[Jeunesse – ados] Le 9ème continent, Dominique Corazza

Couverture du livre "Le 9e continent" - Dominique Corazza - ISBN 9791090685956

Présentation :

Êtes-vous déjà entré dans une de ces serres en plastique qui couvrent nos campagnes ? Attention : danger ! Avez-vous déjà vu des maisons de vacances gardées par de vrais nains de jardin en chair et en os ? Non, vous êtes sûrs ? Méfiez-vous des visites organisées dans des villages idylliques où l’on reconstitue la vie d’autrefois : elles peuvent virer au cauchemar. Et si, au printemps, vous n’entendez plus le coucou chanter, ne vous étonnez pas, ça devait arriver…

Quatre histoires qui donnent à voir un visage inquiétant de cette nouvelle ruralité qui bouleverse profondément nos paysages et nos vies.

Mon avis :

Je découvre la plume de Dominique Corazza avec ce roman, et quel plaisir ! Pour l’amatrice de nouvelles que je suis, c’est un sans-faute.

Chaque nouvelle a un but précis : éveiller la conscience du lecteur sur des incohérences ou des problèmes qui rongent le milieu rural. Ainsi, on retrouve des tonnes de plastique là où on devrait trouver des cultures de fraises à même le sol, les bruits qui nous assomment là où il ne devrait y avoir que de la tranquillité, les préjugés désolants d’une femme qui a une vision archaïque et désespérante de la campagne.

Quatre textes qui nous rappellent l’importance de préserver nos campagnes, les cultures, son calme, son authenticité, sans pour autant laisser de côté une certaine modernité. Quatre textes grinçants qui ne manqueront pas de faire sourire leurs lecteurs (ma préférée est celle avec « Prof » et ses autres amis les nains). Quatre textes à l’écriture parfaitement maitrisée et agréable à lire, teintée d’humour et de dérision.

A découvrir !

Retrouver le 9ème continent sur le site de la maison d’édition Le Muscadier !

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[Jeunesse / ado] Orient extrême, Mireille Disdero

Couverture du livre "Orient extrême" - Mireille Disdero - ISBN 979-10-90685-76-5

 

« Ici, les larmes ne font pas partie de la vie. Mais tout est trempé comme si on pleurait sans cesse. Ici, je n’ai pas peur de m’enfoncer dans la boue qui me sépare de ma sœur… pour la retrouver. »

Après avoir été envoyée en Malaisie comme domestique, une adolescente cambodgienne revient en catastrophe dans la ferme des parents. Elle est sous le choc. Que lui est-il arrivé, de l’autre côté de la mer ?

À travers cinq récits courts ou longs, on plonge en Asie du Sud-Est (Vietnam, Cambodge, Indonésie, Malaisie, Thaïlande) dans la vie de certains adolescents. Alors, on est confronté à la pauvreté, à la maltraitance des plus jeunes, mais aussi à l’engagement et à la nécessité de construire un monde plus juste.

Mon avis :

Orient extrême est un recueil composé de cinq nouvelles, qui se font échos. Un point commun s’en dégage rapidement : la puissance de mots et de textes.

Le livre s’ouvre sur la nouvelle « l’infiniment petit ».  Une nouvelle très courte (2 phrases, 4 lignes) mais déjà puissante, qui nous emmène au Vietnam. Pour vous donner une idée :

« L’ombre et la tiédeur se faufilent entre les murs.

Deux fillettes assises dans la rue, les cheveux mouillés, sombres et brillants, jouent à la coiffeuse, cherchent la petite bête et l’écrasent entre deux doigts ».

Puis, c’est autour du Cambodge avec « Do you want a cup of tea » ? J’ai adoré cette nouvelle, la plus longue de toutes, et certainement ma préférée. Deux sœurs, Sinoun et Sinath. Sinoun a été achetée en échange d’un sac de riz, d’un peu d’argent, et d’un téléphone portable made in china. Elle a été envoyée en Malaisie pour un soi-disant travail de domestique, le nom correct donné à l’esclavage.Un jour, elle a craqué et est revenue, complètement changée. Elle ne prononce plus qu’une seule phrase « do you want a cup of tea ? » et a été vue dansant nue sur la place du marcher, invitant les hommes à la suivre dans les rizières. Depuis, elle vit dans une cabane au fond du jardin. Son père la voit comme la honte de la famille, les autres comme la cause de tous les malheurs. Pourtant, elle ne fait que reproduire, sans pouvoir s’arrêter, le comportement qu’on l’a obligée à adopter en Malaisie. Que lui est-il réellement arrivé là-bas ? Pourra-t-elle redevenir la jeune fille qu’elle était avant ?

Après le Vietnam, la troisième nouvelle nous emmène en Indonésie : une nouvelle surprenante et glaçante, « Ruelles obscures ».

« Dans le cratère » nous envoie en Indonésie, à Bali. Notre narrateur a 18 ans, il est revenu seul avec son sac à dos à la recherche d’une jeune fille qu’il a croisé un mois plutôt, quand il était venu avec ses parents « Une enfant. Intouchable. Mais tous pouvaient la toucher moyennant quelques pièces« . Peut-il encore la sauver ?

Enfin, le recueil se clôt sur une nouvelle courte « Chienne de vie ». Un joli texte qui permet de terminer sur une note d’optimisme.

En résumé : Cinq nouvelles réussies, une écriture parfaitement maitrisée, percutante, aux mots puissants. Un livre à découvrir.

Retrouvez Orient extrême sur le site de la maison d’édition Le Muscadier, collection « Rester vivant » !

[Atelier d’écriture 2016] #1 : Lal

Nouvelle résolution de l’année, à laquelle je vais essayer de m’astreindre : reprendre régulièrement l’atelier d’écriture de Leiloona. Autre résolution, ou plutôt autre choix, vous les retrouverez ici, et non plus sur le site « les écrits de Fanny », que je néglige, et qui sera certainement bientôt supprimé.

La photo choisie pour ce premier atelier de l’année est de Kot :

halal-food

Lal

  • Viens, Sam, je connais un endroit super, je suis sûr qu’il va te plaire.

Je regardais Baptiste, surprise par son engouement. Je n’avais pas l’habitude de le voir prendre des initiatives, c’était même plutôt l’inverse : il ne savait jamais vraiment où aller, quoi faire, qui voir. Il préférait me laisser choisir, mais je ne connaissais rien à cette ville, et la moindre petite chose était, pour moi, source d’étonnement.

  • J’y suis jamais allé, mais Tom oui, il pense que ça sera bien pour toi, que … ça te correspondra.

Me correspondre ? J’accueillis ce verbe avec intérêt. Cela faisait une semaine que je connaissais Baptiste, on s’était rencontré par hasard devant la terrasse d’un café, il s’était amusé de mon comportement et de mon visage inquiet qui lui avait aussitôt fait comprendre que je n’étais pas d’ici. Je m’étais assise à une table, mais je ne savais pas quoi commander, ni comment faire. Pourtant, je le devais : c’était l’une des obligations que je m’étais fixée. Avant de partir, Tarah, la voisine grâce à laquelle j’avais pu quitter mon pays et venir ici, m’avait affirmé, face à mon inquiétude, que je finirai par trouver ce qui me correspondait.  Avant, je ne sortais jamais, je n’osais pas,  je ne pouvais pas, mais ici, j’étais prête pour commencer une nouvelle vie. C’était une nouvelle chance qui s’offrait à moi. Alors, chaque semaine, il fallait que je me force à faire quelque chose, une chose que je n’avais encore jamais faite -et elles étaient nombreuses – : je voulais essayer de leur ressembler, mais serait-ce  possible ? Qu’est-ce qui, au fond, pouvait bien me correspondre ? J’étais confuse par rapport à ce que j’étais vraiment et à celle que je voulais être, et lui, en une semaine, pensait déjà pouvoir me connaitre.

  • C’est là, un peu plus loin. Tu as faim ?

Je le regardais, toujours étonnée, j’acquiesçai d’un hochement de tête. Il y avait du monde dans la rue, Baptiste marchait vite, bien trop vite pour que je puisse m’imprégner de l’atmosphère des différentes rues qu’on ne faisait que traverser.

  • On y arrive, Samia.

Samia, c’était mon prénom. Baptiste ne l’utilisait presque jamais, il m’appelait « Sam ». Je commençai à ressentir une petite boule se former au creux de mon estomac : cet air pressé qu’il n’avait jamais, ce pas décidé et fonceur, mon prénom …

  • On y est, regarde, c’est Halal !
  • à Lal ?

Je le regardais avec deux yeux ronds. Lal ? C’était qui, Lal ? Face à mon expression interrogative, il poursuivit :

  • Halal, c’est de la nourriture halal, là.

Il me désigna d’un mouvement de tête la petite cabane dans laquelle un homme préparait des sandwichs. Je levai la tête, et lus : « Halal food ».

  • Et ?

Son regard perdit un peu d’assurance, il se mit à regarder ses chaussures, un peu gêné.

  • Je me suis dit … comme tu t’appelles Samia … que tu viens d’arriver dans le pays … que tu devais manger halal.

Je le fixai, et compris tout à coup sa pensée. Il devait s’imaginer que je venais d’Irak ou de d’Afghanistan, à cause de mon prénom et de mon teint. C’est vrai que je ne lui avais jamais dit d’où je venais, je lui parlais peu de moi. Loin de me vexer, cette recherche d’attention me toucha, mais il était peut-être temps de lui parler un peu de moi.

  • Baptiste … je viens de Suisse, et … je suis végétarienne …

Une larme de rhum dans le thé, Yolaine Von Barczy

Une larme de rhum dans le thé

S’éteint-on forcément avec l’âge ? Rien n’est moins sûr. À condition de savoir parfois faire resurgir le croustillant du passé.

Les vieilles dames de ces nouvelles ont toutes délicieusement flirté avec les limites. C’est ce qui les rend si lumineuses. Tour à tour malicieuses, courageuses ou amoureuses, elles nous offrent ce qu’elles ont de plus secret et de plus humain : un soupçon d’indignité.

Yolaine von Barczy, 45 ans, est directrice des ressources humaines et passionnée par les rapports humains. Elle a participé à beaucoup de concours de nouvelles dont certaines ont été primées.

Mon avis :

Si vous me connaissez un peu, vous savez que j’adore les nouvelles : ces petits récits brefs, à la fin mordante. Alors, quand les éditions Baudelaire m’ont présenté ce livre, j’ai tout de suite craqué.

L’auteur a réunit dans ce recueil douze nouvelles parfaitement bien écrites.Ces textes, de longueurs inégales, ont toutes pour personnage principal une vieille dame, plutôt facétieuse. Elles nous surprennent, nous amusent, nous émeuvent. Je n’ai pas été emballée par toutes les nouvelles, mais certaines ont été de vrais coups de cœur, comme « Motivations » qui est vraiment jubilatoire.

J’aimerais beaucoup découvrir d’autres écrits de Yolaine Von Barczy, sur d’autres thèmes ou, pourquoi pas, des récits plus longs ? Là, je suis un peu restée sur ma faim, peut-être à cause du thème redondant, mais il me manquait un petit quelque chose.

Le recueil est édité aux éditions Baudelaire !

Macadam, Jean-Paul Didierlaurent

Macadam par Didierlaurent

Pour tromper l’ennui lors des confessions, un prêtre s’adonne à un penchant secret. Une jeune femme trouve l’amour aux caisses d’un péage. Pendant la guerre, un bouleau blanc sauve un soldat. Un vieux graphologue se met en quête de l’écriture la plus noire. Une fois l’an, une dame pipi déverrouille la cabine numéro huit ?

Mon avis :

Vous avez certainement déjà lu Le liseur du 6h27, écrit par Jean-Paul Didierlaurent (vendu à 60.000 exemplaires et traduit dans 27 pays, on parlerait même d’adaptation au cinéma … ) ou, tout au moins, entendu parler (à moins que vous ayez hiberné pendant un an ). Aujourd’hui sort en librairie, toujours Au diable Vauvert, « Macadam », un recueil de onze nouvelles.

On a découvert que l’auteur maitrise à la perfection l’écriture du roman, on sait peut-être moins qu’il excelle aussi en ce qui concerne l’écriture de nouvelles, il a d’ailleurs été plusieurs fois récompensé (prix Henri-Thomas à Saint-Dié mais aussi plusieurs fois le prix Hemingway, notamment en 2012 pour sa nouvelle « Mosquito », qu’on retrouve dans le recueil). Il faut dire que l’écrivain n’en est pas à son coup d’essai, il écrit des nouvelles depuis 1997 …

Ici, l’écriture est percutante, les nouvelles sont parfois drôles, piquantes, parfois noires, parfois tendres, et ce mélange est absolument savoureux. Il traite de sujets qui pourraient être tabous pour d’autres, comme le handicap dans la nouvelle « Macadam », que j’ai beaucoup aimée.

Si vous aimez les nouvelles, si vous avez aimé l’écriture de l’auteur dans Le liseur du 6h27, si vous voulez lire un bon livre qui sait mélanger les genres, n’hésitez plus : foncez l’acheter !

Trois femmes, Carène Ponte et La vie étonnante d’Ellis Spencer, Justine Angier

La vie étonnante d'Ellis Spencer par Augier

Présentation :

Dans un futur terrifiant voué au culte de la performance et du contrôle absolu des individus, des jeunes gens en appellent à l’esprit de résistance.

Dans ce pays-là et ce futur-là, en Naol, le rêve et le doute sont prohibés, le rendement est le mot d’ordre et les habitants vantent les bienfaits de l’hyperactivité. Tous, sauf Ellis Spencer. Discrète, chétive et étourdie,
Ellis est le strict opposé de ses deux frères, Allan et Richard, de vrais enfants “modèles”. La jeune fille est donc un grand sujet d’inquiétude pour ses parents qui la placent dans une école spéciale pour enfants à problèmes, l’Académie. L’occasion pour Ellis de comprendre qu’elle n’est pas si seule à être marginale… Un autre élève, Peter, clairement en opposition avec la discipline nationale, attire son attention et la convainc progressivement d’intégrer un réseau de résistance ultrasecret. L’objectif de cette organisation : résister pour avoir le droit de ne pas porter des puces électroniques, ni de travailler jusqu’à la fin de sa vie… D’abord effrayée par ce réseau clandestin, Ellis comprend vite qu’elle tient là une chance inespérée de pouvoir être elle-même et s’engage dans cette lutte.

Mon avis :

J’ai peu accroché avec ce livre, qui fait partie de la sélection du prix Sainte-Beuve des collégiens, dont je vous avais déjà parlé à la fin de cet article. Ce n’est pas un mauvais livre, il est bien écrit, mais l’histoire ne m’a pas du tout intéressée.


Valérie, Nanette, Anna.
3 histoires de vie. Hasard d’une rencontre.
Valérie a tout quitté. Parce qu’elle ne parvient pas à aimer ses filles comme elle le devrait. Nanette est émue par cette femme qu’elle voit pleurer sur la plage. Anna vient de vivre un drame.Ces 3 femmes vont se rencontrer.

Mon avis :

j’ai lu ce recueil (car il y a plusieurs nouvelles) il y a quelques semaines déjà, et je n’avais pas encore pris le temps de le chroniquer. Carène Ponte, c’est la blogueuse du site Des mots et moi, c’est aussi l’une des gagnantes du prix Ecrire au féminin, ce prix avec lequel je vous rabâche les oreilles en vous demandant de voter pour moi (si vous avez perdu le lien, c’est ici).

Ce sont des nouvelles courtes, pleines d’émotions, bien écrites, qui ne demanderaient qu’à grandir. Ma préférée n’est pas celle dont le titre est donné à ce recueil, mais une autre intitulée « jouer sans faire de bruit ». Pour la découvrir, cliquez ici !

Etrange rencontre, Isabelle D.

Je lis de plus en plus souvent sur kindle, principalement des livres courts : alors, quoi de mieux qu’une nouvelle ?

Cette nouvelle, « Étrange rencontre », est la première publication de son auteur, Isabelle D. Vous la connaissez peut-être déjà, elle est blogueuse sur un site consacré à la littérature : Les tribulations d’une lectrice.  Je n’ai pas connu Isabelle via la blogosphère, mais lors d’une rencontre à Lille pour la dédicace du livre d’un auteur qu’on apprécie toutes les deux (nous avions aussi rencontré un troisième blogueur ce jour-là, mais je n’ai pas gardé de contact avec lui). Cette nouvelle a été écrite pour un concours de nouvelles, auquel j’ai aussi participé. Elle a finalement décidé de la publier sur kindle, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

C’est une nouvelle que j’ai beaucoup aimée. Christopher tombe sur un mail étrange. L’expéditeur ? « tombée sous le charme ».  Cette femme l’aurait vu il y a une semaine sous un abri Transpole, le temps qu’il attende son bus. Depuis, elle ne cesse d’y retourner pour le voir, sans qu’il ne s’en rende compte, et penserait sans arrêt à lui. Étrange, non ? Là où certains auraient cru à un canular et auraient effacé le mail sans se poser de questions, Christopher décide donc de lui répondre … Que va-t-il se passer ? Qui se cache derrière « tombée sous le charme » ?

J’ai aimé la curiosité suscitée par cette nouvelle : on se demande ce qu’il se passe, ce qu’il va se passer, ou l’auteure veut en venir. Et on n’est pas déçue, la chute est surprenante. On se met à la place des protagonistes aussi : à sa place, aurais-je agi ainsi ?

En bref, une nouvelle à découvrir (clic !), et si vous voulez la retrouver, c’est ici.