[Ado] Des poings dans le ventre, Benjamin Desmares

Au collège, Blaise laisse parler ses poings : « Ba-Ba-Bam ». Et quand il finit par être viré, cette violence se répand dans les rues et jusqu’à chez lui. Mais au-delà du délinquant, Blaise est aussi un adolescent torturé, poursuivi sans relâche par ses angoisses et sa colère. Dans ce récit court et nerveux à la deuxième personne du singulier, Benjamin Desmares interpelle ouvertement son lecteur pour le faire réfléchir sur un thème contemporain très fort.

Mon avis :

Voici un livre qui m’a frappée dès les premiers mots que je ne peux m’empêcher de vous recopier :

« La cour est calme. Il a plu tout à l’heure, pendant le cours de physique. Le sol est encore humide. Luisant. Un vent froid hante les coursives. Il est 13 h 30. Le dos contre le mur du bâtiment de sciences, tu écoutes.

Tu es seul. Premier à sortir le midi, premier à rentrer chez toi. Premier aussi à remettre les pieds dans cet endroit que tu détestes. Ici ou chez toi, après tout, n’est-ce pas la même chose ?

Tu entends leurs bruits bien avant de les voir. C’est drôle, semaine après semaine, il y a toujours des rires. Malgré tout. Ils oublient vite. Tu les vois arriver, ils sont là, ils rient et se bousculent. Bientôt la cour en sera pleine. Alors, tu pourras faire ton choix. »

Blaise ne connait qu’une façon pour laisser exprimer ses émotions : il frappe. Sa signature ? Trois coups dans le ventre « Ba-Ba-Bam », une technique fiable et bien rodée. Le matin, quand il arrive au collège, son regard parcourt l’ensemble des élèves jusqu’à ce qu’il s’arrête sur le visage de celui qui sera sa victime. De la violence gratuite. Quand il est exclu du collège, il retrouve des « copains » à lui, qui trainent eux aussi. Ils se tiennent compagnie en buvant de la bière, parfois aussi en fumant de l’herbe. Quand Blaise rentre chez lui, il se retrouve seul avec sa mère. Et là aussi la violence finit par sortir. La nuit, il est tourmenté par des cauchemars mais refuse d’admettre qu’il connait la peur. Mais quel est ce sentiment alors qui le ronge face à cet homme cagoulé qu’il croise de plus en plus souvent, alors qu’il déambule la nuit ?

Sous ses airs de gros dur, Blaise cache un profond malaise. Ses angoisses ressurgissent la nuit sous forme de cauchemars, et pour ne plus y penser le jour : il frappe. C’est un peu comme s’il frappait le vide qui lui bouffe la vie.

Loin de vouloir dédouaner Blaise, Benjamin Desmares répond à une question qui peut recevoir des centaines de réponses : pourquoi autant de violence ? Que se passe-t-il dans la tête d’un simple collégien pour qu’il en vienne à se conduire ainsi ?

Le récit est court, mais il prend aux tripes. L’écriture nous frappe, elle est juste et puissante, les mots nous touchent, claquent et résonnent. La rage transpire le texte, la souffrance aussi.

Une claque.

Des poings dans le ventre est publié aux éditions du Rouergue jeunesse, en janvier 2017.

Retrouvez les avis de Noukette et de Jérôme !

Trois jours, Laurence Barry

Présentation :

Judith, Juliette et Jonathan ont grandi heureux dans l’Est de la France, au sein d’une famille juive et laïque, modèle de tolérance. Par amour pour un agriculteur israélien, rencontré lors d’un séjour dans ce pays, Judith décide de quitter Paris et sa soeur avec qui elle cohabite, pour se marier et fonder une famille. Mais son bonheur est éphémère car peu après, son frère trouve la mort dans un attentat à Tel Aviv. Sept ans plus tard, Juliette, restée à Paris, rencontre Mehdi, un musulman avec qui elle veut construire sa vie. Leur père, fragilisé par la mort de Jonathan dont il ne s’est jamais remis, s’effondre et menace de mettre fin à ses jours. Judith décide alors d’intervenir, persuadée que le projet de Juliette achèvera de détruire leur famille. Elle imagine un stratagème et saute dans le premier avion pour Paris. Elle n’a que trois jours pour parvenir à ses fins. Mais ces trois jours sont plus compliqués qu’elle ne l’avait imaginé…

Mon avis :

Ce livre rassemble beaucoup de thèmes que j’apprécie : les traditions familiales, les liens entre les membres d’une même famille, le deuil, le respect, la tolérance et la peur, cette peur infondée, qu’on ne peut raisonner, qui nous fait agit n’importe comment et nous fait dire n’importe quoi. C’est vraiment le genre de livre que j’aime normalement. Ici, j’ai eu un peu de mal à être séduite. Je n’ai pas réussi à rentrer dans l’histoire, ni à comprendre les agissements de Judith. Dès le début sa réaction me semble un peu trop radicale : vouloir le bonheur de son père en anéantissant celui de sa soeur ? Bon, c’est un peu caricatural comme ça, mais je me suis quand même demandée pourquoi elle choisissait le bien-être de son père plutôt que celui de sa soeur. Pourquoi ne pas aider son père à ne pas sombrer ? Peut-être parce qu’elle a peur, elle aussi.

C’est plutôt difficile comme texte, le thème principal n’est pas évident à exploiter. Le style de l’auteure ne m’a pas déplu et j’ai aimé les descriptions des rues de Paris. Mais je suis restée extérieure à l’histoire et je n’ai pas ressenti beaucoup d’émotions. Ce n’est pas pour autant que je bouderai le second livre de l’auteur (oui, c’est un premier roman ! ), car je pense que c’est une plume qui pourrait me plaire sur un autre sujet !