[BD] Retour à Killybegs, Pierre Alary, Sorj Chalandon

 

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Présentation de l’éditeur :

 » Toute ma vie j’avais recherché les traîtres, et voilà que le pire de tous était caché dans mon ventre. « 

Tyrone Meehan figure mythique de l’IRA et traître à la cause nationaliste irlandaise pendant une vingtaine d’années a été dénoncé par les Anglais. « Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L’IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n’ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j’en suis venu à trahir. Des livres seront peut-être écrits sur moi, et j’enrage. N’écoutez rien de ce qu’ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m’avoir connu. Personne n’a jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd’hui, c’est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu’après moi, j’espère le silence. »

Tyrone Meehan raconte sa vie gâchée, la violence familiale, sa confusion jusqu’à sa trahison. Retour à Killybegs respire la passion et le désespoir d’un homme qui, un jour, n’a pas eu le choix et s’est enfoncé dans la nuit et dans la honte.

Mon avis :

Gros coup de cœur pour cette adaptation du roman éponyme de Sorj Chalandon.

Cette BD est la suite de « Mon traitre ». Le narrateur, Tyrone, nous donne sa version et revient en arrière sur son histoire.  Qu’est-ce qui l’a amené à trahir son pays, ses amis, sa famille ?

L’histoire est sombre et prenante, on se glisse bien dans la peau du personnage et on se met à se demander ce que nous, nous aurions fait. Ce n’est pas toujours facile de comprendre les raisons profondes d’un tel comportement. Le récit, bref et vif, fourmille d’émotions. La douleur de Tyrone est palpable et ne peut que nous toucher.

Les dessins sont clairs et épurés, j’aime beaucoup la façon dont les visages sont esquissés : les émotions sont lisibles.

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Planche prise sur le site de la maison d’édition.

 

Une adaptation qui prend aux tripes et qui me marquera longtemps !

A retrouver sur le site de la ME, Rue de Sèvres !

Mer agitée, Christine Desrousseaux

Mer agitée

 

Sur une plage désertée par les estivants, Jean se plonge dans l’eau glacée. Quel que soit le temps, il part nager, pour oublier son corps trop vieux, oublier son petit-fils Léo, enfermé dans sa chambre et replié sur lui-même depuis son retour d’Afghanistan. Léo qui crie la nuit, Léo qui lui fait peur. À quel moment s’est envolé l’enfant rieur dont il était si proche ? Le jour où sa mère a disparu sans laisser de traces ? Ou lors de l’une de ses missions ?
Un soir, Léo, ivre, agresse une jeune fille. Il s’en tire à condition de présenter ses excuses. Mais quand une adolescente disparaît quelques jours plus tard, Jean va devoir affronter les gens du village qui voient en Léo un suspect idéal et deviennent de plus en plus hostiles. Il commence lui-même à douter : et si ce petit-fils tant aimé avait commis l’irréparable ?

Sur une presqu’île battue par les vents du Nord, un homme essaie de prouver l’innocence de son petit-fils, envers et contre tout. Christine Desrousseaux nous offre un roman prenant et émouvant, rythmé par les saisons et les marées.

Mon avis :

J’ai rencontré la talentueuse Christine Desrousseaux lors d’une dédicace sur Saint-Omer, à la librairie Alpha B. En plus d’être talentueuse, elle sait donner l’envie de découvrir son livre et, au passage, elle est d’une extrême gentillesse. C’est donc avec beaucoup d’envie que j’ai commencé à lire Mer agitée, que j’ai beaucoup aimé.

Jean aime plonger son corps dans l’eau froide, peu importe le temps. Une manie un peu étrange pour certains, une nécessité pour l’homme qui rédige consciencieusement – presque – tous les jours son journal de baignade.

Jean ne vit pas seul. Chez lui se trouve Léo, son petit-fils, qui a bien changé depuis qu’il est revenu d’Afghanistan. S’il prétend être là le temps d’une permission, Jean apprendra vite que le retour est définitif. Léo a un comportement étrange : il parle peu, souffre de cauchemars, ne souhaite pas se mêler aux autres, ne dit jamais un mot sur sa vie de soldat, refuse les convocations de l’armée. Alors quand une jeune fille est retrouvée morte, il ne faut pas longtemps pour qu’un coupable soit désigné par les habitants du village : cela ne peut être que cet étrange soldat qui a déjà agressé une jeune fille. De son côté Jean refuse de croire en la culpabilité de son fils. Pourtant, des éléments semblent l’accabler… A quel point Léo a-t-il pu changer depuis son retour en Afghanistan ? Qu’a-t-il vécu dans ce pays ? Pourquoi ce silence inquiétant ?

Christine Desrousseaux est une habituée des polars, et nous le comprenons rapidement en lisant ce roman. Si l’histoire semble d’abord classique, rapidement l’enquête arrive, et le scénario tourne au thriller, bien ficelé.

Un roman sur l’amour, le stress post-traumatique, les jugements et les regards de autres…

Découvrez les premières pages ici !

[Jeunesse / YA] Des cailloux à ma fenêtre, Jessie Magana

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Présentation :

1940 : tous les pêcheurs de l’île de Sein sont partis rejoindre le général de Gaulle à Londres.
Sur l’île ne restent que les femmes, les enfants et les vieillards. Marie a seize ans. Quelques cailloux à sa fenêtre marquent le début de son engagement dans un réseau de résistants.

En parallèle, on suit le parcours de Jean sur un chasseur de sous- marins au large de l’Angleterre. Avec son meilleur ami, Pierre, ils vivent leurs premiers combats, entre peur et enthousiasme, jusqu’à ce que Jean tombe à l’eau lors d’une attaque.

Mon avis :

C’est la seconde guerre mondiale. Marie vit sur l’île de Sein, non loin de la Bretagne. Jean Guiller, jeune de seize ans, est parti combattre ou plutôt, au début du livre, attendre de combattre en Angleterre, suite à l’appel de de Gaulle. Il griffonne son histoire dans un carnet de bord. Et là-bas, il pense à Marie, qui lui manque. Cette jeune fille à laquelle il n’a pas déclaré son amour. Parfois, il parle d’elle avec son père, et les souvenirs le rendent heureux, jusqu’à ce que l’effet soit inversé. C’est sous les points de vue de ces deux personnages que nous lisons le roman. Le temps passe et rien n’est facile : les règles imposées par les allemands sont de plus en plus strictes, Marie ne veut pas attendre bien sagement que le temps passe. Alors, quand les premiers cailloux tapent à sa fenêtre, elle sent que le moment est venu. Elle découvrira les véritables dangers de la guerre, ses enjeux, mais aussi l’amour… De son côté Jean embarquera à bord d’un sous-marin.

L’écriture de Jessie Magana est fluide et très agréable à lire mais pourtant, j’ai eu du mal à rentrer dans le récit, sans savoir pourquoi exactement, j’ai pris plus de plaisir arrivée au tiers du livre, et plus on avance, plus je trouve qu’il gagne en intensité. Marie est une jeune fille épatante, courageuse, forte. Elle m’a impressionnée par son caractère et sa maturité. Jean m’a moins marquée, alors qu’il est l’un des deux narrateurs.

Le récit est intéressant car même si la seconde guerre mondiale n’est vraiment pas délaissée en littérature jeunesse, ici elle est traitée différemment. Les personnages principaux sont proches des lecteurs, ce sont les petites histoires de petits personnages, aux actions pourtant tellement importantes. Elle permet de voir l’histoire comme si on était à travers un petit trou de souris, on se retrouve là, assise auprès de Marie quand elle annonce à sa mère qu’elle doit partir, on marche avec eux quand ils cachent et distribuent les tracts, on tangue dans le bateau. Et ça, c’est vraiment le point fort de ce livre. On vit l’histoire, et ça marque.

C’est le deuxième livre publié dans la nouvelle collection « Les Héroïques », dirigée par Jessie Magana, l’auteur de ce livre. Le premier (enfin pour être plus précise ils sont sortis tous les deux le même jour) est celui de Christophe Léon dont je vous ai déjà parlé, Les mangues resteront vertes.

 

Retrouvez-le sur le site de la maison d’édition Talents Hauts !

[Jeunesse] Quand les poissons rouges auront des dents, Marie Colot

La semaine consacrée à Marie Colot touche à son terme. J’espère que l’un de ses titres (ou deux, voire trois ou tous !) vous aura conquis ! Je ne reviens pas sur son roman Dans de beaux draps que j’ai déjà chroniqué il y a quelques semaines (son seul livre dans la collection « tertio »), je vous présente aujourd’hui un livre destiné à un public plus jeune que les précédents (à partir de sept ans) Quand les poissons rouges auront des dents, paru dans la collection Primo l’année dernière. Et c’est encore un coup de cœur !

Quand les poissons rouges auront des dents par Colot

Présentation :

Il y a Auguste qui mémorise l’annuaire téléphonique. Il y a Lima qui garde toujours le silence. Il y a Robert Bouchard, le Playmobil. Il y a madame Louise, la maitresse aux grosses lunettes qui les surveille pendant les récréations parce que le poisson Frigolite s’est retrouvé dans la cuvette des toilettes. Et il y a un pays lointain, très lointain. Mais, avec des trottinettes et un peu d’audace, il est peut-être plus proche qu’on croit. Une escapade riche en rebondissements qui confirme que les enfants n’ont pas une cervelle de poisson !

Mon avis :

Auguste est un petit garçon atypique : il aime mémoriser l’annuaire téléphonique, notamment lors de ses fréquentes punition à l’école, a toute une collection de Playmobil – ses amis –  avec lesquels il s’amuse régulièrement. Pour avoir jeté le poisson rouge dans les toilettes, il est puni pendant les récréations et doit rester dans la classe, où se trouve aussi Lima, une jeune fille étrangère arrivée récemment en France. Elle intrigue Auguste par son silence et l’émeut par sa tristesse. Il finira par réussir à entamer une conversation, et prendra une décision : il va aider Lima à retourner auprès de ses parents !

Un court roman drôle, très bien illustré par Philippe de Kemmeter, qui soulève des thèmes importants comme l’homosexualité (Auguste vit avec ses deux papas – il pense d’ailleurs que c’est à cause de ça que sa maitresse ne l’aime pas – mais voit souvent Marjorie, sa mère biologique ), la guerre ou encore l’immigration. Le style est léger, la plume bourrée d’humour et de candeur enfantine. Un gros coup de cœur pour ce livre qui est à mettre dans toutes les petites mains !

 

[Chronique jeunesse] L’enfant mitrailleuse, Fabien Fernandez

L'enfant mitrailleuse

« John », enfant soldat recruté par des groupes rebelles pour se battre, est recueilli par une organisation internationale. Il va apprendre à maîtriser l’agressivité qui l’habite, afin de pouvoir redevenir un adolescent comme les autres. Mais les traumatismes sont lourds et il n’est pas facile de se reconstruire quand on a participé à la guerre…

Mon avis :

Un livre court mais intense, comme on en trouve tant dans la collection « Court métrage », aux éditions Oskar.

Ici nous suivons la réadaptation de « John » (prénom donné par l’organisation, il n’en donne pas d’autres), un ancien enfant soldat recueilli par une organisation humanitaire. La difficulté à vivre avec les autres, l’agressivité à canaliser, les crises de manque… pas facile pour le petit garçon de se dire qu’il est quelqu’un autre, qu’il n’est pas « rien ». Comment peut-il trouver la sérénité et l’insouciance qu’un enfant de son âge devrait avoir ?

En parallèle nous découvrons quelques moments de la vie de John au moment où il est devenu enfant soldat, et pendant ses missions.

A la fin de livre  quelques pages nous présentent ce que sont les enfants soldats.

Un livre très intéressant pour montrer aux jeunes que la vie d’un enfant n’est pas toujours rose, et que dans certains pays ravagés par la guerre, la lutte commence dès le plus jeune âge.

Je recommande !

 

 

Carthage, Joyce Carol Oates

Présentation :

Tout semble aller comme il se doit dans la petite ville de Carthage (Etat de New York) en ce début de juillet 2005, si ce n’est que Juliet Mayfield, la ravissante fille du maire a, pour des raisons pas très claires, rompu ses fiançailles avec le caporal Brett Kincaid, héros retour de la guerre d’Irak Un héros très entamé dans sa chair et dans sa tête. Et dont pourtant Cressida, la jeune soeur rebelle de Juliet, est secrètement amoureuse. Or, ce soir-là Cressida disparaît, ne laissant en fait de traces, que quelques gouttes de son sang dans la jeep de Brett. Qui devient alors le suspect numéro°1, et, contre toute attente, avoue le meurtre…

Sept ans après, un étrange personnage surgit qui va peut-être réconcilier les acteurs de ce drame bizarre avec eux-mêmes et résoudre l’impossible mystère C’est ce à quoi vise à l’évidence l’auteur qui, infatigablement, fait front de toutes parts : à la violence, à la guerre, au dérangement des esprits et des corps, à l’amour et à la haine. Et à une exploration inédite des couloirs de la mort… Pour le plus grand bonheur de ses lecteurs et de la littérature.

Mon avis :

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un si gros livre (un peu plus de 600 pages). Une chance, il se lit tout seul, on ne voit pas les pages passer. On plonge rapidement dans l’histoire : dès les premières pages, nous sommes à la recherche de la jeune disparue, Cressida Mayfiled, une jeune fille de bonne famille (le père est avocat, la mère est femme au foyer). L’ex fiancé de sa soeur, Brett (un ancien soldat qui s’est battu en Irak) a avoué son meurtre : pourquoi cet aveu, et pourquoi ce geste ?

J’ai aimé la façon dont le drame familial est exploité, l’exploration des actions et des âmes. L’opposition est forte je trouve entre les deux sœurs, Juliet, la jolie, et Cressida, le vilain petit canard, qui a disparu, ce qui donne un peu plus de puissance à l’histoire, et nous pousse à l’empathie.  J’ai aussi aimé le personnage de Brett, un homme définitivement changé par les horreurs qu’il a vues et subies en Irak, on ne peut pas imaginer ce qu’endurent ces soldats de retour chez eux.

Un livre puissant, qui nous touche et nous interroge sur l’âme humaine. Un beau livre.

[BD] Paroles de poilus, tome 1. Lettres et Carnets du front 1914-1918

Ils avaient 17 ou 25 ans. Se prénommaient Gaston.. Louis.. René. Ils étaient palefreniers. boulangers. colporteurs. ouvriers on bourgeois, ils devinrent soudainement artilleurs, fantassins, brancardiers…Voyageurs sans bagage, ils durent quitter leurs femmes et leurs enfants. revêtir l’uniforme mal coupé et chausser les godillots cloutés… Sur 8 millions de mobilisés entre 1914 et 1918, plus de 2 millions de jeunes hommes ne revirent jamais le clocher de leur village natal. Plus de 4 millions subirent de graves blessures… Des mots écrits dans la boue et n’ont pas vieilli d’un jour. Des dessins chargés d’émotion qui marqueront les esprits. Des témoignages déchirants qui devraient inciter les générations futures au devoir de mémoire. au devoir de vigilance comme au devoir d’humanité…

Mon avis :

L’idée est bonne je trouve : reprendre des lettres authentiques et essayer de toucher au mieux les lecteurs, pour ne pas oublier. Avant cette BD on pouvait déjà retrouver ces lettres – au nombre de vingt – dans un livre de Jean Pierre Gueno et une chronique radio : c’est une nouvelle adaptation.

Des soldats racontent, à travers leurs lettres, les atrocités de la guerre 14 – 18, mais aussi leurs espérances, leurs espoirs ou même des moments drôles. Les témoignages sont souvent touchants. Avant chaque lettre on peut lire une description rapide de la vie du poilu : on se sent ainsi plus proche du personnage.  Ensuite, un illustrateur adapte selon son ressenti le texte. Ce qui m’a un peu embêtée, c’est l’effet « doublon » : on lit deux fois la même chose, parfois presque mot pour mot, parfois les illustrateurs prennent plus de distance – tout en gardant le principal de la lettre – et j’ai préféré ces dernières.

En ce qui concerne les illustrations, elles renforcent souvent les émotions que les lettres retranscrivent. Les illustrations que j’ai préférées sont celles de Marc N’Guessan qui adapte des lettres d’Henri Lange, écrites à son général et à sa soeur Hélène :

20150519_185535c’est sobre, simple, et pourtant émouvant. Désolée pour la qualité de la photo, je n’ai pas trouvé mieux.

C’est la BD de la semaine et ça se passe chez Noukette !

la bd de la semaine