Rage, Christophe Desmurger

 

9782213711485-001-T

Ce que Raphaël admirait chez Serge, c’était sa rage. Une colère, une hargne qui donnait plus d’impact à chacun de ses gestes, de présence à son corps, de profondeur à son regard.
Par rapport à son ami, Raphaël se sentait trop doux. Guimauve.
Et son admiration se teintait d’envie.
Lorsqu’après vingt ans sans s’être vus Raphaël et Serge se retrouvent pas hasard, tous les sentiments de l’enfance et de l’adolescence ressurgissent. La même fascination. Le même soupçon de jalousie contre laquelle l’amitié lutte en vain.
Mais n’est-on pas toujours le plus mauvais juge de soi-même  ? Et si c’était justement à sa douceur que Raphaël devait le meilleur de son existence  ?

Mon avis :

Quand Raphaël retrouve Serge, installé à la terrasse d’un café non loin de l’appartement de sa sœur, c’est la surprise. Il s’est passé vingt ans, pourtant certains souvenirs lui reviennent, comme si c’était hier. L’occasion pour lui de retracer son histoire avec son lot de rencontres, amoureuses ou non.

En fond sonore, la musique de Renaud que le narrateur affectionne tellement. Il a cette rage qui l’anime, qui transpire de ses textes, sans oublier les craintes souvent associées aussi. Lui, il ose.

Il ose, comme Serge, quand ils étaient gamins : Raphaël, déjà à l’époque, enviait sa fougue, son assurance, son mode de vie, si éloigné du sien. Lui, coincé entre un père CPE strict qui n’apprécie pas que son fils fréquente Serge,  et une mère absente et dévouée à son mari, une mère qui a toujours l’air triste, sans que l’adolescent ne comprenne pourquoi. Il y a sa sœur aussi, Virginie, qui est tellement brillante et qui fait la fierté de leur père. Difficile de trouver sa place.

Serge et Raphaël, c’était une rage en commun : physique pour l’un, peinte sur un blouson pour l’autre. Cette rage qui est un bout de l’un (RAphaël) et de l’autre (SerGE). Mais ce sont aussi deux opposés, qui s’attirent.

Nous ressentons parfaitement dans ce texte les émotions de Raphäel : ce mal-être qui le suit, cette rage qui l’aura habitée, tempérée par la douceur de la belle Clarisse. La musique est présente dans le texte, que ce soit par les références ou par le rythme des phrases, parfois tellement incisives. On suit le parcours de notre narrateur, on craint qu’il dérape, on veut qu’il vive la vie dont il a envie. On s’interroge sur la notre, aussi.

Rage est le troisième roman de l’auteur, Christophe Desmurger. Paru aux éditions Fayard.

 

 

Il est grand temps de rallumer les étoiles, Virginie Grimaldi

 

CVT_Il-Est-Grand-Temps-de-Rallumer-les-Etoiles_3853

Anna, 37 ans, croule sous le travail et les relances des huissiers.
Ses filles, elle ne fait que les croiser au petit déjeuner. Sa vie défile, et elle l’observe depuis la bulle dans laquelle elle s’est enfermée.
À 17 ans, Chloé a des rêves plein la tête mais a choisi d’’y renoncer pour aider sa mère. Elle cherche de l’’affection auprès des garçons, mais cela ne dure jamais. Comme le carrosse de Cendrillon, ils se transforment après l’’amour.
Lily, du haut de ses 12 ans, n’aime pas trop les gens. Elle préfère son rat, à qui elle a donné le nom de son père, parce qu’’il a quitté le navire.
Le jour où elle apprend que ses filles vont mal, Anna prend une décision folle : elle les embarque pour un périple en camping-car, direction la Scandinavie. Si on ne peut revenir en arrière, on peut choisir un autre chemin.

Mon avis :

A moins de vivre dans une grotte (auquel cas vous ne devriez pas avoir accès à cette chronique, sauf si vous vous en êtes échappé récemment), vous n’avez pas pu résister à la vague d’enthousiasme que suscite, une nouvelle fois, Virginie Grimaldi avec la sortie de son dernier roman : Il est grand temps de rallumer les étoiles. 

On ne peut que comprendre cet engouement. Une histoire prenante, drôle et profonde à la fois (l’un des talents de l’auteure), des descriptions magnifiques de paysages qui nous donnent envie de louer à notre tour un camping-car pour aller rejoindre Anna et ses deux filles. On ne quitte le livre qu’à regret pour nourrir sa famille affamée ou dormir quelques heures.

Les personnages, parlons-en. Si au début je craignais ne pas pouvoir me repérer entre Lily et Chloé, l’appréhension est vite passée : le langage est différent, l’humour aussi  (je dois avouer qu’à la longue les expressions détournées et jeux de mots de Lily ont commencé à m’agacer), les pensées propres aux préoccupations des adolescents de leurs âges. A leur façon, les personnages sont touchants et beaucoup de lecteurs se reconnaitront ou reconnaitront certains de leur proche dans l’un de ces trois portraits (on en vient à un autre talent de l’auteur : l’universalité de ses personnages, qui réussissent malgré tout à garder leur singularité).

En résumé : un très bon livre à dévorer, qui vous fera oublier tout ce qui vous entoure.

Seul bémol pour moi, que ne comprendront que ceux qui ont lu le livre (si ce n’est pas le cas, cher lecteur, arrête-toi ici !).

****

Attention, je spoile un peu.

****

Tu es sûr ?

****

C’est parti !

Mon bémol : la fin ! Je supprimerai la partie qui raconte les deux mois plus tôt, dans laquelle le lecteur comprend qu’il s’est fait berner (enfin, je l’ai pris ainsi). D’ailleurs, d’un point de vue narratif, ça me semble complètement incohérent (avec le point de vue interne d’Anna).

Autres romans de l’auteure :

Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie, Virginie Grimaldi

Tu comprendras quand tu seras plus grande, Virginie Grimaldi

Le premier jour du reste de ma vie, Virginie Grimaldi

 

 

 

 

Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie, Virginie Grimaldi

index

Présentation :

« Je ne t’aime plus. »
Il aura suffi de cinq mots pour que l’univers de Pauline bascule. Installée avec son fils de quatre ans chez ses parents, elle laisse les jours s’écouler en attendant que la douleur s’estompe. Jusqu’au jour où elle décide de reprendre sa vie en main.
Si les sentiments de Ben se sont évanouis, il suffit de les ranimer.
Chaque jour, elle va donc lui écrire un souvenir de leur histoire. Mais cette plongée dans le passé peut faire resurgir les secrets les plus enfouis.
Avec une extrême sensibilité et beaucoup d’humour, Virginie Grimaldi parvient à faire revivre des instantanés de vie et d’amour et nous fait passer du rire aux larmes. Une histoire universelle.

Mon avis :

En ce moment, j’ai la chance de tomber que sur de très bons livres comme le dernier roman d’Amélie Antoine, ou encore le second roman de Clarisse Sabard, La plage de la mariée.

J’avais déjà beaucoup aimé les précédents romans de Virginie Grimaldi  (Le premier jour du reste de ma vie et Tu comprendras quand tu seras plus grande). Pour moi, l’attente était grande ! Ce qui n’a pas empêché l’auteure de me surprendre : j’ai rarement été aussi émue à la lecture d’un livre, ni autant pleuré.

Ce roman est une pure merveille. Virginie Grimaldi plante le décor et, l’air de rien, on se retrouve absorbé par l’histoire. Combien sommes-nous à nous retrouver dans un comportement, dans une parole ? Elle dresse avec brio le portrait de femmes qui nous ressemblent, qui cherchent leurs forces, pansent leurs blessures. Le talent de l’auteure n’est plus à démontrer. Aucune longueur dans ce roman, mais un suspens qui nous tient en haleine, et une fin qui ne déçoit pas.

Que dire de plus ? J’ai été bouleversée et séduite.

Un roman vrai, sincère et touchant, aux couleurs de l’auteure. Une pure réussite.

 

(Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire, Stéphanie Pélerin

(Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire

Quatrième de couverture :

Quand Ivana se fait larguer comme une vieille chaussette par Baptiste, après huit ans d’amour, il ne lui reste plus que ses kilos et ses rides à compter. Pas facile de se retrouver sur le marché des célibataires à la trentaine, quand, pour couronner le tout, on manque de confiance en soi.
Tentant d’ignorer son chagrin, elle décide de reprendre sa vie (et son corps) en main et s’inscrit sur « Be my boy », célèbre site de rencontres. Si l’offre est alléchante, les produits sont souvent de second choix, voire des retours de marchandise… Heureusement, il reste les amies et le bon vin.
À travers des expériences étonnantes, Ivana doit réapprendre à prendre soin d’elle. Mais rien ne sert de courir… il suffit juste d’être au bon endroit, au bon moment.

Un orteil dans la quarantaine, professeur de français en banlieue, Stéphanie Pélerin exerce un métier qui lui demande souvent autant de poigne et de tact que celui de dresseur de fauve. Depuis décembre 2008, elle tient un blog aussi éclectique qu’elle : des albums pour enfants aux romans épicés en passant par la BD, elle dévore tout ce qui se lit. Presque (jeune), presque (jolie), (de nouveau) célibataire est son premier roman.

Mon avis :

Gros coup de cœur pour ce livre, qui est un premier roman.

L’histoire d’Ivana n’a rien d’extraordinaire : la trentaine, larguée par son conjoint, elle se retrouve seule chez elle  avec une confiance en elle sérieusement ébranlée.

Moisir au fond de son canapé ? Ce n’est pas pour elle. Ivana décide de prendre les choses en main, et cela passe par différentes inscriptions : sur le site de rencontres « Be my boy », une autre dans une salle de sport, et une dernière sur un site de régime.

Le personnage d’Ivana est attachant. Elle est sensible, tendre, veut croquer la vie à pleines dents et a un certain caractère. Comme toutes les femmes (je pense !) elle est souvent en proie aux doutes, mais ils ne l’empêchent pas d’avancer : elle doit aller de l’avant ! Et ce n’est pas sa meilleure amie qui lui dira le contraire.

Une histoire aux apparences légères mais derrière lesquelles se cachent des réflexions plus profondes : comment vivre seule à l’âge de 30 ans ? comment réussir à s’accepter avec un corps qu’on ne reconnait pas ? que peut-on dire ou ne pas dire, même à ses amies, quand il s’agit de sexe ? jusqu’où peut-on aller sans risquer le jugement de l’autre ? Et c’est vraiment ça, je trouve, la force de ce livre.

Stéphanie Pélerin ne s’est pas contentée d’une simple caricature de la femme célibataire trentenaire, elle est allée plus loin, donnant une vraie vie à ce personnage (on s’imagine parfaitement la croiser un jour au détour d’une rue parisienne ou niçoise !) et en poussant à la réflexion. Un livre dans lequel beaucoup de femmes devraient se reconnaitre, ou y voir une de leur connaissance.

Ajoutez à tout ça une bonne dose d’humour, une écriture fluide et agréable, et vous obtenez un livre rafraichissant qui sent bon l’été. Et ça tombe bien, car le livre sort demain (mercredi 15 juin) !

Retrouvez (Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire sur le site des éditions Mazarine, et l’auteure sur sa page Facebook !

Tu comprendras quand tu seras plus grande, Virginie Grimaldi

CVT_Tu-comprendras-quand-tu-seras-plus-grande_8888

Présentation :

Quand Julia débarque comme psychologue à la maison de retraite Les Tamaris, à Biarritz, elle ne croit pas plus au bonheur qu’à la petite souris. Pire, une fois sur place, elle se souvient qu’elle ne déborde pas d’affection pour les personnes âgées. Et dire qu’elle a tout plaqué pour se sauver, dans tous les sens du terme.
Au fil des jours, Julia découvre que les pensionnaires ont bien des choses à lui apprendre. Difficile pourtant d’imaginer qu’on puisse reprendre goût à la vie entre des papys farceurs, des mamies fantaisistes et des collègues au cœur brisé… Et si elle n’avait pas atterri là par hasard ? Et si l’amour se cachait là où on ne l’attend pas ?
C’est l’histoire de chemins qui se croisent : les chemins de ceux qui ont une vie à raconter et de ceux qui ont une vie à construire.
C’est une histoire d’amour(s), une histoire de résilience, une ode au bonheur.
« Un humour décapant, des personnages attachants et une profonde humanité.
En le refermant, on n’a qu’une envie : se délecter des petits bonheurs qu’offre la vie. »

Mon avis :

Julia a quitté Paris pour rejoindre Biarritz, suite à une succession d’événements plus ou moins tragiques. Psychologue, elle a trouvé un poste au sein d’une maison de retraite, Les Tamaris. Une idée étrange pour quelqu’un qui n’aime pas côtoyer les personnes âgées ! On se demande ce qu’elle fait là, et elle aussi.

Petit à petit on découvre comme Julia la structure, le personnel et les résidents. Julia finit par se rendre compte que ce n’est pas si mortel que ça de vivre avec des personnes âgées ! Entre personnages attendrissants, loufoques ou drôles, le lecteur trouve son compte (j’ai une préférence pour Léon, le grognon !).

J’avais beaucoup aimé le premier livre de Virginie Grimaldi, Le premier jour du reste de ma vie, et j’étais impatiente de découvrir son nouveau roman.

En découvrant le thème, j’ai été un peu déçue : un roman qui se déroule dans le monde clos d’une maison de retraite, ce n’est vraiment pas ce qui me semble intéressant. J’ai donc ouvert le livre avec la crainte de ne pas l’aimer. Puis, je suis tombée sur une référence à Game of Thrones. Quel rapport avec le livre ? Aucun. Mais j’adore la série, c’était donc pour moi un signe ! Alors, j’ai poursuivi ma lecture. Une page, mouais. Deux pages, mouais. Dix pages, hum. Vingt pages, ha ! Trente pages, miam ! J’étais conquise.

Le point fort de l’auteure, c’est son style d’écriture. Elle est drôle, même quand il s’agit d’aborder des sujets graves ou difficiles, le rythme dynamique nous épargne la moindre seconde d’ennui. L’intrigue est bien ficelée. Le tout donne un livre d’une grande qualité.

A découvrir !

 

 

 

J’ai participé au Mazarine Book Day

Le Mazarine Book Day, c’était samedi, à l’Alcazar.

Le but ? Présenter le pitch d’un de vos manuscrits, devant deux personnes, à tour de rôle : une blogueuse, et une éditrice de la maison d’édition Fayard. Et il faut faire vite, car on a que cinq minutes pour plaire … ou pas.

mazarine_986x355

J’ai eu la chance de passer dans les premiers, avec mon petit numéro 12. Sortie du TGV et du métro depuis à peine une heure, la pizza fraîchement ingurgitée, voilà que je me suis retrouvée à l’Alcazar, en excellente compagnie (merci à ma jolie Anne Véronique de m’y avoir accompagnée !).

Si au début j’étais un peu perdue, très rapidement on est venu vers moi me dire comment les choses allaient se dérouler (en même temps, j’étais arrivée un peu en avance, avec les copines).

Il était à peine 13h45 que je me trouvais déjà face à une éditrice. Je lui ai présenté mon pitch, mais franchement, je n’étais pas sûre de moi, pas trop en confiance non plus. Le sablier a été mon pire ennemi, il me narguait en faisant couler ses petits grains de sable bien trop rapidement. Bref, je me suis embrouillée, je ne suis pas certaine que mon interlocutrice ait aimé ce que j’ai raconté, j’en suis sortie un peu dépitée, avec l’idée que si j’étais passée plus tard, j’aurais peut-être réussi à mieux gérer en regardant les autres passer avant moi (on se console comme on peut – mais en même temps, j’aurais attendu longtemps, et n’aurais pu rencontrer autant de monde à Livre Paris)

Puis, un peu paumée après les cinq minutes avec l’éditrice (je vais où ? A gauche ? A droite ? Et ma copine, Ghaan Ima, elle est où ??), je croise une très gentille dame brune (celle qui répartissait les participants au sein des différents jurys), qui me ramène vers le droit chemin, et cinq minutes après, j’étais face à la blogueuse (celle aux collants d’enfer, si jamais vous avez vu des photos !). Là, ça s’est mieux passé, j’étais plus détendue, face à une blogueuse que je connais via internet, et grâce à son grand sourire bienveillant et plein de chaleur.

Soulagement.  Je n’étais pas ravie de moi, mais, je l’avais fait, je ne pourrai pas regretter quoi que ce soit.

Au milieu de toute l’agitation, des serveurs venaient nous proposer régulièrement quelque chose à boire, et des petites pâtisseries (j’ai cédé à l’appel du macaron !). J’ai rencontré des membres adorables de l’équipe Fayard (je pense à David, cet homme qui courait partout,  et qui répondait avec bienveillance et gentillesse à la moindre de mes questions, et à une autre femme dont j’ai oublié le prénom, une attachée de presse brune aux cheveux courts, avec des lunettes, adorable aussi).

Puis, cerise sur le gâteau : j’ai rencontré Julie de Lestrange, cette auteure qui vient de sortir son premier livre aux éditions Mazarine, que j’ai pu me faire dédicacer (bon, je l’ai un peu aidée pour trouver quoi écrire sur la dédicace, l’émotion des premières signatures je pense !).

Un bilan donc très positif. Une équipe ( que ce soit du côté des éditeurs, des auteurs ou des blogueuses) très sympathique, ouverte, bienveillante et rassurante. Une ambiance douce, agréable. E si je ne me fais aucune illusion sur la suite, je ne laisserai pas pour autant tomber mon roman : je continuerai de le travailler, jusqu’à ce qu’il soit terminé.

N’hésitez pas à aller jeter quelques coups d’oeil sur leur compte Instagram pour les photos (vous y verrez les collants de Leiloona ! ) ou à retrouver l’avis de Stéphie, l’une des blogueuses présente dans le jury.

 

 

 

Rentrée littéraire #2 : le 19 août, la suite !

Pour bien commencer la semaine, voici d’autres livres qui n’attendront que vous ce 19 août … et toujours du côté de la littérature française !

Au programme, Sébastien Rongier et Séverine Werba chez Fayard, Alexandre Seurat aux éditions du Rouergue, Sorj Chalandon, Laurent Binet et Charles Dantzig chez Grasset !

78, Sébastien Rongier, Fayard

Rongier.jpg

Il y a cet homme qui a gardé le réflexe de tendre la main sous la table pour caresser son chien, alors que son chien est mort. Cette femme qui boit du Get 27 pour oublier que son amant ne viendra pas. Ce militant d’extrême droite qui cherche à embrigader le patron de la brasserie. À l’abri des regards, dans la cuisine, il y a le rescapé d’une nuit d’octobre. Et puis il y a l’enfant. L’enfant qu’un adulte accompagnait mais qui est seul à présent devant son verre vide. L’enfant qui attend que l’adulte revienne. Nous sommes en 1978, dans une brasserie près de la cathédrale de Sens. C’est un instantané de la France et d’une époque. Mais aussi le récit atemporel et poignant de la perte de l’enfance, dans le bourdonnement indifférent de cette ruche française.

Appartenir, Severine Werba, Fayard

Appartenir.jpg

De la guerre, de la déportation et de la mort de ses proches, Boris, le grand-père de la narratrice, n’a jamais parlé. Autour de lui chacun savait, mais, dans l’appartement du 30, rue de Leningrad, que tout le monde appelait « le 30 », le sujet n’était jamais évoqué. Et puis Boris est mort. La jeune femme a vécu un moment au 30, en attendant que l’appartement soit vendu, elle avait vingt ans, et elle a cédé à une bibliothèque les livres en russe et en yiddish de son grand-père. Plus personne ne parlait ces langues dans la famille. Ce n’est que dix ans plus tard, au moment de devenir mère, que s’est imposé à elle le besoin de combler ce vide et de reprendre le récit familial là où il avait été interrompu. Moins pour reconstituer le drame que pour réinventer des vies. Retrouver les rues de Paris autrefois populaires où vivaient Rosa, la sœur de Boris, avec sa fille Lena, déportées en 1942 ; voir ce village lointain d’où son grand-père était parti pour se créer un avenir qu’il espérait meilleur ; entendre couler cette rivière d’Ukraine sur laquelle, enfant, il patinait l’hiver. Comprendre où ils vécurent et furent assassinés. Alors elle cherche, fouille, interroge, voyage, croisant la mort à chaque pas dans son étrange entreprise de rendre la vie à ces spectres. C’est une quête insensée, perdue d’avance, mais fondamentale : celle d’une identité paradoxale qu’il lui faut affirmer.

La maladroite, Alexandre Seurat, Le Rouergue : 1er roman !

couv-maladroite-ok.indd

Tout commence par un avis de recherche, diffusé à la suite de la disparition d’une enfant de huit ans. La photo produit un choc chez une institutrice qui a bien connu Diana. D’emblée, elle n’a aucun doute. La gamine n’a pas été enlevée, ses parents sont responsables de sa « disparition ».
Remontant sa courte vie jusqu’au temps même de sa conception, le roman égrène les témoignages de ceux qui l’ont côtoyée. Enseignants ou médecins scolaires, gendarmes, assistantes sociales, et jusqu’à la grand-mère ou le demi-frère de la victime : toutes et tous viennent prendre la parole, dire, dans la stupeur et l’urgence de s’exprimer, ce qui s’est noué sous leurs yeux, qui les a alertés, sans que jamais ils ne puissent enrayer le dénouement fatal. Peu à peu, ils cernent les zones aveugles de cette histoire ainsi que les failles d’un système pourtant dédié à la protection et l’épanouissement de l’enfance. Inspiré d’un fait divers récent, ce roman choral tient volontairement à distance tout effet de style, et évite la surenchère émotionnelle et compassionnelle.
Seulement les faits, et les faits connus par les témoins extérieurs : autour du trou noir de ce que fut le martyre de celle qui est appelée Diana dans le livre, l’auteur conserve le plus parfait silence.

Profession du père, Sorj Chalandon, Grasset

Profession_du_pere.jpg

Tu connais ton père », disait la mère d’Emile.
Un jour, il était parachutiste. Le lendemain, habillé en pasteur, il obligeait son fils à s’agenouiller pour être exorcisé. Et le soir, il lui avouait à voix basse être un agent secret américain. En pleine nuit, le père d’Emile s’est réveillé rebelle. Soldat clandestin chargé d’une mission supérieure : assassiner De Gaulle. Mais pour tuer le général, il fallait être deux. C’est comme ça qu’Emile a été enrôlé par son père dans l’organisation » secrète » ». Alors, il était heureux, Emile. De plaire à son père, de ne plus être battu. Mais aussi, il avait terriblement peur. Parce qu’à 13 ans, c’est lourd un pistolet. C’est pour ça qu’il a demandé à Luca de rejoindre le complot. Luca était Pied-Noir. Tout juste rapatrié d’Algérie, le collégien voulait se venger du général. « Tout ça, c’est des bêtises », disait la mère d’Emile. Pour rassurer son enfant, elle lui répétait: « Tu sais bien que ton père est malade ». Non, Emile ne le savait pas. Le père était tellement malade que même le fils a failli en mourir.

La septième fonction du langage, Laurent Binet, Grasset

La_fonction_du_langage.jpg

Le 25 février 1980, Roland Barthes se fait écraser par une camionnette, alors qu’il sort d’un déjeuner avec François Mitterrand. C’est un assassinat. Le mobile : Barthes avait sur lui un document inédit de Jakobson, la septième fonction du langage, une fonction qui permet à celui qui la maitrise de convaincre n’importe qui de n’importe quoi dans toutes les situations.
Le commissaire Jacques Bayard, vieux réac peu porté sur le structuralisme, embauche Simon Herzog, jeune gauchiste sémiologue, pour mener l’enquête. Leur mission, assignée par Giscard qui prépare sa réélection, est de retrouver cette septième fonction. Cela implique d’interroger la crème du milieu intellectuel français : Michel Foucault, Gilles Deleuze, Julia Kristeva, Philippe Sollers, Louis Althusser, etc. Le couple d’enquêteurs découvre l’existence du Logos Club, une puissante société secrète où l’on se livre à des joutes oratoires féroces. La piste du Logos Club les emmène à la rencontre d’Umberto Eco à Bologne, puis sur un campus américain, où Derrida et Searle s’affrontent dans un combat mortel, et à Venise, où doit avoir lieu l’ultime joute. L’enquête s’achèvera à Paris, le 10 mai 1981.
Au fil du récit, Simon Herzog révèle des qualités de Sherlock Holmes et de James Bond. Bayard, quant à lui, se découvre un intérêt inattendu pour la French Theory. Mais Simon développe aussi une paranoïa qui le fait s’interroger sur son statut ontologique : et s’il n’était, au fond, qu’un personnage de roman ?

Histoire de l’amour et de la haine, Charles Dantzig, Grasset

Histoire_de_l_amour_et_de_la_Haine.jpg

Voici sept personnages à un moment de l’Histoire de France, qui s’ouvre avec les premières manifestations contre le « mariage pour tous » à Paris et s’achève avec les dernières. Il y a Ferdinand, garçon de vingt ans qui souffre de la vulgarité de son père, le député Furnesse, vedette homophobe des médias et fier de l’être ; Armand et Aron, qui vivent en couple et partagent un grand appartement avec Anne, belle et victime de sa beauté ; Pierre, grand écrivain qui n’écrit plus et entreprend une histoire d’amour avec Ginevra. Et bien des personnages secondaires, tous apportant leur voix à ce concert de l’amour et de la haine qui a retenti dans la ville pendant ces quelques mois.