Un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, Samuel Doux

couverture

Présentation :

Comment réagir lorsqu’on se retrouve nez à nez avec un père qu’on n’a pas revu depuis dix-sept ans ?
« Le samedi matin il venait nous chercher vers dix heures. Je me souviens de ces quelques minutes, ma mère ouvrait la porte-fenêtre. Posant le pied sur le gravier, je découvrais mon père de l’autre côté de la grille en métal orange. Je voyais son visage dans le rétroviseur. Juste à ce moment-là, notre famille existait à nouveau, je voulais faire durer cet instant pour me rappeler qu’à un moment nous avions été le fruit d’une union. Puis le moteur de la voiture se mettait en route. Une sorte de boule envahissait mon ventre, elle ne me quitterait plus. Pour moi les week-ends avec mon père n’étaient rien d’autre que de longs dimanches soir. »

S’il est un sujet qui passionne Samuel Doux, c’est bien la famille. Dans ce nouveau roman d’une justesse implacable, on retrouve toute l’originalité de ton et d’écriture d’un auteur dont l’univers singulier mêle toujours humour distancié et sensibilité exacerbée.


Mon avis :
Le prologue nous présente Élias, un garçon de 18 ans. Ses parents ont divorcés quand il avait huit ans, sa mère vient de mourir d’un cancer. L’écriture est percutante dès ces premiers lignes :
« J’ai coupé nos liens à la hache. Une bien lourde, bien tranchante. Le coup a été sec, violent, précis. J’ai attendu. Il ne criait pas. Il ne bougeait pas. Il ne se vidait pas de son sang. J’étais soulagé et pourtant je souffrais. J’ai serré les dents. Il ne voulait pas mourir. Je me suis rendu à l’évidence : ce n’était pas pour tout de suite. La nuit est tombée et avec elle un silence propice au recueillement. »
 Il en profite pour régler ses comptes avec son père au téléphone, reprenant les propos qu’il entendait de la bouche de sa mère, ce père qu’il n’a pas vu depuis deux ans et qui pense avoir tout fait comme il le fallait  » (…) j’ai donné ce que j’avais à donner, les week-ends et les vacances j’ai toujours été là, l’argent à la virgule près, exactement ce que le juge a ordonné au moment du divorce, ni plus, ni moins, et tous les ans j’ai ajusté selon l’indice du coût de la vie, j’ai vérifié les papiers officiels, je n’ai jamais oublié une seule fois, je te le promets, je ne sais pas ce que ta mère a pu te raconter mais j’ai fait exactement ce que j’avais à faire, ce que le juge me demandait de faire … « 
Il lui propose de venir vivre chez lui, comme son frère, mais Élias refuse.
Dix sept ans plus tard, on retrouve Elias, qui n’a pas eu de nouvelles de son père depuis leur dernier entretien téléphonique. Il est actuellement chargé d’écrire un film retraçant l’histoire des dieux grecs mais il a du retard. Alors qu’il se rend dans une librairie à la recherche d’un livre qui devrait l’aider à trouver de l’inspiration pour son film, il y voit son père, qui passe devant lui, lui parle même, sans le reconnaitre : il se met à le suivre.
Ce livre se divise en cinq parties qui commencent toutes par une citation, plus ou moins longues et judicieusement choisies (on retrouvait déjà des citations dans son premier livre).
Souvenirs du passé, questions sur la séparation, le divorce et ses conséquences sur la vie d’un enfant (manifestations physiques et mentales) mais aussi sur sa vie quand il devient adulte, ce « lien archaïque » qui se maintient malgré tout à cette figure du père que l’on ne voit plus etc … les thèmes sont nombreux et riches dans ce livre, sans qu’il y ait la moindre impression de « surcharge ».

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre, même si je ne suis pas forcément d’accord avec la vision du narrateur sur le divorce, thème principal du livre : mais là, c’est purement subjectif et personnel !

J’ai aimé retrouvé le prénom d’Élias, celui que Samuel Doux avait déjà utilisé pour son personnage principal dans son premier livre Dieu n’est même pas mort, à un accent près, je crois.
Un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires est paru  aux éditions Julliard.

Acquanera, Valentina d’Urbano

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Présentation :

Après dix ans d’absence, Fortuna retourne à Roccachiara, le village de son enfance perché dans les montagnes du Nord de l’Italie, qu’elle croyait avoir définitivement abandonné. La découverte d’un squelette qui pourrait être celui de sa meilleure amie, Luce, lui a fait reprendre le chemin de la maison. C’est l’occasion pour la jeune femme de revenir sur son histoire, de régler ses comptes avec le passé et en particulier avec sa mère, la sauvage Onda dont elle n’a jamais été aimée.

Ainsi débute ce récit sur quatre générations : quatre générations de femmes – Clara, Elsa, Onda et Fortuna – qui ont vécu en autarcie année après année, privées d’hommes, marquées comme au fer rouge par d’étranges dons qui les ont placées en marge de leur communauté. Au terme de cette plongée aux origines, Fortuna pourra-t-elle s’engager sur le chemin de la reconstruction et de la réconciliation ?

Acquanera aborde avec force et sensibilité les thèmes des relations maternelles et filiales, de la transmission, de la mort, de la différence et de l’amitié. Avec ce deuxième roman symbolique et poétique, Valentina D’Urbano confirme son singulier talent.


Mon avis :

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Valentina d’Urbano, Le bruit de tes pas. Autant avouer que je fondais beaucoup d’espoir sur ce deuxième roman : je n’ai pas été déçue. J’ajouterai même que Valentina d’Urbano est allée au-delà de mes espérances.

Tout d’abord, il faut que je vous présente le contexte dans lequel j’ai lu ce livre, contexte qui lui était vraiment peu favorable : j’étais à l’hôpital, en MAP, bien préoccupée, autant dire que ce n’était pas n’importe quel livre qui aurait réussi à me faire penser à autre chose qu’à ce que je vivais. Il me fallait une histoire forte, originale, quelque chose de frais. Et ce livre est arrivé, 348 pages pour 2 kilos. qui se dévorent (oui, parce qu’en plus, on a faim à l’hôpital, donc autant être rassasié à un niveau, aussi abstrait soit-il).

Ce livre est fascinant, on ne le lâche pas facilement. Il s’ouvre sur le retour de Fortuna (j’aime beaucoup les prénoms des personnages !) à Roccachiara, qu’elle a quitté depuis 10 ans. Elle rejoint rapidement sa mère, Onda (avec laquelle elle n’a gardé aucun contact)  qui ne semble pas surprise par son retour (elle en aurait rêvé) – ni en être ravie. Elle sait pourquoi sa fille est là : le corps d’une femme a été retrouvé, au fond d’un ravin, enfin, ce qui reste d’un corps. Fortuna pense qu’il pourrait s’agir du corps de Luce, une amie d’enfance qui vivait près du cimetière avec son père (il y travaillait) et sa mère devenue folle suite à la mort de leur premier enfant. Luce aidait son père à préparer les morts avant de les enterrer.

On découvre les personnages principaux progressivement : Elsa, Onda, Fortuna et Luce. Une partie leur est consacrée. Elsa est la grand-mère de Fortuna, et la mère d’Onda. Fortuna n’a jamais été proche de sa mère et a été élevée par sa grand-mère. Elle n’a pas connu son père et Onda a toujours craint que sa fille soit comme elle : qu’elle ait hérité de ses « dons ». Je n’en dirai pas plus. On découvre aussi au fur et à mesure la trame de l’histoire. Les relations entre les personnages sont bien tissées, intéressantes et intrigantes, l’auteure les dévoile avec parcimonie au rythme des pages. On garde ainsi une dose de suspens jusqu’à la fin de l’histoire.

Ce livre est un coup de maitre de la part de l’auteur. Elle montre qu’elle est capable de se renouveler et d’écrire un roman complètement différent du premier, le réalisme désenchanté du Bruit de tes pas laissant place ici à un univers fantastique, sombre et tellement fascinant.

Et, puisque vous vous posez la question, oui, j’ai terminé le livre avant d’accoucher, je l’ai dévoré en deux jours, sous le regard incrédule des infirmières qui se demandaient pourquoi je le lisais aussi vite,  craignant peut-être que je finisse par être à cours de lecture …. ou que je reste sur ma faim.