Si je me souviens bien, Hélène Le Bris

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Marthe a 60 ans, et l’esprit confus. Elle le sait, se défend, s’organise pour mieux résister à Al – c’est ainsi qu’elle nomme le fauteur de ses troubles : son Alzheimer précoce. Pour retenir ses souvenirs récents, elle les note dans un cahier. Son passé lui échappe : elle ne sait plus pourquoi elle a déménagé, ni ce qu’est devenu le compagnon de sa vie. Le cahier restitue ses efforts pour comprendre, ses doutes, ses émotions qui mêlent frustration, culpabilité et désir de rattraper le temps perdu.
Un indice découvert au hasard dans une revue bouscule son quotidien : elle croit retrouver la piste de son mari disparu… Elle s’improvise alors détective et mène l’enquête à l’insu de ses proches, sa voisine cinéphile et son neveu adoré.

Mon avis :

Marthe, c’est le type de personnage auquel on peut facilement s’identifier. Peut-être est-ce à cause du « je » narrateur, de la fluidité de l’écriture ou de la rapidité avec laquelle on s’y attache. Certainement un mélange des trois. Marthe nous émeut aussi, tout comme elle peut nous faire rire ou nous inquiéter. C’est une battante. La préoccupation principale de Marthe, c’est retrouver la trace de Adrien, son mari. Pour le faire, elle s’improvisera détective.

Heureusement, elle peut toujours compter sur Vincent, son neveu, l’un des seuls à la comprendre. C’est lui qui lui a donné l’idée de noter tout ce qui lui arrive dans un carnet, afin de ne plus oublier.

Un joli texte sur la question de la mémoire et de l’oubli.

 

[Jeunesse] Un caillou au fond de la poche, Florence Cochet

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Au collège, les autres élèves surnomment Henri “la Calculette” ou “le Taré”. Car Henri est un enfant “différent”, surdoué, allergique aux contacts physiques et obsédé par l’ordre et les petits rituels. Sans la présence de sa meilleure amie Daisy, il aurait déjà craqué. Mais elle l’a pris sous son aile, et grâce à son optimisme communicatif, Henri se sent presque intégré. Ils forment une équipe soudée et inséparable. Mais un matin, Daisy n’est pas là pour venir le chercher et partir ensemble à l’école. Elle est malade, clouée au lit ! Il doit se débrouiller seul et les Cavaliers infernaux, une bande de petits racketteurs, comptent bien en profiter. Leur affreux chantage risque de mettre à mal son amitié avec Daisy. Le mystérieux caillou que lui a confié son excentrique enseignante de français suffira-t-il à le protéger des sales coups ?

Mon avis :

J’ai lu ce roman il y a trois semaines, mais je n’avais pas encore pris le temps de le chroniquer or, j’ai très envie de vous le faire découvrir !

Henri vit seul avec sa mère, qui est souvent absente à cause de son travail. Il craint plus que tout qu’il se passe quelque chose dans son école, et que sa mère décide de l’envoyer dans un établissement spécialisé. Pourquoi ? Henri est un personnage différent de ceux que l’on rencontre habituellement en littérature jeunesse, puisqu’il est autiste Asperger. Il se sent parfois, voire souvent, à côté de la plaque quand il se trouve avec d’autres camarades de son âge, et même en présence d’adultes. Mais, depuis quelques années il ne se sent plus seul, il a une amie, Daisy, qu’on n’ose pas trop venir chatouiller. A ses côtés, H, comme elle l’appelle, se sent en sécurité.

Quand il apprend un beau matin qu’elle ne peut se rendre à l’école parce qu’elle est malade, c’est la panique. Il ne sait même pas comment s’habiller ! Et, alors qu’il fera tout pour échapper aux Cavaliers infernaux, trois élèves de son collège qui se moquent souvent de lui et qui n’hésitent pas à lui demander des « petits services », il se trouvera face à eux avant de rejoindre son établissement scolaire.

Au collège, il arrivera en retard. Une enseignante remplaçante remarquera son trouble, mais ne parviendra pas à le faire parler. Par contre, elle lui donnera un petit caillou, et lui racontera un petit conte…

J’ai beaucoup aimé ce livre. Tout d’abord parce qu’il est très bien écrit, dans un style teinté de réalisme et d’humour, mais aussi parce que l’histoire est prenante et très bien construite. J’ai adoré le duo Daisy/Henri, et la touche de fantastique apportée à l’histoire.

Si le thème du harcèlement est souvent abordé, il est ici traité d’une façon originale.

Un roman publié aux éditions Actes Sud junior !

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, Jean-Paul Dubois

#Prix Goncourt 2019

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Présentation de l’éditeur :

Cela fait deux ans que Paul Hansen purge sa peine dans la prison provinciale de Montréal. Il y partage une cellule avec Horton, un Hells Angel incarcéré pour meurtre.

Retour en arrière: Hansen est superintendant a L’Excelsior, une résidence où il déploie ses talents de concierge, de gardien, de factotum, et – plus encore – de réparateur des âmes et consolateur des affligés. Lorsqu’il n’est pas occupé à venir en aide aux habitants de L’Excelsior ou à entretenir les bâtiments, il rejoint Winona, sa compagne. Aux commandes de son aéroplane, elle l’emmène en plein ciel, au-dessus des nuages. Mais bientôt tout change. Un nouveau gérant arrive à L’Excelsior, des conflits éclatent. Et l’inévitable se produit.

Une église ensablée dans les dunes d’une plage, une mine d’amiante à ciel ouvert, les méandres d’un fleuve couleur argent, les ondes sonores d’un orgue composent les paysages variés où se déroule ce roman.

Histoire d’une vie, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon est l’un des plus beaux livres de Jean-Paul Dubois. On y découvre un écrivain qu’animent le sens aigu de la fraternité et un sentiment de révolte à l’égard de toutes les formes d’injustice.

Mon avis :

C’est le premier roman que je lis de l’auteur, qui en a pourtant déjà un certain nombre à son actif… Si d’ordinaire je ne lis pas spécialement les romans primés par le Goncourt, je me suis laissée tenter cette fois-ci ( à cause du titre ? de la couverture ? des retours positifs entendus ? certainement un mélange de tout ça) et je n’ai pas été déçue.

Le narrateur, c’est Hansen. Il est enfermé en prison pour un motif qu’on découvrira à la fin du roman. Dans sa cellule, il cohabite avec Horton, un homme fan de moto qui est incarcéré pour meurtre, et qui veut couper les trois quart du monde en deux. Sous ses allures de gros gaillard, il cache des faiblesses plutôt surprenantes.

Grâce à des retours en arrière qui remontent à son enfance, Hansen nous raconte son parcours – les bons moments comme les plus difficiles –  et ce qui l’a amené en prison. Là-bas, il n’y reçoit que la visite de quelques fantômes chers à son cœur.

Beaucoup de personnages sont décrits avec précision. Ils sont enveloppés dans un mélange de dérision et de franche humanité. Quant à l’écriture, elle mêle l’humour et la tristesse avec brio, ce qui donne à la lecture un côté addictif.

J’ai vraiment aimé ce roman, cette vision de la vie, sans fioriture. Si les personnages baignent dans une douce mélancolie, Tous les hommes n’habitent pas les hommes de la même façon est aussi empli de tendresse, et de regards tournés vers l’avenir.

Un livre paru aux éditions de l’Olivier !

[4 ans] Boucle Rousse et les 3 ours, Fabienne Morel et Debora Di Gilio

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Une version pittoresque et détonante du conte plébiscité par les enfants : Boucle d’Or et les trois ours !

De part et d’autre de la rivière, les Ours et les Renards sont fâchés depuis très longtemps. Sauf Boucle rousse et Petit Ours, qui s’envoient des baisers depuis leur fenêtre. Un jour, popopopopom… les Ours partent manifester pour sauver les abeilles ! Alors Boucle Rousse, même si « y a pas le droit », traverse la rivière et arrive chez Petit Ours.

Mon avis :

Les Renards et les Ours sont fâchés depuis tellement longtemps qu’ils ne savent plus pourquoi. Pourtant, une petite Renarde, Boucle Rousse, a repéré de l’autre côté de la rivière un ours au regard doux : Petit Ours. Les histoires de grands ? Ils s’en moquent. Ils se contentent de se regarder et de se sourire.

 

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Un matin, alors que les Ours partent au rassemblement international pour la défense des abeilles, Boucle Rousse se rend au bord de la rivière, plonge, et arrive de l’autre côté ! Elle entre dans la maison de Petit Ours, essaie les trois paires de chaussons, les trois pots pour faire pipi, goute les trois pots de miel, et essaie les trois lits. Elle finit par s’endormir dans celui de Petit Ours, comme dans l’histoire originale. Mais que va-t-il se passer quand la famille de Petit Ours va rentrer ?

Un indice : tout est bien, qui finit bien 🙂

Nous avons pris beaucoup de plaisir à découvrir cette adaptation.

Un album paru aux éditions Syros !

Mes lectures estivales – suite

 

Ce mois-ci, j’ai lu et beaucoup apprécié trois romans que voici :

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En apparence, Alice va très bien (ou presque). En réalité, elle ne dort plus sans somnifères, souffre de troubles obsessionnels compulsifs et collectionne les crises d’’angoisse à l’’idée que le drame qu’’elle a si profondément enfoui quelques années plus tôt refasse surface.
Américaine fraîchement débarquée à Paris, elle n’’a qu’’un objectif : repartir à zéro et se reconstruire. Elle accepte alors de travailler dans une start-up dirigée par un jeune PDG fantasque dont le projet se révèle pour le moins… étonnant : il veut réunir les chaussettes dépareillées de par le monde. La jeune femme ne s’’en doute pas encore, mais les rencontres qu’’elle va faire dans cette ville inconnue vont bouleverser sa vie.
Devenue experte dans l’’art de mettre des barrières entre elle et les autres, jusqu’’à quand Alice arrivera-t-elle à dissimuler son passé ?

Ce roman est un gros coup de cœur. J’ai adoré découvrir les parcours de deux sœurs, j’ai été émue pour elles. Je vous conseille ce roman plein de rebondissements, qui se dévore comme un bonbon !

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Ce matin-là, après une soirée trop arrosée, Manon se réveille passagère clandestine sur le King of the Seas. Mais que fait-elle sur le plus grand paquebot du monde qui entame sa croisière inaugurale, direction New York ? Tout a commencé il y a quinze jours. Deux toutes petites
semaines. Une éternité…
Si tu crois un jour que tu m’’aimes, la comédie romantique qui va vous embarquer dans un tourbillon d’’émotions.
Et si l’’amour était plus fort que tout ?

Ce roman de Charlie Wat est un succès de l’auto-édition. Quand elle m’a proposé de découvrir son roman, j’ai tout de suite accepté, surtout que j’avais commencé la lecture d’un autre de ses textes, abandonné depuis (mais que je vais reprendre !).  Ici encore, les émotions sont au rendez-vous. On se retrouve paumé, tout autant que la narratrice au début du texte, à bord du bateau puis, on découvre son environnement, son histoire, et on se passionne : à découvrir ! En plus, il est à tout petit prix puisqu’il est sorti directement en poche !

 

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À 31 ans, Élise vit recluse dans son chagrin. Quelle idée saugrenue a eu son mari de mourir sans prévenir alors qu’’elle était enceinte de leur premier enfant ?

Depuis ce jour, son fils est la seule chose qui la tient en vie, ou presque. Dans le quartier parisien où tout lui rappelle la présence de l’’homme de sa vie, elle cultive sa solitude au gré de routines farouchement entretenues : les visites au cimetière le mardi, les promenades au square avec son petit garçon, les siestes partagées l’’après-midi…

Pourtant, quand sa vieille voisine Manou lui tend les clés de sa maison sur la côte atlantique, Élise consent à y délocaliser sa tristesse. À Pornic, son appétit de solitude va vite se trouver contrarié : un colocataire inattendu s’’invite à la villa, avec lequel la jeune femme est contrainte de cohabiter.

Ce roman fait partie de deux textes qui inaugurent une nouvelle collection aux éditions Eyrolles. Cette histoire est très touchante, elle prend aux tripes, tellement que c’est une lecture que j’ai dû lire avec parcimonie. Elise, Manou, Monique ou encore Clément : se sont tous des personnages forts, à des degrés divers, dont on ne peut plus se débarrasser une fois le livre refermé. Un de ces romans qu’on n’oublie pas.

Retrouvez les premières pages sur le site !

Et vous, vos lectures de l’été ?

 

 

 

[Témoignage] Mon combat contre l’anorexie, Marine Noret

 

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Présentation :

Marine est aujourd’hui une jeune femme épanouie, qui adore ses proches et amis, le sport et l’aventure. Mais Marine n’a pas toujours été aussi pleine de vie. Plus jeune, elle n’était pas comme toutes les filles de son âge : elle était anorexique. Son apparence et son poids l’obsédaient au point de la mettre en danger et de passer plusieurs mois à l’hôpital. Comment s’en est-elle sortie ? Quels sont les pièges de la dysmorphophobie dans lesquels elle est tombée ? Comment réagir face à l’indifférence des médecins et à l’incompréhension des proches ? Quel a été ce déclic qui lui a permis de se réinventer à travers le sport, au point de devenir une triathlète accomplie ? Après une vidéo-confession marquante vue par plus de 600 000 personnes, Marine raconte dans ce livre les étapes qui l’ont menée de la maladie jusqu’à la guérison. Un témoignage positif, vrai message d’espoir, auquel chacun peut s’identifier. Elle est ce pont entre la maladie et l’épanouissement. Ce témoignage exceptionnel, auquel prennent part la mère et le frère de Marine, permet de mettre en lumière un sujet tabou qu’il faut enfin aborder. Avec pudeur, mais guidée par un vrai souci d’authenticité, Marine nous fait revivre son parcours, de sa période la plus noire à aujourd’hui.

Mon avis :

Voici un témoignage très touchant. Marine a connu l’enfer de l’anorexie et nous raconte son parcours, des premiers signes de l’apparition de sa maladie à aujourd’hui. Un témoignage sensible et sincère, et surtout important.

Elle se trouvait trop grosse. Son poids l’obsédait au point de compter le moindre gramme de ce qu’elle mangeait, et de se lever la nuit pour faire du sport. Pourtant, son corps ne trouvait pas grâce à ses yeux : elle le voyait toujours gros, trop gros : c’est la dysmorphophobie. C’est sa grand-mère, qui a compris dans un premier temps que quelque chose de grave se tramait. Marine a été hospitalisée de justesse : ses organes risquaient de s’arrêter tant son corps était affaibli.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre. Marine se livre avec franchise et nous permet de découvrir l’un des mécanismes qui mène à l’anorexie. Elle a conscience du mal qu’elle a imposé à son corps, mais aussi des souffrances infligées indirectement à sa famille, notamment à son frère qui n’a pas toujours eu l’attention qu’il méritait. Une telle maladie a des répercutions sur toute la famille. Une chance pour elle, c’est une famille unie qu’elle a autour d’elle. Unie et aimante.

J’ai aussi apprécié lire les témoignages de sa mère à la fin de chaque partie. Elle nous rappelle notamment l’importance de la dimension psychologique dans l’anorexie mentale. J’admire cette femme, qui a continué à se battre : on comprend d’où Marine tient sa ténacité.

C’est aussi un livre plein d’optimisme, qui nous rappelle à quel point la vie est précieuse. Une ode à la vie.

Un livre publié aux éditions Amphora !

 

La lumière est à moi et autres nouvelles, Gilles Paris

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Anton, Eytan, Angus, Julian, Aaron, Lior, Ethel, Anna, Ruth, Ambre, Brune… Les héros romanesques de Gilles Paris ont tous en commun une part d’enfance déchue, le désir de s’échapper, happés par l’espoir d’une vie plus lumineuse. Des bords de Seine aux rivages du lac Léman, de la mer des Éoliennes à l’océan Atlantique, leurs destins intranquilles se nouent et se dénouent, à l’heure où les paysages s’incendient en fin de journée.

Mon avis :

J’ai mis du temps à lire ce recueil, non pas parce qu’il est ennuyeux mais parce que les histoires racontées sont tellement fortes que j’ai eu envie de les savourer.

Au programme : dix-neuf nouvelles, rédigées à la première personne du singulier, qui nous emmènent dans des histoires d’enfance, souvent marquées par la douleur ou des événements dramatiques, ces petits moments qui marquent d’une trace indélébile l’adulte en devenir.

Les lieux sont différents (l’océan Indien, la France, l’Uruguay, Lausanne…) et sont tous décrits avec la même puissance évocatrice : on s’y voit, on parcourt avec les personnages ces univers différents.

J’ai particulièrement aimé les deux premières nouvelles, qui se répondent. Nous vivons un même événement du point de vue de la jeune femme tout d’abord, Brune, puis de celle d’un autre protagoniste, Anton. Laissés à l’adolescence, j’ai aimé les retrouver plus tard, alors qu’ils ont tous les deux construit leur vie d’adulte.

Le style, toujours très poétique, donne de la puissance aux émotions, nombreuses, qui jalonnent les nouvelles. J’ai aimé qu’elles soient, parfois, teintées de fantastique.

Amours, ruptures, trahisons, retrouvailles, l’innocence jouée ou perdue… c’est tout simplement un kaléidoscope de la vie, une nouvelle fois, que nous offre à lire dans ce recueil exigeant Gilles Paris, qui maitrise cet art à la perfection, pour notre plus grand régal.

Un recueil publié aux éditions Gallimard !