Place Colette, Nathalie Rheims

Place Colette

À l’âge de 9 ans, la narratrice de Place Colette est victime d’une erreur de diagnostic qui la cloue sur un lit d’hôpital, le corps prisonnier d’une coquille de plâtre. Au terme de trois années de calvaire, un professeur finit par découvrir la véritable maladie ; il l’opère et la sauve. La jeune fille a passé ce temps immobile à découvrir la littérature et les textes classiques. Elle voue une passion sans limite au théâtre. Revenue à la vie, elle tourne autour de la Comédie-Française et de la place Colette. Le jour de ses 13 ans, elle entre dans la loge d’un comédien dont elle est tombée amoureuse. Bien qu’il ait trente ans de plus qu’elle, elle lui propose de devenir son cadeau d’anniversaire.
Ce roman, qui aurait pu s’intituler Détournement de majeur, est l’histoire d’une double initiation, à l’amour charnel et à la passion du théâtre. Écrit à la première personne, il est pourtant aux antipodes de ce que l’on qualifie d’autofiction : le mensonge enveloppé dans une rhétorique de vérité. C’est un « roman-vrai », où l’auteur se cherche et finit par faire tomber le masque.

Mon avis :

C’est un thème qui pourrait nous gêner : l’amour entre une fille qui n’est plus un enfant, ni  encore une adolescente et un homme qui pourrait être son père. Et pourtant, il n’en est rien.

Elle n’a que 13 ans, elle est solitaire, assoiffée de lecture. Elle manque de confiance en elle et pourtant fait preuve d’une sacrée assurance quand elle se présente face au comédien, Pierre. Cet homme sera à la fois son initiateur sexuelle, mais il ne sera pas non plus étranger à son désir de devenir actrice.

Si l’auteure n’est pas toujours avare de précisions et de détails, la lecture n’en demeure pas moins agréable, le style est fluide. Nathalie Rheims poursuit  C’est un double roman d’apprentissage et j’avoue avoir préféré la partie qui concerne son entrée dans le monde du théâtre.

Une belle lecture de cette rentrée littéraire !

Une semaine dans la vie de Stephen King, Alexandra Varrin

Présentation : «  Il entre sans se presser, désinvolte. Un sourire au coin des lèvres, grand, un peu voûté, la démarche hésitante. Sous les flashes qui crépitent, malgré l’interdiction, ses yeux pétillent. Mi-gêné, mi-amusé, l’air de rien, il sort de sa coquille, prend quelques secondes pour observer la foule, curieux, vulnérable, perplexe. Le temps de traverser l’estrade, il endosse une nouvelle carapace, drapé dans le statut qui a réuni ici près de trois cents journalistes venus des quatre coins de la planète  : celui de l’écrivain le plus célèbre au monde.  »

Du 12 au 16 novembre 2013, Stephen King a passé une semaine à Paris pour promouvoir son nouveau livre, Docteur Sleep. L’occasion pour des milliers de lecteurs de rencontrer leur auteur fétiche, et pour Alexandra Varrin de transformer cet événement exceptionnel en véritable quête identitaire et introspective.
Au cours des cinq rendez-vous qui jalonnent cette semaine, elle se replonge dans l’œuvre monumentale de son idole, et poursuit, tout en interrogeant notre rapport à la fiction, son propre autoportrait.
 
Mon avis : 
J’ai tout d’abord trouvé ce livre étrange … à cause de certaines remarques de notre auteure. Elle présente un description d’elle-même peu positive « Ancienne anorexique, aussi bien dans ma peau qu’un poisson hors de son bocal, j’ai cinq tatouages que je considère comme une manière de me réapproprier mon enveloppe physique, de poser les bases d’un rapport plus sain avec mon corps. Ils sont tous inspirés de héros ou de livres de Stephen King, ce qui, au-delà des mots, exprime à quel point son œuvre a participé à la construction de ce que je suis, de mon identité. J’ai vraiment été étonnée de lire qu’un auteur pouvait à ce point influer sur la vie d’un lecteur (je n’ai jamais lu un auteur qui aurait pu m’en donner l’envie).
On pourrait aussi  la trouver parfois un peu méprisante ou suffisante, notamment  vis-à-vis des autres personnes qu’elle a rencontrées lors de cette semaine : les journalistes qui viennent écouter et voir Stephen King mais qui ne le connaissent pas suffisamment, les fans qui ne sont pas suffisamment « fan », ou même, quand elle évoque la publication de son premier livre, en même temps que d’autres « tous ces gens sont devenus aigres quand ils ont découvert que leur publication n’avait pas changé le monde. Ils espéraient des tonnes d’articles, des passages radio et télé à la chaîne, et c’est avec amertume qu’ils ont malgré tout constitué des galeries photo sur Facebook en rassemblant les trois lignes que leur texte avait inspiré par-ci, par-là, à des pigistes de Nobody Magazine ou de On s’en fout Hebdo. Pour ma part, je n’ai pas eu davantage de presse mais je n’ai pas été frustrée. Au contraire. Moins de gens me lisaient, mieux je me portais. » mais il y a toujours un soupçon d’humour, notamment quand juste avant elle décrit une auteure qui « s’est isolée tout un week-end avec pour seule compagnie une vingtaine de ses livres, soi-disant pour se recueillir – moi je la visualisais se rouler dans ses bouquins en se tripotant, ce qui me faisait hésiter entre hilarité et consternation ».
Mais, finalement, elle est juste passionnée. J’ai suivi avec beaucoup de plaisir – et avec une certaine curiosité – lire de quelle façon Stephan King est entré dans sa vie et l’a modifiée, mais aussi les différentes rencontres, essayer de ressentir ce qu’elle a elle-même ressenti : ça a dû être une semaine intense … Alexandra Varrin ne nous parle pas que de Stephan King, elle nous livre aussi une part d’elle-même, d’une façon – je pense – assez fidèle et honnête, et nous pousse à nous interroger sur notre rapport à la littérature, aux auteurs (je me suis par exemple demandée si un auteur avait déjà pu, dans une certaine mesure, apporter une quelconque modification à celle que je suis).
Le seul point négatif pour moi : les résumés/présentations de certains livres que j’ai trouvés ennuyeux (ça donne l’impression de lire l’exposé d’une élève qui a tellement aimé ce qu’elle a lu qu’elle n’arrive pas à s’arrêter, et je me suis souvenue de la première fois où j’avais dû présenter un livre que j’avais aimé à la classe, et que j’en avais endormi plus de la moitié). Mais, une nouvelle fois, est-ce vraiment étrange de la part d’une personne passionnée ?
Ce qui est sûr, c’est que je lirai avec plaisir d’autres livres de l’auteur, mais, qu’elle se rassure,  je ne devrais pas me faire un nouveau tatouage représentant l’un de ses personnages, mais je suis une treizième lectrice qui a passé un très bon moment avec ce livre, et qui a apprécié cette belle découverte.
Le livre est sorti aux éditions Léo Scheer, cette même maison d’édition qui a publié aussi pour cette rentrée l’excellent livre de Julie Gouazé : Louise.

Louise, Julie Gouazé

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Présentation :
« Louise va bien. C’est un principe de base. Une loi fondamentale. Alice est enfermée, Jean est perdu, Marie et Roger ont pris quinze ans dans la figure. Ne vous inquiétez pas, il en faut plus pour entamer Louise ! Elle est forte. C’est un soleil et le soleil ne s’éteint pas. Même la fée Clochette se remet à briller quand on recommence à croire en elle. »
La sœur de Louise, Alice, se noie dans l’alcool. Roger et Marie, leurs parents, les noient dans un trop-plein d’amour. Louise, elle, va tout faire pour garder la tête hors de l’eau.
Roman à l’écriture affûtée, Louise plante son scalpel au cœur des relations familiales. Autopsie d’un bonheur obligé, d’un débordement d’affection qui provoque l’asphyxie, il est un lumineux récit d’apprentissage et une formidable leçon de vie.
Julie Gouazé est née en 1977 à Lyon. Elle vit aujourd’hui à Paris. Louise est son premier roman.
Mon avis :
L’écriture de Julie Gouazé est très forte, intense. Ses mots nous attrapent et nous nous retrouvons prisonniers de l’histoire. J’étais terriblement inquiète pour Louise mais aussi pour Alice et leurs parents. C’est un livre puissant qui m’a prise aux tripes dès le début. Je m’attendais à une fin toute différente, à une plongée au fin fond de l’enfer qui m’aurait entrainée avec elle, mais non, il n’en est rien. Julie Gouazé nous enveloppe d’une plume douce, même si on se doute que tout ne peut pas être un happy end.
Ce livre est un immense coup de cœur. C’est le premier que j’ai lu de cette rentrée littéraire, et quel plaisir de la commencer par un livre qui m’a tant plu. Même plusieurs jours/semaines après sa lecture, les mots me manquent pour le décrire, mon vocabulaire ne semble pas suffisamment riche et précis pour pouvoir exprimer clairement ce que j’ai ressenti en le lisant : cette envie, ce besoin de tourner les pages, les unes après les autres, de ne pouvoir quitter ce livre ne serait-ce que quelques minutes pour aller grignoter quelque chose, et cette précipitation, certainement même le regard qui s’illumine comme un enfant devant ses jouets, à l’idée d’aller le retrouver. C’est tout simplement un livre à ne pas rater.
Un premier roman mais surtout une magnifique réussite.

Le 20 août. Éditions Léo Scheer.