Ravive, Romain Verger

C’est aussi la rentrée pour le blog, et ça tombe bien, car j’ai du retard … d’une grosse dizaine de chroniques ! Et c’est par le recueil de Romain Verger, Ravive, que je vous propose de commencer.

Un homme, venu se ressourcer près de la mer, revit un épisode effrayant de son enfance. Un autre prend la route du Nouveau-Mexique pour rejoindre les hommes-soleil. Un vacancier assiste à d’étranges disparitions sur une plage bretonne. Un professeur en congé pour préparer un concours sombre dans la folie et se livre à tous les excès dans un Paris halluciné. Et si pour survivre à nos angoisses et à ce que nous avons fait du monde, nous devions aller au bout de notre humanité et renaître ? En perpétuel équilibre entre le grotesque et l’horreur, Romain Verger propose avec Ravive neuf récits ciselés comme autant d’explorations de la fin d’un monde, le nôtre, et du début d’un nouveau.

Ravive peut se lire à la fois comme un recueil de nouvelles ou comme les expériences et les fictions d’un écrivain aux prises avec ses angoisses et son sentiment de perdition.

Neuf nouvelles, neuf hommes en situation de basculement, qui peuvent rappeler ce que Nietzsche dit du dernier homme, le plus méprisable, et du surhomme. Ces textes évoquent ces états-là, qui sont tout à la fois inhérents aux personnages et à cette menace sourde qui pèse sur eux, qu’elle soit d’ordre écologique, organique ou psychique.

Mon avis :

J’aime beaucoup l’écriture de Romain Verger : fluide, recherchée, percutante. Ici encore, la plume de l’auteur m’a ravie.

Romain Verger alterne les sujets comme les narrations. Les chutes sont vraiment surprenantes, et j’avoue avoir une préférence pour la première histoire (est-ce parce que je renouais tout juste avec l’écriture de l’auteur ? Je ne sais pas !). L’atmosphère y est sombre, dérangeante et on y saute à pieds joints. L’écriture est rythmée, les sonorités donnent plus de puissance au mots. Bien que l’ensemble soit composé de nouvelles, on dévore le livre comme un roman : je n’ai pas eu envie de le lâcher.

Retrouvez Ravive sur le site des éditions de l’Ogre !

Macadam, Jean-Paul Didierlaurent

Macadam par Didierlaurent

Pour tromper l’ennui lors des confessions, un prêtre s’adonne à un penchant secret. Une jeune femme trouve l’amour aux caisses d’un péage. Pendant la guerre, un bouleau blanc sauve un soldat. Un vieux graphologue se met en quête de l’écriture la plus noire. Une fois l’an, une dame pipi déverrouille la cabine numéro huit ?

Mon avis :

Vous avez certainement déjà lu Le liseur du 6h27, écrit par Jean-Paul Didierlaurent (vendu à 60.000 exemplaires et traduit dans 27 pays, on parlerait même d’adaptation au cinéma … ) ou, tout au moins, entendu parler (à moins que vous ayez hiberné pendant un an ). Aujourd’hui sort en librairie, toujours Au diable Vauvert, « Macadam », un recueil de onze nouvelles.

On a découvert que l’auteur maitrise à la perfection l’écriture du roman, on sait peut-être moins qu’il excelle aussi en ce qui concerne l’écriture de nouvelles, il a d’ailleurs été plusieurs fois récompensé (prix Henri-Thomas à Saint-Dié mais aussi plusieurs fois le prix Hemingway, notamment en 2012 pour sa nouvelle « Mosquito », qu’on retrouve dans le recueil). Il faut dire que l’écrivain n’en est pas à son coup d’essai, il écrit des nouvelles depuis 1997 …

Ici, l’écriture est percutante, les nouvelles sont parfois drôles, piquantes, parfois noires, parfois tendres, et ce mélange est absolument savoureux. Il traite de sujets qui pourraient être tabous pour d’autres, comme le handicap dans la nouvelle « Macadam », que j’ai beaucoup aimée.

Si vous aimez les nouvelles, si vous avez aimé l’écriture de l’auteur dans Le liseur du 6h27, si vous voulez lire un bon livre qui sait mélanger les genres, n’hésitez plus : foncez l’acheter !

Trois femmes, Carène Ponte et La vie étonnante d’Ellis Spencer, Justine Angier

La vie étonnante d'Ellis Spencer par Augier

Présentation :

Dans un futur terrifiant voué au culte de la performance et du contrôle absolu des individus, des jeunes gens en appellent à l’esprit de résistance.

Dans ce pays-là et ce futur-là, en Naol, le rêve et le doute sont prohibés, le rendement est le mot d’ordre et les habitants vantent les bienfaits de l’hyperactivité. Tous, sauf Ellis Spencer. Discrète, chétive et étourdie,
Ellis est le strict opposé de ses deux frères, Allan et Richard, de vrais enfants “modèles”. La jeune fille est donc un grand sujet d’inquiétude pour ses parents qui la placent dans une école spéciale pour enfants à problèmes, l’Académie. L’occasion pour Ellis de comprendre qu’elle n’est pas si seule à être marginale… Un autre élève, Peter, clairement en opposition avec la discipline nationale, attire son attention et la convainc progressivement d’intégrer un réseau de résistance ultrasecret. L’objectif de cette organisation : résister pour avoir le droit de ne pas porter des puces électroniques, ni de travailler jusqu’à la fin de sa vie… D’abord effrayée par ce réseau clandestin, Ellis comprend vite qu’elle tient là une chance inespérée de pouvoir être elle-même et s’engage dans cette lutte.

Mon avis :

J’ai peu accroché avec ce livre, qui fait partie de la sélection du prix Sainte-Beuve des collégiens, dont je vous avais déjà parlé à la fin de cet article. Ce n’est pas un mauvais livre, il est bien écrit, mais l’histoire ne m’a pas du tout intéressée.


Valérie, Nanette, Anna.
3 histoires de vie. Hasard d’une rencontre.
Valérie a tout quitté. Parce qu’elle ne parvient pas à aimer ses filles comme elle le devrait. Nanette est émue par cette femme qu’elle voit pleurer sur la plage. Anna vient de vivre un drame.Ces 3 femmes vont se rencontrer.

Mon avis :

j’ai lu ce recueil (car il y a plusieurs nouvelles) il y a quelques semaines déjà, et je n’avais pas encore pris le temps de le chroniquer. Carène Ponte, c’est la blogueuse du site Des mots et moi, c’est aussi l’une des gagnantes du prix Ecrire au féminin, ce prix avec lequel je vous rabâche les oreilles en vous demandant de voter pour moi (si vous avez perdu le lien, c’est ici).

Ce sont des nouvelles courtes, pleines d’émotions, bien écrites, qui ne demanderaient qu’à grandir. Ma préférée n’est pas celle dont le titre est donné à ce recueil, mais une autre intitulée « jouer sans faire de bruit ». Pour la découvrir, cliquez ici !

Etrange rencontre, Isabelle D.

Je lis de plus en plus souvent sur kindle, principalement des livres courts : alors, quoi de mieux qu’une nouvelle ?

Cette nouvelle, « Étrange rencontre », est la première publication de son auteur, Isabelle D. Vous la connaissez peut-être déjà, elle est blogueuse sur un site consacré à la littérature : Les tribulations d’une lectrice.  Je n’ai pas connu Isabelle via la blogosphère, mais lors d’une rencontre à Lille pour la dédicace du livre d’un auteur qu’on apprécie toutes les deux (nous avions aussi rencontré un troisième blogueur ce jour-là, mais je n’ai pas gardé de contact avec lui). Cette nouvelle a été écrite pour un concours de nouvelles, auquel j’ai aussi participé. Elle a finalement décidé de la publier sur kindle, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

C’est une nouvelle que j’ai beaucoup aimée. Christopher tombe sur un mail étrange. L’expéditeur ? « tombée sous le charme ».  Cette femme l’aurait vu il y a une semaine sous un abri Transpole, le temps qu’il attende son bus. Depuis, elle ne cesse d’y retourner pour le voir, sans qu’il ne s’en rende compte, et penserait sans arrêt à lui. Étrange, non ? Là où certains auraient cru à un canular et auraient effacé le mail sans se poser de questions, Christopher décide donc de lui répondre … Que va-t-il se passer ? Qui se cache derrière « tombée sous le charme » ?

J’ai aimé la curiosité suscitée par cette nouvelle : on se demande ce qu’il se passe, ce qu’il va se passer, ou l’auteure veut en venir. Et on n’est pas déçue, la chute est surprenante. On se met à la place des protagonistes aussi : à sa place, aurais-je agi ainsi ?

En bref, une nouvelle à découvrir (clic !), et si vous voulez la retrouver, c’est ici.

Noche Triste, Stéphane Monnot

Noche Triste par Monnot

Quatrième de couverture :
Bien qu’engagés comme tout un chacun dans l’existence laborieuse et familiale la plus banale, les personnages ô combien attachants de ces huit nouvelles s’accrochent tous à leurs lubies, non pour fuir ce monde, mais peut-être pour y maintenir le minimum d’enchantement sans lequel il n’est plus supportable. A la fois combatifs et rêveurs, inquiets et légers, ils quittent un temps la route commune, en quête d’une autre vie, de petites extases ou de grands sentiments.
L’auteur :
Stéphane Monnot a publié deux nouvelles chez Antidata (Coqnappeur dansTapage nocturne en 2011, et Tegucigalpa dans Temps additionnel en 2012).
Il a également publié une nouvelle (Petit périple au Mexique) dans le n° 96 de la revue Brèves, nouvelle qui est reprise dans le présent recueil.
  Il vit dans un village d’Eure-et-Loir, a été guitariste et chanteur d’un groupe rock (Saint-Léonard) dans les années 90, et vient de fêter ses 40 ans.
Mon avis :
 Je remercie tout d’abord Stéphane Monnot de m’avoir proposé ce livre, envoyé par sa maison d’édition Antidata. C’est un auteur que je ne connaissais pas du tout, et je ne regrette vraiment pas cette découverte.
Noche Triste,  c’est un recueil de huit nouvelles plutôt étonnantes, qui donnent parfois froid dans le dos  (ainsi, dans la nouvelle « Patchwork facial », presque personne ne trouve étrange de se faire greffer un bout de tissu sur un joue, et de, pourquoi pas, le changer selon les humeurs ou l’assortir à ses vêtements). Stéphane Monnot a de toute évidence une imagination débordante et plutôt originale, ce qui rend ces nouvelles encore plus savoureuses puisque surprenantes. Une fois le processus compris, on se demande, en allant d’une nouvelle à l’autre, quelle étrange fin l’auteur va nous réserver.
La nouvelle qui m’a le plus surprise est, sans aucun doute « Patchwork facial », mais j’ai surtout préféré « Méandres » : on découvre l’histoire au fur et à mesure, à travers le récit des différents personnages. Les caractères sont bien décrits, présentés, et tout se dévoile de façon progressive, avec encore une fin surprenante, qui n’a pas manqué de me faire sourire (le personnage se démène pour mettre un plan à exécution, mais on découvrira à la fin que toute cette énergie n’a été dépensée qu’en vain).
Un recueil de nouvelles plutôt savoureuses que je vous encourage à découvrir !

Atelier d’écriture #5 : Game over.

Voici ma 5ème participation à l’atelier d’écriture de Leilouna. C’est une photo de Julien Ribot qui nous est proposée cette semaine.Vous pouvez retrouver mes anciennes participations sous la rubrique « mes écrits ».

© Julien Ribot

Game over.

Je t’ai aimé. Depuis que je t’ai rencontrée la première fois, je ne peux plus t’oublier. Ton regard, ton sourire mutin, ton rire, ton élégance, ton parfum. Je suis fou de toi. Tu étais là, assise à se bar, à rigoler avec tes amies. Je ne te quittais pas du regard. Ton regard finit par croiser le mien, et tu me souris.

On a fini par passer nos journées ensemble, je connaissais tous les lieux que tu aimais, tu m’y avais amené. Nos nuits aussi. Ton souffle sur ma peau, la caresse de tes mains et la chaleur qu’elle me procurait, je m’en souviens encore. J’avais même gravé nos initiales sur ce tronc devant lequel tu passais chaque soir pour rentrer chez toi. D et L. Damien et Lucie.

Je t’aime. Comme un fou.

Cette distance qui restait entre nous me rendait fou. Ces lieux que tu aimais, j’y étais. Tu m’y avais emmené sans le savoir. J’étais toujours assis, là, non loin de toi, de vous. Tes amis étaient toujours là, mais pour moi ils n’existaient pas. C’était juste toi et moi. Damien et Lucie, et personne d’autre. Notre petit jeu. Si seulement tu l’avais compris.

Je t’aimerais toujours. Comme un fou.

La nuit, tu dormais la fenêtre ouverte. Il faisait beau et chaud. Il y avait toujours cette petite lumière qui scintillait dans ta chambre. Tu avais peur du noir, certainement. Dans mes bras, tu n’aurais plus eu peur. Tu aurais pu le comprendre. J’imaginais ton corps nu sous ce drap blanc. Ton souffle me faisait frémir. J’entrais parfois discrètement et je pouvais rester des heures à te regarder dormir, à m’imaginer à tes côtés. Je m’approchais de toi, tu ne te réveillais pas. Ah, ce souffle. Il m’enivre encore. Tu n’auras pas réussi à m’en priver, jusqu’au dernier.

Je ne sais pas si tu m’as aimé, mais je nous ai aimés pour deux. Ce petit jeu me fatiguait. Un soir, je te suivais, une nouvelle fois. Tu rentrais chez toi, il était tard. Tu étais seule. Tu es passée devant cet arbre, devant le symbole écrit de notre amour et pourtant tu ne lui as pas accordé un seul regard. Une nouvelle fois. Salope.

Tu m’as entendu. Tu t’es retournée, tu m’as reconnu. Tu aurais dû venir dans mes bras, te réfugier, me retrouver. Tu aurais dû le comprendre. Mais tu as préféré partir. Tu cours, tes talons claquent contre le bitume, tu fuis. Tu as trop joué avec moi, Lucie, ma patience a des limites. Je t’ai laissée partir. Une dernière fois.

Cette même nuit, je t’ai retrouvée. Une nouvelle fois je me suis glissé par cette fenêtre. Je me suis déshabillé. Je me suis glissé nu contre toi et ça t’a réveillée. Tu as voulu crier, il ne fallait pas, Lucie. J’ai posé ma main sur ta bouche, puis l’autre sur ta gorge. Jusqu’à ton dernier souffle. Game over.