changeait quelque chose à la personnalité de son ami… La réaction des parents de Léo était intéressante à lire aussi.

En résumé : un très bon roman qui parle de l’amour, de l’homosexualité, et du regard des autres.

Le livre est paru aux éditions Le Muscadier, collection Rester Vivant !

Première page à lire ici !

 

 

 

 

 

 

[Jeunesse ado / YA] Plastique apocalypse, Arthur Ténor

 

9791096935093-753x1024

À l’origine, le Plastivorax était une formidable avancée en biotechnologie. Côté pile, on allait traiter sans résidu ni pollution tous les déchets en plastique de la Terre. Côté face, son inventeur empocherait des milliards de dollars. Mais c’était sans compter avec le petit détail qui tue. Une broutille que refusa de voir cet apprenti sorcier qui croyait tout maîtriser, jusqu’aux lois de la nature. Résultat : rien moins que la fin du monde – enfin… tel que nous le connaissons.

Mon avis :

Le Plastivorax, qu’est-ce que c’est ? Une découverte qui changera le monde promet Richard Buttler, le PDG de Bio Tech Ingénierie. Il ne croit pas si bien dire.

Minuscule créature, inoffensive en apparence, le Plastivorax se nourrit de plastique en transformant ce dernier en un composé carboné : le rêve ! Finie la pollution ! La méthode ? Grâce à la chaleur, la bactérie se réveille. Elle contient un gène qui lui permet de se développer très rapidement, entrainant l’arrivée de milliards de minuscules créatures, ce qui rend la destruction du plastique très rapide. Autre point fort : un autre gène réduit sa vie à une dizaine de minutes, ce qui veut dire qu’une fois le travail terminé, les bactéries meurent. C’est ainsi que le PDG présente la découverte de Dimitri Karadine sur un plateau télé, se l’appropriant. Face à son écran, Dimitri Karadine fulmine. Mais, il n’a pas le temps de se lamenter sur le vol de son idée : quelqu’un sonne à la porte de sa maison, un de ses collègues. Il a découvert des spores de Plastivorax, ce qui signifie que la bactérie ne meurt pas, elle sommeille, et il suffit d’un peu d’eau pour la réanimer.

Dans un monde où règnent le plastique et l’envie de s’enrichir peu importe les conséquences, le danger approche à grand pas. Les bactéries mangent tout le plastique sur leur passage, provoquant des perturbations, des incendies puis des catastrophes. Elles se rapprochent d’ailleurs des centrales nucléaires…

Comment ne pas se sentir concerné par le sujet ? La pollution n’est plus à démontrer, les océans se transforment en décharge de plastique, nous ne savons plus quoi faire des déchets que nous surproduisons. J’ai un gros coup de cœur pour ce roman. Arthur Ténor capte très rapidement notre attention et signe ici une fable percutante. Bravo ! Ce roman trouvera sa place dans les CDI de nos établissements scolaires et devrait plaire à nos élèves (je pense notamment aux 3èmes).

Pour celles et ceux qui ont le livre (les autres, il faudra vous le procurer), j’ai beaucoup aimé à la page 69 la remarque sur les accords internationaux… une petite phrase qui semble simple mais qui, selon moi, ne peut que nous amener à nous interroger sur notre futur.

Retrouvez les premières pages sur le site de la maison d’édition Le Muscadier !

Autres romans parus dans la collection Rester Vivant :

[Jeunesse / ado] A la belle étoile, Eric Sanvoisin

[Jeunesse] Le réveil de Zagapoï, Yves-Marie Clément

[Jeunesse/ ado] Trouver les mots, Gilles Abier

[Jeunesse/ YA] Emma, Tess Corsac