Antichute, Julien Dufresne-Lamy

« Vous êtes atteint d’une alopécie androgénétique.
— Pardon ?
— Vous êtes atteint d’une calvitie, comme on dit. »

Les mots du dermatologue sonnent comme une condamnation. Julien a vingt-deux ans, son crâne se dégarnit et ce n’est que le début. Le début de la chute.
Dix ans et pas mal de cheveux perdus plus tard, il se décide à partir pour Istanbul, capitale en vogue de l’implant capillaire. Relatant avec humour son périple depuis la clinique turque où se croisent stars du foot et anonymes de tous pays jusqu’à sa renaissance un an plus tard, l’auteur se livre à une réflexion sur l’impact de l’alopécie sur l’estime de soi et la vie sociale.
Un récit intime et moderne sur la symbolique du cheveu et ce qu’il dit de nous.

Mon avis :

J’ai découvert l’auteur avec « Deux cigarettes dans le noir« , qui était arrivé par surprise dans ma boite aux lettres, en 2017. Dans ce nouveau roman, je retrouve cette écriture qui me plait, et ces petites phrases qui me font parfois froncer les sourcils…

Cette fois-ci, c’est grâce à une publication sur les réseaux sociaux que j’ai appris la sortie de Antichute. Deux choses m’ont intriguée : la maison d’édition, Flammarion, alors qu’il était pour moi associé – en littérature adulte – à Belfond, et le titre Antichute. Un livre qui parle de chute de cheveux… Etrange, non ? Oui, mais pas que.

Ce livre m’a émue. Cet homme qui perd ses cheveux, qui n’accepte pas ce fait au point que cette alopécie devient une réelle souffrance, n’est pas un narrateur fictif, c’est l’auteur. Dans ce texte, nous entrons donc dans l’intimité de Julien Dufresne-Lamy, sans savoir vraiment jusqu’à quel point, la frontière entre fiction et réalité étant souvent poreuse. D’ailleurs, on retrouve cette idée dans le roman :

« (…) je découvre l’écriture, la vraie. J’apprends le champ des possibles, la permission des mots, la toute-puissance des silences, et cela n’a rien à voir avec les articles que je rédige pour le journal ou pour mon site dédié aux séries. J’écris autrement. Une fiction mêlée de réel, du faux dans le vrai, de charges et de décharges d’une histoire qui s’est vraiment passée, avec ce qu’il faut de distance pour que le texte devienne roman. » (page 48).

Le texte nous raconte la découverte sidérante des premiers cheveux qui tombent, ce qu’il fait pour la cacher, les traitements qu’il prend, les heures qu’il passe à chercher les causes et les remèdes et le choix ultime et mûrement réfléchi : le départ pour Istanbul, capitale de l’implant capillaire. A cela s’ajoute l’évolution psychologique (avec une analyse sur la symbolique du cheveu) mais aussi les conséquences sur son quotidien (il n’ose pas sortir de chez lui quand il y a trop de vent, ne veut pas se baigner… ). Le tout avec une dose d’humour.

Ce texte nous montre l’importance que peut prendre le paraitre pour l’être. Les cheveux renvoient souvent à l’idée de la séduction, mais aussi de la force, à la féminité ou à la virilité. Ce n’est pas un simple fait, c’est le début d’une réflexion et d’un changement dans le quotidien. Pour l’auteur, le cheveu est vraiment important. Il refuse de s’imaginer chauve. Perdre ses cheveux, ça dépasse le simple fait du quotidien qui est au cœur d’un enjeu social et intime.

Ainsi, si le thème peut paraitre commun, Julien Defresne-Lamy arrive à rendre le sujet captivant. Pourquoi ? Il vous répondra lui-même :

« La calvitie n’est pas originale. Elle est triviale, à peine qualifiable, habituelle, répandue comme une de ces petites difformités que l’on regarde sans frémir, un gros nez, un grain de beauté, un monosourcil. Mais la calvitie devient passionnante quand elle remue l’intime. Quand elle bouleverse l’homme qui y est confronté et qu’elle le transforme en un prodigieux mutant, un étranger à lui-même. » page 82. C’est tout à fait ça.

Un roman publié aux éditions Flammarion, et pour feuilleter quelques pages, c’est là : Antichute (cantook.net)

Caractéristiques du livre :

  • 256 pages – 137 x 209 mm
  • Broché
  • EAN : 9782081516045
  • ISBN : 9782081516045