Acquanera, Valentina d’Urbano

v_book_261

Présentation :

Après dix ans d’absence, Fortuna retourne à Roccachiara, le village de son enfance perché dans les montagnes du Nord de l’Italie, qu’elle croyait avoir définitivement abandonné. La découverte d’un squelette qui pourrait être celui de sa meilleure amie, Luce, lui a fait reprendre le chemin de la maison. C’est l’occasion pour la jeune femme de revenir sur son histoire, de régler ses comptes avec le passé et en particulier avec sa mère, la sauvage Onda dont elle n’a jamais été aimée.

Ainsi débute ce récit sur quatre générations : quatre générations de femmes – Clara, Elsa, Onda et Fortuna – qui ont vécu en autarcie année après année, privées d’hommes, marquées comme au fer rouge par d’étranges dons qui les ont placées en marge de leur communauté. Au terme de cette plongée aux origines, Fortuna pourra-t-elle s’engager sur le chemin de la reconstruction et de la réconciliation ?

Acquanera aborde avec force et sensibilité les thèmes des relations maternelles et filiales, de la transmission, de la mort, de la différence et de l’amitié. Avec ce deuxième roman symbolique et poétique, Valentina D’Urbano confirme son singulier talent.


Mon avis :

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Valentina d’Urbano, Le bruit de tes pas. Autant avouer que je fondais beaucoup d’espoir sur ce deuxième roman : je n’ai pas été déçue. J’ajouterai même que Valentina d’Urbano est allée au-delà de mes espérances.

Tout d’abord, il faut que je vous présente le contexte dans lequel j’ai lu ce livre, contexte qui lui était vraiment peu favorable : j’étais à l’hôpital, en MAP, bien préoccupée, autant dire que ce n’était pas n’importe quel livre qui aurait réussi à me faire penser à autre chose qu’à ce que je vivais. Il me fallait une histoire forte, originale, quelque chose de frais. Et ce livre est arrivé, 348 pages pour 2 kilos. qui se dévorent (oui, parce qu’en plus, on a faim à l’hôpital, donc autant être rassasié à un niveau, aussi abstrait soit-il).

Ce livre est fascinant, on ne le lâche pas facilement. Il s’ouvre sur le retour de Fortuna (j’aime beaucoup les prénoms des personnages !) à Roccachiara, qu’elle a quitté depuis 10 ans. Elle rejoint rapidement sa mère, Onda (avec laquelle elle n’a gardé aucun contact)  qui ne semble pas surprise par son retour (elle en aurait rêvé) – ni en être ravie. Elle sait pourquoi sa fille est là : le corps d’une femme a été retrouvé, au fond d’un ravin, enfin, ce qui reste d’un corps. Fortuna pense qu’il pourrait s’agir du corps de Luce, une amie d’enfance qui vivait près du cimetière avec son père (il y travaillait) et sa mère devenue folle suite à la mort de leur premier enfant. Luce aidait son père à préparer les morts avant de les enterrer.

On découvre les personnages principaux progressivement : Elsa, Onda, Fortuna et Luce. Une partie leur est consacrée. Elsa est la grand-mère de Fortuna, et la mère d’Onda. Fortuna n’a jamais été proche de sa mère et a été élevée par sa grand-mère. Elle n’a pas connu son père et Onda a toujours craint que sa fille soit comme elle : qu’elle ait hérité de ses « dons ». Je n’en dirai pas plus. On découvre aussi au fur et à mesure la trame de l’histoire. Les relations entre les personnages sont bien tissées, intéressantes et intrigantes, l’auteure les dévoile avec parcimonie au rythme des pages. On garde ainsi une dose de suspens jusqu’à la fin de l’histoire.

Ce livre est un coup de maitre de la part de l’auteur. Elle montre qu’elle est capable de se renouveler et d’écrire un roman complètement différent du premier, le réalisme désenchanté du Bruit de tes pas laissant place ici à un univers fantastique, sombre et tellement fascinant.

Et, puisque vous vous posez la question, oui, j’ai terminé le livre avant d’accoucher, je l’ai dévoré en deux jours, sous le regard incrédule des infirmières qui se demandaient pourquoi je le lisais aussi vite,  craignant peut-être que je finisse par être à cours de lecture …. ou que je reste sur ma faim.

Le bruit de tes pas, Valentina d’Urbano

Avant de vous faire découvrir le nouveau livre de Valentina d’Urbano, qui est sorti hier (Acquanera), j’en profite pour transférer la chronique de son premier livre (oui, oui, j’ai du retard ….) : une très bon souvenir.

Présentation :

« La Forteresse », 1974 : une banlieue faite de poussière et de béton, investie par les plus démunis, royaume de l’exclusion et de la violence où chacun essaie de s’en sortir à sa manière, travail précaire, larcins, deals en tous genres… C’est là que grandissent Beatrice et Alfredo : elle, issue d’une famille pauvre mais unie, qui tente de se construire une vie digne ; lui, élevé avec ses deux frères par un père alcoolique et brutal. Presque malgré eux, ils deviennent bientôt inséparables et s’influencent mutuellement au point de s’attirer le surnom de « jumeaux ».

Mais ce lien, qui les place au-dessus de leurs camarades comme des sortes de héros antiques, est à la fois leur force et leur faiblesse. Car, parallèlement à la société italienne, touchée par la violence des années de plomb, leurs caractères, leurs corps et leurs aspirations évoluent au fil des ans.

Chez Beatrice, courageuse, volontaire, qui rêve de rédemption et d’exil, l’amitié initiale se transforme peu à peu en amour sauvage, exclusif. Chez Alfredo, fragile et influençable, le désespoir s’accentue.

Drames familiaux, désœuvrement, alcool et drogue, tout semble se liguer pour détruire les deux jeunes gens. Quand l’héroïne s’insinue dans la vie d’Alfredo, Bea, tenace, ne ménage pas ses forces pour le sauver, refusant de comprendre que la partie est perdue d’avance. Le Bruit de tes pas, qui s’ouvre sur l’enterrement d’Alfredo, est le récit de ces quinze années d’amitié et d’amour indéfectibles.
Un texte intense, à la narration âpre portée par une sobre poésie.

 Mon avis :
Comme vous l’avez lu au-dessus, le livre s’ouvre sur l’enterrement d’un jeune homme, Alfredo, raconté par Béatrice. Tous les deux étaient surnommés « les Jumeaux », les voyant toujours ensemble. Pourtant, on ne peut pas dire que c’était les grandes effusions d’amour entre eux, d’ailleurs dès les premières pages on peut lire ceci « Alfredo n’était pas bon et personne ne l’aimait, je le sais : quand on est aimé, on ne s’expose pas au risque de mourir seul comme un chien. Quand on est aimé, on a la possibilité de s’en sortir. Non, Alfredo était un crétin. Il n’a été qu’un imbécile de sa naissance jusqu’à sa mort. Et quand il a crevé, il n’a pensé à rien, il ne s’en est probablement même pas aperçu ».  Ils vont même fréquemment jusqu’à se frapper l’un l’autre. Et pourtant, on se rend compte tout au long du livre qu’ils s’aiment autant qu’ils se détestent : ils ne peuvent réellement se passer l’un de l’autre. D’emblée les émotions sont là.
On comprend alors que ce n’est pas une belle histoire d’amour ordinaire que l’on va lire, ni une histoire à suspens : la fin est déjà là. Ce qui va nous intéresser, et c’est ce que j’ai voulu découvrir, intriguée dès les premières pages par cette description plutôt peu flatteuse d’Alfredo, c’est la nature des liens qui liaient les « jumeaux », et comment ils en sont arrivés là.
Ce n’est pas une histoire d’amour tout d’abord entre Béa et Alfredo. Tous les deux habitent dans le même immeuble, chacun avec sa famille, mais Alfredo est fréquemment frappé par son père, comme ses frères. Un jour, il trouve refuge chez la famille de Béatrice. Par la suite, il prendra l’habitude de venir dormir avec elle quand son père sera pris d’accès de violence, situation à l’origine anodine pour les deux enfants, mais qui deviendra plus délicate au moment de l’adolescence, quand l’attirance se fait ressentir. Ils ont tous les deux l’impression d’être coincés dans cette forteresse, puis un jour Béatrice décide de partir en voyage, sans Alfredo. Elle partira plus longtemps que prévu. A son retour, plus rien ne sera comme avant.J’ai pris énormément de plaisir à lire ce livre que j’ai dévoré. Il est touchant, poignant, les relations sont vraiment complexes et fortes. Les mots choisis sont justes (pourtant il s’agit d’une traduction) et nous emportent dans cette histoire vraiment dure mais tellement captivante. On a de la peine pour Alfredo, et je me suis surprise à espérer lire à la fin du livre qu’il allait s’en sortir, pas forcément pour lui, mais pour Béatrice, afin qu’elle soit heureuse, alors que je connaissais déjà la fin.

Une belle première lecture pour cette rentrée littéraire, que je vous conseille fortement !

Le bruit de tes pas sort le 05 septembre, aux éditions Philippe Rey. Retrouvez toutes les informations ici !

Quelques mots sur l’auteur :
Le bruit de tes pas est le premier roman de Valentina d’Urbano, illustratrice de livres pour la jeunesse, née en 1985 dans une banlieue de Rome dont elle a fait le décor de son livre, même si la capitale italienne n’est jamais nommée ici. Valentina D’Urbano a été éditée en Italie après avoir remporté avec « Le bruit de tes pas » le concours Io Scrittore organisé par le grand groupe éditorial italien Mauri Spagnol.

Battement d’ailes, Milena Agus

9782253129677-TPrésentation : Un lieu enchanteur en Sardaigne. Sur la colline qui domine la mer, au milieu des terres arrachées au maquis, se tient la maison de Madame, dernier bastion de résistance aux barres à touristes. Seule, décalées dans ses robes bizarres cousues main et dans son naïf refus de l’argent, Madame n’est pas conforme. Quand la nervosité la gagne, que malgré les rites magiques le grand amour se dérobe, elle dévale les deux cents mètres du chemin escarpé jusqu’à la plage et nage vers le large. Madame dérange, mais pas sa jeune et fantasque amie de quatorze ans, pas le grand-père moqueur, ni le fils ainé des voisins, trompettiste incompris des siens. Eux savent…


Mon avis : J’ai découvert Milena Agus avec le livre Mal de pierres, paru en 2007. J’avais trouvé ce livre prenant et surprenant. Battement d’ailes est paru un an plus tard, en 2008. Et c’est à nouveau une belle réussite.

Encore une fois, l’auteur m’a prise au piège : les premières lignes commencées, j’ai eu beaucoup de mal à lâcher le livre. L’écriture de Milena Agus est hypnotique. Elle nous présente Agnese, une vieille femme qui vit seule et qui est plus généralement appelée « Madame ». Son histoire – ainsi que d’autres en filigrane – nous est racontée par une  fille de quatorze ans, voisine de Madame. Madame est étrange,  c’est une femme gentille, douce, qui ne connait pendant des années que le rôle d’amante dans les histoires d’amour, exerçant des rôles plus ou moins loufoques :

« Une fois, il était tard, j’avais oublié un livre chez elle et j’en avais besoin pour réviser. J’ai obtenu que maman et grand-père me laissent y aller avec une torche électrique et mon portable allumé, comme ça ils pouvaient s’assurer à chaque instant que tout allait bien. La maison était plongée dans une obscurité presque totale et on aurait dit qu’il n’y avait personne. Alors j’ai pensé que Madame était chez l’amant  premier ou chez l’amant second, je suis entrée par la porte cochère et j’allais ouvrir avec mes clés quand j’ai aperçu une petite lueur, comme une bougie. J’entendais pleurer à l’intérieur et je me suis accroupie au pied d’une fenêtre qui donne sur la galerie. C’était elle qui les priait de la battre, qui voulait être punie, et on aurait dit que ses tortionnaires la connaissaient depuis longtemps et savaient tout un tas de choses que nous ignorions. Elle avait les mains liées et était nue, étendue sur la longue table basse où on fait le pain; le four à bois était allumé. Ses tortionnaires étaient nus aussi, mais jusqu’à la ceinture et ils la touchaient comme s’ils respectaient un tour de rôle puis ils la frappaient partout tandis qu’elle pleurait et leur disait de continuer … « .

C’est une personne complexe, originale voire excentrique, en souffrance, attachée à sa terre qu’elle refuse de vendre malgré l’insistance des promoteurs immobiliers, qu’elle accueille avec une gentillesse quelque peu excessive … Elle tient une petite maison d’hôte. Sa terre, c’est en Sardaigne (Milena Agus est sarde !) dans un petit coin reculé sur une colline près de la mer. Un petit paradis. On suit aussi les vies de la mère de la narratrice, malade et souvent alitée, de son grand-père, des voisins inquiets pour leur fils qui part jouer de la trompette à Paris … Le père de notre adolescente quant à lui est parti, elle pense qu’il est mort et qu’il vient parfois lui faire signe, de quelques battements d’ailes …

Ce n’est pas un livre facile à écrire, Milena Agus nous transmet beaucoup d’émotions. J’ai aimé la candeur ressentie par cette narration, la force qui s’en dégage sans jamais tomber dans l’excès. Un roman d’une grande puissance évocatrice, et pourtant écrit d’une plume tout en délicatesse …