[Jeunesse ] Maman les p’tits bateaux, Claire Mazard

sans-titre

 

Marie-Bénédicte a 12 ans. Pour son anniversaire, ses parents lui offrent un ordinateur. À cet ordinateur, elle va confier son terrible secret : depuis cinq mois, tous les mercredis après-midi, son oncle Laurent – le jeune frère de sa mère avec qui elle a passé de si belles vacances lorsqu’elle était enfant – abuse d’elle sexuellement.

Elle écrit son mal-être, sa souffrance, son sentiment de culpabilité, son découragement devant son entourage qui ne peut ou ne veut rien voir. Mais comment briser le silence ?

Mon avis :

Vous connaissez peut-être déjà ce livre puisqu’il est paru une première fois aux éditions Casterman, en 2000. C’est une très bonne chose car sans cette réédition je serais passée à côté, ce qui aurait été vraiment dommage.

Marie-Bénédicte est régulièrement violée par son oncle. Un oncle qu’elle idolâtrait plus jeune et qui a commencé à poser un regard différent sur elle quand ses formes sont apparues. Elle a essayé d’être moins belle, elle a même rasé ses cheveux qu’il trouvait si longs et si doux… En vain. Cela lui aura valu les cris de sa mère et une convocation au bureau de la CPE, mais aucun effet répulsif sur l’oncle.

La jeune adolescente n’ose pas en parler, alors elle l’écrit, sur le nouvel ordinateur qu’on vient de lui offrir et avec lequel elle ne sait pas quoi faire un premier temps. Pourquoi ne rien dire ? Tout d’abord parce qu’il lui interdit. Puis, parce qu’elle n’ose plus. Dans la famille, tout le monde l’aime, l’oncle Laurent. Mais ses appels à l’aide finiront par être entendus.

C’est un livre au thème dur, puisqu’il parle d’inceste mais qui est très bien écrit. Pas de détails sordides, rien de tout ça, rassurez-vous, ce qui en fait une lecture tout à fait adaptée aux adolescents.

Autre roman de l’autrice chroniqué sur le blog :

[Jeunesse / ado] Jours de soleil, Claire Mazard

 

Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan

rien-ne-s-oppose-a-la-nuit-couverture

Présentation : « La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire.
La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence.
Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »

Dans cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.

Mon avis :

Rien ne s’oppose à la nuit est sorti en 2011, il a été récompensé de nombreuses fois (prix du roman Fnac, prix Renaudot des lycées, prix France Télévisions 2011 et le Grand Prix « roman » des lectrices de Elles en 212). Je souhaitais le lire depuis quelques temps, et j’ai cédé quand j’ai vu qu’il m’attendait, bien sagement, à la bibliothèque de mon village.

Le livre se découpe en trois parties, Delphine de Vigan nous présente tout d’abord l’enfance de Lucile, sa mère, une enfance marquée par les épreuves, aux côtés de ses frères et sœurs. Puis, la vie de Lucile adulte, qui commence à peu près à la naissance de Delphine. Et, enfin, la dernière partie nous raconte la fin de la vie de Lucile, aux côtés de ses deux filles, Manon et Delphine, et de ses frères et sœurs qui sont encore là. Parmi ces chapitres, l’auteure en insère d’autres dans lesquels elle présente ses recherches et explique la difficulté de son entreprise, ainsi que les réactions de certains membres de sa famille.

C’est un livre touchant, doublement : l’auteure m’a émue quand elle explique le besoin qu’elle ressent d’écrire ce livre, pour ne pas expliquer (le peut-elle ? ) mais au moins pour essayer d’y voir plus clair, surtout en ce qui concerne le suicide de sa mère, ses réveils en sursauts, ses démarches auprès des membres de sa famille. Puis, la présentation des nombreux drames qu’a connus la famille, l’amour sans borne de sa grand-mère envers ses enfants, mais surtout envers son mari, laissant de côté ses aventures régulières, refusant de croire aux reproches d’incestes.

Lucile est un personne atypique, on croirait d’ailleurs plutôt qu’il s’agit d’un personnage. D’emblée, en sent une personne fragile, un peu différente du reste de sa famille, sur laquelle son père porte un regard particulier. Elle sera diagnostiquée bipolaire, certains scènes racontant ses moments de folie sont absolument subjuguants ( pour celles et ceux qui l’ont déjà lu, j’ai l’image de Lucile, recouverte de peinture blanche, quand elle se retrouve seule avec Manon, aiguilles en main, vers sa fille …. ).

C’est une histoire bouleversante, touchante. Un coup de cœur. Je pense qu’il fera partie de ces livres que je n’oublierai pas.