[Jeunesse] « Noémie Superstar » et « Voilà comment je suis devenu un héros » d’Anne-Laure Bondoux

Aujourd’hui je vous présente deux petits livres de la collection « Mini Syros roman », aux éditions Syros. Ces romans ont été écrits par Anne-Laure Bondoux, ce sont des rééditions. Les illustrations sont de Julia Wauters.

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Un film va être tourné au village ! C’est la boulangère qui a montré l’annonce à Noémie : « Pour les besoins du film, la production recherche des enfants entre sept et neuf ans. Envoyer une photo… » Noémie aimerait bien jouer la star, mais elle n’y croit pas trop… Car avec ses lunettes, elle ne se trouve pas assez jolie !

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Comment je suis devenu un héros ? Par hasard, ou presque, en tombant amoureux le jour de la rentrée et en m’attirant les foudres de Philibert Brock, le nouveau caïd de la classe, puis en rencontrant le vieux Gégé… Mais pour tout savoir, lisez plutôt mon histoire !

Ce sont deux romans que les enfants peuvent lire dès 8 ans. Des thèmes communs s’en dégagent : le regard des autres, le regard aussi qu’on porte sur soi, la confiance, la popularité, des thèmes bien familiers aux enfants. Les histoires finissent bien et sont plutôt pleines d’optimisme : de quoi rassurer leurs lecteurs ! A découvrir !

[Jeunesse / ado] Orient extrême, Mireille Disdero

Couverture du livre "Orient extrême" - Mireille Disdero - ISBN 979-10-90685-76-5

 

« Ici, les larmes ne font pas partie de la vie. Mais tout est trempé comme si on pleurait sans cesse. Ici, je n’ai pas peur de m’enfoncer dans la boue qui me sépare de ma sœur… pour la retrouver. »

Après avoir été envoyée en Malaisie comme domestique, une adolescente cambodgienne revient en catastrophe dans la ferme des parents. Elle est sous le choc. Que lui est-il arrivé, de l’autre côté de la mer ?

À travers cinq récits courts ou longs, on plonge en Asie du Sud-Est (Vietnam, Cambodge, Indonésie, Malaisie, Thaïlande) dans la vie de certains adolescents. Alors, on est confronté à la pauvreté, à la maltraitance des plus jeunes, mais aussi à l’engagement et à la nécessité de construire un monde plus juste.

Mon avis :

Orient extrême est un recueil composé de cinq nouvelles, qui se font échos. Un point commun s’en dégage rapidement : la puissance de mots et de textes.

Le livre s’ouvre sur la nouvelle « l’infiniment petit ».  Une nouvelle très courte (2 phrases, 4 lignes) mais déjà puissante, qui nous emmène au Vietnam. Pour vous donner une idée :

« L’ombre et la tiédeur se faufilent entre les murs.

Deux fillettes assises dans la rue, les cheveux mouillés, sombres et brillants, jouent à la coiffeuse, cherchent la petite bête et l’écrasent entre deux doigts ».

Puis, c’est autour du Cambodge avec « Do you want a cup of tea » ? J’ai adoré cette nouvelle, la plus longue de toutes, et certainement ma préférée. Deux sœurs, Sinoun et Sinath. Sinoun a été achetée en échange d’un sac de riz, d’un peu d’argent, et d’un téléphone portable made in china. Elle a été envoyée en Malaisie pour un soi-disant travail de domestique, le nom correct donné à l’esclavage.Un jour, elle a craqué et est revenue, complètement changée. Elle ne prononce plus qu’une seule phrase « do you want a cup of tea ? » et a été vue dansant nue sur la place du marcher, invitant les hommes à la suivre dans les rizières. Depuis, elle vit dans une cabane au fond du jardin. Son père la voit comme la honte de la famille, les autres comme la cause de tous les malheurs. Pourtant, elle ne fait que reproduire, sans pouvoir s’arrêter, le comportement qu’on l’a obligée à adopter en Malaisie. Que lui est-il réellement arrivé là-bas ? Pourra-t-elle redevenir la jeune fille qu’elle était avant ?

Après le Vietnam, la troisième nouvelle nous emmène en Indonésie : une nouvelle surprenante et glaçante, « Ruelles obscures ».

« Dans le cratère » nous envoie en Indonésie, à Bali. Notre narrateur a 18 ans, il est revenu seul avec son sac à dos à la recherche d’une jeune fille qu’il a croisé un mois plutôt, quand il était venu avec ses parents « Une enfant. Intouchable. Mais tous pouvaient la toucher moyennant quelques pièces« . Peut-il encore la sauver ?

Enfin, le recueil se clôt sur une nouvelle courte « Chienne de vie ». Un joli texte qui permet de terminer sur une note d’optimisme.

En résumé : Cinq nouvelles réussies, une écriture parfaitement maitrisée, percutante, aux mots puissants. Un livre à découvrir.

Retrouvez Orient extrême sur le site de la maison d’édition Le Muscadier, collection « Rester vivant » !

[Ado] Des poings dans le ventre, Benjamin Desmares

Au collège, Blaise laisse parler ses poings : « Ba-Ba-Bam ». Et quand il finit par être viré, cette violence se répand dans les rues et jusqu’à chez lui. Mais au-delà du délinquant, Blaise est aussi un adolescent torturé, poursuivi sans relâche par ses angoisses et sa colère. Dans ce récit court et nerveux à la deuxième personne du singulier, Benjamin Desmares interpelle ouvertement son lecteur pour le faire réfléchir sur un thème contemporain très fort.

Mon avis :

Voici un livre qui m’a frappée dès les premiers mots que je ne peux m’empêcher de vous recopier :

« La cour est calme. Il a plu tout à l’heure, pendant le cours de physique. Le sol est encore humide. Luisant. Un vent froid hante les coursives. Il est 13 h 30. Le dos contre le mur du bâtiment de sciences, tu écoutes.

Tu es seul. Premier à sortir le midi, premier à rentrer chez toi. Premier aussi à remettre les pieds dans cet endroit que tu détestes. Ici ou chez toi, après tout, n’est-ce pas la même chose ?

Tu entends leurs bruits bien avant de les voir. C’est drôle, semaine après semaine, il y a toujours des rires. Malgré tout. Ils oublient vite. Tu les vois arriver, ils sont là, ils rient et se bousculent. Bientôt la cour en sera pleine. Alors, tu pourras faire ton choix. »

Blaise ne connait qu’une façon pour laisser exprimer ses émotions : il frappe. Sa signature ? Trois coups dans le ventre « Ba-Ba-Bam », une technique fiable et bien rodée. Le matin, quand il arrive au collège, son regard parcourt l’ensemble des élèves jusqu’à ce qu’il s’arrête sur le visage de celui qui sera sa victime. De la violence gratuite. Quand il est exclu du collège, il retrouve des « copains » à lui, qui trainent eux aussi. Ils se tiennent compagnie en buvant de la bière, parfois aussi en fumant de l’herbe. Quand Blaise rentre chez lui, il se retrouve seul avec sa mère. Et là aussi la violence finit par sortir. La nuit, il est tourmenté par des cauchemars mais refuse d’admettre qu’il connait la peur. Mais quel est ce sentiment alors qui le ronge face à cet homme cagoulé qu’il croise de plus en plus souvent, alors qu’il déambule la nuit ?

Sous ses airs de gros dur, Blaise cache un profond malaise. Ses angoisses ressurgissent la nuit sous forme de cauchemars, et pour ne plus y penser le jour : il frappe. C’est un peu comme s’il frappait le vide qui lui bouffe la vie.

Loin de vouloir dédouaner Blaise, Benjamin Desmares répond à une question qui peut recevoir des centaines de réponses : pourquoi autant de violence ? Que se passe-t-il dans la tête d’un simple collégien pour qu’il en vienne à se conduire ainsi ?

Le récit est court, mais il prend aux tripes. L’écriture nous frappe, elle est juste et puissante, les mots nous touchent, claquent et résonnent. La rage transpire le texte, la souffrance aussi.

Une claque.

Des poings dans le ventre est publié aux éditions du Rouergue jeunesse, en janvier 2017.

Retrouvez les avis de Noukette et de Jérôme !

[Jeunesse] Virée nomade, Alain Bellet

Couverture du livre Virée nomade - Alain Bellet - ISBN 9791090685727

« Tu restes enfermé en préventive jusqu’à ton procès en assises, ou tu acceptes de jouer une nouvelle carte, l’aventure d’un centre d’éducation renforcée avec d’autres jeunes dans ta situation », avait proposé le juge. « Peut-être qu’une immersion totale au pays des Touaregs te remettra sur le droit chemin. »

Confronté à la vie saharienne avec six autres délinquants au cœur du Ténéré, Maxou côtoie les chameaux et les scorpions, subit le manque d’eau, souffre de la faim et de la chaleur terrible… Il découvre au désert la loi de la survie, la droiture et l’éducation au respect d’une culture traditionnelle où le rapport à l’être prend le pas sur l’envie de posséder.

Mon avis :

Après un braquage, dernier délit en date, Maxou a le choix : être enfermé jusqu’au procès ou accepter de suivre des éducateurs, le temps d’un voyage dans le sahara. Son choix est vite fait : le voilà en route pour de longues journées de marche, accompagné par six autres délinquants auxquels il ne souhaite pas trop se mêler, et les chameliers.

Bientôt la fatigue arrive, mais aussi la soif, la fin, et les interrogations. Quoi de mieux qu’un désert pour se retrouver soi-même ? Une sorte de prison, à ciel ouvert. Le soir, sur le haut d’une dune, Maxou contemple le paysage, méditant sur son passé (l’argent facile, ses « amis », Marie …), son présent, cherchant une vision sur son avenir, comprenant la différence entre l’être et l’avoir. Et toujours, face à eux, le regard des touaregs, guettant leur réaction.

Virée nomade pose une question essentielle : quel avenir pour les jeunes à la dérive ? Ce voyage dans le Sahara, c’est un peu un voyage initiatique qui permettra à Maxou de se retrouver. C’est aussi un texte très bien écrit, d’une grande intelligence et d’une belle clarté.

Un roman à découvrir publié aux éditions Le Muscadier, collection « Rester Vivant ».

[Jeunesse]La peau noire des anges, Yves-Marie Clément

Couverture du livre La peau noire des anges - Yves-Marie Clément - ISBN 9791090685734

Présentation :

Les parents d’Angelina rêvent d’une vie meilleure, loin de la misère de Madagascar. Mais après le naufrage de leur barque au large de Mayotte, la vie d’Angelina et de son petit frère va basculer. Maintenant, elle doit payer la dette de ses parents, afin de rembourser les passeurs.

Elle retourne alors dans son pays, puis part pour Beyrouth, où elle est exploitée pour un salaire de misère. Ses rencontres l’aideront-elles à retrouver sa liberté ?

Mon avis :

Voici un très beau roman qui raconte la vie d’Angélina (principalement) et son frère, deux enfants qui ont perdu leurs parents lors d’une tentative d’immigration qui a tourné au drame. A Mayotte, Angélina « La Malgache » et son frère ne se sentent pas à leur place. Pour vivre, Angélina est bonne dans la famille de Mme Ichati, une grosse dame peu agréable, en échange cette dernière les logeait et les nourrissait. Jusqu’à ce qu’un feu embrase la case : qui pourrait en être responsable, si ce n’est deux étrangers ? Évidemment, Angélina et son frère n’y sont pour rien mais ils doivent fuir la colère et la haine qui s’abattent sur eux, sans raison. Suite à une rencontre, une question taraude Angélina : ses parents sont-ils réellement morts ? Pour en avoir le cœur net, elle va vouloir se rendre à Madagascar. Pour cela, elle devra laisser son frère à Mayotte, avant de venir le retrouver. Mais elle devra aussi travailler et gagner beaucoup d’argent pour payer son voyage, et rembourser la dette de ses parents (ils ont emprunté de l’argent pour payer les passeurs). Ce sera le début d’un long voyage initiatique.

Le texte est facile à comprendre et vraiment intéressant. En effet, je trouve que les conséquences que peut avoir l’immigration sur deux jeunes enfants est un thème important en littérature jeunesse. Non, tout n’est pas toujours rose et Angélina fait preuve d’un courage exemplaire. Elle rencontrera des personnes qui l’abuseront ou qui voudront essayer, mais elle aura aussi la chance de trouver des mains tendues vers elle.

NB : j’ai beaucoup aimé à la fin le « lexique de Célestin » qui reprend les mots dont on ne connait souvent pas la signification (« padzas », « badamier », « camarons »…) pour nous en proposer une définition, parfois illustrée d’une photo.

Retrouvez La peau noire des anges sur le site de la maison d’édition Le Muscadier, collection « rester vivant ».

[Jeunesse] Théo, chasseur de baignoires en Laponie, Pascal Prévot

Le comte Krolock Van Rujn a un gros problème… Une des baignoires de son immense château en Laponie est redevenue sauvage et sème la terreur parmi ses habitants. Heureusement pour lui, il existe une personne pouvant l’aider : le père de Théo qui est le plus célèbre, le plus redouté, le plus incroyable chasseur de baignoires au monde !

Mon avis :

Voici une histoire plutôt originale : Théo, apprenti chasseur de baignoires, accompagne son père, chasseur chevronné, pour une mission risquée : en Laponie, au château du comte, une baignoire est redevenue sauvage. Le comte n’aurait pas fait attention aux premiers signes de transformations de l’objet, une situation de plus en plus fréquente dans le monde.

Et il faut faire vite ! En effet, la salle de bains a déjà disparu, et la contamination est possible….  étant donné la taille de la maison (je vous rappelle qu’il s’agit d’un château), les baignoires et lavabos sont nombreux ! Et s’il est déjà compliqué d’attraper une seule baignoire sauvage, imaginez s’il y en a deux…

Père et fils vont mettre en place des pièges, après avoir tenté de localiser la baignoire sauvage. Vont-ils y parvenir ? Les invités présents dans le château, oseront-ils encore mettre le nez dans les couloirs ?

Le sujet est complètement loufoque, l’histoire aussi. Et ça fait du bien ! Le récit est drôle, surprenant. J’imagine bien demander à mes élèves par la suite d’inventer une histoire avec pour point de départ le retour à l’état sauvage d’un autre objet de la maison !

Un livre qui plait aux jeunes et pour preuve, il a reçu le prix Gulli du roman 2016 ! Retrouvez-le sur le site de la maison d’édition, Le Rouergue !

[Jeunesse / ado] Station sous-paradis, Jean-Luc Luciani

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Présentation :

Après avoir racheté une station-service moribonde, Gorki y végète en prenant le temps de vivre, sous le regard critique de Gus, un enseignant en dépression.

Mais bientôt, de nouveaux venus vont perturber la tranquillité de la petite commune… Leur présence dans ce coin jusqu’à présent bien tranquille serait-elle liée à la construction de ce terrain de golf que le maire de la ville tient absolument à installer… en dépit de tout bon sens écologique ?

Mon avis :

Voici un livre que j’ai dévoré en deux soirées. Certes il ne fait pas beaucoup de pages ( un peu plus de 100), mais le thème n’est pas très courant en littérature jeunesse, et l’histoire très plaisante à lire.

Ce sont les vacances. Max et Eddy, deux frères jumeaux, végètent sur leur canapé, au grand désespoir de leur amie Miranda, en quête d’actions. Et ça tombe bien : après deux jours d’absence, Miranda contacte les jumeaux et leur demande de la rejoindre, en se munissant de leur matériel d’escalade.

Gus, ancien enseignant en congé longue maladie et soigné pour dépression nerveuse, passe ses journées à la station service Sous-Paradis, rachetée par Gorki. Ce dernier n’a aucune envie de se faire de l’argent, il a racheté les locaux pour une somme modique et continue à distribuer de l’essence, en attendant de trouver ce qu’il pourrait faire du lieu.

Alexandre a remporté un appel d’offre lancé par la mairie, contrat obtenu après avoir tiré ses tarifs vers le bas, pris à la gorge par ses besoins financiers : il doit déboiser vingt-cinq hectares de forêt d’ici la fin de l’année. Heureusement son fils, Stéphane, sera là pour l’aider.

Mais rien ne se passera comme prévu.

Quand Alexandre se rend sur le terrain, le panneau « Zone à déboiser » est devenu « Zone à défendre » : des activistes occupent le terrain, certains sont harnachés aux arbres. C’est là qu’on retrouvera Miranda, Max et Eddy. C’est non loin de là que se trouve la station de Gorki, une station qui deviendra un lieu de rassemblement pour les activistes.

Mais les élus ne comptent pas se laisser faire : un golf doit y être construit. Ils demandent au préfet de faire intervenir les forces de l’ordre, avec ordre de dégager les manifestants. Et du sang coulera.

Ce roman est dédié en souvenir à Rémi Fraisse, dont le nom est malheureusement connu de tous. Le texte est d’actualité (les endroits où l’homme n’a rien construit sont de moins en moins nombreux), les thèmes multiples : l’écologie et l’environnement, la lutte, la solidarité, la violence… Le texte est facile à lire et à comprendre, ce qui le rend parfaitement adapté aux adolescents, mais je le trouve aussi très intéressant pour les adultes, comme la plupart des livres qui paraissent dans la collection « Rester Vivant » du Muscadier. Bref, foncez !

La collection « Rester Vivant », qu’est-ce que c’est ?

La collection Rester vivant est constituée de nouvelles et de romans qui parlent du monde d’aujourd’hui, en abordant sans détour les questions écologiques, sociales et éthiques qui émergent au sein de la société dans laquelle nous évoluons. Elle s’adresse en priorité aux pré-ados, aux ados… et plus généralement à tous les lecteurs qui résistent encore à l’asservissement des esprits, quel que soit leur âge. Ces livres ont pour ambition, en plus d’attiser l’imaginaire du lecteur, d’éveiller son sens critique et de poser un regard incisif sur nos comportements individuels et collectifs.

Retrouver Station sous-paradis sur le site de la maison d’édition Le Muscadier !