[Docu/fiction] Anomalie : au secours ma mère boit ! Christine Deroin

Les éditions Le Muscadier lance une nouvelle collection « Saison Psy », dirigée par Christine Deroin. 

« La collection Saison psy traite de problématiques liées au quotidien et aux questionnements des adolescent·e·s. Les aspects psy et bien-être ne sont jamais abordés l’un sans l’autre, de telle manière que les réponses données au fil des pages permettent d’alléger voire de dissiper totalement le désarroi des lecteurs et des lectrices face à certaines situations compliquées de la vie.

Chaque livre propose une double approche de la thématique : sous forme de fiction, d’une part, et sous forme documentaire, d’autre part. Tous les titres de la collection sont découpés en épisodes – constitués chacun d’un chapitre du récit et d’une analyse psychologique – qui forment un ensemble cohérent, comme une saison complète d’une série TV dans laquelle les personnages auraient le droit à une séance psy à la fin de chaque épisode pour mieux décortiquer leurs actions et leurs comportements.

Au fil des saisons, chacun·e trouvera des réponses pour mieux aborder les maux qui jalonnent l’existence d’un·e ado d’aujourd’hui.. »

Je vous propose de découvrir cette nouvelle collection avec le livre « Anomalie », qui traite de l’alcoolisme chez la femme.

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Présentation :

Julie, 14 ans, est une collégienne sans histoire. Mais sa petite vie tranquille prend un tournant inattendu lorsqu’elle se rend compte que sa mère est alcoolique. Pour mieux analyser et comprendre la situation, elle va avoir besoin d’aide…

Construite comme une série, cette fiction déroule une succession d’épisodes, chacun ponctué par l’intervention d’une psychiatre spécialisée, qui permettent de rompre le cou aux idées reçues sur l’addiction à l’alcool.

Mon avis :

J’ai beaucoup aimé ce premier opus, décliné en épisodes qui retracent le parcours d’une femme qui tombe dans l’alcoolisme progressivement et qui va, aidée par sa famille et des professionnels, essayer de s’en sortir.

Julie, sa fille, est la première à se rendre compte que quelque chose cloche : sa mère a le regard vitreux, elle n’a pas un comportement habituel. C’est en fouillant dans la maison, sans vraiment savoir quoi chercher, qu’elle va comprendre. En effet, elle trouve une bouteille d’alcool dans le placard des toilettes. Un choc pour l’adolescente qui ne sait ni quoi en penser, ni quoi faire, qui va osciller entre la honte et l’envie de l’aider.

Chaque épisode est suivi du « mot de la psy ». Ainsi, les différents épisodes (et donc les différentes étapes) sont décryptées et analysées. On apprend beaucoup de choses, notamment que les enfants se rendent souvent compte avant les adultes que quelque chose cloche…

A la fin, on trouve en annexe une liste d’associations joignables pour parler du sujet.

En bilan : cette collection devrait rapidement s’imposer dans les librairies. Par le biais d’une histoire intéressante à suivre, et réelle, elle nous aide à comprendre les mécanismes d’un fait de société, en l’occurrence l’alcoolisme chez la femme. L’adolescent peut y trouver des réponses à ses interrogations. En outre, s’il est concerné, il y a ce petit côté rassurant qui lui souffle « tu n’es pas seul, tes réactions sont normales ».

 

Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman, Kerry Hudson

Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman

Présentation de l’éditeur :
Accueillie dans ce monde par une flopée d’injures, la petite Janie Ryan est vite projetée au milieu de cris, de fumées de cigarettes, de vapeurs d »alcool,mais aussi de beaucoup d’amour.
Dans une langue saisissante et originale, elle remonte à ses premiers jours pour nous raconter sa jeunesse écossaise, de centres d »accueil en HLM minables et autres bed and breakfasts douteux… Alcool, drogue, fins de mois difficiles et beaux-pères de passage : rien ne lui est épargné. Mais, toujours prête à en découdre, Janie se débat, portée par un humour féroce et la rage de se construire une vie correspondant à ses attentes.
Kerry Hudson réussit ici l’exploit d’être à la fois drôle et triste, tendre mais jamais larmoyante.
Un premier roman ébouriffant, comme son héroïne.

 Mon avis :
Je crois que je n’ai jamais lu un livre avec un titre aussi long. Il faut dire qu’il m’a intriguée dès le début : qui est ce Tony Hogan ? Pourquoi paye-t-il un ice-cream ? Comment vole-t-il « maman » ? Bref, j’ai rapidement voulu le lire.
« Sors de là, putain de foutue petite morveuse furent les premiers mots que j’entendis de ma vie », ce sont aussi les premiers mots qui commencent ce livre. Janie nous raconte son enfance, nous sommes rapidement dans le bain et comprenons dans quel environnement il va lui falloir grandir. On ne connait pas son papa, juste sa mère, Iris Ryan, son oncle « Tonton Frankie », sa « grand-tante Aggie » et la grand-mère, plus intéressée par le bingo et l’alcool que par sa famille.
Les relations vont être compliquées entre Janie et sa mère : pourtant, cette dernière l’aime profondément, autant qu’elle peut. Elle s’est retrouvée enceinte adolescente, est revenue auprès de sa famille sans rien dire du père (je pense que l’enfant n’était pas voulu), perdue. Elle se retrouve avec un bébé, sans le mode d’emploi.
Évidemment, un jour elle rencontre Tony Hogan, un homme qui boit, se drogue, et qui la frappera régulièrement et l’humiliera, même devant Janie.
On comprend que la jeunesse de Janie ne sera pas tranquille : placée dans un foyer, éloignée de sa maman, elle découvrira une autre sorte d’amour presque maternel qu’elle ne connaissait pas encore. Puis, ce sera le retour à la maison, le déménagement pour fuir, notamment, Tony Hogan … qui réapparaîtra quelques temps plus tard (je vous laisse découvrir la suite).
On se doute et on craint un peu la suite de la jeunesse et de l’adolescence de Janie, on entend assez souvent que les enfants reproduisent les actions et les comportements de leurs parents. On pourrait craindre un livre trop triste, qui tire sur le pathos, or, il n’en est rien. Certes, l’histoire n’est pas facile, pour Iris comme pour Janie, mais, c’est avant tout une histoire d’amour, l’amour très fort entre une mère et sa fille, mais un amour qui est différent. Elles sont tour à tour là l’une pour l’autre, les liens sont forts. Elles partagent le même caractère (le caractère bien trempé des femmes Ryan !), et la vie de Janie aura des similitudes avec celle de sa mère.
Le livre se lit facilement, l’écriture est fluide, on sent beaucoup d’expérience et pourtant ce n’est que le premier roman publié de Kerry Hudson. On ne s’ennuie pas, les rebondissements sont présents, l’histoire cohérente et on a envie de la suivre. Aussi étonnant que cela puisse paraître, étant donné le sujet, c’est aussi un livre drôle. Et même si la fin est facile à deviner, jamais je n’ai eu envie d’arrêter le livre avant d’en lire le dernier mot.
J’attendrai le prochain livre de cette auteur avec impatience. Je vous le recommande chaudement !

Ce livre est paru  aux éditions Philippe Rey !

Le bruit de tes pas, Valentina d’Urbano

Avant de vous faire découvrir le nouveau livre de Valentina d’Urbano, qui est sorti hier (Acquanera), j’en profite pour transférer la chronique de son premier livre (oui, oui, j’ai du retard ….) : une très bon souvenir.

Présentation :

« La Forteresse », 1974 : une banlieue faite de poussière et de béton, investie par les plus démunis, royaume de l’exclusion et de la violence où chacun essaie de s’en sortir à sa manière, travail précaire, larcins, deals en tous genres… C’est là que grandissent Beatrice et Alfredo : elle, issue d’une famille pauvre mais unie, qui tente de se construire une vie digne ; lui, élevé avec ses deux frères par un père alcoolique et brutal. Presque malgré eux, ils deviennent bientôt inséparables et s’influencent mutuellement au point de s’attirer le surnom de « jumeaux ».

Mais ce lien, qui les place au-dessus de leurs camarades comme des sortes de héros antiques, est à la fois leur force et leur faiblesse. Car, parallèlement à la société italienne, touchée par la violence des années de plomb, leurs caractères, leurs corps et leurs aspirations évoluent au fil des ans.

Chez Beatrice, courageuse, volontaire, qui rêve de rédemption et d’exil, l’amitié initiale se transforme peu à peu en amour sauvage, exclusif. Chez Alfredo, fragile et influençable, le désespoir s’accentue.

Drames familiaux, désœuvrement, alcool et drogue, tout semble se liguer pour détruire les deux jeunes gens. Quand l’héroïne s’insinue dans la vie d’Alfredo, Bea, tenace, ne ménage pas ses forces pour le sauver, refusant de comprendre que la partie est perdue d’avance. Le Bruit de tes pas, qui s’ouvre sur l’enterrement d’Alfredo, est le récit de ces quinze années d’amitié et d’amour indéfectibles.
Un texte intense, à la narration âpre portée par une sobre poésie.

 Mon avis :
Comme vous l’avez lu au-dessus, le livre s’ouvre sur l’enterrement d’un jeune homme, Alfredo, raconté par Béatrice. Tous les deux étaient surnommés « les Jumeaux », les voyant toujours ensemble. Pourtant, on ne peut pas dire que c’était les grandes effusions d’amour entre eux, d’ailleurs dès les premières pages on peut lire ceci « Alfredo n’était pas bon et personne ne l’aimait, je le sais : quand on est aimé, on ne s’expose pas au risque de mourir seul comme un chien. Quand on est aimé, on a la possibilité de s’en sortir. Non, Alfredo était un crétin. Il n’a été qu’un imbécile de sa naissance jusqu’à sa mort. Et quand il a crevé, il n’a pensé à rien, il ne s’en est probablement même pas aperçu ».  Ils vont même fréquemment jusqu’à se frapper l’un l’autre. Et pourtant, on se rend compte tout au long du livre qu’ils s’aiment autant qu’ils se détestent : ils ne peuvent réellement se passer l’un de l’autre. D’emblée les émotions sont là.
On comprend alors que ce n’est pas une belle histoire d’amour ordinaire que l’on va lire, ni une histoire à suspens : la fin est déjà là. Ce qui va nous intéresser, et c’est ce que j’ai voulu découvrir, intriguée dès les premières pages par cette description plutôt peu flatteuse d’Alfredo, c’est la nature des liens qui liaient les « jumeaux », et comment ils en sont arrivés là.
Ce n’est pas une histoire d’amour tout d’abord entre Béa et Alfredo. Tous les deux habitent dans le même immeuble, chacun avec sa famille, mais Alfredo est fréquemment frappé par son père, comme ses frères. Un jour, il trouve refuge chez la famille de Béatrice. Par la suite, il prendra l’habitude de venir dormir avec elle quand son père sera pris d’accès de violence, situation à l’origine anodine pour les deux enfants, mais qui deviendra plus délicate au moment de l’adolescence, quand l’attirance se fait ressentir. Ils ont tous les deux l’impression d’être coincés dans cette forteresse, puis un jour Béatrice décide de partir en voyage, sans Alfredo. Elle partira plus longtemps que prévu. A son retour, plus rien ne sera comme avant.J’ai pris énormément de plaisir à lire ce livre que j’ai dévoré. Il est touchant, poignant, les relations sont vraiment complexes et fortes. Les mots choisis sont justes (pourtant il s’agit d’une traduction) et nous emportent dans cette histoire vraiment dure mais tellement captivante. On a de la peine pour Alfredo, et je me suis surprise à espérer lire à la fin du livre qu’il allait s’en sortir, pas forcément pour lui, mais pour Béatrice, afin qu’elle soit heureuse, alors que je connaissais déjà la fin.

Une belle première lecture pour cette rentrée littéraire, que je vous conseille fortement !

Le bruit de tes pas sort le 05 septembre, aux éditions Philippe Rey. Retrouvez toutes les informations ici !

Quelques mots sur l’auteur :
Le bruit de tes pas est le premier roman de Valentina d’Urbano, illustratrice de livres pour la jeunesse, née en 1985 dans une banlieue de Rome dont elle a fait le décor de son livre, même si la capitale italienne n’est jamais nommée ici. Valentina D’Urbano a été éditée en Italie après avoir remporté avec « Le bruit de tes pas » le concours Io Scrittore organisé par le grand groupe éditorial italien Mauri Spagnol.