[Mes romans] Aux livres exquis, 1 mois après

06 novembre 2017.

Mon roman, « Aux livres exquis », est paru aux éditions Charleston depuis un mois tout rond : c’est le moment du premier bilan !

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Petit rappel : avant de paraitre aux éditions Charleston, ce texte a été proposé sous le titre « Les livres exquis » pour le Prix du livre romantique, organisé par cette même maison d’édition. Le roman n’avait pas été retenu parmi les finalistes, mais j’ai su qu’il avait plu. Les éditions Charleston m’ont alors proposé d’auto-éditer mon livre via le site Librinova. Ces derniers endossent le rôle d’agent littéraire une fois qu’un livre atteint les 1000 ventes numériques.

Et ensuite ?

En un peu plus de deux mois, vous avez été plus de 1000 à acheter mon roman : MERCI ! J’ai été contactée par Andrea de l’équipe Librinova, qui devenait alors mon agent littéraire. Les éditions Charleston ont été prévenues du succès numérique, et ils m’ont proposé un contrat ! Dans ma tête, c’était ça :

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Par la suite, mon texte a été retravaillé. J’ai été aidée par Stéphanie Pélerin, correctrice, mais aussi auteure et blogueuse (rien que ça !). Et mon roman a vu le jour avec la magnifique couverture que vous connaissez déjà…

Le bilan ?

En terme de chiffres, je ne peux pas vous dire grand chose. Contrairement à l’auto-édition, on ne peut pas les connaitre et ça a un petit côté frustrant ! (mais rien ne m’empêche de regarder régulièrement les classements sur les sites de vente en ligne).

Par contre, je sais que le prequel, « Lucy et Chloé », a été téléchargé un peu plus de 700 fois en un mois : j’en suis ravie ! Vous pouvez d’ailleurs vous le procurer gratuitement ici !

Les retours sont déjà nombreux, et plutôt enthousiastes, j’en ai choisis quelques extraits :

France Dimanche :

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Dans La Fringale Culturelle, interview page 144 https://issuu.com/christophemangelle3/docs/merged.compressed_6_/144

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Le Webzine Songe d’une nuit d’été : « Fanny Vandermeersch a une écriture prenante, sa plume est d’une douceur exquise. On se met à rêver en compagnie de Chloé et surtout de découvrir un endroit comme Aux livres Exquis. Je pense que j’y passerai tout mon temps. »

A touch of Blue.. Marine « En résumé, un roman super sonic que vous lirez plus vite que votre ombre et qui vous redonnera confiance en vous. Rien n’est impossible. Ni retrouver un travail après être restée maman au foyer pendant des années, ni retomber amoureuse après un divorce, et encore moins renouer avec ses origines afin d’en connaitre plus sur une famille qu’on n’a jamais connu. Un très bon moment ! »

Anamor « Une histoire qui parle du deuil, du manque de communication, de problèmes de couple, le tout avec une écriture fluide, agréable et sur un ton plutôt léger (…). Un vrai « feel good book » pour se vider la tête cet été ! »

Les petites lectures de Scarlett : « Une histoire gourmande (les muffins et les chocolats chauds m’ont fait terriblement envie), avec des personnages sympathiques et avec quelques jolis rebondissements. »

Psych3 des livres « Une héroïne pétillante qui se bat pour obtenir ce qu’elle veut, une pointe de mystère avec cette étrange femme au carnet, et une petite dose de dépaysement avec ce voyage au Maroc. La plume de l’auteure est légère, fraîche et nous emporte immédiatement dans cette lecture rapide et attendrissante, d’une jeune femme à la recherche de ses origines, plongée dans ses secrets familiaux tout en devant gérer sa vie de femme active moderne, de maman. Un moment agréable de lecture, à la fois rafraîchissant, simple et touchant. »

Histoire du soir : « Grâce à des personnages touchants, drôles et sincères, Fanny Vandermeersch a trouvé la recette idéale pour faire fondre les cœurs de toutes les lectrices ! En mêlant drôlerie et émotion, elle a su incarner à la perfection le genre du feel-good . On tourne les pages à toute vitesse, on sourit, Aux livres exquis fait partie de ces romans divertissants qui font du bien au moral et dont on sort le sourire aux lèvres.

Une comédie à prescrire d’urgence à tous les cœurs brisés ainsi qu’à toutes celles qui ont le moral dans les chaussettes ! »

Carobookine « En bonne gourmande que je suis, j’ai particulièrement aimé le lieu « Aux livres exquis », pour ses recettes à nous faire saliver et pour le concept de café littéraire – que j’adore ! »

Bookinnsofa : « Une histoire optimiste. Idéale pour une soirée cocooning et un dodo le cœur léger. Un livre tout moelleux à déguster goulûment ! »

Onirik : « Aux livres exquis est un vrai enchantement vivement recommandé ! »

Les tribulations de Coco « Entre romance et histoire familiale, ce petit roman à l’écriture fluide et légère pleine de bons sentiments se lit d’une traite. Parfait pour se détendre et plonger dans un happy end. »

Les mille et une pages de LM « Bref, une histoire facile à lire, pas très longue, donc on veut arriver à la fin et voir ce qui va arriver à Chloé, et sans que l’on s’en rende compte, on arrive à la dernière page. Un petit roman qui fait du bien, qui fait sourire le cœur ! Je vous le recommande !  »

Les lectures de Mylène : « En  bref, j’ai passé un bon moment avec ce roman même si j’aurais apprécié qu’il soit plus long. Les protagonistes sont très attachants, j’ai beaucoup aimé Chloé et sa force de caractère, sa manière de ne jamais baisser les bras même quand tout semble compliqué et d’aller de l’avant quand tout est perdu… Le fil rouge que représente le mystérieux carnet est très sympathique et nous permet d’apprécier d’autant plus ce que l’on découvre sur les personnages. Une lecture rapide mais qui met du baume au cœur !  »

Lectrice Lambda « En conclusion, « Aux livres exquis » est une histoire douce et tendre qui se déguste et s’apprécie. Le style de l’auteur est simple, mais arrive avec beaucoup de facilité à nous faire ressentir des émotions. On s’attache aisément aux personnages et les thèmes abordés parleront à n’importe quel lecteur. »

Bettie Rose Books : « Aux livres exquis, incarne le livre feel-good au dénouement heureux par excellence. »

La bibliothèque de Jake : « Le roman feelgood par excellence ! Et d’ailleurs, il est arrivé à point nommé pour moi puisque je l’ai commencé et fini dans le train alors qu’une grosse baisse de moral me taraudait !  »

 

Bref, un premier mois plutôt positif !

Je suis toujours aussi ravie d’être publiée aux éditions Charleston, une maison que j’affectionne tout particulièrement. L’équipe est formidable et disponible !

 

 

 

[Atelier d’écriture #7] Petit mais pas bête.

C’est la rentrée ! Et pas uniquement celle des classes, mais aussi ma reprise de l’atelier d’écriture de Leiloona, sur son blog Bric a Book.

Cette semaine, la jolie blondinette nous propose de partir de cette photo de Julien Ribot :

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  • Reste-là Paul, ils sont trop bizarres, je te dis qu’ils ne sont pas humains!
  • Arrête Amine, tu dis n’importe quoi ! Même ma sœur de dix ans a moins les chocottes que toi ! Et dire que tu entres bientôt en 5ème.
  • Oh, ça va, poursuivit le petit garçon, vexé. T’as qu’à y aller, mais débrouille-toi avec eux. Moi, je rentre chez Nina. Elle a fait des crêpes, ça va être trop bon.
  • Lâcheur ! Compte pas sur moi pour récupérer le ballon alors, je le garde, et tu joueras tout seul ou aux poupées avec ta sœur, se moqua Paul, qui tremblait pourtant dans ses baskets. C’est de ton âge !
  • Un ange passe, on dirait, reprit Paul.
  • Où tu as vu un ange toi, questionna Amine, intrigué, regardant tout autour de lui.
  • Pppfff, mais on apprend rien à ton âge ?
  • Arrête de te la ramener, tu as juste deux ans de plus que moi.
  • Et l’intelligence qui suit !
  • Mais il est où ton ange alors?
  • Mais il n’y a pas d’ange, crétin, c’est une façon de dire que personne ne parle, soupira le garçon.
  • Et tu peux pas dire ça normalement plutôt que de sortir tes phrases à deux balles ? grogna Amine.
  • Au moins, tu auras appris quelque chose. Allez, moi, j’y vais. Rentre chez Nina si tu veux, je dirai que tu as eu les chocottes.

Paul avança, le pied incertain, dans le petit chemin qui longeait la maison. Il essayait d’écouter les bruits autour de lui, craignant que quelqu’un arrive. Au bout du chemin, il s’arrêta un petit moment et regarda le vélo qui ressemblait à une antiquité. Derrière, il aperçut son ballon. Le garçon avança tout d’abord rapidement, puis se cacha derrière un premier buisson. Manque de chance, au même moment, la baie vitrée s’ouvrit et laissa apparaître un homme d’un certain âge, marchant difficilement, le dos courbé. Sa peau était pâle, son nez aquilin, ses joues creuses. L’homme se dirigea vers le ballon, se baissa lentement et finit par se redresser, l’objet rond bloqué au creux de son bras, avant de retourner à l’intérieur de la maison. Paul, apeuré, resta de longues minutes recroquevillé derrière le buisson, n’osant plus sortir de son abri. Une rumeur courrait, arguant que le couple qui résidait dans cette maison n’était pas humain, mais un couple de vampires.

Au bout de dix minutes, il entendit des sifflements, ceux d’Amine. Il respira profondément, prit son courage à deux mains – de toute façon il ne pouvait plus récupérer le ballon, hors de question d’aller dans la maison, il inventerait quelque chose – et courut  vers la sortie, se heurtant au passage au vélo qui tomba dans un bruit sourd.

  • Qu’est-ce que tu as, Paul, tu as vu un fantôme ? se moqua Amine. T’es tout blanc !

Paul cherchait une réponse, mais son regard s’arrêta sur les mains d’Amine, dans lesquelles se trouvait le ballon.

  • Comment l’as-tu eu ? demanda le garçon, d’une voix étranglée.
  • Quand tu as commencé à avancer, l’homme est sorti. Donc je lui ai demandé s’il pouvait me rendre le ballon. Je me suis dit que si c’était un vampire, il fondrait au soleil, et que s’il était dehors, c’est qu’il n’en était pas un. On oublie tout à ton âge, conclut-il, un sourire amusé aux lèvres. Rassure-toi, je ne dirai rien à ta petite sœur.

 

 

 

 

J’ai participé au Mazarine Book Day

Le Mazarine Book Day, c’était samedi, à l’Alcazar.

Le but ? Présenter le pitch d’un de vos manuscrits, devant deux personnes, à tour de rôle : une blogueuse, et une éditrice de la maison d’édition Fayard. Et il faut faire vite, car on a que cinq minutes pour plaire … ou pas.

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J’ai eu la chance de passer dans les premiers, avec mon petit numéro 12. Sortie du TGV et du métro depuis à peine une heure, la pizza fraîchement ingurgitée, voilà que je me suis retrouvée à l’Alcazar, en excellente compagnie (merci à ma jolie Anne Véronique de m’y avoir accompagnée !).

Si au début j’étais un peu perdue, très rapidement on est venu vers moi me dire comment les choses allaient se dérouler (en même temps, j’étais arrivée un peu en avance, avec les copines).

Il était à peine 13h45 que je me trouvais déjà face à une éditrice. Je lui ai présenté mon pitch, mais franchement, je n’étais pas sûre de moi, pas trop en confiance non plus. Le sablier a été mon pire ennemi, il me narguait en faisant couler ses petits grains de sable bien trop rapidement. Bref, je me suis embrouillée, je ne suis pas certaine que mon interlocutrice ait aimé ce que j’ai raconté, j’en suis sortie un peu dépitée, avec l’idée que si j’étais passée plus tard, j’aurais peut-être réussi à mieux gérer en regardant les autres passer avant moi (on se console comme on peut – mais en même temps, j’aurais attendu longtemps, et n’aurais pu rencontrer autant de monde à Livre Paris)

Puis, un peu paumée après les cinq minutes avec l’éditrice (je vais où ? A gauche ? A droite ? Et ma copine, Ghaan Ima, elle est où ??), je croise une très gentille dame brune (celle qui répartissait les participants au sein des différents jurys), qui me ramène vers le droit chemin, et cinq minutes après, j’étais face à la blogueuse (celle aux collants d’enfer, si jamais vous avez vu des photos !). Là, ça s’est mieux passé, j’étais plus détendue, face à une blogueuse que je connais via internet, et grâce à son grand sourire bienveillant et plein de chaleur.

Soulagement.  Je n’étais pas ravie de moi, mais, je l’avais fait, je ne pourrai pas regretter quoi que ce soit.

Au milieu de toute l’agitation, des serveurs venaient nous proposer régulièrement quelque chose à boire, et des petites pâtisseries (j’ai cédé à l’appel du macaron !). J’ai rencontré des membres adorables de l’équipe Fayard (je pense à David, cet homme qui courait partout,  et qui répondait avec bienveillance et gentillesse à la moindre de mes questions, et à une autre femme dont j’ai oublié le prénom, une attachée de presse brune aux cheveux courts, avec des lunettes, adorable aussi).

Puis, cerise sur le gâteau : j’ai rencontré Julie de Lestrange, cette auteure qui vient de sortir son premier livre aux éditions Mazarine, que j’ai pu me faire dédicacer (bon, je l’ai un peu aidée pour trouver quoi écrire sur la dédicace, l’émotion des premières signatures je pense !).

Un bilan donc très positif. Une équipe ( que ce soit du côté des éditeurs, des auteurs ou des blogueuses) très sympathique, ouverte, bienveillante et rassurante. Une ambiance douce, agréable. E si je ne me fais aucune illusion sur la suite, je ne laisserai pas pour autant tomber mon roman : je continuerai de le travailler, jusqu’à ce qu’il soit terminé.

N’hésitez pas à aller jeter quelques coups d’oeil sur leur compte Instagram pour les photos (vous y verrez les collants de Leiloona ! ) ou à retrouver l’avis de Stéphie, l’une des blogueuses présente dans le jury.

 

 

 

Une phrase, un texte #2 : les textes

Le déjeuner

Bonjour !

Sept textes ont été écrits pour la première de l’atelier d’écriture une phrase, un texte, qui vous présentait le début du prologue d’un livre de Valérie Tong Cuong.

Cette semaine, je vous ai proposé un extrait de « La vallée des Amazones« , d’Angéla Morelli, que vous pouvez vous procurez pour la petite somme de 0.99 centimes en e-book 😉

Voici  «Ses yeux pétillaient  derrière les verres de ses lunettes. Je m’assis immédiatement et dissimulai ma gêne en plongeant le nez dans mon bol de céréales. « 

Mon texte :

Ses yeux pétillaient  derrière les verres de ses lunettes. Je m’assis immédiatement et dissimulai ma gêne en plongeant le nez dans mon bol de céréales.

  • Mais, tu ne m’avais rien dit, pourquoi ?

Je continuais à baisser la tête, peut-être que si je poursuivais, je finirais par réussir à me cacher toute entière dans mon bol, ou à me noyer juste un petit moment, jusqu’à ce qu’il parte de la maison et que je puisse enfin me retrouver seule.

  • Tu fais ça souvent ?

Normalement, on ne parle jamais de ça. ça fait quelques années que je m’adonne à ce petit plaisir secret, et, quand on en parle dans les journaux, ce qui arrive de temps en temps, une fois l’article lu, je prends toujours soin de le dissimuler quand je suis à la maison (sauf cette fois-ci) et je demande qu’on utilise un pseudo quand on narre mes activités pour ne pas être reconnue.Sauf que là, le pseudo avait été omis, je me demande pourquoi, et une photo très représentative illustrait l’article. Vous comprendrez que ce n’est vraiment pas une chose que j’aime afficher, et je ne m’attendais d’ailleurs pas vraiment à ce type de réaction.

  • Tu me montreras tes albums ?

Mais ne se rendait-il pas compte de la gêne dans laquelle il me mettait ? Il ne quittait plus des yeux l’article, j’aurais pu partir qu’il aurait continué à monologuer.

Des albums … j’en ai, oui, des tas, là-haut, bien à l’abri dans un de mes placards. C’est mon petit jardin secret. Je les sors de temps en temps, quand je suis seule, et je les regarde, un à un. Parfois, je m’extasie en découvrant une image oubliée, d’autres fois, je suis juste rassurée de les savoir là, à portée de main, loin de tous. Après une lourde insistance, j’ai cédé. Je suis montée, j’ai sorti de mon placard mes trésors, et je les ai apportés.

Son regard s’illumina encore plus. Il semblait partir dans un autre monde. Il caressa d’abord la couverture du premier, avant de l’ouvrir, délicatement. Un moment de pure extase à en croire ses expressions faciales.

  • Tu sais, ça me fait plaisir de voir ça, vraiment.

Je le regardai, les yeux écarquillés, son regard se posait à nouveau sur le mien. Plaisir ? Souvent, ça interroge, ça rebute, ça amuse, mais, faire plaisir, jamais.

  • Oui, moi aussi je suis philatéliste, je collectionne les timbres depuis cinq ans, je pourrai te les montrer, mes albums !

 

Celui de Guillaume Lavoué :

« Grnouch grnouch » faisaient les flocons d’avoine  dans ma bouche et jusque dans mon crâne. Vous ne vous êtes jamais demandés ce qu’entendaient les autres quand vous mâchiez les céréales qu’on nous vendait toujours plus croustillantes?! Gênant. Surtout ce matin. Je saisis d’un air important le paquet et commençai une lecture attentive. Inutile en fait car je connaissais déjà par cœur les apports glucidiques de ce muesli trop sucré.  Je fronçais les sourcils et hochais la tête d’un air supérieur. Ah oui quand même 0,2 mg de fer!

– « Dis, tu t’appelles comment? », fit une petite voix derrière le paquet.

– « Service consommateur », laissai – je échapper distraitement. « Euh, Gabriel »,  m’empressai – je de corriger, rouge de honte. 

– « Moi c’est Camille. T’es mon frère il paraît ! »

– « Hein?  Nan, Ca m’étonnerait ! J’ai pas de sœur ! Et j’te connais même pas d’abord ».

Je laissai tomber la rose. Elle ne virevolta pas dans l’air comme je l’imaginai et alla finir sa triste course sur le bois noir et froid. Je fermai les yeux, réprimai un sanglot et pris un inspiration. Il y a 7 ans le 14 mars 1991 Camille m’était apparue au petit – déjeuner.

Aujourd’hui elle était morte. 

Guillaume Lavoué, 18/02/16, RER B vers Mitry – Clay

Et les liens !

Le look du jour, d’Anne-Véronique Herter

Le déjeuner, Malika Marie

Celui de Pativore et de Maxxie !

N’hésitez pas à commenter les textes ici, et sur les blogs, ils vous le rendront bien 😉

Et l’auteure ?

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Ses yeux pétillaient  derrière les verres de ses lunettes. Je m’assis immédiatement et dissimulai ma gêne en plongeant le nez dans mon bol de céréales.

  • Bonjour, répondis-je sur un ton que j’espérais détaché. Vous avez bien dormi ?
  • Très bien, j’avais peur de rêver de Manuela et Yolande mais même pas.

Je levai le nez. Etait-il sérieux ?

  • Les femmes de cette communauté sont très … attachantes, poursuivit-il en souriant. Vous avez du café ?
  • Instantané seulement.
  • Pas de problème.

Une chose était certaine : João n’était pas du genre à se plaindre de l’état de mes placards.

Le prochain extrait sera publié demain !

 

 

Une phrase, un texte #1 : les textes

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Vous avez été nombreux à vous montrer enthousiastes pour ce nouvel atelier d’écriture, nombreux aussi, d’après ce que j’ai pu lire, à ne pas trouver le temps d’y participer : ce n’est que partie remise, rassurez-vous, je compte bien le continuer, au moins une semaine :p

Ils sont trois à avoir répondu à ce premier appel, soit 6 textes au total, ce qui me réjouit car je craignais de n’y déposer que le mien, ce qui n’aurait pas intéressé grand monde ! Et plus de 400 à lire l’article … ça, c’est vraiment surprenant !

La phrase du jour était donc tirée du prologue de  Pardonnable, impardonnable, de Valérie Tong Cuong. C’est un livre dont je viens de terminer la lecture, et que je chroniquerai prochainement (mais, je peux déjà vous conseiller de vous le procurer rapidement, il est vraiment très bon).

Mon texte :

 Elle se retourne, sourit, inspire avec lenteur pour souligner l’importance de l’entreprise. Se remet en position, tête inclinée. Prête à partir.

Et puis non. Elle se retourne, serre le petit objet dans sa main droite, et va s’asseoir, sur ce canapé ramolli par les années, mais dans lequel elle se sent si bien.

Elle le garde au creux de ses mains comme un trésor. Elle sent que son cœur bat vite, très vite. Trop vite ? Hors de question de s’emballer pour le moment. Respire. Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Lui, il est là, derrière elle. Elle entend qu’il se rapproche. Elle commence à sentir son parfum, puis le souffle de sa respiration qui lui caresse la peau. Elle sent son corps frémir.

  • Tout va bien Virginie ?

Tout va bien, oui. Pour le moment, elle le croit, elle l’espère. Ses pensées s’entrechoquent et se mêlent. Elle sourit, elle faiblit. Et pourtant, elle sent que ce qui se passe en elle la renforce. Moment de plénitude au creux d’un tourbillon. Douces contradictions. Un moment inattendu pourtant attendu, c’était juste qu’elle n’y croyait plus. Mais, les signes, bien qu’elle ait essayé de les ignorer, ne la trompaient pas. Sa main vide caresse sans y penser son ventre plein. Un plein d’amour, un plein de fierté après les années passées, un plein de vie.

Texte reçu par mail, de Guillaume L. (celles et ceux qui me connaissent comprendront pourquoi j’aime beaucoup ce texte 😉 )

Elle se retourne, sourit, inspire avec lenteur pour souligner l’importance de l’entreprise. Se remet en position, tête inclinée. Prête à partir. 

Et puis non. Elle n’y arrive pas. 

C’est tout simplement trop difficile. Pourtant elle était si près du but ! Cela fait maintenant une semaine qu’elle ne cesse d’y penser, d’essayer.  Hier encore quelle humiliation quand les autres ont été témoin de ce nouvel échec: elle s’était pitoyablement  effondrée. Heureusement une fois de plus son charmant sourire lui avait sauvé la mise. Les mines réprobatrices qui l’entouraient s’étaient changées en visages bienveillants. Ah ah  ils peuvent bien se moquer, pour eux c’est si facile. Elle n’était pas du genre à abandonner et sa persévérance n’était plus à prouver. 

Elle ferma un instant les yeux, redressa le buste et prit à nouveau une profonde inspiration. L’environnement lui était familier: elle avait depuis longtemps éprouvé la robustesse des barreaux blancs qui l’entouraient. Ceux-là même qui limitaient son horizon.  Elle avait d’ailleurs entendu récemment qu’elle était dotée d’une incroyable acuité visuelle pour son âge.  Elle distinguait chaque détail, chaque aspérité de la peinture blanche qui s’écaillait imperceptiblement . Elle passa lentement sa main le long du morceau de bois. La peau fine et fragile de ses doigts effleurait le barreau rugueux mais il avait quelque chose de rassurant.  Elle saisit un second barreau et ses deux mains se crispèrent dessus. Elle contracta ses muscles de toutes ses forces et s’éleva enfin sans bruit! Soudain le silence se brisa et Antoine s’écria : « Fanny, Fanny, regarde Chloé est en train de marcher !« 

Guillaume Lavoué, Vol Dusseldorf – Paris, 10/02/16

Texte d’Isabelle Blanes :

« Elle se retourne, sourit, inspire avec lenteur pour souligner l’importance de l’entreprise. Se remet en position, tête inclinée. Prête à partir.
Et puis non. »

Pourquoi partirait­-elle, c’était maintenant que tout se jouait… Elle le regarde, continue de sourire, son cerveau tourne de tout ses rouages, à toute vitesse, comment allait-­elle lui présenter la chose… Il fallait persuader, séduire, le moment est important, il faut se surpasser, j’en suis capable se dit­-elle.

Elle se lève, l’affronte de ses yeux verts, profonds, enjôleurs, sa silhouette fière le surplombe, et elle attaque, son débit est mesuré, son ton convainquant, elle a tout mémorisé et elle ressort ses arguments les uns derrière les autres, elle prend de plus en plus d’assurance, elle se retrouve elle-même, plus de peur, plus d’appréhension, elle sait de quoi elle parle, sa passion reprend le dessus, elle oublie où elle est, devant qui elle se tient, qui elle doit convaincre, elle maîtrise son sujet, elle a tant travaillé dessus!

Elle vole du tableau à la table, ses bras semblent deux ailes qui s’étendent, ses cheveux virevoltent autour de son visage anguleux…

L’homme assis au bureau est éberlué, il ne s’attendait pas à cela, cette passion, ce savoir chez une si jeune femme. Il écoute attentivement, il boit chacune de ses paroles, il essaye de suivre son raisonnement, il admire les résultats obtenus, il n’avait pas envisagé cette solution, cette jeune femme est vraiment brillante, elle a obtenu des résultats incroyables en utilisant des chemins détournés auxquels il n’aurait pas pensé…

Le tableau se remplit de formules, de flèches, de démonstrations… Elle n’a pas présenté ses résultats, elle voulait l’amener à la solution comme elle­-même y est parvenue, elle voit ses yeux s’écarquiller quand il commence à comprendre où elle l’a emmené. Fini l’air revêche de vieux prof grognon, son œil pétille, il ne tient plus en place, il veut savoir… Elle ralentit, elle arrive au final, prendre son temps est encore plus important, elle aborde sa conclusion, ça y est, elle a fini. Elle ne s’attendait pas à sa réaction.

Enthousiaste, il se lève, un rire s’échappe de sa gorge: « Si je m’attendais à cela! » s’écrie­-t­-il.

Puis, il continue, « Bravo! C’est brillant, vous avez gagné, je vous prend dans mon équipe! »

Épuisée, la jeune femme le regarde, elle n’y croit pas, pas encore, puis elle éclate de rire, elle qui croyait avoir encore à convaincre après sa démonstration, c’est fait! Elle y est arrivée, elle va pouvoir continuer ses recherches dans les meilleures conditions possible, fini les petits boulots, les coloc minables, les concessions à n’en plus finir! Elle a gagné!

Les liens :

Le texte de Leana  « Le rejoindre » sur Quelques bouts de page

Le texte de Gaëlle : « Quand il faut, il faut » sur My writting world

Et celui de Pativore et de Belange !

Et l’auteure ?

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Elle se retourne, sourit, inspire avec lenteur pour souligner l’importance de l’entreprise. Se remet en position, tête inclinée. Prête à partir.

Et puis non.

Attends, souffle-t-elle, sourcils froncés.

Elle rajuste sa robe à damiers rouge et blanc, coince avec soin l’ourlet entre la selle et ses cuisses.

Au premier coup de pédale, d’accord ?

Il acquiesce, les yeux rivés sur le cadran magique.

Dans son dos, les champs habillent les collines à perte de vue. Les maïs sont à hauteur d’homme, les tournesols brûlés. Dans deux ou trois jours au plus, les tracteurs déploieront leurs bataillons. Les roues écraseront la terre, arracheront les tiges, broieront les feuilles avec sauvagerie.

Cinq, quatre, trois, deux, un, décompte Milo avec sérieux.

Marguerite s’élance.

Un battement de cils et déjà, il l’a perdue de vue.

La route serpente et disparaît sur une centaine de mètres dans le sous-bois, réapparaît puis s’enfonce à nouveau dans les champs.

Le garçon n’aime pas ce moment où il ne la voit plus, ne l’entend plus. Il se sent seul, vulnérable, minuscule face au monde immobile.

Mais la voici qui surgit, tache rouge et blanche sur le lacet de bitume.

Deux minutes quarante-six ! hurle-t-il joyeusement, comme si elle pouvait l’entendre.

Peine perdue, elle est beaucoup trop loin.

Elle agite les bras : Allez, Milo, à ton tour, descends !

Alors il enfourche son vélo, un vélo bleu avec des étoiles blanches peintes sur le cadre, il courbe les épaules, contracte ses muscles, murmure pour lui-même, Fonce, mon petit vieux, fonce !

Les joues giflées de vent et de soleil, la nuque moite et la mâchoire serrée, il pédale de toutes ses forces. Il ne s’agit pas de compétition ni de record à battre, seulement de vitesse, d’ivresse, il est saoul sur la petite route de campagne, saoul Milo de désir enfantin, de joie, de légèreté, saoul de bonheur – une seconde avant l’impact, il rit encore bouche grande ouverte en pédalant.

Puis tout se brise.

 

Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan

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Présentation : « La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire.
La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence.
Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »

Dans cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.

Mon avis :

Rien ne s’oppose à la nuit est sorti en 2011, il a été récompensé de nombreuses fois (prix du roman Fnac, prix Renaudot des lycées, prix France Télévisions 2011 et le Grand Prix « roman » des lectrices de Elles en 212). Je souhaitais le lire depuis quelques temps, et j’ai cédé quand j’ai vu qu’il m’attendait, bien sagement, à la bibliothèque de mon village.

Le livre se découpe en trois parties, Delphine de Vigan nous présente tout d’abord l’enfance de Lucile, sa mère, une enfance marquée par les épreuves, aux côtés de ses frères et sœurs. Puis, la vie de Lucile adulte, qui commence à peu près à la naissance de Delphine. Et, enfin, la dernière partie nous raconte la fin de la vie de Lucile, aux côtés de ses deux filles, Manon et Delphine, et de ses frères et sœurs qui sont encore là. Parmi ces chapitres, l’auteure en insère d’autres dans lesquels elle présente ses recherches et explique la difficulté de son entreprise, ainsi que les réactions de certains membres de sa famille.

C’est un livre touchant, doublement : l’auteure m’a émue quand elle explique le besoin qu’elle ressent d’écrire ce livre, pour ne pas expliquer (le peut-elle ? ) mais au moins pour essayer d’y voir plus clair, surtout en ce qui concerne le suicide de sa mère, ses réveils en sursauts, ses démarches auprès des membres de sa famille. Puis, la présentation des nombreux drames qu’a connus la famille, l’amour sans borne de sa grand-mère envers ses enfants, mais surtout envers son mari, laissant de côté ses aventures régulières, refusant de croire aux reproches d’incestes.

Lucile est un personne atypique, on croirait d’ailleurs plutôt qu’il s’agit d’un personnage. D’emblée, en sent une personne fragile, un peu différente du reste de sa famille, sur laquelle son père porte un regard particulier. Elle sera diagnostiquée bipolaire, certains scènes racontant ses moments de folie sont absolument subjuguants ( pour celles et ceux qui l’ont déjà lu, j’ai l’image de Lucile, recouverte de peinture blanche, quand elle se retrouve seule avec Manon, aiguilles en main, vers sa fille …. ).

C’est une histoire bouleversante, touchante. Un coup de cœur. Je pense qu’il fera partie de ces livres que je n’oublierai pas.

 

 

Présentation : Amours troublés

Ce n’est pas une chronique que je vais faire ici, ce serait plutôt étrange puisqu’il s’agit d’un recueil de nouvelles de ma plume. Ce sont trois nouvelles qui ont pour thème l’amour. Que ce soit l’amour léger ou passionnel, fidèle ou infidèle, entre un homme et une femme ou entre deux hommes …

Le recueil fait 12 pages et vous pouvez le retrouver sur Kindle.

N’hésitez pas à me faire part de vos avis si vous cédez à la tentation !

Atelier d’écriture #7 : Voiture 7

7ème participation à l’atelier d’écriture de Leilouna. C’est une photo de Kot, une nouvelle fois !


Voiture 7.

Lui.

Encore un peu et je le ratais, ce train. Dire que je me lève une heure plus tôt chaque lundi pour être sûr de ne pas le louper. Voiture 7, toujours. Elle, elle est toujours là, assise, à la même place, un livre dans les mains. Je suis presque sûr qu’elle ne tourne pas les pages : si ça tombe elle fait semblant de lire pour ne pas être dérangée, rien de plus. Je ne sais pas quoi faire. A chaque fois, je sors mon téléphone, je fais semblant d’être occupé, moi aussi, « histoire de ». C’est pour elle que je prends ce train. C’est pour elle que je me lève plus tôt, que je mets du temps à choisir mes fringues. C’est pour elle que ce même rituel dure depuis maintenant 5 mois.

Elle.

C’est bon, j’ai ma place. Paul est là, lui aussi. Paul. C’est le prénom que je me suis imaginée, à défaut d’oser lui demander. Il me fait craquer. Cinq moi. Oui, ça fait cinq mois qu’on prend le même train, le lundi matin. La même voiture. Il est toujours avec son téléphone, peut-être sur facebook ou autre, j’en sais rien. Et moi, je suis là, avec mon livre, incapable de lire la moindre ligne. Je suis excitée comme une gamine de lycée, j’attends ce « rendez-vous » avec la boule au ventre, alors que rien ne se passe. Si ça tombe, il ne me voit pas. Bon, il faut que j’ose. Après tout, qui ne tente rien ….

Lui.

Elle va sortir au prochain arrêt. Je ne sais pas si j’oserai lever les yeux de mon écran. Cette nana, elle est canon quand même. Je ne sais pas pourquoi elle m’attire tant. C’est ridicule. Si mes potes savaient ça, ils se moqueraient bien. ça y est elle se lève et elle va descendre. Je lève la tête, elle est déjà partie. Je regarde sa place, mon cœur bat à mille à l’heure : elle y a laissé son livre ! Je regarde autour de moi, la voiture est vide. Je m’y précipite et prends le précieux objet. Son titre « Toi et moi ». A l’intérieur, un numéro de téléphone. La semaine promet d’être magique.

Atelier d’écriture #6 : Mauvais sexe.

Voici ma 6ème participation à l’atelier d’écriture de Leilouna. C’est une photo de Marion cette fois-ci qui nous est proposée. Vous pouvez retrouver mes anciennes participations sous la rubrique « mes écrits ».

Une petite différence cette semaine la contrainte est double : il nous est proposé de partir d’une photo, mais aussi d’un thème : le sexisme.

©Marion Pluss

Mauvais sexe.

J’ai toujours pensé que je n’étais pas née avec le bon sexe. Une erreur à la naissance. Les jeux de mes congénères ne me plaisaient pas déjà toute petite, j’aspirais à autre chose. Plus d’une fois, j’ai essayé de rejoindre le camp « ennemi », puisque c’est ainsi qu’il était déjà perçu (les filles d’un côté, les garçons de l’autre, chaque ensemble bien cloisonné dans son univers), mais on m’a rapidement rejetée. Des deux côtés. Parce que je n’étais pas comme eux dans l’un, parce que j’avais essayé de pactiser avec l’ennemi dans  l’autre. La théorie des genres n’a pas fini de faire parler d’elle.

Longtemps, j’ai cru que je pourrais m’y faire, que j’allais réussir à vivre harmonieusement dans l’univers qui m’était destiné, le seul qu’on m’offrait. Foutaise. Ce qui importe, c’est qu’on rentre dans le moule, qu’on soit conforme, et si on ne l’est pas, qu’on ait au moins la décence de le faire croire. Et surtout, que j’arrête « de les faire chier avec mes lubies fantasques ».

Mais je ne pouvais pas. Non, non, ce n’étaient pas des lubies. Oui, je me cherchais. Oui, j’avais enfin trouvé la chose qui me plaisait, LA chose qui donnait un sens à ma vie : je voulais danser. Non pas gesticuler en boite le samedi soir, mais danser, m’envoler, ressembler à ces formes fines, harmonieuses, et parfois presque désarticulées qui scintillent sur les scènes. Une telle délicatesse. La danse. Ma vie. L’opéra de Paris : je me devais d’arriver au moins jusqu’à ce moment de gloire avant de mourir.

Mais je n’étais née avec le bon sexe. Les hommes, parait-il ne dansent pas, sauf les « tantouses », les « sales PD ». Mon père me l’a assez répété. Mes « copains » aussi. Mais pourquoi parce que je suis un homme on me refuse cette chance ? Il y a, après tout, tant de grands danseurs. Pourquoi pas moi ? Mais ils devaient avoir raison. Ils étaient ma famille après tout, mes amis, ils ne pouvaient que me vouloir du bien. Ce sont les femmes qui dansent.

Et c’est bien ce que je vois dans ce miroir. Ma perruque blonde bien posée, le maquillage est parfait. On m’attend. J’ai l’impression d’être enfin celle que j’aurais dû être. La salle est pleine. Ce n’est pas l’opéra, mais c’est toujours Paris. Au revoir, Paul. Ici, je suis Héléna. Je suis moi. Je suis transformiste.

Une photo, quelques mots … #3 : No way

Troisième participation à cet atelier d’écriture qui se passe chez Leiloona.

La photo de la semaine est de Kot, comme lors de ma première participation :

tatoo

Ce soir, je vais rejoindre mes potes. C’est presque un rituel maintenant : tous les dimanches, on se retrouve au parc au bout de la ville ou dans un café, selon le temps. On rit, on s’amuse, on boit, on danse aussi parfois. De temps en temps les flics arrivent, mais on est habitué : on cache les bouteilles, on planque les joints, et souvent ils ne nous emmerdent pas plus longtemps « On nous a appelés, on est venu, c’est notre boulot. On sait qui vous êtes, donc on vous laisse tranquille, mais moins de bruit quand même, sinon, il faudra vous embarquer. » Et ils nous laissent.

Il faut dire qu’on peut faire peur aux autres. Marycine avec ses longs cheveux roses et ses piercings. Je les ai comptés la dernière fois, rien que sur le visage, j’étais déjà à dix. Elle est jolie comme ça, ça lui va bien. Pierre et l’grand Pic c’est à cause de leur coiffure : une crête verte pour l’un, une sorte de gros pic pour l’autre. D’ailleurs, on croirait qu’il veut atteindre le ciel avec ce gros foret conique et trouer les étoiles. Moi, c’est à cause des tatouages. J’en ai partout : sur les bras, les jambes, le dos, le ventre. J’ai fait le premier à dix-sept ans, avec ma première bande de pote. On m’a vite regardé de travers, comme si je devenais quelqu’un d’autre. Des conneries. C’est pour moi que je l’ai fait, parce que je le voulais, j’en avais besoin. Ce mec tatoué, c’est moi. Pas un autre. Puis, rapidement, les autres ont suivi. J’aime mon look aussi : c’est vrai, on se retourne sur moi quand je marche : vêtements courts ou longs, parfois troués, noirs ou en jean et mes chaînes. Mais je ne choisis pas ces fringues pour faire peur ou autre, non. Mais parce que la différence existe, et qu’on n’a pas toujours besoin de se conformer. Pas question que je foute toujours dans le moule. No way. Parfois, ça me soule quand même de voir des regards méprisants. Mais je les emmerde, les gens. Je les juge pas, alors qui sont-ils pour le faire avec moi ? Alors, quand je suis avec mes potes là, le dimanche soir, j’oublie tout. On se lâche, on est nous, et ça fait du bien.

Le soir, une fois chez moi, je me sens mieux, prêt à attaquer la semaine qui arrive. Je me douche. Mes vêtements pour demain sont prêts : les chaussures sont cirées,  le costume sorti, déjà repassé. Il faut que je sois en forme : je négocie un gros contrat.