[Jeunesse – ados] Le 9ème continent, Dominique Corazza

Couverture du livre "Le 9e continent" - Dominique Corazza - ISBN 9791090685956

Présentation :

Êtes-vous déjà entré dans une de ces serres en plastique qui couvrent nos campagnes ? Attention : danger ! Avez-vous déjà vu des maisons de vacances gardées par de vrais nains de jardin en chair et en os ? Non, vous êtes sûrs ? Méfiez-vous des visites organisées dans des villages idylliques où l’on reconstitue la vie d’autrefois : elles peuvent virer au cauchemar. Et si, au printemps, vous n’entendez plus le coucou chanter, ne vous étonnez pas, ça devait arriver…

Quatre histoires qui donnent à voir un visage inquiétant de cette nouvelle ruralité qui bouleverse profondément nos paysages et nos vies.

Mon avis :

Je découvre la plume de Dominique Corazza avec ce roman, et quel plaisir ! Pour l’amatrice de nouvelles que je suis, c’est un sans-faute.

Chaque nouvelle a un but précis : éveiller la conscience du lecteur sur des incohérences ou des problèmes qui rongent le milieu rural. Ainsi, on retrouve des tonnes de plastique là où on devrait trouver des cultures de fraises à même le sol, les bruits qui nous assomment là où il ne devrait y avoir que de la tranquillité, les préjugés désolants d’une femme qui a une vision archaïque et désespérante de la campagne.

Quatre textes qui nous rappellent l’importance de préserver nos campagnes, les cultures, son calme, son authenticité, sans pour autant laisser de côté une certaine modernité. Quatre textes grinçants qui ne manqueront pas de faire sourire leurs lecteurs (ma préférée est celle avec « Prof » et ses autres amis les nains). Quatre textes à l’écriture parfaitement maitrisée et agréable à lire, teintée d’humour et de dérision.

A découvrir !

Retrouver le 9ème continent sur le site de la maison d’édition Le Muscadier !

[Jeunesse / ado] Orient extrême, Mireille Disdero

Couverture du livre "Orient extrême" - Mireille Disdero - ISBN 979-10-90685-76-5

 

« Ici, les larmes ne font pas partie de la vie. Mais tout est trempé comme si on pleurait sans cesse. Ici, je n’ai pas peur de m’enfoncer dans la boue qui me sépare de ma sœur… pour la retrouver. »

Après avoir été envoyée en Malaisie comme domestique, une adolescente cambodgienne revient en catastrophe dans la ferme des parents. Elle est sous le choc. Que lui est-il arrivé, de l’autre côté de la mer ?

À travers cinq récits courts ou longs, on plonge en Asie du Sud-Est (Vietnam, Cambodge, Indonésie, Malaisie, Thaïlande) dans la vie de certains adolescents. Alors, on est confronté à la pauvreté, à la maltraitance des plus jeunes, mais aussi à l’engagement et à la nécessité de construire un monde plus juste.

Mon avis :

Orient extrême est un recueil composé de cinq nouvelles, qui se font échos. Un point commun s’en dégage rapidement : la puissance de mots et de textes.

Le livre s’ouvre sur la nouvelle « l’infiniment petit ».  Une nouvelle très courte (2 phrases, 4 lignes) mais déjà puissante, qui nous emmène au Vietnam. Pour vous donner une idée :

« L’ombre et la tiédeur se faufilent entre les murs.

Deux fillettes assises dans la rue, les cheveux mouillés, sombres et brillants, jouent à la coiffeuse, cherchent la petite bête et l’écrasent entre deux doigts ».

Puis, c’est autour du Cambodge avec « Do you want a cup of tea » ? J’ai adoré cette nouvelle, la plus longue de toutes, et certainement ma préférée. Deux sœurs, Sinoun et Sinath. Sinoun a été achetée en échange d’un sac de riz, d’un peu d’argent, et d’un téléphone portable made in china. Elle a été envoyée en Malaisie pour un soi-disant travail de domestique, le nom correct donné à l’esclavage.Un jour, elle a craqué et est revenue, complètement changée. Elle ne prononce plus qu’une seule phrase « do you want a cup of tea ? » et a été vue dansant nue sur la place du marcher, invitant les hommes à la suivre dans les rizières. Depuis, elle vit dans une cabane au fond du jardin. Son père la voit comme la honte de la famille, les autres comme la cause de tous les malheurs. Pourtant, elle ne fait que reproduire, sans pouvoir s’arrêter, le comportement qu’on l’a obligée à adopter en Malaisie. Que lui est-il réellement arrivé là-bas ? Pourra-t-elle redevenir la jeune fille qu’elle était avant ?

Après le Vietnam, la troisième nouvelle nous emmène en Indonésie : une nouvelle surprenante et glaçante, « Ruelles obscures ».

« Dans le cratère » nous envoie en Indonésie, à Bali. Notre narrateur a 18 ans, il est revenu seul avec son sac à dos à la recherche d’une jeune fille qu’il a croisé un mois plutôt, quand il était venu avec ses parents « Une enfant. Intouchable. Mais tous pouvaient la toucher moyennant quelques pièces« . Peut-il encore la sauver ?

Enfin, le recueil se clôt sur une nouvelle courte « Chienne de vie ». Un joli texte qui permet de terminer sur une note d’optimisme.

En résumé : Cinq nouvelles réussies, une écriture parfaitement maitrisée, percutante, aux mots puissants. Un livre à découvrir.

Retrouvez Orient extrême sur le site de la maison d’édition Le Muscadier, collection « Rester vivant » !

[Atelier d’écriture 2016] #1 : Lal

Nouvelle résolution de l’année, à laquelle je vais essayer de m’astreindre : reprendre régulièrement l’atelier d’écriture de Leiloona. Autre résolution, ou plutôt autre choix, vous les retrouverez ici, et non plus sur le site « les écrits de Fanny », que je néglige, et qui sera certainement bientôt supprimé.

La photo choisie pour ce premier atelier de l’année est de Kot :

halal-food

Lal

  • Viens, Sam, je connais un endroit super, je suis sûr qu’il va te plaire.

Je regardais Baptiste, surprise par son engouement. Je n’avais pas l’habitude de le voir prendre des initiatives, c’était même plutôt l’inverse : il ne savait jamais vraiment où aller, quoi faire, qui voir. Il préférait me laisser choisir, mais je ne connaissais rien à cette ville, et la moindre petite chose était, pour moi, source d’étonnement.

  • J’y suis jamais allé, mais Tom oui, il pense que ça sera bien pour toi, que … ça te correspondra.

Me correspondre ? J’accueillis ce verbe avec intérêt. Cela faisait une semaine que je connaissais Baptiste, on s’était rencontré par hasard devant la terrasse d’un café, il s’était amusé de mon comportement et de mon visage inquiet qui lui avait aussitôt fait comprendre que je n’étais pas d’ici. Je m’étais assise à une table, mais je ne savais pas quoi commander, ni comment faire. Pourtant, je le devais : c’était l’une des obligations que je m’étais fixée. Avant de partir, Tarah, la voisine grâce à laquelle j’avais pu quitter mon pays et venir ici, m’avait affirmé, face à mon inquiétude, que je finirai par trouver ce qui me correspondait.  Avant, je ne sortais jamais, je n’osais pas,  je ne pouvais pas, mais ici, j’étais prête pour commencer une nouvelle vie. C’était une nouvelle chance qui s’offrait à moi. Alors, chaque semaine, il fallait que je me force à faire quelque chose, une chose que je n’avais encore jamais faite -et elles étaient nombreuses – : je voulais essayer de leur ressembler, mais serait-ce  possible ? Qu’est-ce qui, au fond, pouvait bien me correspondre ? J’étais confuse par rapport à ce que j’étais vraiment et à celle que je voulais être, et lui, en une semaine, pensait déjà pouvoir me connaitre.

  • C’est là, un peu plus loin. Tu as faim ?

Je le regardais, toujours étonnée, j’acquiesçai d’un hochement de tête. Il y avait du monde dans la rue, Baptiste marchait vite, bien trop vite pour que je puisse m’imprégner de l’atmosphère des différentes rues qu’on ne faisait que traverser.

  • On y arrive, Samia.

Samia, c’était mon prénom. Baptiste ne l’utilisait presque jamais, il m’appelait « Sam ». Je commençai à ressentir une petite boule se former au creux de mon estomac : cet air pressé qu’il n’avait jamais, ce pas décidé et fonceur, mon prénom …

  • On y est, regarde, c’est Halal !
  • à Lal ?

Je le regardais avec deux yeux ronds. Lal ? C’était qui, Lal ? Face à mon expression interrogative, il poursuivit :

  • Halal, c’est de la nourriture halal, là.

Il me désigna d’un mouvement de tête la petite cabane dans laquelle un homme préparait des sandwichs. Je levai la tête, et lus : « Halal food ».

  • Et ?

Son regard perdit un peu d’assurance, il se mit à regarder ses chaussures, un peu gêné.

  • Je me suis dit … comme tu t’appelles Samia … que tu viens d’arriver dans le pays … que tu devais manger halal.

Je le fixai, et compris tout à coup sa pensée. Il devait s’imaginer que je venais d’Irak ou de d’Afghanistan, à cause de mon prénom et de mon teint. C’est vrai que je ne lui avais jamais dit d’où je venais, je lui parlais peu de moi. Loin de me vexer, cette recherche d’attention me toucha, mais il était peut-être temps de lui parler un peu de moi.

  • Baptiste … je viens de Suisse, et … je suis végétarienne …

Une larme de rhum dans le thé, Yolaine Von Barczy

Une larme de rhum dans le thé

S’éteint-on forcément avec l’âge ? Rien n’est moins sûr. À condition de savoir parfois faire resurgir le croustillant du passé.

Les vieilles dames de ces nouvelles ont toutes délicieusement flirté avec les limites. C’est ce qui les rend si lumineuses. Tour à tour malicieuses, courageuses ou amoureuses, elles nous offrent ce qu’elles ont de plus secret et de plus humain : un soupçon d’indignité.

Yolaine von Barczy, 45 ans, est directrice des ressources humaines et passionnée par les rapports humains. Elle a participé à beaucoup de concours de nouvelles dont certaines ont été primées.

Mon avis :

Si vous me connaissez un peu, vous savez que j’adore les nouvelles : ces petits récits brefs, à la fin mordante. Alors, quand les éditions Baudelaire m’ont présenté ce livre, j’ai tout de suite craqué.

L’auteur a réunit dans ce recueil douze nouvelles parfaitement bien écrites.Ces textes, de longueurs inégales, ont toutes pour personnage principal une vieille dame, plutôt facétieuse. Elles nous surprennent, nous amusent, nous émeuvent. Je n’ai pas été emballée par toutes les nouvelles, mais certaines ont été de vrais coups de cœur, comme « Motivations » qui est vraiment jubilatoire.

J’aimerais beaucoup découvrir d’autres écrits de Yolaine Von Barczy, sur d’autres thèmes ou, pourquoi pas, des récits plus longs ? Là, je suis un peu restée sur ma faim, peut-être à cause du thème redondant, mais il me manquait un petit quelque chose.

Le recueil est édité aux éditions Baudelaire !

Macadam, Jean-Paul Didierlaurent

Macadam par Didierlaurent

Pour tromper l’ennui lors des confessions, un prêtre s’adonne à un penchant secret. Une jeune femme trouve l’amour aux caisses d’un péage. Pendant la guerre, un bouleau blanc sauve un soldat. Un vieux graphologue se met en quête de l’écriture la plus noire. Une fois l’an, une dame pipi déverrouille la cabine numéro huit ?

Mon avis :

Vous avez certainement déjà lu Le liseur du 6h27, écrit par Jean-Paul Didierlaurent (vendu à 60.000 exemplaires et traduit dans 27 pays, on parlerait même d’adaptation au cinéma … ) ou, tout au moins, entendu parler (à moins que vous ayez hiberné pendant un an ). Aujourd’hui sort en librairie, toujours Au diable Vauvert, « Macadam », un recueil de onze nouvelles.

On a découvert que l’auteur maitrise à la perfection l’écriture du roman, on sait peut-être moins qu’il excelle aussi en ce qui concerne l’écriture de nouvelles, il a d’ailleurs été plusieurs fois récompensé (prix Henri-Thomas à Saint-Dié mais aussi plusieurs fois le prix Hemingway, notamment en 2012 pour sa nouvelle « Mosquito », qu’on retrouve dans le recueil). Il faut dire que l’écrivain n’en est pas à son coup d’essai, il écrit des nouvelles depuis 1997 …

Ici, l’écriture est percutante, les nouvelles sont parfois drôles, piquantes, parfois noires, parfois tendres, et ce mélange est absolument savoureux. Il traite de sujets qui pourraient être tabous pour d’autres, comme le handicap dans la nouvelle « Macadam », que j’ai beaucoup aimée.

Si vous aimez les nouvelles, si vous avez aimé l’écriture de l’auteur dans Le liseur du 6h27, si vous voulez lire un bon livre qui sait mélanger les genres, n’hésitez plus : foncez l’acheter !

Trois femmes, Carène Ponte et La vie étonnante d’Ellis Spencer, Justine Angier

La vie étonnante d'Ellis Spencer par Augier

Présentation :

Dans un futur terrifiant voué au culte de la performance et du contrôle absolu des individus, des jeunes gens en appellent à l’esprit de résistance.

Dans ce pays-là et ce futur-là, en Naol, le rêve et le doute sont prohibés, le rendement est le mot d’ordre et les habitants vantent les bienfaits de l’hyperactivité. Tous, sauf Ellis Spencer. Discrète, chétive et étourdie,
Ellis est le strict opposé de ses deux frères, Allan et Richard, de vrais enfants “modèles”. La jeune fille est donc un grand sujet d’inquiétude pour ses parents qui la placent dans une école spéciale pour enfants à problèmes, l’Académie. L’occasion pour Ellis de comprendre qu’elle n’est pas si seule à être marginale… Un autre élève, Peter, clairement en opposition avec la discipline nationale, attire son attention et la convainc progressivement d’intégrer un réseau de résistance ultrasecret. L’objectif de cette organisation : résister pour avoir le droit de ne pas porter des puces électroniques, ni de travailler jusqu’à la fin de sa vie… D’abord effrayée par ce réseau clandestin, Ellis comprend vite qu’elle tient là une chance inespérée de pouvoir être elle-même et s’engage dans cette lutte.

Mon avis :

J’ai peu accroché avec ce livre, qui fait partie de la sélection du prix Sainte-Beuve des collégiens, dont je vous avais déjà parlé à la fin de cet article. Ce n’est pas un mauvais livre, il est bien écrit, mais l’histoire ne m’a pas du tout intéressée.


Valérie, Nanette, Anna.
3 histoires de vie. Hasard d’une rencontre.
Valérie a tout quitté. Parce qu’elle ne parvient pas à aimer ses filles comme elle le devrait. Nanette est émue par cette femme qu’elle voit pleurer sur la plage. Anna vient de vivre un drame.Ces 3 femmes vont se rencontrer.

Mon avis :

j’ai lu ce recueil (car il y a plusieurs nouvelles) il y a quelques semaines déjà, et je n’avais pas encore pris le temps de le chroniquer. Carène Ponte, c’est la blogueuse du site Des mots et moi, c’est aussi l’une des gagnantes du prix Ecrire au féminin, ce prix avec lequel je vous rabâche les oreilles en vous demandant de voter pour moi (si vous avez perdu le lien, c’est ici).

Ce sont des nouvelles courtes, pleines d’émotions, bien écrites, qui ne demanderaient qu’à grandir. Ma préférée n’est pas celle dont le titre est donné à ce recueil, mais une autre intitulée « jouer sans faire de bruit ». Pour la découvrir, cliquez ici !

Etrange rencontre, Isabelle D.

Je lis de plus en plus souvent sur kindle, principalement des livres courts : alors, quoi de mieux qu’une nouvelle ?

Cette nouvelle, « Étrange rencontre », est la première publication de son auteur, Isabelle D. Vous la connaissez peut-être déjà, elle est blogueuse sur un site consacré à la littérature : Les tribulations d’une lectrice.  Je n’ai pas connu Isabelle via la blogosphère, mais lors d’une rencontre à Lille pour la dédicace du livre d’un auteur qu’on apprécie toutes les deux (nous avions aussi rencontré un troisième blogueur ce jour-là, mais je n’ai pas gardé de contact avec lui). Cette nouvelle a été écrite pour un concours de nouvelles, auquel j’ai aussi participé. Elle a finalement décidé de la publier sur kindle, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

C’est une nouvelle que j’ai beaucoup aimée. Christopher tombe sur un mail étrange. L’expéditeur ? « tombée sous le charme ».  Cette femme l’aurait vu il y a une semaine sous un abri Transpole, le temps qu’il attende son bus. Depuis, elle ne cesse d’y retourner pour le voir, sans qu’il ne s’en rende compte, et penserait sans arrêt à lui. Étrange, non ? Là où certains auraient cru à un canular et auraient effacé le mail sans se poser de questions, Christopher décide donc de lui répondre … Que va-t-il se passer ? Qui se cache derrière « tombée sous le charme » ?

J’ai aimé la curiosité suscitée par cette nouvelle : on se demande ce qu’il se passe, ce qu’il va se passer, ou l’auteure veut en venir. Et on n’est pas déçue, la chute est surprenante. On se met à la place des protagonistes aussi : à sa place, aurais-je agi ainsi ?

En bref, une nouvelle à découvrir (clic !), et si vous voulez la retrouver, c’est ici.

Présentation : Amours troublés

Ce n’est pas une chronique que je vais faire ici, ce serait plutôt étrange puisqu’il s’agit d’un recueil de nouvelles de ma plume. Ce sont trois nouvelles qui ont pour thème l’amour. Que ce soit l’amour léger ou passionnel, fidèle ou infidèle, entre un homme et une femme ou entre deux hommes …

Le recueil fait 12 pages et vous pouvez le retrouver sur Kindle.

N’hésitez pas à me faire part de vos avis si vous cédez à la tentation !

Partir, revenir, rester : Ludovic Lecomte

index

C’est un livre particulier que je vous présente aujourd’hui car il s’agit d’un auteur que je lis depuis quelques mois maintenant lors des ateliers d’écriture du lundi. Vous pouvez l’y retrouver sous le nom de « Ludo ». J’ai lu ce livre il y a déjà plusieurs jours, mais je n’ai pas réussi à trouver le temps d’écrire cette chronique : toutes mes excuses à l’auteur, ce n’était absolument pas par désintérêt, au contraire (je ne voulais pas juste écrire deux ou trois mots).

Partir, revenir, rester est un recueil de nouvelles à chute (le type de nouvelle que je préfère, ça tombe bien !). Il y a 14 nouvelles, 14 petites histoires qui nous présentent des personnages, souvent attachants. Entre ces histoires des liens sont tissés : ils vivent tous dans la région du Perche et semblent  être liés de près ou de loin : je me suis amusée ainsi à repérer les échos que l’auteur a glissés dans son recueil.

Les textes baignent dans la nostalgie et dans la mélancolie, mais sans exagération, l’auteur reste dans la mesure ce qui nous évite de tomber dans le pathos (chose  que j’apprécie peu). Les personnages présentés sont variés (homme, femme, sans-abri …), ils mènent des vies simples et sont souvent touchants. Il y a une certaine douceur et une poésie dans l’écriture de Ludovic que j’ai énormément appréciée : on se laisse bercer par la lecture …

Merci à toi, Ludo, pour ce livre. Je lui souhaite une belle route et un petit frère (qui fera ses nuits rapidement :p )

Plus d’informations sur ELLA éditions

Nina Allan, Complications

Quatrième de couverture :

Les montres ne se contentent pas de donner l’heure. Elles peuvent chronométrer, servir de calendrier, fournir des indications astronomiques. C’est ce que l’on appelle, en horlogerie, des «complications».
Mais si les montres jouent un grand rôle dans chacune des histoires racontées ici, les «complications» très particulières qu’elles provoquent – ou révèlent – ne sont pas seulement horlogères… Dans une maison du sud de Londres, un garçon perd sa soeur bien-aimée dans des circonstances tragiques, avant de la voir réapparaître. Sur la plage de Brighton, un autre garçon (le même ?) vit une surprenante expérience temporelle… À mesure que la lecture progresse, on découvre les subtils rouages qui relient toutes ces histoires – entre plaisir et effroi.

Ainsi que l’a écrit la romancière Tricia Sullivan : «Ces récits se hantent mutuellement. L’adéquation parfaite de la forme à la fonction dans Complications m’a suggéré plusieurs fois le terme de « chef-d’oeuvre ». C’est un livre parfait sur l’imperfection. C’est une histoire d’amour avec la précision chronométrique si révérée dans ces pages et pourtant révélée comme vertigineusement absurde dans le flux causal des événements humains.»


L’histoire et mon avis :

C’est une succession de petites histoires que l’on découvre au fur et à mesure dans ce livre :

  • La chambre noire
  • Le char ailé du Temps
  • Gardien de mon frère
  • Le vent d’argent
  • A Rebours
  • Chronologie

Dans la première histoire, « La chambre noire », nous découvrons trois personnages : Lenny, Ted et Malcolm. Lenny est en couple depuis 5 ans avec Ted. Elle fabrique des maisons de poupée.

Lenny est venue voir Malcolm. Ce dernier est un homme mince, au corps qui semble être couvert de croutes et de bleus, présenté comme «  un étudiant brillant » qui « avait un jour déraillé, on ne sait pourquoi ». Ils sont à Londres. Ils se promènent. Elle s’arrête devant un magasin qui vend de la poterie. Elle voudrait en acheter mais se retient : Ted n’aime pas ce genre de choses. Ils rentrent. Une fois le repas avalé, ils font l’amour. Puis, il y a un saut dans le temps : on apprend que Malcolm est mort depuis trois mois, Ted et Lenny sont séparés. Deux frères et sœurs ont commandé à Lenny une maison de poupée : elle va s’inspirer de Sylvester John, un auteur qu’appréciait beaucoup Malcolm, notamment du livre Journal en chambre noire, dont les personnages principaux sont Martin Newland, un représentant pour le compte d’un éditeur de cartes de vœux, et Harold Phelps, fonctionnaire de municipalité. Un jour, elle décide de se rendre dans la maison où a vécu Sylvester John : elle tombe sur une femme âgée. Cette dernière lui propose d’entrer et elles discutent de Sylvester John. Alors que Lenny se lève pour aller aux toilettes, elle ouvre un placard et est attirée par une lueur qui transperce à travers les manteaux. Elle y voit une autre porte qui mène à une série d’escaliers. De là, elle pense entendre du bruit. Elle finit par refermer le placard et rejoint la salle de bain.

Enfin, dans les deux dernières pages, on retrouve Lenny, à nouveau devant le magasin de porcelaine où elle achète une choppe. Elle rentre chez elle où elle semble vivre avec Malcolm.

Dans « le Char ailé du temps », on retrouve un nom qui nous est déjà familier : Newland. C’est le nom de deux frères et sœurs : Dora et un garçon dont on ne découvre le prénom. Ce dernier se souvient du moment où il reçut sa première machine trans-temporelle : une Longines, offerte par le frère de sa mère (qu’il ne veut pas appeler « son oncle »), Henry Pullinger (un écrivain), le jour de ses 18 ans. Il apprécie beaucoup ce cadeau, Dora un peu moins, elle trouve que les montres « rappellent le peu de temps qui nous reste ». Leur père, Peter Newland, est parti quand ils étaient petits.

Il a une relation très forte avec sa sœur, au-delà d’une simple relation fraternelle, il estime avoir eu « le coup de foudre pour elle », longtemps ils ont dormi ensemble et ne se séparent que rarement. Toutefois, il est aussi jaloux d’elle, se sentant un « imposteur » à côté d’elle.

Puis, comme pour la première histoire, on avance dans le temps et on apprend que Dora est morte « depuis moins de trois mois », Violet, leur mère, décide de partir rendre visite à son amie Sallie Emerson qui vit en Australie, laissant son fils à la maison. Dora est morte d’une leucémie foudroyante. Le soir de sa mort, il se couche dans son lit et regarde sa montre : il a l’impression que l’aiguille ne tourne plus comme il faut. Quelques minutes plus tard, il a l’impression d’entendre Dora l’appeler par la fenêtre : il se lève et la voit. Elle lui demande d’ouvrir la porte, elle n’a pas ses clefs. Quand il descend, la rue est déserte.

La troisième nouvelle « Gardien de mon frère » commence étrangement « mon frère était mort avant ma naissance, mais cela ne l’empêcher de vieillir, ni de me rechercher. Il était mon tout premier compagnon, mon ami le plus intime. Il s’appelait Stephen. Il manquait terriblement à ma mère, mais elle ne put jamais le revoir après qu’il fut mort ». Un autre personnage, Rye, un ami de Stephen parvenait à le voir. Ils auraient dû avoir le même âge. Comme pour la seconde nouvelle, il est encore question d’une machine trans-temporelle, que Martin, le narrateur, a reçu le jour de ses quatorze ans par deux femmes qu’elle considérait comme étant ses tantes (Judith et Myra) qui vivent ensemble, mais qui sont en fait les amies de son oncle Henry, le frère de sa mère. La mère de Martin s’appelle Violet. Elle a aussi une amie, Sallie Emerson qui vit en Australie. Comme lors de la précédente histoire, Martin est très heureux de recevoir cette montre. Cette montre a un drôle d’effet sur lui « la Smith me donnait l’impression d’être différent, d’exercer un pouvoir – l’impression de posséder le temps, comme si mon rapport au temps avait été en quelque sorte modifié ». Martin n’a pas le même père que Stephen, le père de ce dernier s’appelle Peter Newland, il est décédé peu de temps après la naissance de Stephen, d’une crise cardiaque. Il était éditeur de programmes informatiques. C’est aussi à cause d’un problème cardiaque de Stephen est mort. Au repas d’anniversaire de Martin, l’ambiance n’est pas très bonne : Violet semble ne pas apprécier Judith et Myra. Ces dernières lui reprochent de vouloir garder Martin près d’elle et de ne pas vouloir le mettre dans une meilleure école. Martin finit par partir se promener sur la plage, en compagnie de son frère qui l’a rejoint. Ils croisent Monsieur Loyal : Martin ne l’aime pas, il lui fait peur. Alors qu’ils continuent de se promener, Stephen révèle à son frère que Judith a eu un enfant qui a été adopté à la naissance.

Le père est Mickael Klein, un professeur d’université allemande. Déjà en couple avec Myra, elle l’a donné à une femme qui venait de perdre son enfant en bas âge. Ce petit garçon a aujourd’hui quatorze ans : Martin comprend que son frère parle de lui. Plus tard alors qu’il est seul sur la plage, il trébuche sur un bout de fer et tombe : il s’est blessé à la cuisse mais la seule chose qui le préoccupe c’est qu’il a cassé le verre de sa montre et la trotteuse ne marche plus. Il se met à pleurer quand quelqu’un s’approche de lui : c’est Monsieur Loyal. Il lui demande de lui parler de la montre et de son frère, ce qui étonne Martin. En même temps, il met la montre dans l’une de ses poches et la sort pour la lui rendre quelques minutes plus tard. A son retour, Martin se rend compte que la trotteuse est repartie et que le verre n’est plus cassé. Le temps aussi semble s’être arrêté un moment.

Il en va de même pour les autres histoires que je préfère ne pas vous dévoiler pour vous donner envie d’aller les découvrir : on retrouve des personnages, dans des situations différentes, ça en devient même un jeu de le retrouver, de se demander qui sera le prochain qu’on va retrouver. Une question demeure : à quoi mène tout cela ?

Ce ne sera pas un coup de cœur, mais dans l’ensemble j’ai apprécié ce livre. C’est une lecture assez agréable mais j’avoue avoir été assez rapidement perdue au premier chapitre : déjà, dès les premières lignes, je pensais que Lenny était le nom d’un homme (j’ai compris que non en cherchant à qui pouvait bien faire référence ce « elle »). Puis, l’histoire est … compliquée, comme l’indique son titre, déjà parce que l’histoire est ambiguë (Qui est ce Ted dont on parle au début de l’histoire ? Mais, si Lenny est en couple avec Ted, que vient-elle faire avec Malcolm ?), mais aussi parce qu’elle est double (une fois Lenny n’achète pas la chope, quelques pages plus loin elle est au même endroit, comme si c’était au même moment, et l’achète). Avec du recul, je me demande encore si j’ai bien tout saisi. Puis, vient la seconde histoire : j’ai retrouvé un nom que je connaissais, Newland (j’ai bien entendu fait un retour en arrière pour en être sûre), et c’est là où je me suis dit que je parviendrai certainement à comprendre le tout à la fin de livre, les histoires étant visiblement étroitement liées.

Les nouvelles ont toutes des liens entre elles, mais ne sont pas les prolongements les unes des autres puisque si certaines choses ou personnes demeurent (comme Martin Newland, qui est présent tout au long de l’œuvre) d’autres changent en fonction des histoires, mais aussi au sein même des histoires. On peut dire que le titre Complications est bien trouvé (le titre anglais est The Siver Wind). La présence aussi d’éléments fantastiques (une montre qui se répare toute seule, des fantômes etc …) ajoute de l’étrangeté à l’ensemble.

Par son livre, en plus d’un moment plaisant, c’est aussi une réflexion sur le temps que nous offre Nina Allan.