[Jeunesse – Sainte Beuve 2018] Ma mère, le crabe et moi, Anne Percin

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J’aurais préféré que ma mère me dise : « Tu sais, je crève de trouille et je ne peux rien te promettre. » Ou bien qu’elle pleure franchement, à gros bouillons. Oui, qu’elle pleure !
Au lieu d’afficher ce sourire de façade. Le sourire « tout-va-bien-je-gère ». J’aurais voulu qu’elle crie, qu’elle hurle, qu’elle se roule par terre en tapant des pieds,
qu’elle fasse un truc pas calculé du tout, un truc qu’on ne voit pas dans les séries françaises à la télé, un truc pas bien élevé, pas conseillé par le guide J’élève mon ado toute seule, au chapitre « Comment lui annoncer votre cancer ?  »

Entre rires et larmes, Tania nous raconte six mois de complicité avec sa mère malade, mais aussi les nouveaux défis qu’elle s’est lancés : devenir championne de cross… et tomber amoureuse.

Mon avis :

Vous avez peut-être déjà entendu parler de ce roman, et c’est une très bonne chose qu’il soit présent dans la sélection Sainte-Beuve. Le cancer, quand on est adolescent, c’est quelque chose de très abstrait, comme la maladie en général et plus encore la mort.

Tania se moque de sa mère au début du roman. Cette dernière donne sur son blog l’image d’une femme heureuse, excellente cuisinière, avec une famille parfaite. Sauf qu’en réalité son mari l’a quittée, ses talents de cuisinière sont encore à démontrer, et elle vit seule avec sa fille. Pourquoi alors se plait-elle à présenter une autre vie ? Tania ne le comprend pas. Elle aussi, elle a un blog, mais il n’a rien à voir avec celui de sa mère. Elle y poste des photos de loup-garou, de vampires et d’autres créatures, et des poèmes tristes.

Un soir, alors que sa mère rentre anormalement tard, Tania décide d’aller lire l’historique de l’ordinateur : elle avait vu peu de temps avant que sa mère était restée longuement sur internet, mais pas sur son blog. Et là, elle comprend aussitôt : sa mère a un cancer, un cancer du sein.

A partir de ce moment, Tania voit les choses différemment. Elle se pose des questions sur le corps de sa mère, sur le sien, sur les causes de la venue d’un cancer dans l’un des seins de sa mère. Une situation injuste. Sa mère devra se faire retirer le sein et suivre une chimiothérapie. Si au début cette dernière semble tenir le coup, rapidement son état se dégradera (fatigue, perte des cheveux, etc…). Tout ça mettra Tania dans un état d’angoisse important. Elle trouvera une solution plutôt étonnante et intelligente pour faire de sa souffrance une force.

Anne Percin réussit avec brio à se coller dans la peau d’une  adolescente (franc-parler et langage familier) et à retranscrire ses émotions (peur, incompréhension, mais aussi l’amour qu’elle porte à sa mère). Tout ne se résume pas au cancer, on suit aussi la vie de Tania, notamment au collège, son rapport avec les autres (les garçons, ses amies) mais aussi les relations avec son père et sa nouvelle compagne. Le ton reste positif et plein d’espoir, aucune dramatisation.

Le roman d’Anne Percin est partenaire de la campagne officielle de sensibilisation de l’Association «Le Cancer du Sein, Parlons-en !». Cette opération a lieu tous les ans en octobre, son symbole officiel est le ruban rose (information sur le dépistage précoce, soutien de la recherche contre le cancer du sein). http://www.cancerdusein.org/

Retrouver le roman sur le site de la maison d’édition Le Rouergue !

Pour en savoir plus sur le prix Sainte-Beuve, c’est là !

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Constance, Rosie Thomas

 

Très loin de son Angleterre natale – et d’un chagrin d’amour auquel elle ne pourra jamais vraiment échapper –, Connie (Constance) s’est créé une nouvelle vie à Bali, dans un endroit idyllique à la végétation luxuriante. Mais lorsqu’elle reçoit un appel de sa sœur Jeannette, mourante, elle se doit de retourner à Londres. Pourtant les sentiments qui les lient ne sont pas des plus simples. L’une était ténébreuse, l’autre, un véritable soleil. Jusqu’à ce qu’elles tombent amoureuses du même homme… Avec l’amertume de la trahison entre elles, les deux sœurs doivent apprendre à se pardonner. Pourront-elles retrouver les liens partagés lors de leur enfance et dépasser les mensonges ?

Mon avis :

Le livre s’ouvre sur un triste fait divers passé : alors que deux jeunes se promènent dans la rue, le soir, ils sont interpellés par d’étranges sanglots. Il ne faut pas longtemps pour que la jeune femme comprenne d’où ils proviennent : ce sont les pleurs d’un bébé, abandonné dans un buisson. L’intrigue est posée et le narrateur reprend le cours de l’histoire.

Constance est une anglaise qui vit à Bali depuis quelques années. On découvre progressivement sa vie. Elle a une sœur sourde, Jeannette, qui est mourante. Quand elle l’apprend, Constance se précipite aussitôt chez cette dernière, malgré leur rapport compliqué. En effet, l’amour n’a pas toujours au centre de leur relation. Et, surtout, Jeannette est mariée à un homme qui n’a jamais laissé Constance indifférente : Bill.Puis, il y a aussi une histoire secondaire entre Roxanna, une étrangère au caractère bien trempé, qui rêve de devenir une vraie anglaise, et Noah, le fils de Bill. Une seconde histoire sympathique, que j’ai commencé à apprécier quand un lien s’est créé entre Constance et Roxanna.

L’histoire est narrée tout en douceur. On s’attache progressivement aux personnages, on s’imprègne de leurs histoires, on fait les liens entre eux, avec le prologue aussi.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Constance, une femme forte et fragile, bien différente je trouve des héroïnes habituelles, peut-être à cause de son passé qui l’a faite grandir et murir autrement. J’ai aimé les analepses qui posent les bases de sa relation avec Bill, et qui donne une idée des rapports qu’elle entretenait aussi avec sa sœur.

Autre point fort de ce livre  : les descriptions. J’ai adoré les paysages de Bali, j’avais l’impression de pouvoir en sentir les odeurs, d’en visualiser les couleurs.

En résumé : un roman fort, tendre, aux thèmes variés (l’amour, la maladie, le deuil, le courage, la différence, l’oubli…), avec des personnages forts et attachants. Un roman sur la vie.

Retrouvez le roman sur le site de la maison d’édition Charleston !

D’autres romans publiés chez Charleston :

Tu peux toujours courir, Valérie Chevalier

La plage de la mariée, Clarisse Sabard

Les lettres de Rose, Clarisse Sabard

La belle italienne, Lucinda Riley

 

Un cri d’amour au centre du monde, Kyoichi Katamaya

Ce n’est pas ma dernière acquisition, mais ma dernière lecture. C’est une livre que j’ai découvert au Salon du livre de Paris, grâce à une amie. Quand je lui ai demandé de me conseiller un livre qui l’avait touchée, elle m’a immédiatement présentée celui-là. Et elle a eu raison.
Si on lit la quatrième de couverture, on comprend qu’il va s’agir d’une histoire d’amour, la particularité étant dans le fait que « l’être aimé disparaît » – j’ai craint pendant un temps que ce ne soit qu’une histoire mièvre et que je fermerai le livre au bout de quelques pages – et on peut y lire  d’emblée le contenu de l’histoire : « En classe de première, Aki tombe malade. Atteinte d’une leucémie, elle sera emportée en quelques semaines. Sakurato se souvient de leur premier baiser, de leurs rendez-vous amoureux, du pèlerinage en Australie entrepris en sa mémoire ». Oui. Et ?
Et … le livre commence assez fort : « Le matin, lorsque j’ai ouvert les yeux, je pleurais. Il en allait tous les jours ainsi. » On comprend rapidement que c’est un livre qui va jouer sur l’émotion et c’est réussi. Aki est morte, Sakutaro accompagne les parents d’Aki en Australie. C’est ce jeune garçon qui narre l’histoire, un homme perdu, sans repère depuis la mort de celle qu’il aime. Puis, retour en arrière, le lecteur est amené dans le passé : la rencontre d’Aki et de Sakutaro au collège.
Tout au long du livre ce va et vient continue, nous permet de comprendre l’ensemble de l’histoire, et nous donne envie de ne continuer à lire le livre, sans le lâcher. Sakutaro nous entraîne avec lui et nous fait partager ses rires comme sa souffrance : on se sent proche de ce jeune homme. Alors que nous savons déjà, dès les premières pages qu’Aki est morte, l’annonce de sa maladie reste un moment très fort du livre.
Je recommande évidemment ce livre. Il ne m’a pas émue jusqu’aux larmes, mais j’ai été profondément touchée.  Il est très facile à lire : n’hésitez donc pas à le faire découvrir aux plus jeunes !