Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger

Afficher l'image d'origine

Quatrième de couverture :

Allongé dans son lit en costume de deuil, ce 15 février, à l’heure de son anniversaire, Mortimer Decime attend sagement la mort car, depuis son arrière-grand-père, tous les hommes de sa famille sont décédés à onze heures du matin, le jour de leurs 36 ans.
La poisse serait-elle héréditaire, comme les oreilles décollées ? Y a-t-il un gène de la scoumoune ? Un chromosome du manque de pot ?
Que faire de sa vie, quand le chemin semble tout tracé à cause d’une malédiction familiale ?
Entre la saga tragique et hilarante des Decime, quelques personnages singuliers et attendrissants, une crêperie ambulante et une fille qui pleure sur un banc, on suit Mortimer finalement résigné au pire.
Mais qui sait si le Destin et l’Amour, qui n’en sont pas à une blague près, en ont réellement terminé avec lui ?
Dans son nouveau roman, Marie-Sabine Roger fait preuve, comme toujours, de fantaisie et d’humour, et nous donne une belle leçon d’humanité.

Mon avis :

Ce livre a fait couler beaucoup d’encre lors de la rentrée littéraire 2014. Je m’étais jurée de le lire, et POUF ! il est apparu à ma bibliothèque : comment résister ?

C’est la première fois que je lis un livre de cet auteure, je la découvre même, et je ne regrette pas.

Le matin, quand il se lève, Mortimer sait qu’il commence un grand jour : il va avoir 36 ans dans quelques heures, et il va mourir. Il est sobrement vêtu d’un costume, s’autorisant tout de même une touche de fantaisie aux pieds : des chaussettes colorées, décorées d’ourson. Le frigo est vide comme les placards, l’électricité coupée, le bail envoyé et il a même démissionné.  Vous auvez compris, il n’est pas vraiment inquiet, il attend la mort comme un événement inéluctable. Il faut dire qu’il a eu le temps de se faire à l’idée : mourir à 36 ans est une malédiction dans la famille, une malédiction qui ne toucherait que les hommes de la famille Decime. Alors il attend, assis, patiemment. Alors qu’il pensait être seul, une femme entre dans l’appartement : c’est son amie Paquita qui vient lui rendre visite. Elle ne sait rien de cette malédiction, elle ne connait même pas la date d’anniversaire de Mortimer. Elle s’étonne à peine de le voir ainsi, assis, en costume. L’heure approche : il sait qu’il mourra à onze heures. Onze heure arrive, Paquita est toujours là et …. rien. Mortimer respire toujours, il voit, il bouge, il parle et entend. Il ne meurt pas. Que se passe-t-il ? La mort n’a jamais de retard. Alors il se met à rire et à rire. Inquiète, Paquita l’emmène avec elle rejoindre Nassardine, son mari, un ami de Mortimer aussi. Ce dernier finit par leur expliquer son histoire. Pourquoi la mort l’a-t-elle oublié ? Que s’est-il passé ? Quels secrets se cachent là dessous ?

L’histoire est plutôt loufoque, je ne pense pas que Marie-Sabine Roger ait cherché quelque chose de vraisemblable, mais on suit tout de même l’histoire, amusé par les aventures de Mortimer pour lequel on a commencé à avoir de la sympathie. J’ai aussi aimé découvrir le personnage de Jasmine, plutôt loufoque.

Bref, j’ai passé un bon moment de lecture, et ce livre ne sera pas le dernier que je lirai de l’auteur !

L’océan au bout du chemin, Neil Gaiman

20141026_152424

Présentation :  « J’aimais les mythes. Ils n’étaient pas des histoires d’adultes et ils n’étaient pas des histoires d’enfants. Ils étaient mieux que cela. Ils étaient, tout simplement. » De retour dans la maison de sa famille pour des obsèques, un homme encore jeune, sombre et nostalgique, retrouve les lieux de son passé et des images qu’il croyait oubliées. Le suicide d’un locataire dans une voiture au bout d’un chemin, sa rencontre avec une petite voisine, Lettie, qui affirmait alors que l’étang de derrière la maison était un océan.
Et les souvenirs de l’enfance, qu’il croyait enfuis, affluent alors avec une précision troublante…
Ce sont les souvenirs d’un enfant pour qui les histoires existent dès qu’on les croit et qui se réfugie dans les livres pour échapper aux adultes, un enfant pour qui les contes sont sa réalité. Gaiman nous plonge ainsi l’univers de l’enfance en même temps que dans celui des contes anglo-saxons, dont il a une connaissance érudite.
Mais plus encore, il nous convie à une relecture de l’influence des contes sur notre enfance, une réflexion sur la mémoire et l’oubli, et ce qui demeure d’enfance en nous. Fidèle à son imaginaire féérique, Neil Gaiman est un créateur d’archétypes que Stephen King qualifie de « trésor d’histoires ». Il épure ici sa phrase et ses possibilités narratives pour nous procurer une émotion toute nouvelle, inédite, dans ce roman court, très personnel, qui dévoile sans doute beaucoup de lui et démontre tout le génie littéraire qui lui a valu le convoité Book of the Year décerné à ce roman par les lecteurs anglais.


Mon avis : C’est le premier livre que je lis de Neil Gaiman, et quel plaisir ! La présentation est très bien faite et reprend tout à fait les points forts de ce livre. C’est un livre difficile à présenter. Le narrateur revient sur son histoire quand il avait 7 ans, et sur toutes ces choses étranges qu’il a vécues. Avec son amie Lettie, ils vont partager de belles aventures, effrayantes pour un garçon de son âge, mais pas du tout pour Lettie, qui a quelques années de plus (11 ans), mais qui, surtout n’est pas une petite fille comme les autres. Elle vit avec sa mère et sa grand-mère : tout un mystère les entoure. Au programme de ce monde fantastique :  une goule qui devient gouvernante, un papa qui tente de noyer son fils, une mare qui est un océan ou encore un seau d’eau dans lequel on pleut plonger complètement.

C’est un conte que l’auteur nous fait découvrir, avec sa situation initiale, sa transgression, ses péripéties, son dénouement. Neil Gaiman a l’étrange pouvoir de nous faire adhérer à son monde pourtant enfantin et et de nous y faire croire alors que c’est complètement irrationnel. Je pense qu’il doit être un parent éloigné de la famille de Lettie, pour nous ensorceler ainsi …. Je m’attendais à aimer ce livre mais ça a été bien plus que ça : j’ai été captivée, et je lui suis encore. Qu’ajouter de plus sinon qu’il faut courir l’acheter, et le lire …

Aux éditions du Diable Vauvert.

Rouen 1203, Jean d’Aillon

Saint-Jean-d’Acre, 1203. Une nef génoise arrive à Marseille. Elle débarque un templier infidèle, une jeune veuve, un arbalétrier et un clerc en mission pour Aliénor d’Aquitaine. Cette dernière, à la veille de sa mort, a émis l’ultime désir de voir le saint linceul du Christ. Une lutte sourde s’engage autour de cette précieuse relique, qui échappe tour à tour à ceux qui la pourchassent. Certains souhaitent la posséder pour son caractère sacré, d’autres veulent s’en servir pour asseoir leur pouvoir perdu. Guilhem d’Ussel se retrouve, malgré lui et pour venger les siens, emporté dans ce combat. Les destins se croisent à Rouen, où Arthur, le jeune duc de Bretagne, est tenu prisonnier par son oncle Jean sans Terre. La ville devient le théâtre des intrigues, des meurtres, des complots qui se trament autour de la sainte relique.Qui finira par la posséder ? Arthur sera-t-il délivré par ses fidèles ? Guilhem découvrira-t-il le félon qui le trahit ?


Mon avis :

Je n’avais pas aimé Rome 1202 qui  présentait déjà les aventures de Guilhem d’Ussel, que  nous retrouvons dans ce livre. J’avais par contre aimé La bête des Saints-Innoncents, toujours du même auteur. Là, j’avoue que j’étais inquiète à l’idée de me sentir perdue comme cela avait été le cas pour Rome 1202. Ouf, il n’en est rien. A nouveau beaucoup de personnages, mais j’étais déjà familières avec certains d’entre-eux et je ne sais pas pourquoi j’ai trouvé qu’il était plus facile de se repérer (peut-être sont-ils plus détaillés).

L’auteur nous emmène rapidement en Terre Sainte, retrouver l’esprit des croisades, avant de nous retrouver à Rouen. Aliénor d’Aquitaine veut absolument voir avant de mourir ce linceul du Christ, une relique qui serait vraie … Parmi les personnes qu’elle envoie pour le retrouver se trouve un jeune clerc, non dénué d’ambition (un personnage que j’ai beaucoup aimé découvrir). Ce livre, c’est un peu une chasse au trésor avec son lot de manipulations et d’intrigues. En toile de fond : la guerre, évidemment.

J’ai apprécié la découverte progressive des différents personnages, les présentant chacun dans leur univers, avant de voir leurs destins se lier. Tout se fait naturellement. Et j’ai été particulièrement amusée de lire la provenance des reliques …

C’est un roman vraiment intéressant, plaisant à lire, qui ne laisse pas place à l’ennui (malgré le nombre de page !). Le rythme est régulier, le contexte clairement délimité ainsi que les nombreux détails nous permettent de nous plonger facilement au début de ce 13ème siècle.  A conseiller aux amateurs de romans historiques (même si dans ce livre l’auteur focalise plus sur les personnages et leurs actions que sur le contexte historique) ou à ceux qui aiment les histoires de complot …

Ce livre participe au challenge 1 pavé par mois, organisé chez Bianca : challenge-un-pave-par-moisOctobre 2014, Flammarion.

Nos voies d’espérance : dix grands témoins pour retrouver confiance.

index

Présentation :

Front national en hausse, transition énergétique en berne, réchauffement climatique dans une indifférence et une impuissance généralisées, délitement du lien social sur fond de crise, de chômage et de souffrances multiples, incapacité des politiques à agir ou à offrir une espérance crédible aux jeunes générations… Alors que l’année électorale 2014 a cristallisé toutes les tensions, toutes les intolérances, le journaliste Olivier Le Naire a mené 10 grands entretiens auprès de 10 personnalités de haut niveau – célèbres ou non, toutes reconnues dans leurs domaines -, afin qu’elles livrent leur diagnostic, proposent des remèdes pour guérir notre société malade. Et montrent à une France rongée par le pessimisme que les voies de l’espoir existent bel et bien.

Dans ce livre, pour la première fois, ces dix hommes et femmes libres, qui jusque-là agissaient séparément, unissent donc leur talents, leurs convictions humanistes, leur enthousiasme et leur capacité d’entraînement afin d’embrasser de manière globale les problèmes de notre société.

Ensemble, ils veulent montrer qu’on ne peut plus faire l’économie d’un changement radical, et que d’autres modèles, plus efficaces, plus justes, plus vertueux sont possibles. Souvent, ces modèles existent, ils marchent déjà. Leur application relève d’abord de la volonté et non de l’utopie, comme le prouvent chaque jour dans le monde des millions de citoyens à travers leurs actions concrètes. Et comme l’ont montré avant nous des visionnaires comme Gandhi, Martin Luther King ou Nelson Mandela.

Tous les signataires de ce livre ont aussi le désir de s’adresser au public le plus large possible, puisque leur postulat est que rien ne se fera sans les citoyens eux-mêmes. L’objectif de cette démarche n’est donc pas seulement d’éclairer le chemin, mais aussi de mobiliser, de faire vibrer les consciences, afin que chacun soit bien persuadé que le changement n’adviendra que si, tous, nous faisons notre part. Et si, ensemble, nous pesons sur nos élus pour mettre en pratique des solutions ambitieuses.

Au début de ce livre, un texte manifeste résume le constat et les recommandations des auteurs. Aux citoyens, aux associations, aux médias, aux acteurs de l’économie, aux partis politiques, ensuite, de s’emparer s’ils le souhaitent de cette arme pacifique pour participer à l’évolution nécessaire de notre société.

Les dix intervenants ont abandonné aux Restos du cœur la totalité de leurs droits d’auteur sur ce livre.


Mon avis :

Non, tout n’est pas négatif. Oui, il y a peut-être des solutions. Ce manifeste est un petit bijou d’optimisme, ce qui ne fait vraiment pas de mal. Nous lisons dix voix, dix intervenants qui prennent le temps de souligner des problèmes mais aussi de montrer que des solutions peuvent exister.

Nous nous bornons à nous croire dans un monde qui n’existe plus : tout évolue autour de nous et nous peinons – refusons ? – à nous adapter.

« Faute de lucidité – faute de vérité aussi – nous regardons le monde actuel un peu à la manière dont on observe ces étoiles qui brillent dans le ciel. Comme elles scintillent sous nos yeux, nous les croyons toujours là, bien vivantes, alors qu’elles sont déjà mortes. Le vieux monde dans lequel nous pensons toujours évoluer lui aussi est mort, mais cela est si difficile à admettre. La tentation est si forte de fermer les yeux sur ce que nous ne voulons pas voir ! ».

Pourquoi toujours vouloir attendre ? Pourquoi toujours reculer les échéances ? C’est maintenant que le monde bouge, et c’est maintenant que nous devons changer.

Je n’ai pas été étonnée de retrouver dans ce manifeste la voix du Nicolas Hulot qui nous parle d’écologie, avec – entre autres – le thème du nucléaire. Il n’hésite pas non plus à condamner le comportement de certaines personnes politiques dont le seul véritable but est de se faire prendre en photo avec lui, et non d’écouter et de vouloir réellement changer les choses. Il critique aussi la propension de certains scientifiques à être uniquement guidé par les intérêts d’une société à laquelle ils sont ou ont été liés. Le nom d’Orsenna ne m’a pas étonnée non plus. Ses voyages enrichissent considérablement sa pensée. Il s’intéresse à la place de l’homme dans le monde, à l’identité de la France. J’ai beaucoup aimé ce passage, tellement représentatif – je pense – de notre pays :

« En résumé, il y a cette réalité : les Français se sentent malheureux. Et pour sortir de ce malheur, les réponses relèvent souvent de la pensée magique : refus de l’entreprise, refus de l’extérieur et, au fond, refus du progrès ».

Il souhaite « un choc extrêmement fort et, de la part des politiques, un courage très affirmé qu’ils n’ont pas ».

D’autres noms m’ont plus étonnée (et je ne dois pas être la seule), je pense notamment à Abd al Malik qui s’intéresse à l’intégration. Je le connaissais de nom grâce à sa musique, mais je ne l’imaginais pas du tout dans ce type d’exercice. Et pourtant, il le réussit, et j’ai eu beaucoup de plaisir à le lire. C’est un témoignage vraiment optimiste, son parcours est un exemple intéressant. Il revient sur ses premières années, son arrivée en banlieue, le divorce de ses parents, les vols, le deal, le soufisme mais aussi sa dyslexie. En tant qu’enseignante, ce passage me plait plus particulièrement :

« Mon exemple le confirme : on peut combattre la dyslexie, on peut vaincre l’échec scolaire, mais à condition de le vouloir, de s’en donner les moyens et d’instaurer un cercle vertueux. A partir du moment où l’on m’a dit que j’étais intelligent, que j’étais beau, j’ai commencé à y croire. Et peu importe si c’était vrai ou non, puisque l’essentiel était de m’aider à avoir foi en moi ».

Oui, on peut réussir même en partant avec un handicap. A nous aussi de soutenir les personnes qui en ont besoin, de les valoriser, car je suis certaine d’une chose : nous avons tous des capacités. Il faut avoir foi en l’autre.

Je ne vais pas détailler les autres articles, mais je vous en recommande chaudement la lecture, si le thème vous plait. C’est vraiment instructif de lire d’autres voix que celles que nous entendons toujours, et d’entrevoir les voies possibles. C’est un livre facile à comprendre, qui nous montre que nous sommes acteurs de ce monde et que nous pouvons faire bouger les choses. Le monde évolue déjà, l’avenir n’est pas forcément aussi sombre que l’on pourrait le croire. Essayons de changer de logique, de nous ouvrir à ce qui nous entoure et allons de l’avant.

« Le champ des possibles est immense. A chacun maintenant d’y planter sa graine d’espérance. »

Pour plus d’informations : http://www.actes-sud.fr/nos-voies-desperance

Une semaine dans la vie de Stephen King, Alexandra Varrin

Présentation : «  Il entre sans se presser, désinvolte. Un sourire au coin des lèvres, grand, un peu voûté, la démarche hésitante. Sous les flashes qui crépitent, malgré l’interdiction, ses yeux pétillent. Mi-gêné, mi-amusé, l’air de rien, il sort de sa coquille, prend quelques secondes pour observer la foule, curieux, vulnérable, perplexe. Le temps de traverser l’estrade, il endosse une nouvelle carapace, drapé dans le statut qui a réuni ici près de trois cents journalistes venus des quatre coins de la planète  : celui de l’écrivain le plus célèbre au monde.  »

Du 12 au 16 novembre 2013, Stephen King a passé une semaine à Paris pour promouvoir son nouveau livre, Docteur Sleep. L’occasion pour des milliers de lecteurs de rencontrer leur auteur fétiche, et pour Alexandra Varrin de transformer cet événement exceptionnel en véritable quête identitaire et introspective.
Au cours des cinq rendez-vous qui jalonnent cette semaine, elle se replonge dans l’œuvre monumentale de son idole, et poursuit, tout en interrogeant notre rapport à la fiction, son propre autoportrait.
 
Mon avis : 
J’ai tout d’abord trouvé ce livre étrange … à cause de certaines remarques de notre auteure. Elle présente un description d’elle-même peu positive « Ancienne anorexique, aussi bien dans ma peau qu’un poisson hors de son bocal, j’ai cinq tatouages que je considère comme une manière de me réapproprier mon enveloppe physique, de poser les bases d’un rapport plus sain avec mon corps. Ils sont tous inspirés de héros ou de livres de Stephen King, ce qui, au-delà des mots, exprime à quel point son œuvre a participé à la construction de ce que je suis, de mon identité. J’ai vraiment été étonnée de lire qu’un auteur pouvait à ce point influer sur la vie d’un lecteur (je n’ai jamais lu un auteur qui aurait pu m’en donner l’envie).
On pourrait aussi  la trouver parfois un peu méprisante ou suffisante, notamment  vis-à-vis des autres personnes qu’elle a rencontrées lors de cette semaine : les journalistes qui viennent écouter et voir Stephen King mais qui ne le connaissent pas suffisamment, les fans qui ne sont pas suffisamment « fan », ou même, quand elle évoque la publication de son premier livre, en même temps que d’autres « tous ces gens sont devenus aigres quand ils ont découvert que leur publication n’avait pas changé le monde. Ils espéraient des tonnes d’articles, des passages radio et télé à la chaîne, et c’est avec amertume qu’ils ont malgré tout constitué des galeries photo sur Facebook en rassemblant les trois lignes que leur texte avait inspiré par-ci, par-là, à des pigistes de Nobody Magazine ou de On s’en fout Hebdo. Pour ma part, je n’ai pas eu davantage de presse mais je n’ai pas été frustrée. Au contraire. Moins de gens me lisaient, mieux je me portais. » mais il y a toujours un soupçon d’humour, notamment quand juste avant elle décrit une auteure qui « s’est isolée tout un week-end avec pour seule compagnie une vingtaine de ses livres, soi-disant pour se recueillir – moi je la visualisais se rouler dans ses bouquins en se tripotant, ce qui me faisait hésiter entre hilarité et consternation ».
Mais, finalement, elle est juste passionnée. J’ai suivi avec beaucoup de plaisir – et avec une certaine curiosité – lire de quelle façon Stephan King est entré dans sa vie et l’a modifiée, mais aussi les différentes rencontres, essayer de ressentir ce qu’elle a elle-même ressenti : ça a dû être une semaine intense … Alexandra Varrin ne nous parle pas que de Stephan King, elle nous livre aussi une part d’elle-même, d’une façon – je pense – assez fidèle et honnête, et nous pousse à nous interroger sur notre rapport à la littérature, aux auteurs (je me suis par exemple demandée si un auteur avait déjà pu, dans une certaine mesure, apporter une quelconque modification à celle que je suis).
Le seul point négatif pour moi : les résumés/présentations de certains livres que j’ai trouvés ennuyeux (ça donne l’impression de lire l’exposé d’une élève qui a tellement aimé ce qu’elle a lu qu’elle n’arrive pas à s’arrêter, et je me suis souvenue de la première fois où j’avais dû présenter un livre que j’avais aimé à la classe, et que j’en avais endormi plus de la moitié). Mais, une nouvelle fois, est-ce vraiment étrange de la part d’une personne passionnée ?
Ce qui est sûr, c’est que je lirai avec plaisir d’autres livres de l’auteur, mais, qu’elle se rassure,  je ne devrais pas me faire un nouveau tatouage représentant l’un de ses personnages, mais je suis une treizième lectrice qui a passé un très bon moment avec ce livre, et qui a apprécié cette belle découverte.
Le livre est sorti aux éditions Léo Scheer, cette même maison d’édition qui a publié aussi pour cette rentrée l’excellent livre de Julie Gouazé : Louise.

Louise, Julie Gouazé

index
Présentation :
« Louise va bien. C’est un principe de base. Une loi fondamentale. Alice est enfermée, Jean est perdu, Marie et Roger ont pris quinze ans dans la figure. Ne vous inquiétez pas, il en faut plus pour entamer Louise ! Elle est forte. C’est un soleil et le soleil ne s’éteint pas. Même la fée Clochette se remet à briller quand on recommence à croire en elle. »
La sœur de Louise, Alice, se noie dans l’alcool. Roger et Marie, leurs parents, les noient dans un trop-plein d’amour. Louise, elle, va tout faire pour garder la tête hors de l’eau.
Roman à l’écriture affûtée, Louise plante son scalpel au cœur des relations familiales. Autopsie d’un bonheur obligé, d’un débordement d’affection qui provoque l’asphyxie, il est un lumineux récit d’apprentissage et une formidable leçon de vie.
Julie Gouazé est née en 1977 à Lyon. Elle vit aujourd’hui à Paris. Louise est son premier roman.
Mon avis :
L’écriture de Julie Gouazé est très forte, intense. Ses mots nous attrapent et nous nous retrouvons prisonniers de l’histoire. J’étais terriblement inquiète pour Louise mais aussi pour Alice et leurs parents. C’est un livre puissant qui m’a prise aux tripes dès le début. Je m’attendais à une fin toute différente, à une plongée au fin fond de l’enfer qui m’aurait entrainée avec elle, mais non, il n’en est rien. Julie Gouazé nous enveloppe d’une plume douce, même si on se doute que tout ne peut pas être un happy end.
Ce livre est un immense coup de cœur. C’est le premier que j’ai lu de cette rentrée littéraire, et quel plaisir de la commencer par un livre qui m’a tant plu. Même plusieurs jours/semaines après sa lecture, les mots me manquent pour le décrire, mon vocabulaire ne semble pas suffisamment riche et précis pour pouvoir exprimer clairement ce que j’ai ressenti en le lisant : cette envie, ce besoin de tourner les pages, les unes après les autres, de ne pouvoir quitter ce livre ne serait-ce que quelques minutes pour aller grignoter quelque chose, et cette précipitation, certainement même le regard qui s’illumine comme un enfant devant ses jouets, à l’idée d’aller le retrouver. C’est tout simplement un livre à ne pas rater.
Un premier roman mais surtout une magnifique réussite.

Le 20 août. Éditions Léo Scheer.

Madame, Jean-Marie Chevrier

Madame
Présentation :
C’est une étrange éducation que Madame, veuve excentrique et solitaire, s’obstine à donner au fils de ses fermiers dans un lointain domaine menacé par la décadence. Que cherche-t-elle à travers lui ? Quel espoir, quel souvenir, quelle mystérieuse correspondance ?
Curieusement, le garçon accepte tout de cette originale. Avec elle, il habite un autre temps que celui de ses parents et du collège. Un temps hanté par l’ombre de Corentin, l’enfant perdu de Madame.
C’est dans ces eaux mêlées que nous entraîne l’écriture secrète, raffinée, et cruelle jusqu’à la fascination de Jean-Marie Chevrier.

Mon avis :
Ce n’est pas un énorme coup de cœur,  mais j’ai toutefois beaucoup aimé ce livre. On découvre les personnages principaux au fur et à mesure de la lecture, on comprend l’ensemble page après page, jusqu’à un final que j’ai vraiment aimé, et auquel je ne m’attendais pas.
C’est un thème original (je ne me souviens pas avoir lu une histoire semblable), Guillaume est un petit garçon plutôt très intelligent pour son âge. J’aime la relation qu’il noue progressivement avec Madame et le côté complètement décalé entre ces deux personnes (lui, un pauvre garçon de ferme, elle, une vieille veuve riche mais seule). L’aspect psychologique aussi : on se demande qui, finalement, manipule l’autre.
Madame de la Villonière, plutôt impressionnante à la lecture des premières pages, laisse tomber sa carapace, elle ne parvient à rester de marbre face à ce garçon qu’elle appelle « Willy » et qui lui rappelle son petit garçon Corentin. Elle veut le façonner à son image, l’imagine devenir son héritier, tout cela ne rassure pas tellement les parents de l’enfant.

L’écriture est belle, l’atmosphère, mystérieuse et étrange, nous transporte jusqu’à la dernière page du roman.

A découvrir !

Madame est sorti le 21 août aux éditions Editions Albin Michel.