[Littérature jeunesse – ado] Les dernières reines, Christophe Léon et Patricia Vigier

Le réchauffement climatique atteint des sommets dans cette zone équatoriale de l’Afrique où la forêt primaire n’est plus que résiduelle. L’agriculture intensive a investi toutes les terres disponibles et mobilise les dernières innovations technologiques – jusqu’à la pollinisation… Mais quand la fille du magnat de l’agroalimentaire achète sur le marché noir un mystérieux petit pot jaune à un séduisant africtiviste, un grain de sable s’immisce dans les rouages de la multinationale.

La catastrophe écologique qui se déclare risque de faire basculer de nombreuses vies, en direct sur les réseaux sociaux.

Mon avis :

Encore un roman de Christophe Léon que j’ai beaucoup aimé, mais la particularité de ce texte est qu’il a été écrit avec Patricia Vigier, que je découvre.

Nous sommes en Afrique, en 2049, où règne la multinationale Pionsanto, dirigée par Donald Prunt, un homme qui ne brille pas par son empathie et son altruisme… Il a une fille, Sunsee, qui a grandi dans la richesse et loin des informations réelles. Un jour, cette dernière échappe à la vigilance de son garde du corps et rencontre un garçon qui lui vend un pot de miel. Ravie de sa découverte, elle la montre avec joie à sa mère qui déchante et appelle aussitôt son mari, et pour cause : les abeilles sont interdites… Donald Prunt va tout faire pour découvrir la provenance de cet or jaune, tandis que Sunsee va ouvrir les yeux sur le monde tel qu’il est réellement. Elle sera sidérée par le nombre de personnes qui meurent à cause des produits que fabrique l’entreprise de son père, et se rangera du côté des opposants.

Ce roman est terrifiant : ce n’est pas un film d’horreur, loin de là, mais il est criant de réalisme et on ne peut s’empêcher de penser que les dérives actuelles pourraient nous emmener vers un tel destin. Après tout, sommes-nous loin de ce dirigeant avide de pouvoir ? Qui ne pense qu’en terme d’argent, de bénéfices ? Non. Alors, science fiction ou simple récit avant-gardiste ? Je poserais bien la question à des élèves de troisième, ou en lycée !

A retrouver sur le site de la maison d’édition Le Muscadier !

D’autres romans de Christophe Léon :

La décision

Pas bête(s) !

Argentina, Argentina

Fani

Hoax

Les mangues resteront vertes

[Jeunesse – 12 ans] La dernière fausse note, Charlotte Erlih

Clémentine joue du violoncelle depuis l’âge de 6 ans, entrainée par son père, violoniste professionnel et professeur implacable. Pour lui, c’est évident : sa fille suivra ses traces. Mais entre les nombreuses répétitions et sa difficile intégration dans son nouveau collège, Clémentine n’en peut plus. Elle se dispute violemment avec son père et décide d’arrêter le violoncelle. Plus question de passer son temps libre à faire des gammes, elle va enfin vivre la vie de toutes les jeunes filles de son âge.
Mais son père meurt d’une crise cardiaque, le lendemain même de leur dispute.
Clémentine est-elle responsable de la mort de son père ?
Un roman pour les enfants dès 10 ans.

Mon avis :

Le sujet est délicat. Parler de la mort avec les enfants n’est pas facile, mais ce n’est pas une raison pour ne pas le faire, au contraire. N’oublions pas que les personnages nous rappellent que nous ne sommes pas les seuls à ressentir toute une palette d’émotions.

Clémentine joue du violoncelle depuis des années. Son père, premier violon de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, est exigeant, ce qui rend parfois la relation très tendue entre le père et sa fille. Et, cet instrument, Clémentine va finir par le détester au point de ne plus jamais vouloir en faire : déjà à cause de lui ils ont déménagé pour se rapprocher du conservatoire de musique de Bordeaux, l’obligeant à laisser derrière elle ses amis. Mais ce n’est pas tout : quand elle l’a apporté au collège, suite à la demande d’un de ses enseignants, les autres élèves se sont moqués d’elle… c’est trop ! Alors, elle crie la décision à son père, de rage : « J‘arrête le violoncelle. C’est fini ! Plus jamais je n’en jouerai. Désormais je veux une vie NORMALE ! » . Le soir-même, elle est soulagée : une nouvelle vie l’attend. Elle ne sait pas à quel point.

Clémentine n’a plus revu son père. Le lendemain, on vient la chercher en classe pour lui annoncer la tragédie : il est mort, certainement une crise cardiaque, lors de son footing. La fillette est bouleversée : et si c’était sa faute ? Elle culpabilise « Ce sont mes mauvaises pensées qui l’ont tué. » Quelques temps plus tard, elle apprendra que son père a succombé à un accident vasculaire cérébral, c’est physiologique. Elle n’est responsable de rien. Même si cela n’enlève rien à la souffrance, elle ressent un poids en moins.

Du collège, elle a des nouvelles de Yara, une fille qui arrive du Portugal. Elle débarque chez elle un jour, donne son numéro de téléphone et propose de lui rapporter les cours. Petit à petit, Clémentine découvrira qu’elle n’est pas seule à souffrir et Clémentine apprendra à vivre avec l’absence physique de son père.

Comme on peut s’en douter, c’est un livre plein d’émotions. Clémentine nous touche, on a envie de la consoler, de la prendre dans nos bras. D’une manière générale, c’est une histoire intéressante qui plaira aux adolescents (à partir du collège, donc : l’éditeur cible à partir de 10 ans, mais je trouve ça tôt, sauf si l’enfant est confronté au deuil). Mais je pense qu’il peut aussi avoir un effet cathartique pour les enfants vivant ce drame. Il n’y a rien de pesant, pas de pathos qui gâcherait l’ensemble. C’est donc un roman qui devrait trouver sa place dans les médiathèques et CDI.

La dernière fausse note est paru aux éditions Nathan.

Autres romans de Charlotte Erlih :

[Ado] Phoenix Melody, Cathy Cassidy

Présentation de l’éditeur :
Phoenix est une fille « à problèmes ». Virée de son internat, elle débarque à Milford avec sa voix et ses poèmes, au moment même où les Lost & Found cherchent une nouvelle chanteuse. C’est un miracle ! Mais deux caractères aussi forts que Marley et Phoenix peuvent-ils s’entendre ? Le groupe réussira-t-il à percer la carapace de Phoenix et à lui prouver qu’elle peut être meilleure que sa réputation ?
Roman à lire dès 11 ans.

Mon avis :

Voici le 4eme tome de la série « Le bureau des cœurs trouvés ». Et, une nouvelle fois, j’ai beaucoup aimé ! Phoenix est un personnage très attachant. On comprend dès le début qu’elle trouvera facilement sa place auprès des Lost & Found, même si son arrivée est synonyme de changement pour le groupe qui évoluera désormais vers un son plus rock, avec moins d’accord symphonique. D’ailleurs, son arrivée en tant que chanteuse tombe à pic, puisque Sacha ne peut plus assurer ce rôle et que Marley, comme à son habitude, a déjà pris des engagements pour une représentation…

C’est certainement le livre le plus émouvant de la série : parce qu’il la conclut, tout d’abord, mais aussi parce que j’ai été très touchée par les personnages de Phoenix et de mamie Lou. La mère de l’héroïne m’a moins touchée, et son revirement de comportement est un peu facile… A la fin, on quitte les personnages à regret, comme si on disait au revoir à des amis, mais avec beaucoup d’espoir pour eux.

Si vous ne connaissez pas cette série, je vous conseille de commencer par le premier tome, afin de tout comprendre !

Lexie Melodie : tome 1

Sami Melodie : tome 2

Publié aux éditions Nathan !

[5/6 ans] Le petit chat de l’opéra, Nathalie Dargent et Colonel Moutarde.

Le blog se réveille cet été avec la présentation de ces deux petits romans adorables parus aux éditions Nathan !

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Nathalie Dargent et Colonel Moutarde signent une nouvelle série,  Le petit chat de l’Opéra, qui ravira les amatrices / amateurs de danse, et de chats ! Les textes ainsi que les situations sont humoristiques (notamment quand Tutu le chat pense qu’on parle de lui quand Chloé et ses copines parlent de leur tutu de danse), et les illustrations douces et réussies.

  1. Le sorcier des coulisses

Tutu est le chat de Chloé, danseuse à l’Opéra national de Paris.
Aujourd’hui, Tutu et Strap sont bien décidés à assister à leur premier ballet. Ils explorent les couloirs du Palais Garnier à la recherche de la scène, quand soudain… un monstre effrayant apparait !

2.  Saut de chat !

Tutu, le chaton de Chloé, est catastrophé : sa maîtresse l’a oublié dans la loge en partant en répétition !
Tutu persuade Strap, son camarade chien, de l’accompagner. Entre l’escapade sur les toits de l’Opéra et la tentation d’un sandwich… les bêtises de ce duo ne sont jamais très loin et la répétition des quatre petits cygnes s’annonce mouvementée !

Nous avons hâte de découvrir le prochain !

 

 

 

[6 ans] La série « Une, deux, trois .. danseuses » Géraldine Collet et Marie-Rose Boisson

Aujourd’hui je vous présente une série que j’ai découverte grâce à ma libraire : Une, deux, trois … danseuses ! », écrite par Géraldine Collet et Marie-Rose Boisson.

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Ils mettent en scène trois jeunes danseuses, Inès, Léna et Louise, qui rêvent de devenir danseuses étoiles. Grâce à une formule magique  » Une, deux, trois… Pirouette et entrechat », elles se retrouvent comme par magie à l’Opéra !

J’aime beaucoup cette série, qui n’oublie pas de rappeler que les garçons peuvent aussi faire de la danse. Les discours sont faciles à comprendre et le vocabulaire est varié. Les enfants peuvent apprendre de nouveaux mots.

Ils peuvent être lus dès le plus jeune âge par les parents et l’enfant pourra prendre le relais quand il maitrisera la lecture. Et pourquoi ne pas se relayer d’ailleurs quand l’enfant commence à apprendre à lire ? Une phrase pour l’adulte, une phrase pour l’enfant !

5 tomes sont déjà parus :

1 – Le tutu a disparu

Chaque mercredi, Inès, Louise et Léna suivent un cours de danse classique avec Mme Mazurka. Elles voudraient tant devenir danseuses étoiles et danser à l’Opéra, dans un tutu rose à paillettes.
«  Une, deux, trois, pirouette et entrechat !  » En faisant leur pirouette à l’envers, elles se retrouvent, comme par magie, à l’Opéra. Elles rencontrent la grande étoile Emma Grantécard qui est furieuse : le tutu qu’elle doit porter ce soir a disparu. Les fillettes partent à sa recherche et se retrouvent dans l’atelier de la costumière : le rêve !

2 – Les pointes dorées

Chaque mercredi, Inès, Louise et Léna suivent un cours de danse classique avec Mme Mazurka. Elles aimeraient tellement danser avec des pointes. Et si elles allaient en essayer à l’Opéra ?
«  Une, deux, trois, pirouette et entrechat !  » En faisant leur pirouette à l’envers, elles se retrouvent, comme par magie, à l’Opéra. Elles arrivent juste à temps pour assister à la répétition d’un ballet. Mais la ballerine doit tout arrêter après une chute : elle a les pieds en compote dans ses pointes. En allant lui chercher de nouvelles pointes, les fillettes découvrent une étrange collection de vieux chaussons de danse…

3 – Trac à l’opéra

Aujourd’hui, Mme Mazurka est absente : Louise, Inès et Léna se retrouvent dans le cours de danse des «  grandes  », elles ont un peu peur. Vite, à l’Opéra pour se changer les idées et pour y interroger les ballerines : comment font-elles face au trac ?
«  Une, deux, trois, pirouette et entrechat !  », une formule magique et une pirouette plus tard, elles se retrouvent à l’Opéra. Elles y rencontrent Diane, un petit rat en larmes à l’idée de monter sur scène, et fortes de cette nouvelle amitié, elles font le tour des danseuses qui leur confient leur petit truc. Le meilleur conseil : se faire confiance et travailler !
4 – Le nouvel élève

Ce mercredi au cours de danse, Mme Mazurka demande à ses élèves d’accueillir Ivan. Louise, Léna et Inès sont épatées, et ravies : le nouvel élève est un garçon !
Les petites danseuses se posent rapidement des milliers de questions : est-ce que les filles et les garçons apprennent les mêmes pas ? Est-ce que c’est difficile pour eux aussi ? Est-ce qu’il y a des danseurs à l’opéra ?
Une pirouette et un entrechat plus tard, les voici dans un studio de répétition où ne s’entraînent que des danseurs… qui, finalement, poursuivent le même rêve qu’elles : devenir étoiles !

5 – Le mystère de l’opéra

Louise, Inès et Léna sont en avance pour leur cours de danse. Elles décident donc d’en profiter pour filer à l’opéra. Grrrrrrr, Grrrrrr… Mais d’où viennent donc ces cris affreux ?! Une bête féroce se cacherait-elle à l’opéra ?! 

A la fin de chaque trouve se trouve une double page de jeux :

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Le prochain tome, « Sur le toit de l’opéra » sortira le 16 juillet : on a hâte !

 

[Jeunesse / ado] La fille des manifs, Isabelle Collombat

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Barbara marche pour le climat. Elle s’est tellement engagée dans le mouvement des jeunes pour sauver la planète qu’elle est devenue le nouveau visage de cette contestation. Impossible pour elle d’accepter que les adultes soient aussi passifs ou cyniques. Mais son franc-parler ne plaît pas à tout le monde : un mot de trop lors d’une interview, et elle est victime d’un véritable lynchage médiatique. Pour trouver la force de résister, elle écrit un journal à sa grand-mère, dont le destin tragique prend un tout nouveau sens.

Mon avis :

Barbara est une lycéenne comme les autres. Plus tard, elle souhaite devenir cheffe de cuisine. Mais elle comprend que la vie ne se résume pas qu’au travail, et qu’il n’y a pas que pour atteindre ses souhaits professionnelles qu’il faut se remuer.

L’injustice, elle déteste ça. Alors elle milite, s’engage pour la défense de l’environnement,  elle ne peut pas faire autrement. Rapidement, son visage devient celui de la contestation, et aussi celui de toutes les critiques. Pourquoi ? C’est une femme, métisse, jeune, qui ose l’ouvrir pour exprimer ce qui la dérange et qui se destine à un métier manuel (la cuisine). Ses parents sont derrière elle, l’encouragent, même si certains moments sont très durs à vivre.

Tous les jours, la jeune femme écrit à sa grand-mère, décédée un an plus tôt. Elle essaie de la comprendre, de comprendre ce qu’elle a vécu, se demandant si les choses auraient pu être différentes, si une autre fin était possible.

En bref :

Ce livre est très riche. Il ne s’intéresse pas qu’à l’engagement pour la défense de l’environnement, il met en avant l’importance des combats contre toutes les formes de violence. Barbara est une héroïne touchante, assez symbolique de son époque. Elle lutte non pas par héroïsme, mais parce que cela lui semble nécessaire, et même vital. Mais cela dérange… Alors, elle est attaquée sur plusieurs points, des agressions, verbales, psychiques… et physiques. Un roman très fort.

 

 

Un roman paru aux éditions Syros !

 

[Jeunesse] Niko et le pinceau magique, Delphine Laurent

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Niko vient de recevoir un cadeau extraordinaire : un pinceau magique qui fait apparaître ce qu’il désire le plus ! Il peut avoir tout ce qu’il veut, comme ce portable qu’il convoite tant…

Mais quand avec ses amis, ils décident de se venger de Max, la terreur du collège, les choses se compliquent… Réussiront-ils à maîtriser le pouvoir du pinceau ?

Mon avis :

Voici un chouette roman qui plaira aux enfants. Qui n’aimerait pas recevoir un pinceau magique, qu’il soit enfant, adolescent, ou même adulte ? Quelle serait la première chose que vous aimeriez voir apparaitre ? Niko finira par partager son secret avec Ahmed, son meilleur ami, et Krissy, avec laquelle ils viennent de sympathiser. Ensemble, ils prendront une décision : ils vont se servir du pouvoir du pinceau pour venger tous les élèves maltraités par Max, une terreur. Mais comment faire ? Jusqu’où aller ?

Le livre est très bien écrit, et l’histoire pleine de rebondissements. On s’attache vite aux personnages, même Ahmed et Krissy, qui sont secondaires. La fin, ouverte, pourrait laisser présager une suite… Au travail, Delphine 😀

A la fin du livre, on trouve un petit cahier de jeux de 5 pages. Au programme : anagrammes, code secret, mots croisés, mot mystérieux , dessin… Je trouve ça chouette !

Un roman paru aux éditions Scrineo, à dévorer à partir de 10 ans !

[Jeunesse ] Maman les p’tits bateaux, Claire Mazard

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Marie-Bénédicte a 12 ans. Pour son anniversaire, ses parents lui offrent un ordinateur. À cet ordinateur, elle va confier son terrible secret : depuis cinq mois, tous les mercredis après-midi, son oncle Laurent – le jeune frère de sa mère avec qui elle a passé de si belles vacances lorsqu’elle était enfant – abuse d’elle sexuellement.

Elle écrit son mal-être, sa souffrance, son sentiment de culpabilité, son découragement devant son entourage qui ne peut ou ne veut rien voir. Mais comment briser le silence ?

Mon avis :

Vous connaissez peut-être déjà ce livre puisqu’il est paru une première fois aux éditions Casterman, en 2000. C’est une très bonne chose car sans cette réédition je serais passée à côté, ce qui aurait été vraiment dommage.

Marie-Bénédicte est régulièrement violée par son oncle. Un oncle qu’elle idolâtrait plus jeune et qui a commencé à poser un regard différent sur elle quand ses formes sont apparues. Elle a essayé d’être moins belle, elle a même rasé ses cheveux qu’il trouvait si longs et si doux… En vain. Cela lui aura valu les cris de sa mère et une convocation au bureau de la CPE, mais aucun effet répulsif sur l’oncle.

La jeune adolescente n’ose pas en parler, alors elle l’écrit, sur le nouvel ordinateur qu’on vient de lui offrir et avec lequel elle ne sait pas quoi faire un premier temps. Pourquoi ne rien dire ? Tout d’abord parce qu’il lui interdit. Puis, parce qu’elle n’ose plus. Dans la famille, tout le monde l’aime, l’oncle Laurent. Mais ses appels à l’aide finiront par être entendus.

C’est un livre au thème dur, puisqu’il parle d’inceste mais qui est très bien écrit. Pas de détails sordides, rien de tout ça, rassurez-vous, ce qui en fait une lecture tout à fait adaptée aux adolescents.

Autre roman de l’autrice chroniqué sur le blog :

[Jeunesse / ado] Jours de soleil, Claire Mazard

 

[Jeunesse] Vis ton rêve, Roland Godel

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Présentation de l’éditeur :

Un roman original et optimiste sur un jeune migrant isolé hébergé dans une famille d’accueil en Bretagne.

Quand Nolwenn voit débarquer Hamidou dans sa famille, en Bretagne, il vient de faire un long et périlleux voyage depuis la Guinée. Hamidou a risqué sa vie pour rejoindre la France, mais il n’est pas au bout de ses peines. Au collège, personne ne croit en lui. On lui conseille un métier manuel alors qu’il adore étudier. Mais Hamidou a un rêve et compte s’y accrocher. Nolwenn le soutiendra contre vents et marées, avec toute la force de son cœur.

Mon avis :

A l’origine, une histoire tragique, comme malheureusement tant d’autres : Hamidou est un adolescent mineur. Il vient de Guinée, Boké plus précisément. Il a traversé l’Afrique, la Méditerranée et l’Italie, va errer quelques temps dans les rues en France avant d’être pris en charge par une association. De cette période, nous n’apprenons que quelques informations, qu’Hamidou dévoile progressivement à Nolwenn, sans entrer dans les détails.

Hamidou a la chance de trouver une famille d’accueil,  les Le Goff, qui vit en Bretagne. Ces derniers pensent « que chacun devrait prélever sa goutte d’eau dans l’océan des misères du monde ». Il ne sera pas le seul enfant puisqu’il y a Nolwenn, une fille trois ans plus jeune que lui, mais aussi Briac, Yuan et Anouar, un bébé né en Syrie dont les parents sont morts dans une explosion.

Mais Hamidou est bourré d’envie. Il veut trouver sa place, fonder sa famille, avoir un métier qui le fait rêver : soigner les enfants. Il ne voudra pas écouter quand on lui conseille de s’orienter dans un travail manuel, et il aura raison.

Mais, dans le petit village où vivent les Le Goff, un enfant noir de peau n’est pas bien vu par tous, notamment par leur voisine. Le racisme est là, la méfiance aussi. Alors, Hamidou préfère partir en Belgique, il a l’adresse d’une personne qui pourrait le loger. Il préfère partir plutôt que de causer du tort à la famille qui l’a hébergé, même si cela signifie devoir quitter Nolwenn avec laquelle un lien fort s’est crée.

Hamidou est un personnage fort et solaire. J’admire sa force de caractère. Si le sujet est très difficile, le roman est plein d’émotions et on en sort avec le sourire aux lèvres.  La compréhension de ce texte est facile, le roman pourra être lu dès la sixième, voire CM pour les bons lecteurs.

En ces temps de confinement, n’hésitez pas à lire en numérique ! Le livre est à 5.99 euros, vous pouvez trouver la liste des revendeurs sur le site de la maison d’édition Syros !

[Jeunesse / ado] Tenir debout dans la nuit, Eric Pessan

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New York, Lalie n’y est jamais allée. Elle n’a même jamais osé en rêver. C’est trop beau, trop loin, trop cher. Alors, quand Piotr lui propose de l’y accompagner, elle est prête à tout pour saisir cette chance. À tout ? Non. Car il y a des choses qu’on ne peut accepter. Des contreparties qu’on ne peut pas donner. Et maintenant la voici dans la rue, face aux regards de travers et aux mille dangers de la nuit, avec une seule obsession : rester éveillée. Résister. Tenir debout.

Mon avis :

« Au début, au tout début, une fois la surprise et la douleur passées, c’est la colère qui m’a fait tenir debout. J’avais beau avoir peur, être perdue,  blessée, terriblement honteuse, paniquée, la colère l’a emporté sur les autres sentiments : une colère brute et puissante, énorme et rouge vif, une colère dirigée contre Piotr’, bien sûr, mais aussi contre moi, pauvre cloche, qui me suis fourrée toute seule dans un piège terrible; une colère contre le monde entier où, à de rares exceptions près, il vaut mieux être un homme qu’une femme…  »

Voici comment s’ouvre le roman d’Eric Pessan. Une seule phrase, longue (qui ne s’essouffle qu’au bout de dix lignes), qui nous fait comprendre que Lali a vécu l’horreur. Une seule phrase, longue, à l’instar du temps qui a ralenti quand Piotr’, son ami, a décidé qu’il voulait s’envoyer en l’air et qu’elle, elle en avait forcément envie puisqu’elle ne parvenait pas à articuler le mot « non ». Après tout, elle ne pensait quand même pas pouvoir bénéficier de vacances à New York à moindre frais sans devoir offrir une compensation ?

Lalie est dehors. Il fait froid. Il fait noir. Elle a faim. Elle est sous le choc, à déambuler dans cette ville qu’elle admirait tant, mais qu’elle ne connait pas. Elle n’a pas d’argent, pas de pièces d’identité, pas de téléphone. Piotr’ a tout planqué. Elle marche, prend le métro, regarde autour d’elle, craintive. Elle s’en voudrait presque d’être une femme. Déjà qu’elle ne met plus de jupe depuis longtemps pour éviter les remarques… La tentative de viol dont elle vient d’être victime lui revient sous forme de flash-back.

Pour venir ici, Lalie a dû mentir à sa mère : elle a inventé l’existence de cousines américaines qui leur tiendraient compagnie. Sans cela, elle n’aurait jamais accepté. La maman de Lalie se méfie des hommes, à cause de son passé. Lalie était persuadée qu’à elle, il ne pourrait rien lui arriver. Toujours l’idée du « ça n’arrive qu’aux autres ».

Piotr’, lui, est dans l’appartement. Sa mère, Vanessa, avec laquelle ils ont voyagé, dort à l’hôtel avec une de ses conquêtes. Elle reviendra le lendemain, à 9 heures et laisse les deux adolescents seuls, sans s’inquiéter. Lalie attend ce moment avec impatience : Vanessa l’aidera. C’est sûr. Enfin, pas tant que ça…

J’ai beaucoup aimé ce livre, que j’ai lu en une soirée. Les thèmes sont importants : le consentement,  le harcèlement de rue, la violence physique et psychique, les préjugés mais aussi les difficultés à prouver  une agression qui ne laisse pas de traces physiques. Pour autant, ce n’est pas un livre dur à lire, il n’y a pas de dramatisation. Les faits sont là, simplement, ce qui ne nous empêche pas de ressentir la violence de la situation.

Enfin, je dois dire que je suis assez admirative de l’auteur. Il a réussi, je trouve, à se mettre avec brio dans la tête d’une adolescente de seize ans. Tout sonne juste, c’est certainement ce qui donne autant de force à ce roman.

Un roman paru à l’école des loisirs !