Charmer, s’égarer et mourir, Christine Orban

Charmer, s'égarer et mourir par Orban

« C’est Marie-Antoinette que je voulais écouter. L’écouter comme si j’avais été sa confidente. Sa voix résonne dans sa correspondance, dans ses silences, dans les mots effacés et retrouvés. Je l’ai entendu. Les lignes tracées de sa main sont comme des notes sur une partition de musique. Je perçois l’incertitude de son timbre, sa sensualité, je perçois des sons graves et légers comme l’eau d’une rivière, une rivière de larmes. »

Mon avis :

Christine Orban est passionnée par Marie-Antoinette,  ce n’est plus un secret. Et elle nous passionne, à son tour, en nous racontant l’histoire de cette femme aux multiples facettes, qui a vécu les sentiments les plus opposés, proche de l’adoration et du rejet.

Ce n’est pas une biographie classique, comme il en existe déjà (je pense notamment à Zweig et à son livre simplement intitulé Marie-Antoinette), ici Christine Orban reprend des pans de la vie de Marie-Antoinette, dans un ordre non chronologique. L’écriture est fluide, agréable à lire, le ton juste. Des apartés donnent encore plus de force à ce roman, et nous font ressentir toute la passion de l’auteure, qui n’en n’oublie pas pour autant de garder une certaine objectivité.

Un roman sorti aux éditions Albin Michel, ce mois-ci !

Si vous aimez l’auteure, n’hésitez pas à retrouver Quel effet bizarre faites vous sur mon coeur, paru l’année dernière, qui nous présentait l’impératrice Joséphine.

 

 

[BD] Victor Hugo, aux frontières de l’exil : Gil & Paturaud

Couverture de Victor Hugo, aux frontières de l'exil

Septembre 1853. Victor Hugo est en exil sur l’île de Jersey. Hanté par des visions nocturnes lui intimant de faire la lumière sur la mort de sa fille Léopoldine, le poète se lance dans une enquête qui le mènera jusque dans les mystères du ventre de paris. Là, au péril de sa vie, il découvrira un univers peuplé d’âmes sombres, qui lui inspireront la formidable épopée humaine des Misérables.

Mon avis :

Victor Hugo est sur l’île Jersey. Au cours d’une séance de spiritisme avec Delphine de Girardin, sa fille, Léopoldine, morte dix ans plus tôt, apparaît et prononce ces deux phrases qui ne cesseront de le tourmenter « De profundis clamavi ad te » et « père, pourquoi les quatre innocents ont-ils péri noyés ? ». Léopoldine était accompagnée de trois autres personnes (Charles Vacquerie, son oncle, Pierre Vacquerie et le fils de celui-ci, Arthur) quand elle est morte noyée : Victor Hugo décide alors de retourner sur le continent afin d’élucider ce qui est pour lui non pas un accident mais un meurtre, malgré les 25 000 francs offert à quiconque apportera sa tête à « Napoléon-le-petit ».

J’aime le dessin, les expressions sur les visages, le jeux des couleurs aussi.

Mais l’histoire m’a ennuyée. Si j’ai aimé les références aux œuvres de Victor Hugo (les Misérables, mais aussi certains poèmes comme « demain dès l’aube », bien évidemment), j’ai moins aimé la fiction qui s’est mêlée à la vérité. A la fin, on peut trouver un dossier historique avant une présentation d’esquisses. Je dois avouer que je n’y ai rien appris, mais ce dossier permet par contre de démêler la réalité de la fiction ce qui est plutôt une bonne chose pour les personnes qui ne connaissent pas bien l’auteur.

La planche que j’ai préférée :

C’est la BD de la semaine et ça se passe chez Stephie !

la bd de la semaine

A la grâce des hommes, Hannah Kent

Quatrième de couverture :
« Voici une nouvelle voix originale, qui tient son histoire avec une remarquable maîtrise de la langue. Le premier roman d’Hannah Kent, A la grâce des hommes, est un pur bijou, sa prose aussi froide et étincelante que le paysage nordique qu’elle dépeint. »
Geraldine Brooks, auteur de L’Autre Rive du monde, Le Livre d’Hanna etLa Solitude du docteur March

Agnes Magnúsdóttir, servante dans l’Islande austère et violente du XIXe siècle, est condamnée à mort pour l’assassinat de son amant et placée dans une ferme reculée en attendant son exécution. Horrifiés à l’idée d’héberger une meurtrière, le fermier, sa femme et leurs deux filles évitent tout contact avec Agnes, qui leur inspire autant de peur que de dégoût. Seul Tóti, le révérend chargé de préparer la jeune femme à sa fin prochaine, tente de la comprendre. Au fil des mois, Agnes raconte sa vérité, aussi terrible soit-elle à accepter. Mais la justice des hommes est en marche, et pourquoi Agnes réapprendrait-elle à vivre si c’est pour mourir ?

Inspiré d’une histoire vraie, A la grâce des hommes est un roman sur la vérité, celle que nous pensons connaître et celle à laquelle nous voulons croire. Avec ce premier roman à l’atmosphère lyrique et ample, Hannah Kent s’impose d’ores et déjà comme l’un des grands écrivains de sa génération.


Mon avis : 
Nathan Ketilsson et Petur Jonsson ont été assasinés en 1828. Les corps ont été retrouvés dans la ferme de Nathan qui a été brûlée. Trois personnes sont suspectées : un homme (Fridrik Sigurdsson) et deux femmes (Sigridur Gudmundsdottir et Agnes Magnusdottir), des filles de ferme. Avant son exécution, Agnes est transférée à Kornsa, dans la vallée de Vatnsdalur. Selon le commissaire de police Björn Blöndal, elle a réclamé le sous révérend Toti comme pasteur.
A Kornsa, elle sera hébergée dans la famille de Margret et Jon qui ont deux filles, Lauga et Steina : personne ne se réjouit de l’arrivée de cette nouvelle femme. Jon, en tant qu’officier de police, se doit de l’accueillir. Au fur et à mesure de l’histoire, on voit les relations évoluer entre Agnès et le révérend Toti, mais aussi entre Agnès et les autres membres de la famille.
Arrivée à presque la moitié du livre, j’ai commencé à m’ennuyer et je craignais de ne pas terminer ce livre. Une chance, l’histoire a alors commencé à se modifier et j’ai pris à nouveau du plaisir à le lire. La fin est très touchante, malgré l’atmosphère plutôt froide qui se dégage de l’ensemble du roman.
Comme indiqué en quatrième de couverture, ce livre est basé sur une histoire vraie, l’histoire d’Agnès Magnusdottir, la dernière femme à avoir été condamnée à mort en Islande, en 1930. Le portrait de cette femme est bien fait, les détails nous sont livrés tout d’abord avec parcimonie, puis nous découvrons au fur et à mesure des pages la personnalité bien plus complexe que ce que l’on pourrait croire au premier abord de cette femme.

Le sceptre et le venin, Gérard Hubert-Richou

Présentation : 
Des meurtres de la Brinvilliers jusqu’à la Chambre Ardente, l’affaire des poisons écrase la France sous une chape de plomb.
La royauté vacille. Madame de Montespan, la favorite de Louis xiv est elle-même compromise. Pour conserver les faveurs de son royal amant, elle aurait abusé des philtres d’amour et participé à des messes noires.

Géraud Lebayle, jeune commissaire au service de monsieur de La Reynie, lieutenant général de la police parisienne, est chargé de la surveillance des trois principales têtes de l’hydre : la Voisin (reine des empoisonneuses), Guibourg (prêtre satanique) et Lesage (alchimiste et faussaire). Une mission capitale au milieu de l’essaim : 400 empoisonneurs répertoriés juste sur Paris, des prêtres douteux, des sages-femmes avorteuses, des apothicaires
véreux… Une faune qui se multiplie car le commerce est juteux et sans grands risques ! En effet, une partie de l’aristocratie, de la bourgeoisie, de la noblesse de Cour et les épouses d’officiers constitue l’essentielle de leur clientèle.
Géraud pourra-t-il démêler cet imbroglio sans nuire à la famille royale ?


L’auteur :
Gérard Hubert-Richou a publié de nombreux livres pour la jeunesse, des pièces de théâtre et des romans historiques. Passionné par l’histoire de France, il est également en charge du référencement du fonds historique Émile Magne (BM de Saint-Maur-des-Fossés).
Mon avis :
C’est la seconde fois en peu de temps que je me retrouve à lire un livre historique, le dernier étant Les glorieux de Versailles, que j’avais beaucoup aimé. Gérard Hubert-Richou nous emmène à peu près à la même époque, et centralise son histoire autour de la fameuse affaire des poisons, affaire dont il est aussi question dans Le Glorieux de Versailles mais de façon plus secondaire. Le choix de ce sujet n’est pas étonnant : beaucoup de personnes se passionnent pour cette histoire, sur le rôle notamment de la Montespan. Ce sont toutefois les deux premiers livres que je lis et qui traitent de cette histoire, j’ai trouvé qu’il s’agissait d’un curieux hasard qu’ils arrivent ainsi l’un à la suite de l’autre.
Le début du livre nous plonge d’emblée dans l’histoire et accapare le lecteur. Le jeune commissaire Géraud Lebayle est attachant, on le suit dès les premiers instants où il se retrouve responsable d’une partie de cette affaire. On comprend très vite que ce sera une enquête dangereuse, mais aussi extrêmement importante quoique peu aisément réalisable. J’ai eu envie de suivre ce personnage principal, de résoudre l’enquête avec lui et j’espérais qu’il ne lui arrive rien de mauvais. Ces déguisements aussi m’ont bien amusée. Puis, je voulais connaitre la fin de l’histoire. L’histoire n’est pas plate, il y a quelques rebondissements et j’ai trouvé la seconde partie mieux rythmée.
Toutefois, j’ai été perdue avec beaucoup de personnages comme la Voisin ou encore Lesage (impossible d’éprouver quoi que ce soit pour eux, je n’ai pas réussi à me les représenter mentalement, ce qui m’embête un peu puisque j’aime « visualiser » ce que je lis) ou d’autres personnages plus secondaires, je ne suis pas certaine d’ailleurs d’avoir toujours tout saisi …
Un avis donc mitigé mais je n’en regrette pas la lecture. D’ailleurs, il n’est pas impossible que je le relise d’ici quelques mois en espérant y voir plus clair.

La bête, Catherine Hermary Vieille

 téléchargement
Présentation :
 Au XVIIIe siècle, dans le petit village de La Besseyre-Sainte-Marie, en Gévaudan, on a moins peur des loups, que l’on sait traquer depuis longtemps, que du Diable. Seul le père Chastel sait le tenir à distance avec ses potions et ses amulettes. On respecte, on craint cet homme qui détient tant de «secrets». Mais lorsque la région devient la proie d’un animal aussi sanguinaire qu’insaisissable, comme vomi par l’enfer, le sorcier reste impuissant. La perte de ses pouvoirs serait-elle liée au retour de son fils Antoine, cet étrange garçon solitaire et sauvage, échappé des geôles du dey d’Alger ?

À la frontière du mythe et de l’Histoire, Catherine Hermary-Vieille revisite la légende de la Bête du Gévaudan en explorant notre part secrète de violence et de bestialité. Un roman fascinant qui sonde les plus obscures pulsions humaines.


Mon avis :
Des meurtres horribles se passent sur les terres du Gévaudan, ce serait un loup mais aux dimensions monstrueuses. Même les hommes envoyés par le roi ne parviendront pas à l’attraper.  
 
C’est un livre rapide à lire (154 pages), et très plaisant. Évidemment, ce n’est pas le premier livre qui  met en scène la Bête du Gévaudan, la théorie qu’on nous présente n’est pas nouvelle (théorie de Gérard Ménatory), mais on n’est pas non plus dans une simple copie de ce qui a déjà été écrit.
L’auteure, Catherine Hermary-Vieille, accorde beaucoup d’importance à la description de l’âme humaine, ce qui m’a un peu rappelé Barbey d’Aurevilly. D’ailleurs, la question n’est pas pour nous de savoir qui est responsable de ces meurtres barbares, l’auteur ne nous le cache pas, mais de savoir ce qui peut pousser un homme à agir ainsi, et j’ai aimé suivre l’itinéraire de cette plongée dans l’horreur. Au final, cette évolution semble être une réponse à la frustration ressentie par le tueur, au début de l’histoire (je ne préfère pas en dire plus pour vous laisser le plaisir de la découvrir dans son intégralité).
Notons que le roman est basé sur des faits historiques : les Chastel ont bien existé.
Une chose que je regrette : j’aurais aimé que le personnage du père Chastel soit plus détaillé, qu’on s’intéresse un peu plus à lui, qu’on le suive de plus près. C’est un personnage qui semble fascinant avec ses potions et amulettes et qui n’a pas un rôle anodin dans cette histoire. Je pense qu’il aurait mérité une plus grande attention.
En résumé, un livre entre mythe et récit historique, qui nous emporte dans les tréfonds de l’âme humaine.

Dieu n’est même pas mort, Samuel Doux

Quatrième de couverture :

Quoi de plus éprouvant que de se voir confier l’organisation des funérailles d’une grand-mère redoutable qui n’a pas cessé de vous empoisonner l’existence ?

Elias peut comprendre qu’on se suicide lorsqu’on habite à Poitiers; le jour de Yom Kippour, jour du Grand Pardon, passe encore ! Mais est-il vraiment préparé à affronter une lettre d’adieu d’un mètre cinquante et rédigée au marqueur rouge ? A la disparition d’une bague séculaire, sertie de diamants, qui doit lui revenir enfin ? A une pénurie de chambres d’hôtels dans une ville que personne ne devrait visiter ? A l’étrange rencontre avec une charmante Bulgare ? Et, pour finir, à la découverte bouleversante du plan machiavélique mis en oeuvre par sa grand-mère pour mettre fin à ses jours ?

Le temps des obsèques, Elias va convoquer la mémoire de ses aïeux pour comprendre le poids que l’Histoire a fait peser sur sa famille et vivre enfin en paix avec ses fantômes.


L’histoire et mon avis :

Les premières pages du récit s’ouvrent sur le personnage d’Elias Oberer. C’est un homme de trente ans qui vit à Paris, célibataire, pas d’enfants. Un jour alors qu’il était à son travail il reçoit un appel d’un numéro inconnu. Il préfère ne pas répondre et attendre le message sur le répondeur, message qui ne tarde pas à arriver : c’est sa petite-cousine Béatrice qu’il n’a pas revu depuis la mort de sa mère (il y a seize ans). Elle l’appelle pour savoir s’il a des nouvelles de sa grand-mère qui demeure introuvable. Une chose tout de suite effleure l’esprit d’Elias : sa grand-mère est morte. Il part manger. Sur le chemin du retour, le téléphone sonne à nouveau : c’est encore Béatrice. Il ne décroche pas, elle ne laisse pas de message ce qui renforce sa première idée. Il se décide à la rappeler et obtient la confirmation : sa grand-mère est bien décédée. Elle s’est suicidée, le jour du Grand pardon (Yom Kippour). Il sait qu’il doit y aller. Il rentre chez lui, rassemble quelques affaires et prend le train pour rejoindre la maison de sa grand-mère, à Poitiers, une ville qu’il n’aime pas. Il n’est pas triste de ce décès, il est plutôt soulagé : enfin il n’aura plus besoin de l’appeler et surtout, une seule chose l’obsède : l’héritage.

Par la suite, trois autres narrateurs s’enchaînent, nous faisant découvrir d’autres histoires, dans des époques et des lieux différents : celles de Moshe Herschel, de Paul Serré et d’Emmanuelle Serré. Ces histoires qui, rassemblées ainsi, forment une grande histoire : celle de la famille d’Elias.

J’ai beaucoup aimé ce livre. J’ai aimé rencontrer les personnages au fur et à mesure des pages. Ce livre se présente comme un labyrinthe : c’est comme si, en fonction des chemins que l’on prenait – chemins qui sont, il est vrai, déjà tracés par l’auteur – on pouvait découvrir un nouveau pan de la famille. La structure est suffisamment bien liée pour ne pas être trop perdue, même si parfois j’ai dû faire attention à bien rester concentrée.

Elias est un personnage qui semble tout de suite peu commun et pour cause : il n’est pas touché par la disparition de sa grand-mère. Il faut dire que c’était une femme culpabilisante qu’il n’appréciait pas vraiment. De cette mort, il ne ressent qu’une certaine joie et seul l’héritage l’intéresse, notamment une bague sertie de diamants (qu’il retrouvera dans un lieu plutôt étrange) qui se remet de génération en génération. Il apparaît comme froid et cynique mais, bien qu’il semble être celui qui se détache le plus de cette famille, on se rend compte qu’il ne peut l’être complètement, comme si les histoires de ses ancêtres l’avaient déjà quelque peu façonné.

Mais ce n’est pas seulement l’histoire de la famille d’Elias qui  nous est racontée. Grâce à ces quatre narrateurs, l’auteur nous fait traverser le XXème siècle en rappelant l’Histoire : ainsi Moshe nous amène dans une Pologne où les juifs sont persécutés au début du siècle tandis que Paul Serré nous rappelle l’horreur de l’Occupation.  Face à ce passé de souffrances je trouve que la méthode choisie par la grand-mère d’Elias pour se suicider est extrêmement symbolique (et là, il va falloir lire le livre pour trouver comment elle a agi).

C’est une belle réflexion que nous offre ici Samuel Doux dans ce premier roman. Avant même le récit, l’auteur nous fait (re) découvrir deux citations qui sont judicieusement choisies : une de Pascal  et une autre de Christa Wolf. D’emblée, elles nous plongent dans le thème du livre : quel est le poids du passé sur notre présent, sur l’avenir ? Quid de la mémoire ?


Quelques phrases :
–  » Ma grand-mère est petite, sèche, avec des cheveux épais et argentés, l’œil clair, la peau blanche, ridée de larges hanches venues d’Algérie. C’est quand même une salope, une salope qui s’est ignorée, une salope qui a ses raisons, une salope que l’on peut comprendre. Cela ne change rien, qu’elle meure, que son règne cesse, je n’attends que ça depuis seize ans. » page 14.
– « Je me réveille parfois avec la certitude que je viens de tuer ma famille. » page 139.