[Jeunesse] Rattrapage, Vincent Mondiot

9782330121006

Présentation de l’éditeur :

Un monologue puissant contre le déni, une parole qui se libère pour combattre le harcèlement scolaire.

Un simple échange de regard, le jour du rattrapage du Bac, et tout lui revient en pleine figure. Elle, c’est la jolie fille populaire, comme il en existe dans tous les lycées. Cette année, elle faisait partie des forts, des puissants, de la meute, et n’hésitait pas avec son groupe à se moquer de tous les moches, les geeks, les nuls en cours. Ils avaient même créé un groupe Facebook, l’Association des Cassos Anonymes, pour pouvoir partager leurs vannes et leur mépris, à grands renforts de photos et de vidéos. Lui était l’un de ces “cassos”, leur cible favorite avec qui ils sont allés si loin qu’il a fini par craquer… Les mois ont passé. Le voilà assis comme elle à attendre dans le hall.
Lui dont elle craint maintenant le regard, rongée par les remords.

Mon avis :

Quel texte ! Comme l’indique le titre de la collection dans lequel il vient de paraitre, « d’une seule voix », ce récit se lit d’une traite, pas seulement parce qu’il est court (79 pages), mais parce qu’il est terriblement prenant et percutant.

Dans ce monologue livré en un souffle, nous découvrons notre narratrice le jour de l’oral de rattrapage du Bac. Elle a la gueule de bois après avoir fêté l’obtention du diplôme de ses camarades, sans vraiment comprendre pourquoi elle a voulu arroser ça. Elle a pris ses notes pour quelques révisions de dernière minute, mais elles ne sont là que pour lui donner une constance : elle est incapable de se concentrer sur leur contenu.

Autour d’elle, « des inconnus », « d’autres échecs scolaires dans [s]on genre venus des quatre coins du département pour faire croire que tout n’est pas encore perdu. » Elle finit bien par voir une fille de son lycée, qu’elle nomme en secret « la rousse aux yeux de poisson », mais n’a aucune envie de discuter avec elle. Et, il y a lui. Cet élève qui aurait pu être à la soirée de la veille, mais qui n’y était pas. Cet élève « habillé comme un épouvantail », « un type aux cheveux gras avec des boutons sur la gueule, qui marche d’un pas traînant, les épaules voutées ». Rien à voir avec elle, l’une des filles les plus populaires du lycée « On est aux deux extrêmes de la chaîne alimentaire lycéenne. Je suis le genre de fille qu’il ne peut même pas rêver d’avoir un jour comme copine. »

Elle passe son temps à le regarder, à se demander s’il l’a vue ou s’il fait exprès de réviser. Mais elle se souvient aussi de ce qui s’est passé, un matin du mois de décembre, « un incident ». Et de dérouler dans les grandes lignes ce qui a pu se produire pour que tout se termine ainsi.

En pleine plongée dans la tête de l’une des harceleuses, on assiste à une sorte d’auto-justification bien mal en point. Notre narratrice n’est pas là pour faire son mea-culpa. Les plus forts humilient les plus faibles, c’est comme ça. Aucun sens n’est donné à l’acharnement dont l’adolescent a été victime, un comportement qui l’a conduit à vouloir répandre son sang. Ce qui intéresse notre narratrice, c’est de savoir le regard qu’il porte encore sur elle. L’empathie ? Elle ne connait pas. Jusqu’aux dernières pages.

Ce texte est une petite merveille. Vincent Mondiot dissèque les pensées d’une harceleuse et nous déroute par la violence de ses sentiments et de ses mots. Récit incisif, notre narratrice est en constant équilibre entre la culpabilité et l’impossibilité d’exprimer des regrets sincères.

J’ai beaucoup aimé les différents titres de tableau donnés au fil des pages.

Et que dire de l’écriture ? Brute et sans fioritures, elle sert magistralement le sujet.

Je suis ravie d’avoir découvert cet auteur (merci Joanne Richoux et Caroline !).

NB : Je suis intriguée par les excuses inscrites sur la page des remerciements, avant ces derniers.

 

 

 

Dans de beaux draps, Marie Colot

« Ma petite théorie, c’est que les catastrophes surgissent pile au moment où on les attend le moins. Comme une crise cardiaque aux toilettes ou un morceau de gâteau coincé dans le gosier d’une vieille dame le jour de ses cents ans. Moi, j’ai 16 ans et je frôle l’étranglement, l’asphyxie et l’arrêt du cœur en même temps. Rodolphe est là, à quelques mètres de moi, derrière la vitre du salon-lavoir. J’ai mal aux yeux tant je les écarquille. »

Lorsque Jade aperçoit par hasard Rodolphe, ses souvenirs reviennent. Ce nouveau demi-frère hyper-craquant. Cette photo postée sur Facebook. Il a suffi de peu pour qu’elle s’embarque dans un mensonge qui la dépasse. Jalousies, moqueries, insultes, menaces. Sur les réseaux sociaux puis au collège. Tout est allé très vite. Trop vite. Jusqu’à ce fameux soir où sa vie a basculé.

Mon avis :

C’est le premier livre que je lis de Marie Colot, et je sais déjà que ça ne sera pas le dernier.

La narration alterne entre le présent, en 2015 au moment où Jade doit se rendre à l’aéroport pour rejoindre son amie Clem qui vit maintenant au Québec, et les souvenirs de ce qu’il s’est passé, quelques années plus tôt, en 2013, suite à l’arrivée de son demi-frère Rodolphe.

Jade vit avec sa mère Katia, son beau-père Eric, son chien Saucisse et son petit frère Cyprien (fruit de sa mère et de son beau-père), à temps complet. De temps en temps viennent s’ajouter Aude et Elise, sœur et sœur par alliance, âgées de 18 ans, qui sont étudiantes, Victor son frère, Elise, sa deuxième sœur par alliance.Une famille plutôt nombreuse, au sein de laquelle Jade se sent pourtant souvent seule. Jusqu’au jour où Rodolphe débarque chez elle, un beau soir de novembre 2013. Il est mignon, agréable, gentil, il trouve tout de suite sa place dans la famille, et Jade l’aime beaucoup.

Un matin, alors que Rodolphe dormait sur le palier, Jade se décide à prendre une photo de lui, endormi, et de la publier sur facebook, sans un mot. Aussitôt les commentaires sont arrivés, pour ses « amis », Jade ne pouvait que publier la photo de son petit-ami, et elle n’a rien démenti par la suite, au contraire. Elle, si transparente aux yeux des autres, devenait tout à coup intéressante, dans le bus, au lycée, sur facebook : on venait lui parler.

Mais.

S’afficher avec un homme, visiblement plus vieux que soi, sur internet, ce n’est pas du goût de tout le monde, encore moins des jaloux. Et Jade paiera son moment de notoriété éphémère.

J’ai beaucoup aimé ce livre. L’histoire se lit facilement, on se retrouve vite dans les Converses de Jade. L’auteure nous dévoile ce qui s’est passé cette année 2013 au fur et à mesure des pages, ce que j’ai apprécié. On retrouve des thèmes essentiels à l’adolescence : les réseaux sociaux et leurs dangers, le harcèlement, la popularité … le tout sur un ton qui ne se veut pas moralisateur, sans clichés, mais avec une écriture juste et parfois percutante.

Dans de beaux draps est paru aux éditions Alice, collection « Tertio ».

Retrouvez l’avis de Noukette et celui de Jérôme !  !