[Ado] Des poings dans le ventre, Benjamin Desmares

Au collège, Blaise laisse parler ses poings : « Ba-Ba-Bam ». Et quand il finit par être viré, cette violence se répand dans les rues et jusqu’à chez lui. Mais au-delà du délinquant, Blaise est aussi un adolescent torturé, poursuivi sans relâche par ses angoisses et sa colère. Dans ce récit court et nerveux à la deuxième personne du singulier, Benjamin Desmares interpelle ouvertement son lecteur pour le faire réfléchir sur un thème contemporain très fort.

Mon avis :

Voici un livre qui m’a frappée dès les premiers mots que je ne peux m’empêcher de vous recopier :

« La cour est calme. Il a plu tout à l’heure, pendant le cours de physique. Le sol est encore humide. Luisant. Un vent froid hante les coursives. Il est 13 h 30. Le dos contre le mur du bâtiment de sciences, tu écoutes.

Tu es seul. Premier à sortir le midi, premier à rentrer chez toi. Premier aussi à remettre les pieds dans cet endroit que tu détestes. Ici ou chez toi, après tout, n’est-ce pas la même chose ?

Tu entends leurs bruits bien avant de les voir. C’est drôle, semaine après semaine, il y a toujours des rires. Malgré tout. Ils oublient vite. Tu les vois arriver, ils sont là, ils rient et se bousculent. Bientôt la cour en sera pleine. Alors, tu pourras faire ton choix. »

Blaise ne connait qu’une façon pour laisser exprimer ses émotions : il frappe. Sa signature ? Trois coups dans le ventre « Ba-Ba-Bam », une technique fiable et bien rodée. Le matin, quand il arrive au collège, son regard parcourt l’ensemble des élèves jusqu’à ce qu’il s’arrête sur le visage de celui qui sera sa victime. De la violence gratuite. Quand il est exclu du collège, il retrouve des « copains » à lui, qui trainent eux aussi. Ils se tiennent compagnie en buvant de la bière, parfois aussi en fumant de l’herbe. Quand Blaise rentre chez lui, il se retrouve seul avec sa mère. Et là aussi la violence finit par sortir. La nuit, il est tourmenté par des cauchemars mais refuse d’admettre qu’il connait la peur. Mais quel est ce sentiment alors qui le ronge face à cet homme cagoulé qu’il croise de plus en plus souvent, alors qu’il déambule la nuit ?

Sous ses airs de gros dur, Blaise cache un profond malaise. Ses angoisses ressurgissent la nuit sous forme de cauchemars, et pour ne plus y penser le jour : il frappe. C’est un peu comme s’il frappait le vide qui lui bouffe la vie.

Loin de vouloir dédouaner Blaise, Benjamin Desmares répond à une question qui peut recevoir des centaines de réponses : pourquoi autant de violence ? Que se passe-t-il dans la tête d’un simple collégien pour qu’il en vienne à se conduire ainsi ?

Le récit est court, mais il prend aux tripes. L’écriture nous frappe, elle est juste et puissante, les mots nous touchent, claquent et résonnent. La rage transpire le texte, la souffrance aussi.

Une claque.

Des poings dans le ventre est publié aux éditions du Rouergue jeunesse, en janvier 2017.

Retrouvez les avis de Noukette et de Jérôme !

[Jeunesse / YA] Fils d’Antigone, Irène Cohen-Janca

9782812611285

Comment conserver la mémoire des morts ? Alors que son père vient de disparaître brutalement, Nat a quatre jours pour convaincre sa mère de l’enterrer et non de procéder à une crémation. Il y arrivera avec le soutien de sa copine et de son grand-père. La revisitation contemporaine d’un drame antique, d’une grande force.

Mon avis :

ÉNORME coup de cœur pour ce livre. Je n’ai pas besoin d’en dire plus sur l’histoire, la présentation est suffisante. L’important dans ce livre n’est pas la richesse des thèmes de la narration mais la puissance avec laquelle cette histoire nous est racontée, l’intensité avec laquelle Nat va se battre pour parvenir à l’enterrement de son père et à faire ainsi fléchir l’avis des membres de sa famille. Ses paroles seront parfois très dures, acerbes, loin de ses véritables pensées, jetées comme un appel à l’aide. Et quelle écriture ! Magnifique. Lisez un peu :

« Je t’appelle. Où est ton portable ? Abandonné dans ta bagnole, ton bureau ? Fracassé avec toi ? Quelques sonneries dans le vide et très vite la messagerie se met en marche. Elle libère ta voix. Identique à elle-même. Reconnaissable entre toutes. Vivante. Inexplicablement vivante. Pas disponible pour le moment. Rappelez plus tard. Laissez un message.

Quand plus tard ?

A quel moment disponible ?

Je hurle dans l’appareil Papa t’es où ? Impossible que tu aies disparu comme ça !

Ton portable devient la lampe magique dans laquelle comme Aladin ta voix est enfermée. Je veux aller la délivrer.
C’est par où le pays des morts ? » page 14.

Je vous en mettrais encore des lignes et des lignes, tellement j’aime cette écriture fluide, percutante, touchante, bourrée d’émotions.

Un roman indispensable sur le deuil, l’amour, la mémoire, les conflits. Retrouvez-le sur le site de la maison d’édition du Rouergue !

 

[Jeunesse – Sainte Beuve 2018] Et mes yeux se sont fermés, Patrick Bard

Roman sélectionné pour le prix Sainte-Beuve 2018 !

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A priori, Maëlle n’est pas différente des autres filles de seize ans. Cette année-là, elle passe de plus en plus de temps sur Facebook, abandonne le sport, modifie sa façon de s’habiller, quitte son petit ami… Sans hésitation ni compromis, elle prend un virage à 180 degrés. C’est pour, croit-elle, sauver le monde, qu’elle rejoint l’organisation Daech. Un an plus tard, Maëlle revient pourtant de Syrie.

Mon avis :

Le terrorisme est plus que jamais au cœur de l’actualité et l’embrigadement des jeunes malheureusement aussi, notamment des femmes.

Patrick Bard met en scène la radicalisation d’une jeune adolescente, Maëlle. C’est une jeune fille classique, sans problème particulier, que rien ne prédestinait à tomber sous l’emprise d’islamistes, sous le regard médusé et perdu de ses proches. A l’heure des changements liés à l’adolescence, Maëlle passe du temps sur internet, surtout Facebook, change sa garde-robe,  change de petit ami (elle tombe amoureuse d’un jeune homme qu’elle rencontre sur les réseaux sociaux), part en Syrie. Elle en reviendra mais plus pour protéger son enfant que par le changement de ses idées, bien qu’elle ait conscience de la manipulation subie.

Tour à tour, nous avons les points de vue de membres de la famille ou de proche de Maëlle / Ayat, qui commentent sa transformation et qui nous permettent de mieux comprendre son parcours. La narration de ce dernier est d’ailleurs très intéressant, on comprend à quel point tout se joue sur la manipulation intellectuelle, l’auteur parlant à juste titre d’un « rapt mental ».

Un livre important qui nous permet de mieux comprendre la radicalisation de nos adolescents et qui est destiné autant aux jeunes qu’aux adultes.

Ce livre fait penser à un autre livre publié aux éditions Syros de Benoit Séverac, Little Sister, qui traite aussi de la radicalisation.

Retrouvez le livre sur le site des éditions Syros !

 

[Jeunesse/YA] Dis-moi si tu souris,Eric Lindstrom

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« Je suis Parker, j’ai 16 ans et je suis aveugle. »

« Bon j’y vois rien, mais remettez-vous : je suis pareille que vous, juste plus intelligente. D’ailleurs j’ai établi Les Règles :
– Ne me touchez pas sans me prévenir ;
– Ne me traitez pas comme si j’étais idiote ;
– Ne me parlez pas super fort (je ne suis pas sourde) ;
– Et ne cherchez JAMAIS à me duper.
Depuis la trahison de Scott, mon meilleur pote et petit ami, j’en ai même rajouté une dernière. Alors, quand il débarque à nouveau dans ma vie, tout est chamboulé. Parce que la dernière règle est claire : Il n’y a AUCUNE seconde chance. La trahison est impardonnable. »

Mon avis :

Je ne vais pas vous faire attendre : ce livre est un gros coup de cœur !

Parker est une adolescente comme les autres, à un détail toutefois, qui a son importance : elle est aveugle. Elle se déplace à l’aide d’une canne pour éviter les obstacles, mais elle se fie aussi à sa connaissance des terrains et lieux sur lesquels elle évolue. Si j’emploie le mot « terrain », le choix n’est pas anodin car tous les matins Parker s’élance sur la piste d’athlétisme, qu’elle rejoint en courant, seule. Plutôt bluffant, non ?

Son goût pour la course à pied, un goût qui est presque devenu un besoin, elle le doit à son père, mort il y a presque un an. Comble de la douleur, sa mère est déjà morte, il y a de nombreuses années, lors d’un accident de voiture dans lequel Parker a laissé sa vue. C’est sa tante qui y est venue avec sa famille (un petit garçon avec lequel Parker s’entend bien et une adolescente avec laquelle les relations sont plus compliquées) à s’installer dans la maison de Parker, afin qu’elle ne soit pas obligée de subir en plus un déménagement.

Question scolarité, elle a une nouvelle élève présente pour l’aider, Molly. Mais, il y a surtout Scott, suite à la fermeture d’un autre établissement scolaire. Scott, le seul qui a osé la trahir.

Attention, lecture addictive ! Ce livre est une petite pépite. Les thèmes traités sont intéressants : le handicap, le dépassement de soi, la confiance, la trahison, le deuil ( encore, oui !), l’amitié, la reconstruction. Les personnages sont soigneusement dessinés et sont tous assez attachants. Parker m’a fait sourire, rire, pleurer. Si le livre est long, l’histoire est suffisamment prenante pour accrocher son lecteur, même s’il est question d’un collégien (je dirai à partir de la 4ème), plus encore d’un lycée. C’est un roman qui plaira aussi aux plus grands, l’histoire est vraiment intéressante.

Bref, il FAUT le lire !

Retrouvez Dis-moi si tu souris sur le site des éditions Nathan !

[Jeunesse / YA] Cet été-là, Sarah Ockler

Cet été-là par Ockler

Présentation de l’éditeur :

D’après Frankie, la meilleure amie d’Anna, rien ne vaut les plages de Californie pour rencontrer des garçons. Et si elles en rencontrent au moins un par jour, il y a toutes les chances pour qu’Anna vive (enfin !) une première histoire d’amour.
Mais Anna, elle, n’a aucune envie de passer l’été à flirter en bikini… Parce qu’en réalité, elle a DÉJÀ vécu une première (et secrète) histoire d’amour : avec le grand frère de Frankie, un an plus tôt… juste avant qu’il ne meure brutalement, laissant sa famille et Anna anéantis.

Mon avis :

Encore une belle lecture jeunesse, sur les thèmes du deuil, de l’amour, de la reconstruction. Un livre de 352 pages qui se lit pourtant très rapidement et dont les adolescents (ou les plus grands adeptes de littérature jeunesse young adulte) ne devraient pas en laisser une miette.

La mort de Matt est encore un sujet tabou. Le garçon est mort subitement il y a presque un an. Pourtant dans la famille de Frankie, la sœur de Matt, tout semble aller  pour le mieux. Les parents vaquent à leurs occupations, même si Frankie sait qu’ils font chambre à part, et cette dernière passe des heures à se maquiller avant de sortir, parfois même seulement pour rester chez elle, et s’est mise à fumer. Elle ne parle presque jamais de Matt, comme ses parents. Pour Anna, c’est douloureux et compliqué. Personne ne sait qu’ils étaient en couple depuis quelques semaines, et qu’ils s’aimaient, sincèrement. Matt craignait de blesser sa sœur en lui avouant la vérité (ils passaient tout le temps libre à trois, inséparables) c’est pourquoi ils avaient gardé le secret, même si le jeune garçon pensait pouvoir tout avouer le temps des vacances : il n’en aura pas eu le temps. Lors des vacances d’été, les parents de Frankie décident tout de même de repartir en Californie, comme les années qui ont précédé le décès de Matt. Ils proposent à Anna de venir avec eux et elle accepte, malgré le peu d’emballement de ses parents qui redoutent qu’elle ne soit de trop. Elle va fouler ce sable dont Matt lui avait tant parlé, admirer les mêmes vues, chercher elle aussi les petites pierres, profiter de la plage et du soleil. Seulement, Frankie a un étrange objectif pour elles : rencontrer un maximum de garçon. Mais ce n’est pas tout : Anna devra aussi perdre « sa valise », le nom de code pour la virginité. Autant dire que pour cette dernière, ce n’est pas gagné. Outre le fait que son cœur et son esprit ne sont qu’obsédés par Matt,  elle sait très bien que Frankie est plus jolie qu’elle, plus extravertie, plus aguicheuse, et que c’est sur elle que les regards vont se retourner. Mais pas tous.

C’est un livre très agréable à lire, avec une belle dose d’espoir et d’optimisme,  malgré un début d’histoire tragique. Que ce soit Anna, Frankie ou ses parents, ils ont tous une façon différente d’essayer de surmonter le décès de Matt, chacun à leur façon. Le thème des amours de vacances et de l’amitié apportent une touche plus légère au thème difficile de deuil et de la reconstruction, ce qui en fait une lecture parfaite pour les ados.

Cet été-là est paru en mai 2016, aux éditions Nathan !

[Jeunesse] Les mangues resteront vertes, Christophe Léon

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Présentation :

1975 : Odélise a dix ans lorsque, peu avant la saison des mangues, elle est arrachée à sa famille et à son île de La Réunion avec une centaine d’autres enfants. Elle est envoyée en métropole dans une famille d’accueil de la Creuse. Pour lutter contre le chagrin, l’isolement, mais aussi le froid et le déracinement, Odélise s’invente un double, Zeïla, qui ne la quittera plus.

Mon avis :

Voici un livre que j’ai beaucoup aimé. Odélise menait une vie bien tranquille sur son île, auprès d’une famille heureuse et aimante, malgré leurs maigres moyens.Un jour, trois personnes, deux femmes et un homme, sont venues sur l’île de la Réunion et ont rassemblé plusieurs enfants, promettant à leurs parents de les prendre en charge et de les envoyer en métropole pour leur offrir une vie meilleure, arguant que les enfants méritaient bien cette offre. Odélise en faisait partie, mais elle pressentait déjà quelque chose :

« Quelque chose en moi m’avertissait d’un danger imminent. Mon ventre rognonnait. J’avais une boule dans la gorge et une terrible envie de faire pipi ». page 16.

Après quelques jours passés dans un orphelinat, où ses affaires ont disparu, elle finira par trouver une place auprès d’une famille à Saint-Valentin-la-Chavane et deviendra Odile, un prénom aux consonances moins exotiques : elle doit rentrer dans le moule. Elle devra y affronter le froid, les regards, le silence étrange de sa famille, la violence, sous des formes différentes et horribles. Alors, pour réussir à tout supporter, pour continuer à vivre, elle s’inventera un double, Zeïla.

Ce livre est frappant, j’ai été très touchée. On ne peut que se révolter à la lecture de l’histoire d’Odélise, un personnage certes de fiction mais l’histoire est basée sur une réalité historique : l’affaire des enfants de la Creuse. Sous l’autorité de Michel Debré, plus de 1600 enfants de la Réunion ont été emmenés dans des départements de la métropole, notamment la Creuse, victimes de l’exode rural. Si on leur a promis une vie meilleure, de toute évidence cela n’a pas été toujours le cas. L’histoire est parfaitement bien écrite, l’attention du lecteur ne faiblit pas, on est captivé du début à la fin.

En résumé : une histoire captivante, menée par une plume parfaitement maîtrisée. Un livre nécessaire.

Les « héroïques », qu’est-ce que c’est ?

C’est une nouvelle collection, dirigée par Jessie Magana (je vous parlerai bientôt de son dernier livre qui sort aujourd’hui aussi). Elle s’adresse aux enfants à partir de 13 ans, et aux adultes comme moi :). Le contexte historique présenté dans les livres est à la fois réel et contemporain. Et plus précisément, je vous cite leur présentation :

Les Héroïques, ce sont les femmes, au premier chef, mais aussi les enfants, les personnes handicapées, les immigrés, les colonisés… Ceux qui n’ont pas voix au chapitre dans les manuels d’histoire, dont on ne parle pas dans les médias, mais sans qui le monde ne serait pas ce qu’il est. Ce pourraient être nos grands-parents, nos parents. Ce pourrait être chacun d’entre nous.

J’aime beaucoup cette idée de collection, qui ne ressemble à aucune autre (me semble-t-il). Il est toujours intéressant de connaitre des moments de l’Histoire passées sous silence, comme celui des enfants de la Creuse que j’ai connu grâce au livre de Christophe Léon.

 

Les mangues resteront vertes sort aujourd’hui ! Plus d’informations sur le site des éditions Talents Hauts ou sur celui de l’auteur ! PS : le livre est soutenu par Amnesty International.

[Jeunesse] La vitesse sur la peau, Fanny Chiarello

9782812611094

Présentation de l’éditeur :

Depuis que sa mère est décédée dans un accident de la circulation, Élina se tait. Son périmètre s’est réduit : elle va du collège au domicile de son père, en passant par le jardin des Plantes. C’est là, sur un banc, qu’elle rencontre Violette, une femme en fauteuil roulant, qui lui rend les mots et lui apprend même à courir.

Mon avis :

Le thème du deuil n’est pas facile en littérature « adulte », peut-être plus encore en littérature jeunesse. Pourtant, Fanny Chiarello réussit avec La vitesse sur la peau à écrire un livre fort, touchant non larmoyant, avec même de l’optimisme, malgré une histoire peu joyeuse. Un véritable coup de coeur pour moi.

Élina est touchante, terriblement. Elle m’a plus d’une fois arraché les larmes, elle qui a tant de mal à voir les siennes couler. Elle a perdu sa mère il y a un peu plus d’un an, cette dernière a été percutée par une voiture alors qu’elle roulait à vélo. Depuis plus un mot ne franchit ses lèvres. Elle vit avec son père et sa nouvelle femme, ses parents s’étant séparés avant l’accident. Son passe-temps ? Se rendre au Jardin des Plantes pour y végéter. Jusqu’à ce jour où elle croit voir sa mère courir parmi les autres joggeurs, mais dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Voulant la rattraper, Élina se mettra à courir à son tour, sans pouvoir évidemment la rattraper. Mais, pourquoi tous ces gens courent-ils dans le sens des aiguilles d’une montre ? Veulent-ils accélérer le temps ? Et si courir dans l’autre sens, comme le sosie de sa mère, lui permettait de remonter le temps, jusqu’à pouvoir retrouver celle qui l’a fait naître ? Finies les positions droites et immobiles sur le banc, maintenant Élina chaussera ses baskets et remontera le temps. Elle rencontrera Violette, une vieille femme en fauteuil roulant, qui lui prodiguera de précieux conseils. Mais pourquoi Violette est-elle en fauteuil ? Élina est-elle la seule à garder en elle une souffrance  ?

Ce livre est une pépite. J’ai été accaparée par l’histoire que j’ai dévorée en deux soirées. La plume de Fanny Chiarello est addictive, tout comme son histoire. On est pris d’affection pour Élina, mais aussi pour Violette. J’ai trouvé cette idée de remonter le temps en courant en sens inverse très touchante, la jeune fille se découvre enfin un but, sachant évidemment que cela n’est pas possible. L’utilisation du « tu » quand elle s’adresse à sa mère accentue les émotions. Si tout n’est pas vraiment crédible (le couple de scientifique, ça me semble étrange, la capacité de Violette à lire dans les pensées de la jeune fille), on s’en moque : l’histoire est plaisante et on a envie d’y croire. Elle termine par une note d’optimisme, malgré des moments difficiles.

Quelques phrases :

« D’habitude, au Jardin des Plantes, je reste toujours assise sur le même banc. Cet emplacement doit compliquer ma photosynthèse car il est abrité de la pluie comme du soleil par des feuillages très denses.  » page 18.

« Pourtant, ce soir, je me suis rendu compte d’une chose affreuse : je crois que tu ne me reconnaitrais pas, si tu pouvais me voir de là où tu es maintenant. D’abord, j’ai perdu mes rondeurs parce que je ne prends plus de plaisir à manger. Je m’alimente, c’est tout. L’autre jour, j’ai même vidé une boîte de betteraves rouges. Tu m’imagines, moi, avaler des betteraves rouges ? J’ai aussi perdu le sourire, et tout ce qui te faisait m’appeler ta petite étincelle. Elle est éteinte, l’étincelle, maintenant que tu n’es plus là pour souffler sur elle ta fantaisie et ton amour de la vie. » page 32.

En bref : une pépite avec un souffle d’optimisme, malgré une histoire difficile. Un coup de cœur.

Toutes les informations sur le site des éditions du Rouergue !

[Atelier d’écriture #7] Petit mais pas bête.

C’est la rentrée ! Et pas uniquement celle des classes, mais aussi ma reprise de l’atelier d’écriture de Leiloona, sur son blog Bric a Book.

Cette semaine, la jolie blondinette nous propose de partir de cette photo de Julien Ribot :

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  • Reste-là Paul, ils sont trop bizarres, je te dis qu’ils ne sont pas humains!
  • Arrête Amine, tu dis n’importe quoi ! Même ma sœur de dix ans a moins les chocottes que toi ! Et dire que tu entres bientôt en 5ème.
  • Oh, ça va, poursuivit le petit garçon, vexé. T’as qu’à y aller, mais débrouille-toi avec eux. Moi, je rentre chez Nina. Elle a fait des crêpes, ça va être trop bon.
  • Lâcheur ! Compte pas sur moi pour récupérer le ballon alors, je le garde, et tu joueras tout seul ou aux poupées avec ta sœur, se moqua Paul, qui tremblait pourtant dans ses baskets. C’est de ton âge !
  • Un ange passe, on dirait, reprit Paul.
  • Où tu as vu un ange toi, questionna Amine, intrigué, regardant tout autour de lui.
  • Pppfff, mais on apprend rien à ton âge ?
  • Arrête de te la ramener, tu as juste deux ans de plus que moi.
  • Et l’intelligence qui suit !
  • Mais il est où ton ange alors?
  • Mais il n’y a pas d’ange, crétin, c’est une façon de dire que personne ne parle, soupira le garçon.
  • Et tu peux pas dire ça normalement plutôt que de sortir tes phrases à deux balles ? grogna Amine.
  • Au moins, tu auras appris quelque chose. Allez, moi, j’y vais. Rentre chez Nina si tu veux, je dirai que tu as eu les chocottes.

Paul avança, le pied incertain, dans le petit chemin qui longeait la maison. Il essayait d’écouter les bruits autour de lui, craignant que quelqu’un arrive. Au bout du chemin, il s’arrêta un petit moment et regarda le vélo qui ressemblait à une antiquité. Derrière, il aperçut son ballon. Le garçon avança tout d’abord rapidement, puis se cacha derrière un premier buisson. Manque de chance, au même moment, la baie vitrée s’ouvrit et laissa apparaître un homme d’un certain âge, marchant difficilement, le dos courbé. Sa peau était pâle, son nez aquilin, ses joues creuses. L’homme se dirigea vers le ballon, se baissa lentement et finit par se redresser, l’objet rond bloqué au creux de son bras, avant de retourner à l’intérieur de la maison. Paul, apeuré, resta de longues minutes recroquevillé derrière le buisson, n’osant plus sortir de son abri. Une rumeur courrait, arguant que le couple qui résidait dans cette maison n’était pas humain, mais un couple de vampires.

Au bout de dix minutes, il entendit des sifflements, ceux d’Amine. Il respira profondément, prit son courage à deux mains – de toute façon il ne pouvait plus récupérer le ballon, hors de question d’aller dans la maison, il inventerait quelque chose – et courut  vers la sortie, se heurtant au passage au vélo qui tomba dans un bruit sourd.

  • Qu’est-ce que tu as, Paul, tu as vu un fantôme ? se moqua Amine. T’es tout blanc !

Paul cherchait une réponse, mais son regard s’arrêta sur les mains d’Amine, dans lesquelles se trouvait le ballon.

  • Comment l’as-tu eu ? demanda le garçon, d’une voix étranglée.
  • Quand tu as commencé à avancer, l’homme est sorti. Donc je lui ai demandé s’il pouvait me rendre le ballon. Je me suis dit que si c’était un vampire, il fondrait au soleil, et que s’il était dehors, c’est qu’il n’en était pas un. On oublie tout à ton âge, conclut-il, un sourire amusé aux lèvres. Rassure-toi, je ne dirai rien à ta petite sœur.

 

 

 

 

[Jeunesse/YA] Supernova, Emma Daumas

Supernova par Daumas

Présentation de l’éditeur :

C’est l’histoire d’Annabelle, seize ans, une jolie petite chanteuse de province et de son avatar, Bella, créature née de sa participation à « Starcatcher », télé-crochet en vogue servant de fusée médiatique aux adolescents en quête de poussière d’étoiles.

Pas de suspense factice dans ce récit où l’extinction violente d’une gloire est programmée à sa naissance. Il est question ici de l’initiation d’une jeune fille à la vie des grands, sous sa forme la plus cynique et exaltante qui soit. Une formation accélérée qui entraîne inexorablement la mort des illusions.

Dans un monde de spectacle et d’exhibition, où l’on confond amour et séduction, narcissisme et respect de soi, comment Annabelle réussira-t-elle à retrouver le chemin vers la vraie lumière, sa lumière intérieure ?

Mon avis :

Emma Daumas, ça vous dit peut-être quelque chose. Si vous étiez fan des émissions de télé-réalité, vous avez peut-être même regardé avec assiduité l’émission phare de l’époque, « Star Académie ». Les coulisses de ce type d’émission, la pression à laquelle les candidats sont soumis, la célébrité qui arrive et bouleverse le quotidien à la fois du candidat, mais aussi la famille. Les soirées qui s’enchaînent, les rencontres, la tentation de la drogue. Et puis, le vent tourne. Le succès est éphémère, le candidat anciennement adulé retourne peu à peu dans l’anonymat.

C’est tout ce qui arrive à Bella, le narratrice de Supernova. L’histoire est intéressante et nous permet de découvrir la quotidien d’un candidat de ce type d’émission, loin des clichés habituels « tout est beau, tout le monde est gentil, tout le monde m’aime ».  La fin est violente et saisissante. Néanmoins, j’ai parfois trouvé le développement un peu long, j’ai lu certains paragraphes entre les lignes, mais j’avais vraiment envie d’aller jusqu’au bout.

En conclusion, un livre intéressant sur le monde de la télé-réalité, qui devrait plaire aux adolescents. Supernova est paru aux éditions Scrineo.

 

 

[Jeunesse] Que du bonheur, Rachel Corenblit

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Présentation :

Depuis son entrée en seconde, Angela vit un déluge de malheurs ! Réputation foutue au lycée, divorce des parents, mort du chat, ultra-trahison de sa meilleure copine, vacances en Ariège chez son papi etc.  En une série de scènes hilarantes, Rachel Corenblit nous raconte le quotidien de cette gentille boulotte qui ne mérite vraiment pas son sort. Mais le plus grand des romans ne s’appelle-t-il pas Les Misérables ?

Mon avis :

Angela, narratrice de presque 15 ans, nous prévient dès la première page : « Ma vie est comme une bouse de vache qui sèche en plein soleil : plate, puante et inutile ».  Vous remarquerez tout de suite, Angela a le sens de la comparaison et un langage franc. Elle va nous raconter tout au long du livre la succession de mésaventures qui lui arrivent en une année. Entre la mort de son chat, les vacances en Ariège ( « L‘Ariège, c’est un peu comme si le bout du monde avait encore un bout. Le bout du bout du monde » ) à Monicou ( « Qui ne connait pas Manicou ? Six habitants, trente biquettes, cent vingt mouches et mon grand-père en prime » ) ou encore la meilleure amie qui lui pique le garçon de ses rêves, on n’a pas vraiment envie de l’envier.

Ce roman est une sorte de journal intime d’une adolescente qui n’a pas grand chose pour elle, si ce n’est une bonne dose de poisse. L’autodérision est utilisée à merveille par Angela, tout comme l’ironie. L’écriture est rythmée, l’ensemble très agréable à lire. Car si la jeune adolescente se plaint de l’accumulation de catastrophes ( qui ne le ferait pas ? ) elle reste drôle, touchante et en aucun cas malveillante. La fin laisse aussi présager une prochaine année plus prometteuse !

Que du bonheur est paru en mai 2016 aux éditions du Rouergue, collection Doado !

Retrouvez les avis de Jérôme et Noukette !