Atelier d’écriture #7 : Voiture 7

7ème participation à l’atelier d’écriture de Leilouna. C’est une photo de Kot, une nouvelle fois !


Voiture 7.

Lui.

Encore un peu et je le ratais, ce train. Dire que je me lève une heure plus tôt chaque lundi pour être sûr de ne pas le louper. Voiture 7, toujours. Elle, elle est toujours là, assise, à la même place, un livre dans les mains. Je suis presque sûr qu’elle ne tourne pas les pages : si ça tombe elle fait semblant de lire pour ne pas être dérangée, rien de plus. Je ne sais pas quoi faire. A chaque fois, je sors mon téléphone, je fais semblant d’être occupé, moi aussi, « histoire de ». C’est pour elle que je prends ce train. C’est pour elle que je me lève plus tôt, que je mets du temps à choisir mes fringues. C’est pour elle que ce même rituel dure depuis maintenant 5 mois.

Elle.

C’est bon, j’ai ma place. Paul est là, lui aussi. Paul. C’est le prénom que je me suis imaginée, à défaut d’oser lui demander. Il me fait craquer. Cinq moi. Oui, ça fait cinq mois qu’on prend le même train, le lundi matin. La même voiture. Il est toujours avec son téléphone, peut-être sur facebook ou autre, j’en sais rien. Et moi, je suis là, avec mon livre, incapable de lire la moindre ligne. Je suis excitée comme une gamine de lycée, j’attends ce « rendez-vous » avec la boule au ventre, alors que rien ne se passe. Si ça tombe, il ne me voit pas. Bon, il faut que j’ose. Après tout, qui ne tente rien ….

Lui.

Elle va sortir au prochain arrêt. Je ne sais pas si j’oserai lever les yeux de mon écran. Cette nana, elle est canon quand même. Je ne sais pas pourquoi elle m’attire tant. C’est ridicule. Si mes potes savaient ça, ils se moqueraient bien. ça y est elle se lève et elle va descendre. Je lève la tête, elle est déjà partie. Je regarde sa place, mon cœur bat à mille à l’heure : elle y a laissé son livre ! Je regarde autour de moi, la voiture est vide. Je m’y précipite et prends le précieux objet. Son titre « Toi et moi ». A l’intérieur, un numéro de téléphone. La semaine promet d’être magique.

Atelier d’écriture #6 : Mauvais sexe.

Voici ma 6ème participation à l’atelier d’écriture de Leilouna. C’est une photo de Marion cette fois-ci qui nous est proposée. Vous pouvez retrouver mes anciennes participations sous la rubrique « mes écrits ».

Une petite différence cette semaine la contrainte est double : il nous est proposé de partir d’une photo, mais aussi d’un thème : le sexisme.

©Marion Pluss

Mauvais sexe.

J’ai toujours pensé que je n’étais pas née avec le bon sexe. Une erreur à la naissance. Les jeux de mes congénères ne me plaisaient pas déjà toute petite, j’aspirais à autre chose. Plus d’une fois, j’ai essayé de rejoindre le camp « ennemi », puisque c’est ainsi qu’il était déjà perçu (les filles d’un côté, les garçons de l’autre, chaque ensemble bien cloisonné dans son univers), mais on m’a rapidement rejetée. Des deux côtés. Parce que je n’étais pas comme eux dans l’un, parce que j’avais essayé de pactiser avec l’ennemi dans  l’autre. La théorie des genres n’a pas fini de faire parler d’elle.

Longtemps, j’ai cru que je pourrais m’y faire, que j’allais réussir à vivre harmonieusement dans l’univers qui m’était destiné, le seul qu’on m’offrait. Foutaise. Ce qui importe, c’est qu’on rentre dans le moule, qu’on soit conforme, et si on ne l’est pas, qu’on ait au moins la décence de le faire croire. Et surtout, que j’arrête « de les faire chier avec mes lubies fantasques ».

Mais je ne pouvais pas. Non, non, ce n’étaient pas des lubies. Oui, je me cherchais. Oui, j’avais enfin trouvé la chose qui me plaisait, LA chose qui donnait un sens à ma vie : je voulais danser. Non pas gesticuler en boite le samedi soir, mais danser, m’envoler, ressembler à ces formes fines, harmonieuses, et parfois presque désarticulées qui scintillent sur les scènes. Une telle délicatesse. La danse. Ma vie. L’opéra de Paris : je me devais d’arriver au moins jusqu’à ce moment de gloire avant de mourir.

Mais je n’étais née avec le bon sexe. Les hommes, parait-il ne dansent pas, sauf les « tantouses », les « sales PD ». Mon père me l’a assez répété. Mes « copains » aussi. Mais pourquoi parce que je suis un homme on me refuse cette chance ? Il y a, après tout, tant de grands danseurs. Pourquoi pas moi ? Mais ils devaient avoir raison. Ils étaient ma famille après tout, mes amis, ils ne pouvaient que me vouloir du bien. Ce sont les femmes qui dansent.

Et c’est bien ce que je vois dans ce miroir. Ma perruque blonde bien posée, le maquillage est parfait. On m’attend. J’ai l’impression d’être enfin celle que j’aurais dû être. La salle est pleine. Ce n’est pas l’opéra, mais c’est toujours Paris. Au revoir, Paul. Ici, je suis Héléna. Je suis moi. Je suis transformiste.

Atelier d’écriture #5 : Game over.

Voici ma 5ème participation à l’atelier d’écriture de Leilouna. C’est une photo de Julien Ribot qui nous est proposée cette semaine.Vous pouvez retrouver mes anciennes participations sous la rubrique « mes écrits ».

© Julien Ribot

Game over.

Je t’ai aimé. Depuis que je t’ai rencontrée la première fois, je ne peux plus t’oublier. Ton regard, ton sourire mutin, ton rire, ton élégance, ton parfum. Je suis fou de toi. Tu étais là, assise à se bar, à rigoler avec tes amies. Je ne te quittais pas du regard. Ton regard finit par croiser le mien, et tu me souris.

On a fini par passer nos journées ensemble, je connaissais tous les lieux que tu aimais, tu m’y avais amené. Nos nuits aussi. Ton souffle sur ma peau, la caresse de tes mains et la chaleur qu’elle me procurait, je m’en souviens encore. J’avais même gravé nos initiales sur ce tronc devant lequel tu passais chaque soir pour rentrer chez toi. D et L. Damien et Lucie.

Je t’aime. Comme un fou.

Cette distance qui restait entre nous me rendait fou. Ces lieux que tu aimais, j’y étais. Tu m’y avais emmené sans le savoir. J’étais toujours assis, là, non loin de toi, de vous. Tes amis étaient toujours là, mais pour moi ils n’existaient pas. C’était juste toi et moi. Damien et Lucie, et personne d’autre. Notre petit jeu. Si seulement tu l’avais compris.

Je t’aimerais toujours. Comme un fou.

La nuit, tu dormais la fenêtre ouverte. Il faisait beau et chaud. Il y avait toujours cette petite lumière qui scintillait dans ta chambre. Tu avais peur du noir, certainement. Dans mes bras, tu n’aurais plus eu peur. Tu aurais pu le comprendre. J’imaginais ton corps nu sous ce drap blanc. Ton souffle me faisait frémir. J’entrais parfois discrètement et je pouvais rester des heures à te regarder dormir, à m’imaginer à tes côtés. Je m’approchais de toi, tu ne te réveillais pas. Ah, ce souffle. Il m’enivre encore. Tu n’auras pas réussi à m’en priver, jusqu’au dernier.

Je ne sais pas si tu m’as aimé, mais je nous ai aimés pour deux. Ce petit jeu me fatiguait. Un soir, je te suivais, une nouvelle fois. Tu rentrais chez toi, il était tard. Tu étais seule. Tu es passée devant cet arbre, devant le symbole écrit de notre amour et pourtant tu ne lui as pas accordé un seul regard. Une nouvelle fois. Salope.

Tu m’as entendu. Tu t’es retournée, tu m’as reconnu. Tu aurais dû venir dans mes bras, te réfugier, me retrouver. Tu aurais dû le comprendre. Mais tu as préféré partir. Tu cours, tes talons claquent contre le bitume, tu fuis. Tu as trop joué avec moi, Lucie, ma patience a des limites. Je t’ai laissée partir. Une dernière fois.

Cette même nuit, je t’ai retrouvée. Une nouvelle fois je me suis glissé par cette fenêtre. Je me suis déshabillé. Je me suis glissé nu contre toi et ça t’a réveillée. Tu as voulu crier, il ne fallait pas, Lucie. J’ai posé ma main sur ta bouche, puis l’autre sur ta gorge. Jusqu’à ton dernier souffle. Game over.

Atelier d’écriture #4 : le cri

C’est cette image que nous propose Leilouna cette semaine pour l’atelier d’écriture. C’est une photo de Romaric Cazaux.

flamme

Le cri.

Un cri le sortit de son sommeil.

Un cri strident, violent, qui l’effraya. Thomas mit du temps à reprendre ses esprits. Le dos droit, raidi par la peur, assis sur son lit, il écoutait le moindre son nouveau, mais seul le rythme galopant des battements de son cœur résonnait. Après quelques minutes, l’esprit vif, il commença à respirer plus calmement et reprit ses esprits. Une inspiration, une expiration. Une iiiinspiiratiiion, un eeexpiiiraaatiiionn. Il relâcha la pression contenue dans son buste et s’allongea.

Cela vous est peut-être déjà arrivé de vous réveiller ainsi, comme en état d’alerte à cause d’un bruit, vous demandant si ce dernierp provenait de votre rêve ou de la réalité. C’est exactement la question que se posait Thomas. Seulement, impossible pour lui de se souvenir du rêve qu’il venait de faire. S’il avait rêvé que sa professeur de français corrigeait son dernier devoir, nul doute que le cri aurait pu provenir de ce songe, comment ne pas s’égosiller en voyant les horreurs qui se glissaient inlassablement dans ses copies. D’ailleurs, le garçon s’était fait une raison : il ne fallait plus lutter contre, elles étaient toujours là, imperturbables : il fallait apprendre à vivre avec.

Sachant qu’il ne pourrait se rendormir avant d’être certain que tout était calme chez lui, Thomas se leva. Il enfila rapidement son peignoir, et alluma une bougie. Peu confiant, il ouvrit la porte de la chambre. Face à lui, un escalier qui menait à l’étage où dormait sa mère. Il prit à gauche et s’engouffra dans l’obscurité du couloir.

Rapidement, il arriva dans le salon. Rien ne semblait avoir bougé, tout était calme. La faible lueur que dégageait la bougie l’obligeait à plisser des yeux. Vous devez vous dire qu’avec la lumière, il verrait sûrement mieux. C’est certain oui, mais, ce que vous ne savez pas encore, c’est qu’une terrible tempête a secoué son village la nuit précédente, et que l’électricité a fui temporairement la maison.

Il continua et alla vers la cuisine. Seul le tic-tac de l’horloge placée au-dessus de la cuisinière résonnait : aucune trace d’activité. Rassuré, il partit vers sa chambre : il allait pouvoir dormir.

Au moment où il passait devant l’escalier, un nouveau hurlement retentit. Toujours aussi violent et strident. C’était la voix de sa mère, il en était sûr. Le corps du garçon se contracta à nouveau sous l’effet de la peur, mais, il avait bientôt onze ans, et, à cet âge-là, on ne pouvait plus courir se cacher sous la chaleur de sa couette et laisser sa maman crier, seule, dans sa chambre. Alors, après avoir calmé à nouveau sa respiration, il éclaira de la faible lueur de la bougie les marches de l’escalier et les monta, une à une. Le bois grinçait fébrilement sous chacun de ses pas. Il avançait, lentement, s’arrêtant pour écouter d’éventuels bruits provenant de l’étage. Mais rien. Il commençait à croire qu’il avait rêvé. Une fois arrivé à l’étage, la pièce dans laquelle dormait sa mère lui faisait face. Sous la porte, il vit une lumière pâle et vacillante. Il s’approcha, et posa son oreille contre le bois froid de la porte.

A nouveau, un cri.

Thomas ouvrit aussitôt la porte. Il vit sa mère, debout sur une chaise, paniquée. Elle fixait avec horreur le mur en face d’elle. Thomas avait peur, il regretta de se trouver là : il aurait mieux fait d’appeler la police si quelqu’un était entré dans la chambre de sa maman. Mais il était trop tard. Alors, il tourna la tête et il la vit.

Ce que sa mère regardait avec effroi, c’était l’ombre d’une petite souris, projetée sur le mur par la lueur de la bougie. L’inclination de la lumière avait agrandi la taille de cette infime créature. Elle était coincée sous la commode. A cet instant, Thomas ne sut dire qui, entre sa mère et le rongeur, avait le plus peur.

Une photo, quelques mots … #3 : No way

Troisième participation à cet atelier d’écriture qui se passe chez Leiloona.

La photo de la semaine est de Kot, comme lors de ma première participation :

tatoo

Ce soir, je vais rejoindre mes potes. C’est presque un rituel maintenant : tous les dimanches, on se retrouve au parc au bout de la ville ou dans un café, selon le temps. On rit, on s’amuse, on boit, on danse aussi parfois. De temps en temps les flics arrivent, mais on est habitué : on cache les bouteilles, on planque les joints, et souvent ils ne nous emmerdent pas plus longtemps « On nous a appelés, on est venu, c’est notre boulot. On sait qui vous êtes, donc on vous laisse tranquille, mais moins de bruit quand même, sinon, il faudra vous embarquer. » Et ils nous laissent.

Il faut dire qu’on peut faire peur aux autres. Marycine avec ses longs cheveux roses et ses piercings. Je les ai comptés la dernière fois, rien que sur le visage, j’étais déjà à dix. Elle est jolie comme ça, ça lui va bien. Pierre et l’grand Pic c’est à cause de leur coiffure : une crête verte pour l’un, une sorte de gros pic pour l’autre. D’ailleurs, on croirait qu’il veut atteindre le ciel avec ce gros foret conique et trouer les étoiles. Moi, c’est à cause des tatouages. J’en ai partout : sur les bras, les jambes, le dos, le ventre. J’ai fait le premier à dix-sept ans, avec ma première bande de pote. On m’a vite regardé de travers, comme si je devenais quelqu’un d’autre. Des conneries. C’est pour moi que je l’ai fait, parce que je le voulais, j’en avais besoin. Ce mec tatoué, c’est moi. Pas un autre. Puis, rapidement, les autres ont suivi. J’aime mon look aussi : c’est vrai, on se retourne sur moi quand je marche : vêtements courts ou longs, parfois troués, noirs ou en jean et mes chaînes. Mais je ne choisis pas ces fringues pour faire peur ou autre, non. Mais parce que la différence existe, et qu’on n’a pas toujours besoin de se conformer. Pas question que je foute toujours dans le moule. No way. Parfois, ça me soule quand même de voir des regards méprisants. Mais je les emmerde, les gens. Je les juge pas, alors qui sont-ils pour le faire avec moi ? Alors, quand je suis avec mes potes là, le dimanche soir, j’oublie tout. On se lâche, on est nous, et ça fait du bien.

Le soir, une fois chez moi, je me sens mieux, prêt à attaquer la semaine qui arrive. Je me douche. Mes vêtements pour demain sont prêts : les chaussures sont cirées,  le costume sorti, déjà repassé. Il faut que je sois en forme : je négocie un gros contrat.

[Atelier d’écriture] Une photo, quelques mots … #2

C’est ma deuxième participation à cet atelier d’écriture qui se passe chez Leiloona.

La photo de la semaine, de Romaric Cazaux :

© Romaric Cazaux

Tous les jours, je les vois. Je les regarde.

Il y a ce petit garçon avec sa maman. Elle vient de le reprendre de l’école. Ils vont s’arrêter à cette boulangerie, là, à cinquante mètres. Elle lui prendra un pain au chocolat. Il le sait, mais à chaque fois son regard s’illumine et brille, et il lui sautera au cou en la remerciant, comme si elle lui offrait le monde.

Dans deux minutes, trois peut-être, passera l’adolescent. Un bus s’arrêtera et le déposera  en face du café dans lequel il entrera un bref instant, juste pour acheter des cigarettes. Il en allumera aussitôt une, il ne croisera pas la maman et le petit garçon qui sont en avance aujourd’hui. Par contre, il donnera encore une fois un gâteau, un sandwich ou une pièce à l’homme assis un peu plus loin, sur le trottoir. L’échange est toujours rapide. L’adolescent s’arrête à peine. Pas un mot, tout passe par le regard. Je suis sûr que ce geste, aussi infime semble-t-il, réchauffe le cœur de cet homme seul. Il sait que, presque chaque jour, quelqu’un le voit et pense à lui. Une fois, alors qu’il faisait froid, l’adolescent lui a apporté un pull. Une fois le jeune parti, le vieux, le regard tout d’abord ébahi, a serré contre lui la masse de laine. J’en ai eu les larmes aux yeux. Il le garde toujours auprès de lui, comme un trésor.

Tous les jours, je les vois. Je les regarde. Je suis fier de ce que j’ai face à moi.

L’avenir est assuré. Je suis serein.

[Atelier d’écriture] Une photo, quelques mots … #1

J’ai découvert cet atelier d’écriture il y  a quelques jours. Tout se passe chez Leiloona.

Chaque mardi (ou plus tard, quand elle boit trop de bulles :p ) une photo est publiée : elle servira de base pour écrire un texte dans la semaine. Ni genre, ni ton imposés. Seul le plaisir d’écrire.

La photo de la semaine :

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Il est perdu. Les rues sont vides autour de lui. Il ne sait plus où aller, vers qui se tourner.

Il a peur. Il n’y a plus de bruit. Ce n’est pas un calme doux et reposant mais un calme oppressant. Menaçant. Il sait que cela ne va pas durer, que tout va reprendre. Des bruits vont retentir à nouveau. Bientôt. Ce sera tout d’abord le cri de la sirène. Ce son perçant qui lui retourne l’estomac. Puis, le rythme lourd, sourd, interminable des bombardements.

Avant, il y avait aussi les cris, mais la plupart ce sont éteints. Puis, à quoi bon crier, personne ne peut les aider. Personne ne les entend, ils sont seuls. Il est seul.

Il est perdu. Les rues sont presque vides. Il vacille au milieu des décombres fumants. Il croit entendre des gémissements. Il cherche à manger. Instinct de survie.

Et tout recommence. Les sirènes. La peur qui lui retourne l’estomac, qui lui bousille les tripes. Alors il court. Sans savoir où aller. Il court. Il veut vivre. Il court.  Il est perdu, il a peur. Il doit survivre. Alors il court.