Lectures estivales : « M’asseoir cinq minutes avec toi » de Sophie Jomain et « Les Victorieuses » de Laetitia Colombani

J’ai lu plusieurs romans ce mois de juillet, mais il y en a surtout deux m’ont touchée, évinçant presque les autres tant j’ai été emportée par leurs histoires.

M’asseoir cinq minutes avec toi, Sophie Jomain.

Claire et Julien se sont follement aimés. Un coup de foudre, un mariage et enfin, une fille, Pauline, belle, parfaite… et différente.
Ils étaient prêts, ils la voulaient de toutes leurs forces, mais peut-on rester des parents unis face au handicap d’un enfant ?
Ce roman c’est l’histoire de Claire qui voit partir l’homme de sa vie, de Julien qui étouffe sous le poids de la culpabilité, de Pauline qui voudrait que son papa et sa maman s’aiment de nouveau.

Mon avis :

C’est une histoire très touchante, et certainement le roman que j’ai préféré de l’autrice. Une histoire de vie fabuleuse, pleine d’amour, de questionnements, de faiblesse, de souffrance. La vraie vie en somme. Pauline présente des troubles du spectre autistique. L’idéal (s’il en est un) d’une famille classique s’envole et le couple commence à battre de l’aile… Oui, mais pas pour les raisons qu’on pourrait croire.

C’est un roman viscéral, d’une force peu commune. J’ai adoré suivre le point de vue de Claire, mais j’ai aussi apprécié que l’autrice prenne le temps de donner celui du père. L’alternance fonctionne très bien. Un vrai coup de cœur !

Les victorieuses, Laetitia Colombani

A 40 ans, Solène a tout sacrifié à sa carrière d’avocate : ses rêves, ses amis, ses amours. Un jour, elle craque, s’effondre. C’est la dépression, le burn-out. Tandis qu’elle cherche à remonter la pente, son psychiatre l’oriente vers le bénévolat : sortez de vous-même, tournez-vous vers les autres, lui dit-il. Peu convaincue, Solène répond pourtant à une petite annonce :  » association cherche volontaire pour mission d’écrivain public  » .
Elle déchante lorsqu’elle est envoyée dans un foyer pour femmes en difficultés… Dans le hall de l’immense Palais de la Femme où elle pose son ordinateur, elle se sent perdue. Loin de l’accueillir à bras ouverts, les résidentes se montrent distantes, insaisissables. A la faveur d’un cours de Zumba, d’une lettre à la Reine d’Angleterre ou d’une tasse de thé à la menthe, Solène va découvrir des femmes aux parcours singuliers, issues de toutes les traditions, venant du monde entier.
Auprès de Binta, Sumeya, Cynthia, Iris, Salma, Viviane, La Renée et les autres, elle va se révéler étonnamment vivante, et comprendre le sens de sa vocation : l’écriture. Près d’un siècle plus tôt, Blanche Peyron a un combat. Capitaine de l’Armée de Salut, elle rêve d’offrir un toit à toutes les femmes exclues de la société. Sa bataille porte un nom : le Palais de la Femme. Le Palais de la Femme existe.
Laetitia Colombani nous invite à y entrer pour découvrir ses habitantes, leurs drames et leur misère, mais aussi leurs passions, leur puissance de vie, leur générosité.

Mon avis :

Je voulais lire ce roman avant de lire « Le Cerf-volant ». J’avais adoré La tresse et je n’ai pas été déçue.

Laetitia Colombani parvient une nouvelle fois à me captiver : elle brosse avec brio les portraits de femmes fortes ou fragiles, mais criants de vérité. Les parcours sont pleins d’humanité. J’ai adoré découvrir Solène ainsi que les autres femmes du foyer, mais aussi le parcours de Blanche : un exemple de persévérance.

Certains cœurs lâchent pour trois fois rien, Gilles Paris.

Présentation :

« Les cliniques spécialisées, je connais. Je m’y suis frotté comme on s’arrache la peau, à vif. Les hôpitaux psychiatriques sont pleins de gens qui ont baissé les bras, qui fument une cigarette sur un banc, le regard vide, les épaules tombantes. J’ai été un parmi eux. »

Une dépression ne ressemble pas à une autre. Gilles Paris est tombé huit fois et, huit fois, s’est relevé. Dans ce récit où il ne s’épargne pas, l’auteur tente de comprendre l’origine de cette mélancolie qui l’a tenaillé pendant plus de trente ans. Une histoire de famille, un divorce, la violence du père. Il y a l’écriture aussi, qui soigne autant qu’elle appelle le vide après la publication de chacun de ses romans. Peut-être fallait-il cesser de se cacher derrière les personnages de fiction pour, enfin, connaître la délivrance. «Ce ne sont pas les épreuves qui comptent mais ce qu’on en fait », écrit-il. Avec ce témoignage tout en clair-obscur, en posant des mots sur sa souffrance, l’écrivain nous offre un récit à l’issue lumineuse. Parce qu’il n’existe pas d’ombre sans lumière. Il suffit de la trouver.

Mon avis :

Je savais en lisant ce livre que j’allais être émue. D’ailleurs, j’en ai retardé le moment. Je le regardais, de loin, à faire le beau dans les étals des librairies, à s’exposer inlassablement sur les réseaux sociaux. Nul doute : il me cherchait. On s’est trouvé. Un matin, je me suis réveillée en me disant que j’avais envie de lire, que j’avais envie de LE lire. Et c’était parti.

Pourquoi savais-je que ce livre allait m’émouvoir ? Je ne sais pas vraiment. Peut-être parce que ce n’est pas le premier livre que je lis de l’auteur et qu’il m’a déjà cueillie, peut-être parce que je repense au temps où j’étais en contact plus fréquemment avec lui pour les SP, peut-être parce que je me souviens de ce salon du livre, à Paris, en 2014, l’année des Lucioles, je crois. Je l’avais déjà rencontré quelques semaines plus tôt, à Lille, mais je ne m’en souviens guère. Pourquoi cette fois-là, à Paris, m’a marquée ? Je n’en sais pas plus. J’ai un souvenir à la fois précis et flou de l’auteur assis derrière la table, les piles de livres face à lui. Le salon était bondé, une odeur de transpiration mêlée de rire flottait, et il était là, visiblement paisible, le visage souriant. Je suis allée le voir plusieurs fois, un peu aimantée. La dernière fois, j’étais passée au stand de « J’ai lu » pour acheter « Au pays des kangourous », que je suis venue me faire dédicacer. Mais cela n’explique toujours rien. Il y a des visages qui marquent, parfois. Pas souvent chez moi, j’ai la mémoire visuelle vaporeuse. Là, ce n’est pas qu’un visage. C’était une présence.

Mais l’émotion n’est pas la seule raison pour laquelle j’ai retardé la lecture de ce roman. Dans ce texte, l’auteur parle de lui, de sa vie, et j’ai toujours un peu de gêne à lire les récits introspectifs à tendance hautement autobiographique, s’ils sont contemporains. Cela me donne l’impression d’être une voyeuse, je ne trouve pas que ce soit un sentiment toujours agréable. Je sais qu’il faut que je passe au-delà pour apprécier le texte, ses mots, son rythme, sa structure narrative. Et c’est ce que j’ai fini par faire.

Parce que l’auteur ne fait que raconter un pan de son histoire. Il nous emmène auprès de lui, entrainés par le rythme des phrases et des paragraphes. Et j’ai beaucoup apprécié laissé le Gilles auteur / responsable de communication pour suivre le Gilles personnage. C’est un parcours plein d’embuches que nous propose ce roman, avec des moments très sombres, mais je trouve l’ensemble profondément lumineux… et vivant. Je ne détaillerai pas l’histoire de ce livre, qui est vraiment à lire. Je me casserai la figure sur les mots.

Gilles, j’ai été touchée, profondément. J’ai eu envie de m’asseoir à côté de ton ancien toi sur un banc, envie de sentir mes genoux toucher les tiens et de m’enivrer de silence. J’ai eu envie de te regarder droit dans les yeux pour te convaincre que tu as de la valeur et du talent, j’ai eu envie de câliner Franklin quand tu ne te sentais pas capable, que tu n’avais pas envie qu’il vienne te faire la fête. Pourtant ceux qui me connaissent savent que je n’approche pas des chiens. Et je pense à toute cette violence, physique et verbale, qui peut détruire. A ces années nécessaires pour se reconstruire quand on a été brisé, au sens figuré, mais aussi au sens propre. Néanmoins, je veux surtout n’en retenir qu’une chose, Gilles : la route vers la lumière.

Un roman publié aux éditions Flammarion.

L’amour à la page, Franck Thomas

Franck Thomas est le plus grand écrivain vivant… Sauf que personne ne s’en rend compte ! À commencer par son éditeur, qui refuse son nouveau manuscrit, celui qui devait lui apporter (enfin !) le succès tant mérité. Débute alors pour le romancier une quête à travers la jungle éditoriale, où la rencontre forcée avec une illustratrice jeunesse va réveiller les fantômes du passé, mettre son ego à l’épreuve et le pousser à découvrir le véritable sens de l’écriture…

Mon avis :

Voici un roman que j’ai sorti de ma PAL ! Il est sorti en janvier 2020 aux éditions Aux forges de Vulcain.

Franck est un auteur à presque succès. Son premier roman s’est écoulé à 57 exemplaires après tout, ce qui laisse une « marge de progression appréciable ». ! Son éditeur, Goliath M. (les éditions Deus Ex Machina) attend de pied ferme son prochain roman, mais à la lecture de ce dernier, il déchante et rejette le futur best seller de l’auteur Père Goriot Exorciste. Déçu, mais surtout fauché, Franck est agrippé par un agent littéraire qui loue son talent – sans l’avoir lu – et lui propose d’écrire… un roman pour enfant, dont l’illustratrice Julia Linua, connue pour son fameux Des prouts, pas du mazout ! ne parvient pas à écrire le texte. Et comme le monde est petit, il a déjà rencontré cette Julia Linua, et il n’en a pas gardé un bon souvenir…. Un texte jeunesse ? Facile ! En apparence seulement….

Franck est un personnage imbuvable, persuadé d’être « le nouveau Balzac ». Il représente l’auteur persuadé d’avoir un talent fou que le vulgaire n’est pas capable de reconnaitre : un personnage caricatural, mais drôle. Il en va de même pour les personnages secondaires.

L’histoire ne suit aucune logique. L’auteur nous emmène de rebondissements en rebondissements, parfois loufoques, mais souvent pleins d’un cynisme ou d’un sarcasme que j’ai beaucoup appréciés. Ceux qui ont l’habitude de longer les rangs du Salon du livre trouveront certaines descriptions d’ailleurs plus proches de la réalité que de la fiction.

Un roman paru aux éditions Aux forges de Vulcain !

L’affaire Margot, Sanaé Lemoine

Août à Paris, sa chaleur écrasante. Margot Louve vient d’avoir 17 ans. Elle est brillante et tous les possibles s’ouvriront à elle bientôt. Mais pour le moment, sa vie lui paraît étriquée. Pire, elle se sent invisible. Dans l’ombre d’une mère, actrice de théâtre en vue cultivant avec elle une distance délibérée et qu’elle rêverait de pouvoir appeler Maman. Fille d’un père dont on ne parle pas, parce qu’il a une autre vie, légitime celle-là. Alors Margot décide de faire craquer les coutures de son monde, de prendre la lumière à son tour. À ce journaliste puissant et respecté qui semble s’intéresser à elle vraiment, elle révèle le secret de sa famille.

L’Affaire Margot est un roman d’apprentissage sensible sur le passage à l’âge adulte. Il explore les détours que prend l’amour entre une mère et sa fille.

Mon avis :

J’ai beaucoup aimé ce livre, qui est un premier roman. Margot vit avec sa mère, Anouk, – ou parfois, plutôt, cohabite. Sa mère est actrice et metteur en scène. Margot est née de l’union avec un homme politique marié – ministre de la culture – , pour lequel la mère a encore des sentiments forts. Un jour, alors qu’elles sont assises à la terrasse d’un café, Anouk se redresse : elle a vu la femme de son amant, du père de Margot. Cette silhouette va hanter la jeune fille et sera l’élément déclencheur de la suite. A force de questions, Margot se dit que le couple que son père forme officiellement avec sa femme n’est important que pour l’apparence, et que si elle ne peut pas changer le passé, elle pourra agir sur le futur, sur leur futur. Mais les actes ont des conséquences, auxquelles on ne s’attend pas, et elles peuvent être dramatiques.

Les relations familiales sont particulières dans ce roman. Margot appelle sa mère par son prénom, Anouk. On trouve cette dernière froide et distante, mais on comprend progressivement que c’est une posture, et que l’amour qu’elle porte à sa fille est réel. Elle exprime ses sentiments à sa manière, de la façon qu’elle est capable de le faire. Il y a ce père, aussi, présent-absent. Il aurait pu s’échapper de leur vie, mais il tient à garder une certaine présence. Il aime Anouk, il aime sa fille.

Evidemment, l’histoire n’est pas sans rappeler celle de l’un de nos hommes politiques français. Mais ce que j’ai aimé surtout c’est l’évolution de Margot. L’adolescente devient une jeune femme et elle est parfois perdue dans ses raisonnements, butée dans ses idées. Elle s’ouvre à l’autre – surtout à un couple – avec une facilité assez déconcertante. Difficile d’en dire plus sans raconter le roman, mais je ne peux que vous invitez à le lire.

Retrouver les premières pages ici

[7 ans] Le chapeau charmant, Valentine Goby et Evelyne Mary

Au parc, une fillette tombe sur un chapeau de paille tressée. À qui est-il ? Un grand-père ? Une musicienne ? Un gondolier ? Elle lui invente des histoires, c’est facile. Une danseuse de claquettes ? Un clown en salopette ? Elle entre dans la ronde des personnages. La nuit, c’est la tempête. Que va devenir le chapeau sous l’orage ?

Mon avis :

Voici une belle histoire, pleine de poésie ! La fillette, en trouvant le chapeau, laisse son imagination divaguer en cherchant à qui il pourrait appartenir… La nuit, alors qu’il tonne et vente, elle s’inquiète : dans quel état sera le chapeau ? Quelqu’un l’aura-t-il récupéré ? Elle part le matin à sa recherche… et quel soulagement ! Elle le retrouve… mais pas vraiment là où elle l’avait laissé !

Une belle aventure publiée à l’école des loisirs !

Caractéristiques :

  • Prix : 6,50 €
  • ISBN : 9782211300032
  • Paru la première fois 07.04.2021
  • Collection Mouche.

Celle que je suis, Claire Norton.

Une bouleversante histoire de résilience qu’on lit le cœur battant dans l’espoir que son héroïne s’en sorte.

Valentine vit dans une petite résidence d’une ville de province. Elle travaille à temps partiel au rayon librairie d’une grande surface culturelle. Les livres sont sa seule évasion ; son seul exutoire, le journal intime qu’elle cache dans le coffre à jouets de son fils. Et son seul bonheur, cet enfant, Nathan, qui vient de souffler ses six bougies. Pour le reste, Valentine vit dans la terreur qu’au moindre faux pas, la colère et la jalousie de son mari se reportent sur Nathan…
L’arrivée d’un couple de voisins âgés dans l’appartement d’en face va complètement bouleverser sa vision du monde. Car comment résister à la bonté de Guy, qui se conduit avec Nathan comme le grand-père qu’il n’a jamais eu ? Comment refuser la tendresse de Suzette, cette femme si maternelle, elle qui a tant manqué de mère ? Peu à peu, Valentine se laisse apprivoiser.
Jusqu’au jour où elle commet une minuscule imprudence aux conséquences dramatiques… Mais une chose change tout, désormais : elle n’est plus seule pour affronter son bourreau et reconstruire sa vie volée.

Mon avis :

Quel livre prenant ! Celle que je suis, c’est le genre de bouquin qu’on lit en retenant son souffle. On a peur, on est content, on espère, on a mal, aussi. On n’est jamais vraiment serein, jusqu’à la dernière ligne. Bref, lire Celle que je suis, c’est se prendre un concentré d’émotions, et on n’en sort pas indemne, ce qui est une bonne chose.

Pourquoi ? Parce que ce livre a pour thème la violence conjugale. Ce fléau dont on parle de plus en plus, mais qui ne semble pas diminuer pour autant. Valentine est un personnage ordinaire. Ni super héroïne, ni super zéro, elle évolue un peu comme une ombre dans son quotidien. Seul son fils, Nathan, l’éveille et lui rappelle qu’elle est en vie. Un jour, un nouveau couple de personnes âgées emménage en face de chez elle. C’est le début d’une nouvelle amitié pour Valentine, un nouveau souffle d’air. Mais tout doit rester secret.

Pourquoi (oui, encore lui) ? Parce que son mari est complètement fou et instable. Quand il franchit la porte de sa maison en tout cas. Il a pris l’habitude d’insulter Valentine, puis de la frapper. La violence verbale et physique vont crescendo, sombre litanie du quotidien. Elle, elle subit. Elle se dit qu’elle le mérite peut-être. Et puis, si elle est là, dans cette maison, avec son fils, sans avoir besoin de beaucoup travailler, c’est grâce à cet homme : que serait-elle sans lui ? Elle l’aime, c’est évident. Et il est si adorable parfois ! Il lui offre des cadeaux, la complimente… Lui aussi, il l’aime. Il est seulement énervé par son travail. Petit à petit, Valentine va prendre conscience que son quotidien n’est pas normal, qu’elle est manipulée, très habilement, depuis des années. Mais, surtout, elle réalise qu’elle peut mourir des coups de son mari.

Ce roman d’un peu plus de 400 pages, montre comment petit à petit Daniel a placé Valentine sous son emprise, mais aussi comment elle va prendre conscience de cet asservissement qui pourrait lui être fatal. Certains passages dans ce texte sont violents, mais ils ne sont ni plus ni moins que le reflet de la réalité, d’ailleurs l’autrice explique dans une note finale qu’elle s’est documentée pour écrire ce roman, faisant appel à des témoignages. Elle se base sur du réel, l’allégeant malgré la souffrance qui en découle déjà :

« De fait, vous aurez peut-être trouvé certains des passages durs. Croyez bien que j’en ai allégé bon nombre, pourtant inspirés de scènes réelles. Mais il n’était pas possible d’édulcorer la réalité que ces femmes vivent. »

J’ai aussi aimé les passages qui montrent l’inaction de la plupart des voisins, qui entendent tout, et attendent… On ne peut s’empêcher de se demander ce que nous, nous ferions.

Celle que je suis est sorti le 01 avril aux éditions Robert Laffont !

Caractéristiques :

EAN : 9782221251584

Nombre de pages : 432

Format : 135 x 200 mm

[4 ans] Bonjour veaux, vaches, cochons, Olivier Douzou et Frédérique Bertrand

Cet album propose 13 comptines totalement imaginées pour les jeux de mots et les sonorités – dans la grande tradition du genre, pour un dialogue avec les images tout aussi libres et délirantes. Ainsi vont se croiser dans un monde joyeux et absurde Ours, Minou, Poule Mousse, Coq, Veaux, Vaches, Cochons, Teckel, Poney et des personnages qui fréquentent plus rarement la littérature jeunesse : Dindon, Truite, Paon, Oursin, Bigorneau, ou encore Crevette. 

Cet album est une reprise partielle des comptines en continu, série dont la publication s’était interrompue en 2013. avec l’apparition de 8 petits nouveaux figurants.

Mon avis :

En voici de belles histoires ! Chaque double page nous donne à lire une comptine sur un ou plusieurs animaux. Le texte est associé à une illustration. Les comptines peuvent se lire dans l’ordre ou le désordre, au gré des envies. Il y a toujours des jeux de langage, du rythme, et une mise en page amusante du texte :

Un album qui ne manquera pas de plaire aux petits !

A retrouver sur le site de la maison d’édition Le Rouergue et découvrez un extrait ici !

Caractéristiques :

mars 2021

40 pages

16,00 €

ISBN 978-2-8126-2162-8

Antichute, Julien Dufresne-Lamy

« Vous êtes atteint d’une alopécie androgénétique.
— Pardon ?
— Vous êtes atteint d’une calvitie, comme on dit. »

Les mots du dermatologue sonnent comme une condamnation. Julien a vingt-deux ans, son crâne se dégarnit et ce n’est que le début. Le début de la chute.
Dix ans et pas mal de cheveux perdus plus tard, il se décide à partir pour Istanbul, capitale en vogue de l’implant capillaire. Relatant avec humour son périple depuis la clinique turque où se croisent stars du foot et anonymes de tous pays jusqu’à sa renaissance un an plus tard, l’auteur se livre à une réflexion sur l’impact de l’alopécie sur l’estime de soi et la vie sociale.
Un récit intime et moderne sur la symbolique du cheveu et ce qu’il dit de nous.

Mon avis :

J’ai découvert l’auteur avec « Deux cigarettes dans le noir« , qui était arrivé par surprise dans ma boite aux lettres, en 2017. Dans ce nouveau roman, je retrouve cette écriture qui me plait, et ces petites phrases qui me font parfois froncer les sourcils…

Cette fois-ci, c’est grâce à une publication sur les réseaux sociaux que j’ai appris la sortie de Antichute. Deux choses m’ont intriguée : la maison d’édition, Flammarion, alors qu’il était pour moi associé – en littérature adulte – à Belfond, et le titre Antichute. Un livre qui parle de chute de cheveux… Etrange, non ? Oui, mais pas que.

Ce livre m’a émue. Cet homme qui perd ses cheveux, qui n’accepte pas ce fait au point que cette alopécie devient une réelle souffrance, n’est pas un narrateur fictif, c’est l’auteur. Dans ce texte, nous entrons donc dans l’intimité de Julien Dufresne-Lamy, sans savoir vraiment jusqu’à quel point, la frontière entre fiction et réalité étant souvent poreuse. D’ailleurs, on retrouve cette idée dans le roman :

« (…) je découvre l’écriture, la vraie. J’apprends le champ des possibles, la permission des mots, la toute-puissance des silences, et cela n’a rien à voir avec les articles que je rédige pour le journal ou pour mon site dédié aux séries. J’écris autrement. Une fiction mêlée de réel, du faux dans le vrai, de charges et de décharges d’une histoire qui s’est vraiment passée, avec ce qu’il faut de distance pour que le texte devienne roman. » (page 48).

Le texte nous raconte la découverte sidérante des premiers cheveux qui tombent, ce qu’il fait pour la cacher, les traitements qu’il prend, les heures qu’il passe à chercher les causes et les remèdes et le choix ultime et mûrement réfléchi : le départ pour Istanbul, capitale de l’implant capillaire. A cela s’ajoute l’évolution psychologique (avec une analyse sur la symbolique du cheveu) mais aussi les conséquences sur son quotidien (il n’ose pas sortir de chez lui quand il y a trop de vent, ne veut pas se baigner… ). Le tout avec une dose d’humour.

Ce texte nous montre l’importance que peut prendre le paraitre pour l’être. Les cheveux renvoient souvent à l’idée de la séduction, mais aussi de la force, à la féminité ou à la virilité. Ce n’est pas un simple fait, c’est le début d’une réflexion et d’un changement dans le quotidien. Pour l’auteur, le cheveu est vraiment important. Il refuse de s’imaginer chauve. Perdre ses cheveux, ça dépasse le simple fait du quotidien qui est au cœur d’un enjeu social et intime.

Ainsi, si le thème peut paraitre commun, Julien Defresne-Lamy arrive à rendre le sujet captivant. Pourquoi ? Il vous répondra lui-même :

« La calvitie n’est pas originale. Elle est triviale, à peine qualifiable, habituelle, répandue comme une de ces petites difformités que l’on regarde sans frémir, un gros nez, un grain de beauté, un monosourcil. Mais la calvitie devient passionnante quand elle remue l’intime. Quand elle bouleverse l’homme qui y est confronté et qu’elle le transforme en un prodigieux mutant, un étranger à lui-même. » page 82. C’est tout à fait ça.

Un roman publié aux éditions Flammarion, et pour feuilleter quelques pages, c’est là : Antichute (cantook.net)

Caractéristiques du livre :

  • 256 pages – 137 x 209 mm
  • Broché
  • EAN : 9782081516045
  • ISBN : 9782081516045

[Ado/ jeunesse] Poing levé, Yaël Hassan

Junior est un collégien en classe de 4e. Leur professeur de français leur a demandé de rédiger la biographie documentée d’une personnalité qui a tenté de changer le monde. À la lumière de la mort de George Floyd et des nombreuses manifestations antiracistes qui s’ensuivirent à travers le monde, le jeune homme choisit de raconter la vie de Tommie Smith, athlète afro-américain qui s’était distingué par son poing levé aux Jeux olympiques de 1968.

Ce roman, profondément ancré dans une actualité brûlante, s’inscrit dans une temporalité bien particulière : celle du confinement, des cours virtuels, de l’éloignement du collège et de ses contraintes, de la découverte des voisins et des voisines… et peut-être même de l’amour.

Mon avis :

Ce roman est un coup de cœur. J’avais pourtant peur de ne pas trop apprécier l’histoire, m’en sentant chronologiquement trop proche – mai 2020, la fin du confinement, une période sur laquelle je n’ai pas vraiment envie de lire quoi que ce soit – mais ce cadre spatio-temporel n’est qu’un prétexte au thème important : les recherches sur Tommie Smith qui débouchent sur des questionnements autour des manifestations anti-racistes, et leur évolution, aux Etats-Unis, évidemment, mais aussi en France.

Et ce livre est vraiment une petite merveille. Junior a la peau noire. Ses parents sont originaires des Antilles. Il se sent bien dans ses baskets – très bien même, il brille sportivement – et ne se sent pas différent des autres adolescents. Ce n’est pas le cas de ses sœurs qui ressentent le racisme de la société. Découvrir l’histoire de Tommie Smith, cet athlète afro-américain ayant levé le poing aux JO de 1968 – geste pour lequel il sera lourdement sanctionné, comme les deux athlètes qui le soutenaient, permet un point de départ riche pour le sujet, ou plutôt les sujets.

Junior a deux autres amies pour lesquelles il a eu temporairement des coups de cœur : Anissa et Yasmina, deux adolescentes musulmanes qui vivent leur religion différemment. Il fera aussi connaissance avec sa voisine d’en face, Anna, une pianiste de grand talent. Timide, elle ne sait pas vraiment comme se comporter avec Junior, mais il l’attire, c’est évident.

C’est un roman qui fera, je pense et espère, réfléchir les adolescents qui ont souvent tendance à ne répéter que ce qu’ils entendent autour d’eux. Les thèmes sont lourds et à manier avec précaution (racisme, discrimination, intolérance, extrémisme, préjugés et stigmatisations, amour et amitié….) mais Yaël parvient à les manipuler avec justesse, sans manichéisme. Car, ce qui fait la richesse de notre monde, c’est notre diversité.

Retrouvez les premières pages sur le site de la maison d’édition Le Muscadier !

D’autres romans de l’autrice :

Quatre de coeur, co-écrit avec Matthieu Radenac

[Docu/ livre] Sur le fil, Christine Deroin

Julien et Aude ne font que se croiser chez la psy, mais ils ont un secret : une cachette où chacun·e dépose une lettre pour l’autre, avant ou après sa séance hebdomadaire.

C’est Aude qui a lancé le jeu. Jeu de confidences à l’inconnu·e d’une salle d’attente. Jeu de miroirs dans lequel ils deviennent le reflet l’un de l’autre. Borderline ensemble mais chacun·e seul·e dans son monde.

Mon avis :

Voici un livre qui m’a particulièrement intéressée puisque je ne connaissais rien – avant ma lecture – à ce trouble. J’ai d’ailleurs apprécié qu’il nous soit présenté à travers le comportement d’une adolescente mais aussi d’un adolescent, cela montre que ce n’est pas une question de sexe et, comme pour d’autres troubles, il n’y a pas un modèle, mais plusieurs.

Co-écrit avec Manon Beaudouin, psychologue diplômée de l’université de Bordeaux, chaque épisode est, comme tous les livres de la collection, associé à un mot de la psychologue. On retrouve des pages sur « les premiers symptômes », « être borderline, c’est quoi ? » ou encore « état de crise : de la détresse émotionnelle à l’impulsivité ». Des pages précieuses pour nous aider à comprendre, et qui sont faciles à comprendre.

Le point faible de ce livre est la narration de l’histoire. Je dois avouer qu’elle n’est pas très prenante, assez linéaire et attendue. Ce qui n’est pas, dans le fond, particulièrement gênant puisque l’essentiel ici est de connaitre et comprendre le trouble de la personnalité borderline et que la mission est réussie.

Je conseille vivement l’achat de ce livre aux bibliothèques, médiathèques et CDI et à toutes les personnes qui veulent en savoir plus, évidemment. Il pourra rassurer l’adolescent qui en souffre : c’est toujours réconfortant de lire que nous ne sommes pas seul… et qu’on peut s’en sortir, même si cela n’est pas facile. L’important est d’en prendre conscience, d’être écouté et de savoir demander de l’aide. Le livre d’ailleurs ne s’adresse pas qu’aux adolescents : les parents – adultes en général – y trouveront des conseils et des éléments de compréhension.

Ce roman fait partie de la collection « Saison psy » de la maison d’édition « Le Muscadier ». Elle est dirigée par Christine Deroin, déjà connue pour sa collection « Pas de panique, c’est la vie » dans une autre maison d’édition.

Vous pouvez découvrir le premier chapitre ainsi que le premier « mot de la psy » sur le site de la maison d’édition Le Muscadier !