[Jeunesse – Sainte-Beuve 2018] L’anneau de Claddagh, tome 1, Béatrice Nicomède.

L'anneau de Claddagh, Tome 1 : Seamrog par Nicodème

Irlande, comté de Galway, 1846. Keira est la fille d’une cuisinière irlandaise, Arthur le fils d’un grand propriétaire anglais. Ils ne devraient pas se rencontrer, et encore moins s’aimer. Mais le destin les réunit et menace de les séparer. Sur quel avenir commun peuvent-ils compter ? Dans un pays ravagé par la famine, Keira peut s’estimer heureuse d’être employée dans une maison où l’on ne manque de rien. Et l’âme de sa grand-mère veille sur elle grâce à un anneau à la puissance mystérieuse. Saura-t-il la guider parmi les drames qui s’apprêtent à bouleverser son existence ?

Mon avis :

Voici un roman jeunesse sélectionné pour le prix Sainte-Beuve 2018, paru aux éditions Gulf Stream.

Nous plongeons rapidement au cœur de l’Irlande du XIXème siècle, alors que la famine et la maladie font rage. Un fossé se creuse entre les riches propriétaires anglais et les pauvres paysans.

Keira, fille d’une cuisinière, travaille comme femme de chambre au manoir de Ballinrobe. Elle porte toujours sur elle un anneau, héritage de sa grand-mère qu’elle n’a pas connue. Un jour, elle rencontre Arthur, le fils d’une riche famille anglaise, qui rêve de partir pour New-York. L’attirance est immédiate, malgré la différence sociale. Quand il lui propose de partir avec lui, la tentation est forte… mais cela pourra-t-il se réaliser ?

Cette histoire est très intéressante et prenante. Les premières pages s’ouvrent sur un prologue qui nous envoie en 1828 à Galway, lors de la naissance de Keira. J’ai été happée aussitôt, et j’ai tourné les pages. L’immersion est totale : on est aux côtés des paysans, on souffre de leurs maux, rien n’est minimisé (l’histoire de la famille Dunnan est terrifiante). Des histoires de jalousie et de manigances enrichissent l’ensemble.

Un très bon premier tome où se mêlent le mystère, le fantastique, la romance et la tragédie. J’ai hâte de lire le suivant !

PS : un pendentif représentant l’anneau est offert pour l’achat du premier tome !

Autres romans de la sélection Sainte-Beuve 2018 :

[Jeunesse – Sainte-Beuve 2018] Aussi loin que possible, Eric Pessan

[Jeunesse – Sainte Beuve 2018] Ma mère, le crabe et moi, Anne Percin

[Jeunesse – Sainte Beuve 2018] Et mes yeux se sont fermés, Patrick Bard

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[Jeunesse – Sainte-Beuve 2018] Aussi loin que possible, Eric Pessan

Antoine et Tony n’ont rien prémédité, rien comploté. Ce matin-là, ils ont fait la course sur le chemin du collège. Comme ça, pour s’amuser, pour savoir qui des deux courait le plus vite. Mais au bout du parking, ils n’ont pas ralenti, ni rebroussé chemin, ils ont continué à petites foulées, sans se concerter. La cité s’est éloignée et ils ont envoyé balader leurs soucis et leurs sombres pensées. Pour Tony, la hantise de se faire expulser vers l’Ukraine et d’avoir à quitter la France.
Pour Antoine, la peur de prendre une nouvelle dérouillée parce que son père a envie de passer ses nerfs sur lui. Depuis ce matin où tout a basculé, ils courent côte à côte, en équipe.
Ils se sentent capables de courir pendant des jours, tant qu’il leur restera une once de force. Fatigués mais terriblement vivants.

Mon avis :

Voici un autre roman de la sélection 2018 du prix Sainte-Beuve, roman qui a déjà reçu le prix NRP de la littérature jeunesse 2015-2016.

Anthony et Tony courent. C’est venu comme ça, un beau matin, après qu’ils aient posé leur sac de cours dans un coin. Ils sont tous les deux en quatrième, plutôt bons élèves, pas vraiment perturbateurs, parfois en retard. L’un s’est mis à courir, l’autre a suivi, d’abord à une vitesse de sprint avant de ralentir à une allure plus raisonnable pour durer. Ils ne parlent pas, ou peu. Les mots sont inutiles pour le moment, ils viennent en temps voulu, avec parcimonie souvent. Ils sentent l’un comme l’autre qu’ils ont besoin de courir. Mais pourquoi ? Envie de se défouler ? Envie de fuir ? Fuir quoi ?

Anthony est battu par son père. Les parents de Tony, sans-papiers, ont reçu l’obligation de quitter le territoire français dans un mois : ils doivent retourner en Ukraine, un pays que le jeune homme ne connait pas. L’un est en colère, l’autre en proie à la tristesse. L’inverse est vrai aussi.

Anthony est le narrateur. Il revient sur leur trajet, leurs arrêts, leurs rencontres, mais c’est aussi lui qui nous révèle ses pensées. Ces dernières ne sont pas linéaires et varient en fonction du rythme de la course. Ils courent d’abord une heure, puis deux, puis plusieurs jours, volant ce qu’il faut pour qu’ils puissent se nourrir, trouvant abri la nuit dans un maison abandonnée ou dans un endroit déserté. Ils ont froid, chaud, des ampoules aux pieds, le corps douloureux mais la tête de plus en plus légère. Et cette douce sensation de liberté, de pouvoir s’échapper…

Un livre surprenant, d’une belle profondeur malgré un sujet qui semble à la base léger. J’ai aimé le rythme de narration parfois mimétique de la foulée des deux adolescents. J’ai remarqué que j’accélérais ma lecture quand, au début, ils étaient proches du sprint, et que j’ai ralenti quand ils en ont fait tout autant.

Autres romans sélectionnés pour le prix Sainte-Beuve :

[Jeunesse – Sainte Beuve 2018] Ma mère, le crabe et moi, Anne Percin

[Jeunesse – Sainte-Beuve] Et mes yeux se sont fermés, Patrick Bard

 

 

 

[Jeunesse – Sainte Beuve 2018] Ma mère, le crabe et moi, Anne Percin

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J’aurais préféré que ma mère me dise : « Tu sais, je crève de trouille et je ne peux rien te promettre. » Ou bien qu’elle pleure franchement, à gros bouillons. Oui, qu’elle pleure !
Au lieu d’afficher ce sourire de façade. Le sourire « tout-va-bien-je-gère ». J’aurais voulu qu’elle crie, qu’elle hurle, qu’elle se roule par terre en tapant des pieds,
qu’elle fasse un truc pas calculé du tout, un truc qu’on ne voit pas dans les séries françaises à la télé, un truc pas bien élevé, pas conseillé par le guide J’élève mon ado toute seule, au chapitre « Comment lui annoncer votre cancer ?  »

Entre rires et larmes, Tania nous raconte six mois de complicité avec sa mère malade, mais aussi les nouveaux défis qu’elle s’est lancés : devenir championne de cross… et tomber amoureuse.

Mon avis :

Vous avez peut-être déjà entendu parler de ce roman, et c’est une très bonne chose qu’il soit présent dans la sélection Sainte-Beuve. Le cancer, quand on est adolescent, c’est quelque chose de très abstrait, comme la maladie en général et plus encore la mort.

Tania se moque de sa mère au début du roman. Cette dernière donne sur son blog l’image d’une femme heureuse, excellente cuisinière, avec une famille parfaite. Sauf qu’en réalité son mari l’a quittée, ses talents de cuisinière sont encore à démontrer, et elle vit seule avec sa fille. Pourquoi alors se plait-elle à présenter une autre vie ? Tania ne le comprend pas. Elle aussi, elle a un blog, mais il n’a rien à voir avec celui de sa mère. Elle y poste des photos de loup-garou, de vampires et d’autres créatures, et des poèmes tristes.

Un soir, alors que sa mère rentre anormalement tard, Tania décide d’aller lire l’historique de l’ordinateur : elle avait vu peu de temps avant que sa mère était restée longuement sur internet, mais pas sur son blog. Et là, elle comprend aussitôt : sa mère a un cancer, un cancer du sein.

A partir de ce moment, Tania voit les choses différemment. Elle se pose des questions sur le corps de sa mère, sur le sien, sur les causes de la venue d’un cancer dans l’un des seins de sa mère. Une situation injuste. Sa mère devra se faire retirer le sein et suivre une chimiothérapie. Si au début cette dernière semble tenir le coup, rapidement son état se dégradera (fatigue, perte des cheveux, etc…). Tout ça mettra Tania dans un état d’angoisse important. Elle trouvera une solution plutôt étonnante et intelligente pour faire de sa souffrance une force.

Anne Percin réussit avec brio à se coller dans la peau d’une  adolescente (franc-parler et langage familier) et à retranscrire ses émotions (peur, incompréhension, mais aussi l’amour qu’elle porte à sa mère). Tout ne se résume pas au cancer, on suit aussi la vie de Tania, notamment au collège, son rapport avec les autres (les garçons, ses amies) mais aussi les relations avec son père et sa nouvelle compagne. Le ton reste positif et plein d’espoir, aucune dramatisation.

Le roman d’Anne Percin est partenaire de la campagne officielle de sensibilisation de l’Association «Le Cancer du Sein, Parlons-en !». Cette opération a lieu tous les ans en octobre, son symbole officiel est le ruban rose (information sur le dépistage précoce, soutien de la recherche contre le cancer du sein). http://www.cancerdusein.org/

Retrouver le roman sur le site de la maison d’édition Le Rouergue !

Pour en savoir plus sur le prix Sainte-Beuve, c’est là !

Prix Sainte-Beuve 2018

Cette année, j’ai décidé de vous parler régulièrement sur le blog du Prix Sainte-Beuve, auquel mon collège participe.

Le but ? Les ado élisent un livre dans une sélection de 10, en produisant des critiques littéraires. Le roman qui suscitera le plus de critiques positives gagne !

Voici la liste de la sélection 2018, que vous pouvez aussi trouver sur le site du prix : clic !

#Bleue, Florence HINCKEL – Syros
Ma Mère, le crabe et moi, Anne PERCIN – Le Rouergue
Aussi loin que possible, Eric PESSAN – Ecole des loisirs
Et mes yeux se sont fermés, Patrick BARD – Syros
Les Petits Orages, Marie CHARTRES – Ecole des loisirs
Bleu, Blanc, Sang, 1,  Bertrand PUARD – Hachette Romans
Les Petites Reines,  Clémentine BEAUVAIS – Sarbacane
Robin des graffs, Muriel ZÜRCHER – Thierry Magnier
L’Anneau de Claddagh, 1,  Béatrice NICODEME – Gulfstream
Judex, 1,  Arthur BERNEDE – Editions du Sagittaire

Une sélection plutôt alléchante, non ?

Je vous ai déjà parlé de Et mes yeux se sont fermés de Patrick Bard, un très bon roman qui parle du terrorisme et de la radicalisation des jeunes.

Les autres romans seront bientôt chroniqués sur le blog !

[Jeunesse – Sainte Beuve 2018] Et mes yeux se sont fermés, Patrick Bard

Roman sélectionné pour le prix Sainte-Beuve 2018 !

yeux-fermes

A priori, Maëlle n’est pas différente des autres filles de seize ans. Cette année-là, elle passe de plus en plus de temps sur Facebook, abandonne le sport, modifie sa façon de s’habiller, quitte son petit ami… Sans hésitation ni compromis, elle prend un virage à 180 degrés. C’est pour, croit-elle, sauver le monde, qu’elle rejoint l’organisation Daech. Un an plus tard, Maëlle revient pourtant de Syrie.

Mon avis :

Le terrorisme est plus que jamais au cœur de l’actualité et l’embrigadement des jeunes malheureusement aussi, notamment des femmes.

Patrick Bard met en scène la radicalisation d’une jeune adolescente, Maëlle. C’est une jeune fille classique, sans problème particulier, que rien ne prédestinait à tomber sous l’emprise d’islamistes, sous le regard médusé et perdu de ses proches. A l’heure des changements liés à l’adolescence, Maëlle passe du temps sur internet, surtout Facebook, change sa garde-robe,  change de petit ami (elle tombe amoureuse d’un jeune homme qu’elle rencontre sur les réseaux sociaux), part en Syrie. Elle en reviendra mais plus pour protéger son enfant que par le changement de ses idées, bien qu’elle ait conscience de la manipulation subie.

Tour à tour, nous avons les points de vue de membres de la famille ou de proche de Maëlle / Ayat, qui commentent sa transformation et qui nous permettent de mieux comprendre son parcours. La narration de ce dernier est d’ailleurs très intéressant, on comprend à quel point tout se joue sur la manipulation intellectuelle, l’auteur parlant à juste titre d’un « rapt mental ».

Un livre important qui nous permet de mieux comprendre la radicalisation de nos adolescents et qui est destiné autant aux jeunes qu’aux adultes.

Ce livre fait penser à un autre livre publié aux éditions Syros de Benoit Séverac, Little Sister, qui traite aussi de la radicalisation.

Retrouvez le livre sur le site des éditions Syros !