[Jeunesse] Quand les poissons rouges auront des dents, Marie Colot

La semaine consacrée à Marie Colot touche à son terme. J’espère que l’un de ses titres (ou deux, voire trois ou tous !) vous aura conquis ! Je ne reviens pas sur son roman Dans de beaux draps que j’ai déjà chroniqué il y a quelques semaines (son seul livre dans la collection « tertio »), je vous présente aujourd’hui un livre destiné à un public plus jeune que les précédents (à partir de sept ans) Quand les poissons rouges auront des dents, paru dans la collection Primo l’année dernière. Et c’est encore un coup de cœur !

Quand les poissons rouges auront des dents par Colot

Présentation :

Il y a Auguste qui mémorise l’annuaire téléphonique. Il y a Lima qui garde toujours le silence. Il y a Robert Bouchard, le Playmobil. Il y a madame Louise, la maitresse aux grosses lunettes qui les surveille pendant les récréations parce que le poisson Frigolite s’est retrouvé dans la cuvette des toilettes. Et il y a un pays lointain, très lointain. Mais, avec des trottinettes et un peu d’audace, il est peut-être plus proche qu’on croit. Une escapade riche en rebondissements qui confirme que les enfants n’ont pas une cervelle de poisson !

Mon avis :

Auguste est un petit garçon atypique : il aime mémoriser l’annuaire téléphonique, notamment lors de ses fréquentes punition à l’école, a toute une collection de Playmobil – ses amis –  avec lesquels il s’amuse régulièrement. Pour avoir jeté le poisson rouge dans les toilettes, il est puni pendant les récréations et doit rester dans la classe, où se trouve aussi Lima, une jeune fille étrangère arrivée récemment en France. Elle intrigue Auguste par son silence et l’émeut par sa tristesse. Il finira par réussir à entamer une conversation, et prendra une décision : il va aider Lima à retourner auprès de ses parents !

Un court roman drôle, très bien illustré par Philippe de Kemmeter, qui soulève des thèmes importants comme l’homosexualité (Auguste vit avec ses deux papas – il pense d’ailleurs que c’est à cause de ça que sa maitresse ne l’aime pas – mais voit souvent Marjorie, sa mère biologique ), la guerre ou encore l’immigration. Le style est léger, la plume bourrée d’humour et de candeur enfantine. Un gros coup de cœur pour ce livre qui est à mettre dans toutes les petites mains !

 

Nous étions une histoire, Olivia Elkaim

Présentation du livre :
« Nous sommes une famille ordinaire, une famille sans histoire. »
Quand Anita accouche d’un petit garçon, toute sa famille se réjouit. Pas elle. Angoisses, nuits sans sommeil, hallucinations… Le présent se dérobe, le passé refait surface. D’où vient un tel désarroi ? Anita quitte son mari et son bébé pour fuir vers Marseille, ville qui fut le théâtre d’un psychodrame familial. Elle tente de comprendre comment, entre sa mère, l’omniprésente et égocentrique Rosie, et sa grand-mère, Odette, séductrice et alcoolique, elle peut trouver sa place.
Être une femme et une mère. Aimer les siens et les détester. Se souvenir et oublier. Percer les secrets qui font notre identité.
Dans ce roman sensible et violent, tendre comme un chagrin d’enfant, Olivia Elkaim dresse le portrait de trois femmes au bord de la crise de nerfs.


Mon avis :

C’est le premier livre que je lis de cette auteure, qui n’en est pourtant pas à son coup d’essai puisqu’il s’agit de son troisième livre. Si ses deux premiers livres sont aussi touchants et poignants que ce troisième opus, autant vous dire que je cours en librairie …
Alors oui, les thèmes de la transmission de génération en génération ou de la recherche de l’identité ne sont pas des thèmes novateurs, moins fréquents toutefois sont les romans qui traitent d’une façon aussi brute de la difficulté d’être mère.
Ce livre est une petite merveille. Je l’ai dévoré le temps d’une insomnie : d’ailleurs, comment retrouver le sommeil une fois qu’on a commencé à le lire ? On est complètement aspiré et captivé par l’histoire, j’étais prise par les sentiments parfois contradictoires de ces personnages, surtout d’Anita qui semble n’avoir d’autres choix que de subir ce qui lui arrive. Elle est une étrangère face à ce bébé, elle ne parvient pas à l’aimer, dès le début elle ne ressent rien pour lui, rien de cet amour inné dont seraient pourvues les mères dès les premiers instants de la maternité mais aussi de la grossesse, allant jusqu’à lui trouver un prénom qu’elle jugera par la suite ridicule, Orson. Et comment exprimer cela sans ressembler à un monstre égoïste et incapable de ressentir de l’amour ? Évidemment, cette difficulté voire impossibilité à être mère trouve ses sources dans l’histoire familiale d’Anita, c’est ainsi qu’on suit aussi des fragments de l’histoire de sa mère, Rosie, mais aussi de sa grand-mère qu’elle a beaucoup aimée : Odette.
J’ai aimé ce livre plus que je l’aurais pensé. C’est un roman intense, qui marque, dont je me souviendrai longtemps. J’en recommande chaudement la lecture.
Livre publié aux éditions Stock !

Danse Hermine, je vis, Mazarine Dupuich

Quatrième de couverture :
J’ai lutté toute ma vie pour faire la Lumière dans les coins les plus noirs. « Mon » père me maltraitait. « Il » maltraitait Maman aussi. Les conséquences peuvent être graves, elles créent des bleus au corps mais aussi des bleus à l’âme. Comment vivre quand on est régulièrement méprisée ?
Suite aux comportement anormaux d’un père, une enfant est prise dans la spirale incessante des enquêtes de justice et des réunions de suivis des travailleurs sociaux. Comment la justice prend-t-elle en compte la parole d’une enfant ? Ses volontés ? Et la réalité des faits ?


L’histoire et mon avis :
C’est le journal d’Yseult, une jeune fille de presque 13 ans que nous lisons. Une enfant surdouée, mais surtout une victime de violences à la fois physiques et morales infligées par « son » père, qui se sent perdue dans un système judiciaire injuste qui ne l’écoute pas.
Alors qu’une première enquête éducative s’est révélée positive quant à l’avenir d’Yseult (promise à un « brillant avenir », assurant l’absence de problèmes particuliers), elle se retrouve ballottée de réunions en réunions, l’obligeant parfois à rencontrer celui qui est nommé « son père » par la justice mais qu’elle refuse de voir comme tel, alors que ces rencontres sont plus douloureuses que bénéfiques pour elle.
Dans cette lutte elle n’est pas seule : elle peut compter sur le soutien de quelques amis mais aussi sur le soutien indéfectible et absolu de sa mère, elle aussi victime de ces mêmes violences.
Mazarine Dupuich a 13 ans, l’âge de notre narratrice. Elle présente avec une lucidité plutôt déconcertante pour son âge les insuffisances et les inepties de la Justice face à la maltraitance, et la place – ou plutôt la non-place – faite aux enfants qui en souffrent.
J’ai aimé ce livre, même si quelques points ont pu me gêner dans la lecture (certaines répétitions et l’utilisation excessive des points d’exclamation qu’on retrouve en troupeau de deux, trois voire plus … certainement pour insister sur l’indignation, mais je ne trouve pas cela utile et plutôt dérangeant – avis purement personnel évidemment). Cela reste un bon premier livre et une lecture que je recommande.

Quelques phrases … :
– « Maman m’a toujours aidée à m’envoler malgré tout. Petite, j’admirai deux personnes pour leur paix. C’était Maman et Gandhi. Je les admire toujours. » (page 11)
– «  »Il » essaie de m’emprisonner, de nous emprisonner. Je suis la chose de « sa chose » !! Il continue à vouloir nous chosifier ». (page 58).

Marie Charrel, l’enfant tombée des rêves

Aujourd’hui, c’est la chronique sur le dernier livre de Marie Charrel que je ramène ici, toujours depuis mon ancien blog. Pourquoi ce livre ? Car je viens de terminer Une fois ne compte pas, le premier livre de l’auteure (billet à venir) et aussi parce que c’est un livre que j’ai encore bien en tête. Vous connaissez certainement cette sensation : parfois on se remémore un livre et on y repense avec plaisir, on se dit qu’on a passé vraiment un bon moment de lecture. C’est le cas avec L’enfant tombée des rêves.


Quatrième de couverture : Émilie, une enfant solitaire et débordante d’imagination, découvre que ses parents lui mentent sur ses origines et décide de mener l’enquête. A 2 660 kilomètres au nord, quelque part en Islande, un vieux médecin retiré du monde tente d’oublier son passé. Ils ne se connaissent pas. Pourtant, chaque nuit, ils sont poursuivis par le même cauchemar : celui d’un homme tombant d’un balcon. Et si l’improbable rencontre d’Émilie et Robert brisait le terrible secret qui les unit ? Et si trouver la clef de ce rêve obsédant leur permettait de chasser enfin le fantôme qui les hante ?


Mon avis :
Quand Marie Charrel m’a proposé de découvrir son livre, j’ai vite été emballée, à la fois en lisant la quatrième de couverture, mais aussi parce qu’elle m’a écrit suite au conseil d’Olivia Elkaim, dont j’ai dévoré et adoré le livre  Nous étions une histoire. Quand une plume que j’ai adorée m’en conseille une autre (je l’ai un peu pris comme ça), hors de question de m’en priver.
Deux histoires s’entremêlent dans ce livre : celle d’Émilie, une petite fille de douze ans, rejetée à l’école, qui préfère se réfugier le midi à la bibliothèque plutôt que de devoir passer du temps avec les autres à la cantine. Elle est différente des filles de son âge, peu intéressée par les habits à la mode et par le succès, elle peint déjà beaucoup, mais ses tableaux sont plutôt sombres pour une fille de son âge. Elle a un meilleur ami, Croquebal, un monstre imaginaire qui mange les mots dont elle veut se débarrasser. En parallèle à cette histoire, on peut suivre celle d’une homme, Robert Repac qui vit seul en Islande, un ancien médecin qui fuit son passé. Leur point commun ? Un rêve : ils chutent d’un balcon.
La plume est simple, douce, elle nous emporte tout au long de la lecture de cette belle histoire. Pas d’énigme quant à l’issue finale, on la devine, mais j’ai aimé le cheminement qui nous y mène. Deux choses seulement ont gêné ma lecture, dans la première partie du livre : la répétition – que j’ai trouvé exagérée – du terme « balagan »,(je n’aime pas ce mot, allez savoir pourquoi, je n’ai aucune raison objective, les sonorités me dérangent je crois), et les explications mises entre parenthèses, comme à la page 45 «  … un misérable pleutre (un mot recouvert de suie grise, descendant par alliance du flamand pleute », que je trouve inutiles, voire présomptueuses venant de la bouche d’une enfant de douze ans, aussi intéressée par les mots qu’elle puisse être  …
Malgré ça, Émilie reste une enfant attachante, téméraire, et j’ai apprécié les mystères qui entourent le vieux médecin mais aussi la relation étrange entre Émilie et son père.

J’aime les livres qui nous poussent à nous interroger, et c’est ici le cas : jusqu’à quel point peut-on/ doit-on mentir, ces « petits mensonges de la vie ordinaire », comme les appelle la mère d’Émilie, et qu’on imagine exister dans toutes les familles, sont-ils vraiment préférable à la vérité ?

Un livre – et une auteure – à découvrir.

Le livre est paru aux éditions Plon.