Je suis ici pour vaincre la nuit, Marie Charrel

20900778_977698775703924_2929416523432488482_o

Présentation de l’éditeur :

« Il est désormais trop tard pour reculer. Trop tard pour ne pas sauter à pieds joints dans le cercle.»

Paris-Alger-Ravensbrück. Trois lieux pour retracer l’existence d’Yvonne Bellot, née Yvonne Brunel-Neuville, dite « Yo Laur », fille d’artiste, artiste elle-même et arrière-grand-tante auréolée de mystère de l’auteure et narratrice de ce livre.

Enfant douée dans l’ombre de son père, élève talentueuse en quête de modernité, observatrice singulière dans la casbah d’Alger, Yo Laur fut tout cela, et aussi une épouse toquée de son homme, une frondeuse, une aventurière… jamais une mère. Elle a traversé des décennies de progrès, de beauté et de sauvagerie mêlés, défié les normes de son genre, croisé les légendes, de Gertrude Stein à Charles Nungesser, vécu comme elle l’entendait avant de s’éteindre parmi les femmes et les enfants du camp où elle fut déportée.

En reconstituant le puzzle familial à l’aide des pièces d’archives et de son imagination, Marie Charrel a tenu le pari d’éloigner sa peintre des ténèbres de l’oubli. Au-delà du témoignage sur cette femme exceptionnelle, se font écho, à cent ans d’écart, deux existences qui résonnent d’un même désir : vaincre la nuit pour vivre libre.

Mon avis :

Deux trames principales dans ce livre : l’histoire de Yo Laur, et l’enquête qui a permis à l’auteure d’en savoir plus sur cette femme, associée à une autre quête.

J’ai suivi avec plaisir les recherches permettant d’en découvrir plus sur Yo Laur, une artiste peintre. On découvre une femme de talent et de caractère, dans un monde où il est plus facile de s’imposer si on est un homme. Malheureusement, elle connaitra la déportation et l’horreur des camps. C’est d’ailleurs la vie narrée de Yo Laur plus que les recherches qui m’ont séduite – que ce soit celles concernant le passé de Yo Laur ou de la vie plus personnelle de l’auteure – sans que je n’arrive à expliquer pourquoi.

Une nouvelle fois, l’histoire est servie par une très belle écriture, rythmée et poétique : c’est tout l’art de Marie Charrel. Elle dresse un portrait sublime de Yo Laur qui ne peut pas laisser insensible. Le thème du secret de famille est une nouvelle fois bien présent, pour mon plus grand plaisir.

J’ai aussi découvert beaucoup de choses sur le domaine de l’art, que je maitrise peu. Plusieurs fois j’ai cherché des tableaux sur Internet et je regrette qu’il n’y en ai pas quelques-uns reproduits au fil des pages.

Un roman à découvrir !

D’autres titres de l’auteure :

Les enfants indociles, Marie Charrel

Une fois ne compte pas, Marie Charrel

Marie Charrel, l’enfant tombée des rêves

Publicités

L’ombre de nos nuits, Gaëlle Josse

L'ombre de nos nuits par Josse

Présentation :

Deux récits se dessinent dans L’ombre de nos nuits, avec au centre un tableau de Georges de La Tour. En 1639, plongé dans les tourments de la guerre de Trente Ans en Lorraine, le peintre crée son Saint Sébastien soigné par Irène. De nos jours, une femme, dont nous ne saurons pas le nom, déambule dans un musée et se trouve saisie par la tendresse et la compassion qui se dégagent de l’attitude d’Irène dans la toile. Elle va alors revivre son histoire avec un homme qu’elle a aimé, jusque dans tous ses errements, et lui adresser enfin les mots qu’elle n’a jamais pu lui dire. Que cherche-t-on qui se dérobe constamment derrière le désir et la passion ?

En croisant ces histoires qui se chevauchent et se complètent dans l’entrelacement de deux époques, Gaëlle Josse met au cœur de son roman l’aveuglement amoureux et ses jeux d’ombre qui varient à l’infini.

Après le succès du Dernier gardien d’Ellis Island, prix de littérature de l’Union européenne 2015, Gaëlle Josse poursuit avec ce cinquième roman son exploration des mystères que recèle le cœur.

Mon avis :

J’ai reçu ce livre suite à ma candidature pour le prix du livre Orange, pour lequel je n’ai malheureusement pas été retenue (certains participants ont eu la chance de pouvoir choisir un livre a chroniqué à choisir parmi les 28 finalistes). Comme j’adore l’écriture de Gaëlle Josse, ça ne pouvait pas mieux tomber.

Les premières pages nous amènent au 17ème siècle, dans un atelier de peinture, auprès d’un Maître, George de la Tour, et de ses deux apprentis, dont l’un, Étienne, est son fils. Le Maître s’apprête à réaliser un nouveau tableau : « Saint Sébastien soigné par Irène », tableau présenté sur la couverture mais aussi dans le livre avant le texte.  Le Maître de La Tour a demandé à Claude, sa fille, de poser pour la première fois, ce qui déstabilise Laurent, l’apprenti, secrètement amoureux d’elle. Son visage représentera celui d’Irène, la femme qui soigne Saint Sébastien. Dans cet atelier, nous suivons à la fois les pensées du Maître mais aussi celles de son apprenti Laurent qui sont inscrites en italique.

« Comme chaque matin je me suis levé tôt, bien avant le jour. J’ai balayé l’atelier, rincé le sol, fini de gratter la peinture sèche sur les palettes, essuyé les brosses et les pinceaux mis à tremper. J’ai retiré les cendres refroidies de la cheminée, disposé une épaisseur de sarments, puis une autre de petites branches, et enfin quelques bûches. Lorsque Maître de La Tour descendra, tout sera prêt, il régnera ici la bonne chaleur qu’il apprécie. Il pourra commencer sa journée de peinture et moi celle d’apprenti, avec son fils Étienne ».

Quelques pages plus loin direction la France, en 2014, à Rouen dans un musée. Une jeune femme s’arrête et contemple  la copie d’un tableau de George de La Tour. Captivée par la peinture, elle se remémore une histoire d’amour, intense et douloureuse.

« Tu vois, B., c’est ainsi que je t’ai aimé. Comme cette jeune femme penchée sur ce corps martyrisé, à tenter de retirer cette flèche qui l’a blessé. J’aurais voulu que tu le saches, mais il est trop tard, maintenant. Peut-être l’as-tu deviné, où ne voulais-tu pas le savoir ».

Ces deux histoires s’emmêlent à merveille, des passages se font écho malgré les siècles qui les séparent.

L’écriture est agréable à lire, tout en douceur et en fluidité. On avale les mots, on se laisse glisser sur les sons et le sens. Une certaine poésie se dégage de ce texte.

Les histoire sont touchantes, pleines d’amour, pas forcément charnel. L’ensemble offre un œuvre talentueuse, d’une grande beauté.

 

 

 

 

Au plaisir d’aimer, Janine Boissard

Aymar de Fortjoie, 76 ans, veuf, propriétaire d’un château aux portes de Poitiers, vient de mourir, laissant à ses filles un vrai casse-tête. Pourront-elles exaucer le voeu de leur père en conservant le château et, surtout, en continuant d’y abriter de jeunes peintres désargentés ?
Un compte en banque vide, de lourds droits de succession, un château délabré, l’affaire est mal partie. Et malgré les efforts des filles, la caisse de l’association fondée par Aymar reste désespérément vide.
Jusqu’à l’idée de génie ! Proposer aux belles et riches dames de Poitiers de poser pour les peintres, leur commander, à bon prix, leur portrait. Et ça marche ! Les inscriptions affluent, plus de problèmes de trésorerie.
Mais ce qui devait arriver arrive : dans le secret des ateliers, de brûlantes idylles se nouent. Le scandale éclate. La fermeture du château pour atteinte aux bonnes moeurs est demandée.
Cette fois, est-ce la fin ?
C’est sans compter sur des dames prêtes à tout pour défendre leurs artistes.


Mon avis :

Je suis une grande fan de Janine Boissard depuis toute petite … je l’avais quittée pendant quelques années mais j’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver sa plume l’année dernière avec Belle arrière-grand-mère, j’ai eu aussi la chance de la rencontrer l’année dernière lors du salon du livre de Bondues (c’est une femme très agréable, gentille, à l’écoute et proche de ses lecteurs : si vous avez l’occasion d’aller la voir : allez-y !).

J’étais donc très enthousiaste à l’idée de lire ce nouveau livre. Ce n’est pas le livre que je préfère de l’auteur, j’ai été un peu déçue, le début de l’histoire ne m’a pas vraiment intéressée : un château qu’il faut garder, de l’argent à trouver par tous les moyens, des femmes qui se battent et des hommes bien peu impliqués (mis à part les peintres évidemment). Puis, tout à coup, une idée surgit : peindre des tableaux et les vendre. Mais, pas n’importe quel tableau : des portraits des femmes qui viennent régulièrement au château, le tout sans en parler aux maris …

On retrouve des thèmes courants chez Janine Boissard : la force et la combativité des femmes, leur courage, l’optimisme aussi, qui transpire dans tout le livre. Si j’ai trouvé la première partie longue, la suite est plus drôle, parfois cocasse, et se lit avec plus de plaisir : il ne faut pas hésiter à prolonger sa lecture parfois, même si les premières pages nous plaisent peu. L’écriture est toujours poétique, c’est une plume douce et réconfortante : Janine Boissard a cette capacité – il faut tout de même l’avouer – de nous envoûter à travers ses histoires : on est avec elle, comme si elle nous prenait par la main, une main chaleureuse, nous présente les personnages, les lieux, les intrigues. Elle nous conte l’histoire de ses personnes, son histoire. Et c’est vraiment grâce à ce talent fou que je n’ai pas décroché d’ailleurs malgré le début mitigé. La plume de Janine Boissard m’hypnotise.

Ce n’est pas pour moi le meilleur livre de l’auteur, mais il reste à découvrir et je suis ravie de l’avoir lu.