Les enfants de la liberté, Marc Levy, Alain Grand

Les Enfants de la liberté - Marc Levy, Alain Grand  - 2203059207 - 9782203059207

Présentation de l’éditeur :
Alain Grand met en images le roman le plus intime de Marc Levy.
« Nous avions si vite perdu la guerre… De Londres un général lançait un appel à la résistance, tandis que Pétain signait la reddition de tous nos espoirs. Ce 21 mars 1943, j’ai dix-huit ans et j’ai enfin un tuyau pour entrer en contact avec la résistance. Il n’y a pas dix minutes, je m’appelais encore Raymond. À présent, je m’appelle Jeannot. Jeannot sans nom. »
Ils s’appelaient Raymond, Claude, Charles, Émile, Boris, Jan, Catherine, Damira, Sophie ou Osna. C’est l’histoire vraie de ces enfants de l’Occupation devenus trop vite adultes. C’est l’histoire de leur engagement dans la résistance toulousaine.
Mon avis :
 Les enfants de la liberté, c’est à l’origine un livre sorti en 2007, d’un auteur que beaucoup connaissent déjà, Marc Levy. Je n’ai absolument pas fait attention à ce roman à sa sortie tout simplement parce que je pensais être lassée de cet auteur, je pense même que j’étais fâchée avec lui (enfin, plutôt avec son style d’écriture et ses thèmes que je trouvais trop redondants). Après avoir lu cette BD, je me demande si finalement je ne devrais pas le tenter …
Vous l’aurez compris avec cette dernière phrase, j’ai beaucoup aimé cette BD. Ici, Marc Levy se livre, rapportant l’histoire de son père résistant à Toulouse qui correspond à Jeannot dans la BD. Jeannot s’engage avec Claude, son petit frère dans la « 35e brigade » : il veut lutter pour la liberté. Ils sont entourés d’autres jeunes qui partagent leur envie de libération : un souhait bien courageux (mais ô combien nécessaire !) quand on sait que ce qui les attend ne sera pas des plus agréables puisqu’aux sabotages de trains, attentats, meurtres de l’ennemi répondront la détention, parfois les exécutions ou juste les détentions, les déportations, la violence. Qu’en sera-t-il pour Jeannot et Claude ?
L’histoire court sur 162 pages, les dernières étant consacrées aux reproductions de documents officiels comme une carte d’incarcération, le témoignage d’un survivant du train fantôme, un tract de la 35eme brigade, des tickets de rationnement etc.

Outre le fait que l’histoire soit touchante, et plus encore quand on sait qu’elle est réelle (les documents ajoutés à la fin de l’album, intensifiant l’idée de la réalité,  font frissonner), la mise en image est, elle aussi, très réussie. Le trait est précis, classique et sans excès. On visualise et reconnait bien les personnages (c’est certainement ce qui fait aussi qu’on s’y attache, on a le sentiment de les connaitre). J’aime beaucoup la façon dont les expressions sont représentées sur les visages. 

Pour vous donner une idée  …

Dieu n’est même pas mort, Samuel Doux

Quatrième de couverture :

Quoi de plus éprouvant que de se voir confier l’organisation des funérailles d’une grand-mère redoutable qui n’a pas cessé de vous empoisonner l’existence ?

Elias peut comprendre qu’on se suicide lorsqu’on habite à Poitiers; le jour de Yom Kippour, jour du Grand Pardon, passe encore ! Mais est-il vraiment préparé à affronter une lettre d’adieu d’un mètre cinquante et rédigée au marqueur rouge ? A la disparition d’une bague séculaire, sertie de diamants, qui doit lui revenir enfin ? A une pénurie de chambres d’hôtels dans une ville que personne ne devrait visiter ? A l’étrange rencontre avec une charmante Bulgare ? Et, pour finir, à la découverte bouleversante du plan machiavélique mis en oeuvre par sa grand-mère pour mettre fin à ses jours ?

Le temps des obsèques, Elias va convoquer la mémoire de ses aïeux pour comprendre le poids que l’Histoire a fait peser sur sa famille et vivre enfin en paix avec ses fantômes.


L’histoire et mon avis :

Les premières pages du récit s’ouvrent sur le personnage d’Elias Oberer. C’est un homme de trente ans qui vit à Paris, célibataire, pas d’enfants. Un jour alors qu’il était à son travail il reçoit un appel d’un numéro inconnu. Il préfère ne pas répondre et attendre le message sur le répondeur, message qui ne tarde pas à arriver : c’est sa petite-cousine Béatrice qu’il n’a pas revu depuis la mort de sa mère (il y a seize ans). Elle l’appelle pour savoir s’il a des nouvelles de sa grand-mère qui demeure introuvable. Une chose tout de suite effleure l’esprit d’Elias : sa grand-mère est morte. Il part manger. Sur le chemin du retour, le téléphone sonne à nouveau : c’est encore Béatrice. Il ne décroche pas, elle ne laisse pas de message ce qui renforce sa première idée. Il se décide à la rappeler et obtient la confirmation : sa grand-mère est bien décédée. Elle s’est suicidée, le jour du Grand pardon (Yom Kippour). Il sait qu’il doit y aller. Il rentre chez lui, rassemble quelques affaires et prend le train pour rejoindre la maison de sa grand-mère, à Poitiers, une ville qu’il n’aime pas. Il n’est pas triste de ce décès, il est plutôt soulagé : enfin il n’aura plus besoin de l’appeler et surtout, une seule chose l’obsède : l’héritage.

Par la suite, trois autres narrateurs s’enchaînent, nous faisant découvrir d’autres histoires, dans des époques et des lieux différents : celles de Moshe Herschel, de Paul Serré et d’Emmanuelle Serré. Ces histoires qui, rassemblées ainsi, forment une grande histoire : celle de la famille d’Elias.

J’ai beaucoup aimé ce livre. J’ai aimé rencontrer les personnages au fur et à mesure des pages. Ce livre se présente comme un labyrinthe : c’est comme si, en fonction des chemins que l’on prenait – chemins qui sont, il est vrai, déjà tracés par l’auteur – on pouvait découvrir un nouveau pan de la famille. La structure est suffisamment bien liée pour ne pas être trop perdue, même si parfois j’ai dû faire attention à bien rester concentrée.

Elias est un personnage qui semble tout de suite peu commun et pour cause : il n’est pas touché par la disparition de sa grand-mère. Il faut dire que c’était une femme culpabilisante qu’il n’appréciait pas vraiment. De cette mort, il ne ressent qu’une certaine joie et seul l’héritage l’intéresse, notamment une bague sertie de diamants (qu’il retrouvera dans un lieu plutôt étrange) qui se remet de génération en génération. Il apparaît comme froid et cynique mais, bien qu’il semble être celui qui se détache le plus de cette famille, on se rend compte qu’il ne peut l’être complètement, comme si les histoires de ses ancêtres l’avaient déjà quelque peu façonné.

Mais ce n’est pas seulement l’histoire de la famille d’Elias qui  nous est racontée. Grâce à ces quatre narrateurs, l’auteur nous fait traverser le XXème siècle en rappelant l’Histoire : ainsi Moshe nous amène dans une Pologne où les juifs sont persécutés au début du siècle tandis que Paul Serré nous rappelle l’horreur de l’Occupation.  Face à ce passé de souffrances je trouve que la méthode choisie par la grand-mère d’Elias pour se suicider est extrêmement symbolique (et là, il va falloir lire le livre pour trouver comment elle a agi).

C’est une belle réflexion que nous offre ici Samuel Doux dans ce premier roman. Avant même le récit, l’auteur nous fait (re) découvrir deux citations qui sont judicieusement choisies : une de Pascal  et une autre de Christa Wolf. D’emblée, elles nous plongent dans le thème du livre : quel est le poids du passé sur notre présent, sur l’avenir ? Quid de la mémoire ?


Quelques phrases :
–  » Ma grand-mère est petite, sèche, avec des cheveux épais et argentés, l’œil clair, la peau blanche, ridée de larges hanches venues d’Algérie. C’est quand même une salope, une salope qui s’est ignorée, une salope qui a ses raisons, une salope que l’on peut comprendre. Cela ne change rien, qu’elle meure, que son règne cesse, je n’attends que ça depuis seize ans. » page 14.
– « Je me réveille parfois avec la certitude que je viens de tuer ma famille. » page 139.