[Jeunesse] Argentina, Argentina, Christophe Léon

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Pascal Forte prépare un article documenté pour le magazine qui l emploie. Sujet : les enfants volés par les militaires argentins durant la junte. Il s’envole pour l’Argentine à la rencontre d’un de ces enfants devenu adulte, Ignacio Guttierez. Au cours d’entretiens enregistrés, Ignacio dévoile son histoire au journaliste, la vie avec ses parents et grands-parents, son arrivée à Buenos Aires, comment il a été séparé de sa famille, la disparition du père et de la mère, son placement/adoption chez le colonel Guttierez et les années passées chez eux. Puis la fin de la junte et la fuite des militaires. S’ensuit pour le jeune garçon/homme une recherche d’identité et la découverte au Paraguay d’un frère, Abel, qu’il va tenter de joindre.

Mon avis :

Un nouveau livre de Christophe Léon, qui se dévore. Enfin, pas si « nouveau » que ça, puisqu’il est sorti aux éditions Oskar en 2011.

L’histoire d’Igniacio / Pablo est doublement intéressante. Du point de vue de l’histoire, on est captivé par ce personnage, on a envie de découvrir ce qu’il s’est passé pour lui, et on ne peut pas s’empêcher de tourner les pages. Mais elle l’est aussi d’un point de vue historique, puisque le livre parle d’un fait qui a existé : en 1976, en Argentine, un coup d’état renverse le pouvoir en place qui tombe aux mains de la junte militaire. Les opposants sont arrêtés, tués (certains sont jetés, drogués, dans la mer, depuis un avion) alors que des enfants sont arrachés aux mains des parents pour être élevés par les familles des militaires.

L’écriture est fluide, quelque peu différente des écrits récents de l’auteur que je connais mieux (son écriture s’est affinée, elle a plus de piquant maintenant), mais ça reste un régal à lire. On suit les années noires de la dictature, l’éducation nouvelle que suit Ignacio, parfois violente, ses rapports avec ses parents adoptifs. Et puis, comme lui, on se pose une question, à la réponse très difficile : quels sentiments ressentir face à eux ?  Peut-on avoir un peu de sympathie, voire plus, pour les meurtriers de nos parents ? Comment retrouver son identité ? J’ai apprécié que la fin soit ouverte, ce qui laissera libre cours à l’imagination des lecteurs.

Un roman à découvrir, dès 13 ans !

D’autres romans de l’auteur :

Fani

Hoax

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[Jeunesse – Sainte-Beuve 2018] Aussi loin que possible, Eric Pessan

Antoine et Tony n’ont rien prémédité, rien comploté. Ce matin-là, ils ont fait la course sur le chemin du collège. Comme ça, pour s’amuser, pour savoir qui des deux courait le plus vite. Mais au bout du parking, ils n’ont pas ralenti, ni rebroussé chemin, ils ont continué à petites foulées, sans se concerter. La cité s’est éloignée et ils ont envoyé balader leurs soucis et leurs sombres pensées. Pour Tony, la hantise de se faire expulser vers l’Ukraine et d’avoir à quitter la France.
Pour Antoine, la peur de prendre une nouvelle dérouillée parce que son père a envie de passer ses nerfs sur lui. Depuis ce matin où tout a basculé, ils courent côte à côte, en équipe.
Ils se sentent capables de courir pendant des jours, tant qu’il leur restera une once de force. Fatigués mais terriblement vivants.

Mon avis :

Voici un autre roman de la sélection 2018 du prix Sainte-Beuve, roman qui a déjà reçu le prix NRP de la littérature jeunesse 2015-2016.

Anthony et Tony courent. C’est venu comme ça, un beau matin, après qu’ils aient posé leur sac de cours dans un coin. Ils sont tous les deux en quatrième, plutôt bons élèves, pas vraiment perturbateurs, parfois en retard. L’un s’est mis à courir, l’autre a suivi, d’abord à une vitesse de sprint avant de ralentir à une allure plus raisonnable pour durer. Ils ne parlent pas, ou peu. Les mots sont inutiles pour le moment, ils viennent en temps voulu, avec parcimonie souvent. Ils sentent l’un comme l’autre qu’ils ont besoin de courir. Mais pourquoi ? Envie de se défouler ? Envie de fuir ? Fuir quoi ?

Anthony est battu par son père. Les parents de Tony, sans-papiers, ont reçu l’obligation de quitter le territoire français dans un mois : ils doivent retourner en Ukraine, un pays que le jeune homme ne connait pas. L’un est en colère, l’autre en proie à la tristesse. L’inverse est vrai aussi.

Anthony est le narrateur. Il revient sur leur trajet, leurs arrêts, leurs rencontres, mais c’est aussi lui qui nous révèle ses pensées. Ces dernières ne sont pas linéaires et varient en fonction du rythme de la course. Ils courent d’abord une heure, puis deux, puis plusieurs jours, volant ce qu’il faut pour qu’ils puissent se nourrir, trouvant abri la nuit dans un maison abandonnée ou dans un endroit déserté. Ils ont froid, chaud, des ampoules aux pieds, le corps douloureux mais la tête de plus en plus légère. Et cette douce sensation de liberté, de pouvoir s’échapper…

Un livre surprenant, d’une belle profondeur malgré un sujet qui semble à la base léger. J’ai aimé le rythme de narration parfois mimétique de la foulée des deux adolescents. J’ai remarqué que j’accélérais ma lecture quand, au début, ils étaient proches du sprint, et que j’ai ralenti quand ils en ont fait tout autant.

Autres romans sélectionnés pour le prix Sainte-Beuve :

[Jeunesse – Sainte Beuve 2018] Ma mère, le crabe et moi, Anne Percin

[Jeunesse – Sainte-Beuve] Et mes yeux se sont fermés, Patrick Bard

 

 

 

Prix Sainte-Beuve 2018

Cette année, j’ai décidé de vous parler régulièrement sur le blog du Prix Sainte-Beuve, auquel mon collège participe.

Le but ? Les ado élisent un livre dans une sélection de 10, en produisant des critiques littéraires. Le roman qui suscitera le plus de critiques positives gagne !

Voici la liste de la sélection 2018, que vous pouvez aussi trouver sur le site du prix : clic !

#Bleue, Florence HINCKEL – Syros
Ma Mère, le crabe et moi, Anne PERCIN – Le Rouergue
Aussi loin que possible, Eric PESSAN – Ecole des loisirs
Et mes yeux se sont fermés, Patrick BARD – Syros
Les Petits Orages, Marie CHARTRES – Ecole des loisirs
Bleu, Blanc, Sang, 1,  Bertrand PUARD – Hachette Romans
Les Petites Reines,  Clémentine BEAUVAIS – Sarbacane
Robin des graffs, Muriel ZÜRCHER – Thierry Magnier
L’Anneau de Claddagh, 1,  Béatrice NICODEME – Gulfstream
Judex, 1,  Arthur BERNEDE – Editions du Sagittaire

Une sélection plutôt alléchante, non ?

Je vous ai déjà parlé de Et mes yeux se sont fermés de Patrick Bard, un très bon roman qui parle du terrorisme et de la radicalisation des jeunes.

Les autres romans seront bientôt chroniqués sur le blog !

De la phobie scolaire

Si vous êtes habitués au blog, vous savez déjà que j’ai écrit un roman jeunesse, Phobie, qui traite de la phobie scolaire. Il est paru en février 2017 aux éditions Le Muscadier.

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Je reçois encore des messages provenant d’ados, mais aussi de parents me posant des questions sur la phobie scolaire. Les angoisses sont palpables, certainement à cause de cette rentrée scolaire qui approche à pas de géant.

Tout d’abord, qu’on soit clair : la phobie scolaire est réelle. Elle n’est pas l’invention d’un ado (ou même parfois d’un enfant) qui n’a pas envie d’aller à l’école parce qu’il préfère rester devant sa console. Elle touche aussi des enfants désireux d’apprendre.

La phobie scolaire est un trouble. L’enfant n’est pas capable d’aller à l’école, c’est une question de capacité et non de volonté. Cette peur est incontrôlable et parfois irraisonnée. Parmi les manifestations physiques, on trouve : des tremblements, des maux de tête ou des maux de ventre, des nausées, des crises d’angoisse. Puis, peuvent s’ajouter des insomnies, des pertes d’appétit, un isolement. Dans les plus graves des cas, l’adolescent peut s’automutiler ou tenter de se suicider.

Voilà pourquoi il est important qu’on en parle.

Parce qu’il n’est pas normal que des enfants se sentent incapables d’aller à l’école.

Parce qu’il n’est pas normal de sentir son estomac se tordre de douleur à l’idée de mettre un pied dans la cour de récréation.

Parce qu’il n’est pas normal de se demander si on serait mieux dans un cimetière plutôt qu’au sein de son école.

Quelques mots sur les causes de cette phobie. On trouve évidemment le harcèlement scolaire. Mais ce n’est pas tout. Il peut s’agir aussi d’un problème familial (décès, séparation, violences…) ou tout un mélange de facteurs différents et difficiles à comprendre. Il faut aussi accepter de ne pas connaitre parfois la cause de cette phobie.

Que faire ? Les parents qui m’écrivent sont souvent paniqués, parfois même ils se sentent responsables. Pourtant, il ne faut pas culpabiliser. C’est grâce à l’écoute des parents et à leur confiance que les enfants sortiront de cette phobie scolaire (car oui, le plus souvent l’issue est positive).

Pour en avoir discuté avec des collègues enseignants, on est tous susceptibles de passer à côté du mal-être d’un élève. Certains sont vraiment de bons comédiens et cachent un maximum leur douleur.

Pas de méthode miracle donc malheureusement, comme vous vous en doutez. Mais l’écoute est, je pense, la chose la plus importante. Il faut essayer de comprendre cette phobie et ne pas hésiter à en parler à des professionnels (médecin de famille, infirmier scolaire, CPE, etc…). L’association Phobie scolaire (www.phobiescolaire.org) est aussi très à l’écoute et sera vous aiguiller.

***

Présentation de « Phobie » :

Sophia est une élève brillante. Arrivée au collège, tout change. Ses notes baissent, ses amies l’abandonnent, l’angoisse la ronge. Jusqu’à ce jour où elle ne se sentira plus capable de passer la grille de l’école.

Avec l’aide de ses parents et de ce qu’il reste de ses amies, elle finira par poser des mots sur ses maux : elle souffre de phobie scolaire.

Un roman qui démystifie, invite au partage et à l’échange, sur un sujet qui touche de nombreux ados aujourd’hui.

[Ado] Des poings dans le ventre, Benjamin Desmares

Au collège, Blaise laisse parler ses poings : « Ba-Ba-Bam ». Et quand il finit par être viré, cette violence se répand dans les rues et jusqu’à chez lui. Mais au-delà du délinquant, Blaise est aussi un adolescent torturé, poursuivi sans relâche par ses angoisses et sa colère. Dans ce récit court et nerveux à la deuxième personne du singulier, Benjamin Desmares interpelle ouvertement son lecteur pour le faire réfléchir sur un thème contemporain très fort.

Mon avis :

Voici un livre qui m’a frappée dès les premiers mots que je ne peux m’empêcher de vous recopier :

« La cour est calme. Il a plu tout à l’heure, pendant le cours de physique. Le sol est encore humide. Luisant. Un vent froid hante les coursives. Il est 13 h 30. Le dos contre le mur du bâtiment de sciences, tu écoutes.

Tu es seul. Premier à sortir le midi, premier à rentrer chez toi. Premier aussi à remettre les pieds dans cet endroit que tu détestes. Ici ou chez toi, après tout, n’est-ce pas la même chose ?

Tu entends leurs bruits bien avant de les voir. C’est drôle, semaine après semaine, il y a toujours des rires. Malgré tout. Ils oublient vite. Tu les vois arriver, ils sont là, ils rient et se bousculent. Bientôt la cour en sera pleine. Alors, tu pourras faire ton choix. »

Blaise ne connait qu’une façon pour laisser exprimer ses émotions : il frappe. Sa signature ? Trois coups dans le ventre « Ba-Ba-Bam », une technique fiable et bien rodée. Le matin, quand il arrive au collège, son regard parcourt l’ensemble des élèves jusqu’à ce qu’il s’arrête sur le visage de celui qui sera sa victime. De la violence gratuite. Quand il est exclu du collège, il retrouve des « copains » à lui, qui trainent eux aussi. Ils se tiennent compagnie en buvant de la bière, parfois aussi en fumant de l’herbe. Quand Blaise rentre chez lui, il se retrouve seul avec sa mère. Et là aussi la violence finit par sortir. La nuit, il est tourmenté par des cauchemars mais refuse d’admettre qu’il connait la peur. Mais quel est ce sentiment alors qui le ronge face à cet homme cagoulé qu’il croise de plus en plus souvent, alors qu’il déambule la nuit ?

Sous ses airs de gros dur, Blaise cache un profond malaise. Ses angoisses ressurgissent la nuit sous forme de cauchemars, et pour ne plus y penser le jour : il frappe. C’est un peu comme s’il frappait le vide qui lui bouffe la vie.

Loin de vouloir dédouaner Blaise, Benjamin Desmares répond à une question qui peut recevoir des centaines de réponses : pourquoi autant de violence ? Que se passe-t-il dans la tête d’un simple collégien pour qu’il en vienne à se conduire ainsi ?

Le récit est court, mais il prend aux tripes. L’écriture nous frappe, elle est juste et puissante, les mots nous touchent, claquent et résonnent. La rage transpire le texte, la souffrance aussi.

Une claque.

Des poings dans le ventre est publié aux éditions du Rouergue jeunesse, en janvier 2017.

Retrouvez les avis de Noukette et de Jérôme !

[Jeunesse] Je suis boloss, mais je me soigne, Arthur Ténor

Je suis boloss mais je me soigne par Ténor

Clément, 14 ans, est en 4e. C’est le boloss dans toute sa splendeur : petit a lunettes, timide, geek. Avec sa meilleure amie, Noémie, petite grosse a cheveux châtain-moche, il partage ce calvaire quotidien. Jordan, lui, c’est le beau gosse populaire, fringue de marques, coiffure stylée. Et tous les jours, il sen donne a cœur joie pour harceler Clément a coup de tape derrière la tète et d’insultes débiles. Clément en a assez et décide de prendre en main sa réputation, de changer son image et pour ça, il peut compter sur les réseaux sociaux.

Mon avis :

Encore un livre que j’ai beaucoup aimé. Clément n’est pas parmi les plus populaires de son établissement. Il n’a pas un physique de tombeur, il aime passer du temps devant les écrans, reste dans son coin plutôt que d’aller vers les autres. Il fait partie de ces gamins qu’on laisse de côté et qu’on taquine un peu trop souvent. Une autre fille dans sa classe lui ressemble : Noémie. Elle aussi est mise de côté par les autres, trop grosse, trop moche, trop différente.

Un jour, il est invité avec Noémie à une fête. Ils décident d’y aller, pour voir. Quant ils arrivent, tout le monde est déjà là. Pourtant, cela ne les inquiète pas. Et, ils s’amusent ! Jusqu’à ce qu’on les appelle et qu’on les déclare « couple le plus boloss du collège », un coup visiblement préparé avant leur arrivée.

En colère, et malheureux, Clément a une idée une fois chez lui : et s’il se faisait passer pour quelqu’un d’autre sur internet auprès des camarades de son collège ? Ni une ni deux, il crée deux comptes, celui d’un garçon et d’une fille, espérant que Noémie s’en occupe avec lui, mais elle refusera. C’est lui qui gérera les profils de ces jumeaux québécois. Mais est-ce sans conséquence ? Internet nous libère-t-il de toutes contraintes ? Est-il vraiment libre de faire ce qu’il veut, sous prétexte qu’il crée une fausse (même deux !) identité ? La rumeur de ces jumeaux québécois, qui devraient prochainement venir les rejoindre dans leur établissement enfle, et arrive jusqu’aux oreilles de la direction.

Comment faire quand on est classé dans la catégorie « boloss » ? Comment ne pas avoir l’impression que, les autres, ont peut-être raison ? Comment trouver un peu d’estime de soi quand les autres nous aplatissent ? Sommes-nous intouchables grâce aux réseaux sociaux ? Ce sont autant de questions que le livre pose à ses lecteurs, des questions d’actualité. On retrouve aussi le thème du harcèlement, mais il n’est vraiment pas central (il est plutôt l’un des prétextes).

Un livre sympathique, bien écrit, au thème fort (la confiance en soi), que je ferai découvrir avec plaisir à mes collégiens !

Je suis boloss mais je me soigne est sorti aux éditions Oskar !

[Jeunesse] Rouge bonbon, Cathy Cassidy

Lorsque Scarlett, 12 ans, est à nouveau exclue d’un collège, sa mère l’envoie vivre chez son père, en pleine campagne irlandaise.
Scarlett est folle de rage. Depuis que son père a quitté sa mère, elle refuse de lui parler. Alors vivre avec lui ! Sans compter qu’elle devra aussi cohabiter avec une belle-mère et une demi-sœur…
Scarlett va-t-elle mourir d’ennui et tout détruire autour d’elle, comme elle sait si bien le faire ? Peut-être que Kian, un mystérieux garçon, pourra l’aider à trouver la réponse…

Mon avis :

Les livres de Cathy Cassidy s’enchainent … et cartonnent. Ce roman trouvera, une nouvelle fois, son public.

Scarlett est une jeune adolescente perdue, aux cheveux rouge. Pour cacher son mal-être, elle se crée un personnage de fille original, provocante, qui ne pleure jamais. Elle a été exclue de plusieurs établissements et, à bout, sa mère finit par l’envoyer vivre chez son père en Irlande, avec une demi-soeur et une belle mère enceinte, qu’elle voudrait détester, mais qu’elle finit par aimer.

Car Scarlett, comme beaucoup d’enfants de son âge, a surtout besoin qu’on s’occupe d’elle et qu’on l’aime. Ainsi, la carapace qu’elle s’est forgée finit par se fissurer, notamment grâce à l’attention d’un mystérieux jeune homme à cheval qui apparait aussi rapidement qu’il disparait : Kian.

Un nouveau Cathy Cassidy qui plaira aux enfants, dès le collège !