[Jeunesse] La vitesse sur la peau, Fanny Chiarello

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Présentation de l’éditeur :

Depuis que sa mère est décédée dans un accident de la circulation, Élina se tait. Son périmètre s’est réduit : elle va du collège au domicile de son père, en passant par le jardin des Plantes. C’est là, sur un banc, qu’elle rencontre Violette, une femme en fauteuil roulant, qui lui rend les mots et lui apprend même à courir.

Mon avis :

Le thème du deuil n’est pas facile en littérature « adulte », peut-être plus encore en littérature jeunesse. Pourtant, Fanny Chiarello réussit avec La vitesse sur la peau à écrire un livre fort, touchant non larmoyant, avec même de l’optimisme, malgré une histoire peu joyeuse. Un véritable coup de coeur pour moi.

Élina est touchante, terriblement. Elle m’a plus d’une fois arraché les larmes, elle qui a tant de mal à voir les siennes couler. Elle a perdu sa mère il y a un peu plus d’un an, cette dernière a été percutée par une voiture alors qu’elle roulait à vélo. Depuis plus un mot ne franchit ses lèvres. Elle vit avec son père et sa nouvelle femme, ses parents s’étant séparés avant l’accident. Son passe-temps ? Se rendre au Jardin des Plantes pour y végéter. Jusqu’à ce jour où elle croit voir sa mère courir parmi les autres joggeurs, mais dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Voulant la rattraper, Élina se mettra à courir à son tour, sans pouvoir évidemment la rattraper. Mais, pourquoi tous ces gens courent-ils dans le sens des aiguilles d’une montre ? Veulent-ils accélérer le temps ? Et si courir dans l’autre sens, comme le sosie de sa mère, lui permettait de remonter le temps, jusqu’à pouvoir retrouver celle qui l’a fait naître ? Finies les positions droites et immobiles sur le banc, maintenant Élina chaussera ses baskets et remontera le temps. Elle rencontrera Violette, une vieille femme en fauteuil roulant, qui lui prodiguera de précieux conseils. Mais pourquoi Violette est-elle en fauteuil ? Élina est-elle la seule à garder en elle une souffrance  ?

Ce livre est une pépite. J’ai été accaparée par l’histoire que j’ai dévorée en deux soirées. La plume de Fanny Chiarello est addictive, tout comme son histoire. On est pris d’affection pour Élina, mais aussi pour Violette. J’ai trouvé cette idée de remonter le temps en courant en sens inverse très touchante, la jeune fille se découvre enfin un but, sachant évidemment que cela n’est pas possible. L’utilisation du « tu » quand elle s’adresse à sa mère accentue les émotions. Si tout n’est pas vraiment crédible (le couple de scientifique, ça me semble étrange, la capacité de Violette à lire dans les pensées de la jeune fille), on s’en moque : l’histoire est plaisante et on a envie d’y croire. Elle termine par une note d’optimisme, malgré des moments difficiles.

Quelques phrases :

« D’habitude, au Jardin des Plantes, je reste toujours assise sur le même banc. Cet emplacement doit compliquer ma photosynthèse car il est abrité de la pluie comme du soleil par des feuillages très denses.  » page 18.

« Pourtant, ce soir, je me suis rendu compte d’une chose affreuse : je crois que tu ne me reconnaitrais pas, si tu pouvais me voir de là où tu es maintenant. D’abord, j’ai perdu mes rondeurs parce que je ne prends plus de plaisir à manger. Je m’alimente, c’est tout. L’autre jour, j’ai même vidé une boîte de betteraves rouges. Tu m’imagines, moi, avaler des betteraves rouges ? J’ai aussi perdu le sourire, et tout ce qui te faisait m’appeler ta petite étincelle. Elle est éteinte, l’étincelle, maintenant que tu n’es plus là pour souffler sur elle ta fantaisie et ton amour de la vie. » page 32.

En bref : une pépite avec un souffle d’optimisme, malgré une histoire difficile. Un coup de cœur.

Toutes les informations sur le site des éditions du Rouergue !

[Jeunesse] Que du bonheur, Rachel Corenblit

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Présentation :

Depuis son entrée en seconde, Angela vit un déluge de malheurs ! Réputation foutue au lycée, divorce des parents, mort du chat, ultra-trahison de sa meilleure copine, vacances en Ariège chez son papi etc.  En une série de scènes hilarantes, Rachel Corenblit nous raconte le quotidien de cette gentille boulotte qui ne mérite vraiment pas son sort. Mais le plus grand des romans ne s’appelle-t-il pas Les Misérables ?

Mon avis :

Angela, narratrice de presque 15 ans, nous prévient dès la première page : « Ma vie est comme une bouse de vache qui sèche en plein soleil : plate, puante et inutile ».  Vous remarquerez tout de suite, Angela a le sens de la comparaison et un langage franc. Elle va nous raconter tout au long du livre la succession de mésaventures qui lui arrivent en une année. Entre la mort de son chat, les vacances en Ariège ( « L‘Ariège, c’est un peu comme si le bout du monde avait encore un bout. Le bout du bout du monde » ) à Monicou ( « Qui ne connait pas Manicou ? Six habitants, trente biquettes, cent vingt mouches et mon grand-père en prime » ) ou encore la meilleure amie qui lui pique le garçon de ses rêves, on n’a pas vraiment envie de l’envier.

Ce roman est une sorte de journal intime d’une adolescente qui n’a pas grand chose pour elle, si ce n’est une bonne dose de poisse. L’autodérision est utilisée à merveille par Angela, tout comme l’ironie. L’écriture est rythmée, l’ensemble très agréable à lire. Car si la jeune adolescente se plaint de l’accumulation de catastrophes ( qui ne le ferait pas ? ) elle reste drôle, touchante et en aucun cas malveillante. La fin laisse aussi présager une prochaine année plus prometteuse !

Que du bonheur est paru en mai 2016 aux éditions du Rouergue, collection Doado !

Retrouvez les avis de Jérôme et Noukette !

 

Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger

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Quatrième de couverture :

Allongé dans son lit en costume de deuil, ce 15 février, à l’heure de son anniversaire, Mortimer Decime attend sagement la mort car, depuis son arrière-grand-père, tous les hommes de sa famille sont décédés à onze heures du matin, le jour de leurs 36 ans.
La poisse serait-elle héréditaire, comme les oreilles décollées ? Y a-t-il un gène de la scoumoune ? Un chromosome du manque de pot ?
Que faire de sa vie, quand le chemin semble tout tracé à cause d’une malédiction familiale ?
Entre la saga tragique et hilarante des Decime, quelques personnages singuliers et attendrissants, une crêperie ambulante et une fille qui pleure sur un banc, on suit Mortimer finalement résigné au pire.
Mais qui sait si le Destin et l’Amour, qui n’en sont pas à une blague près, en ont réellement terminé avec lui ?
Dans son nouveau roman, Marie-Sabine Roger fait preuve, comme toujours, de fantaisie et d’humour, et nous donne une belle leçon d’humanité.

Mon avis :

Ce livre a fait couler beaucoup d’encre lors de la rentrée littéraire 2014. Je m’étais jurée de le lire, et POUF ! il est apparu à ma bibliothèque : comment résister ?

C’est la première fois que je lis un livre de cet auteure, je la découvre même, et je ne regrette pas.

Le matin, quand il se lève, Mortimer sait qu’il commence un grand jour : il va avoir 36 ans dans quelques heures, et il va mourir. Il est sobrement vêtu d’un costume, s’autorisant tout de même une touche de fantaisie aux pieds : des chaussettes colorées, décorées d’ourson. Le frigo est vide comme les placards, l’électricité coupée, le bail envoyé et il a même démissionné.  Vous auvez compris, il n’est pas vraiment inquiet, il attend la mort comme un événement inéluctable. Il faut dire qu’il a eu le temps de se faire à l’idée : mourir à 36 ans est une malédiction dans la famille, une malédiction qui ne toucherait que les hommes de la famille Decime. Alors il attend, assis, patiemment. Alors qu’il pensait être seul, une femme entre dans l’appartement : c’est son amie Paquita qui vient lui rendre visite. Elle ne sait rien de cette malédiction, elle ne connait même pas la date d’anniversaire de Mortimer. Elle s’étonne à peine de le voir ainsi, assis, en costume. L’heure approche : il sait qu’il mourra à onze heures. Onze heure arrive, Paquita est toujours là et …. rien. Mortimer respire toujours, il voit, il bouge, il parle et entend. Il ne meurt pas. Que se passe-t-il ? La mort n’a jamais de retard. Alors il se met à rire et à rire. Inquiète, Paquita l’emmène avec elle rejoindre Nassardine, son mari, un ami de Mortimer aussi. Ce dernier finit par leur expliquer son histoire. Pourquoi la mort l’a-t-elle oublié ? Que s’est-il passé ? Quels secrets se cachent là dessous ?

L’histoire est plutôt loufoque, je ne pense pas que Marie-Sabine Roger ait cherché quelque chose de vraisemblable, mais on suit tout de même l’histoire, amusé par les aventures de Mortimer pour lequel on a commencé à avoir de la sympathie. J’ai aussi aimé découvrir le personnage de Jasmine, plutôt loufoque.

Bref, j’ai passé un bon moment de lecture, et ce livre ne sera pas le dernier que je lirai de l’auteur !

Rentrée littéraire #2 : le 19 août, la suite !

Pour bien commencer la semaine, voici d’autres livres qui n’attendront que vous ce 19 août … et toujours du côté de la littérature française !

Au programme, Sébastien Rongier et Séverine Werba chez Fayard, Alexandre Seurat aux éditions du Rouergue, Sorj Chalandon, Laurent Binet et Charles Dantzig chez Grasset !

78, Sébastien Rongier, Fayard

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Il y a cet homme qui a gardé le réflexe de tendre la main sous la table pour caresser son chien, alors que son chien est mort. Cette femme qui boit du Get 27 pour oublier que son amant ne viendra pas. Ce militant d’extrême droite qui cherche à embrigader le patron de la brasserie. À l’abri des regards, dans la cuisine, il y a le rescapé d’une nuit d’octobre. Et puis il y a l’enfant. L’enfant qu’un adulte accompagnait mais qui est seul à présent devant son verre vide. L’enfant qui attend que l’adulte revienne. Nous sommes en 1978, dans une brasserie près de la cathédrale de Sens. C’est un instantané de la France et d’une époque. Mais aussi le récit atemporel et poignant de la perte de l’enfance, dans le bourdonnement indifférent de cette ruche française.

Appartenir, Severine Werba, Fayard

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De la guerre, de la déportation et de la mort de ses proches, Boris, le grand-père de la narratrice, n’a jamais parlé. Autour de lui chacun savait, mais, dans l’appartement du 30, rue de Leningrad, que tout le monde appelait « le 30 », le sujet n’était jamais évoqué. Et puis Boris est mort. La jeune femme a vécu un moment au 30, en attendant que l’appartement soit vendu, elle avait vingt ans, et elle a cédé à une bibliothèque les livres en russe et en yiddish de son grand-père. Plus personne ne parlait ces langues dans la famille. Ce n’est que dix ans plus tard, au moment de devenir mère, que s’est imposé à elle le besoin de combler ce vide et de reprendre le récit familial là où il avait été interrompu. Moins pour reconstituer le drame que pour réinventer des vies. Retrouver les rues de Paris autrefois populaires où vivaient Rosa, la sœur de Boris, avec sa fille Lena, déportées en 1942 ; voir ce village lointain d’où son grand-père était parti pour se créer un avenir qu’il espérait meilleur ; entendre couler cette rivière d’Ukraine sur laquelle, enfant, il patinait l’hiver. Comprendre où ils vécurent et furent assassinés. Alors elle cherche, fouille, interroge, voyage, croisant la mort à chaque pas dans son étrange entreprise de rendre la vie à ces spectres. C’est une quête insensée, perdue d’avance, mais fondamentale : celle d’une identité paradoxale qu’il lui faut affirmer.

La maladroite, Alexandre Seurat, Le Rouergue : 1er roman !

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Tout commence par un avis de recherche, diffusé à la suite de la disparition d’une enfant de huit ans. La photo produit un choc chez une institutrice qui a bien connu Diana. D’emblée, elle n’a aucun doute. La gamine n’a pas été enlevée, ses parents sont responsables de sa « disparition ».
Remontant sa courte vie jusqu’au temps même de sa conception, le roman égrène les témoignages de ceux qui l’ont côtoyée. Enseignants ou médecins scolaires, gendarmes, assistantes sociales, et jusqu’à la grand-mère ou le demi-frère de la victime : toutes et tous viennent prendre la parole, dire, dans la stupeur et l’urgence de s’exprimer, ce qui s’est noué sous leurs yeux, qui les a alertés, sans que jamais ils ne puissent enrayer le dénouement fatal. Peu à peu, ils cernent les zones aveugles de cette histoire ainsi que les failles d’un système pourtant dédié à la protection et l’épanouissement de l’enfance. Inspiré d’un fait divers récent, ce roman choral tient volontairement à distance tout effet de style, et évite la surenchère émotionnelle et compassionnelle.
Seulement les faits, et les faits connus par les témoins extérieurs : autour du trou noir de ce que fut le martyre de celle qui est appelée Diana dans le livre, l’auteur conserve le plus parfait silence.

Profession du père, Sorj Chalandon, Grasset

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Tu connais ton père », disait la mère d’Emile.
Un jour, il était parachutiste. Le lendemain, habillé en pasteur, il obligeait son fils à s’agenouiller pour être exorcisé. Et le soir, il lui avouait à voix basse être un agent secret américain. En pleine nuit, le père d’Emile s’est réveillé rebelle. Soldat clandestin chargé d’une mission supérieure : assassiner De Gaulle. Mais pour tuer le général, il fallait être deux. C’est comme ça qu’Emile a été enrôlé par son père dans l’organisation » secrète » ». Alors, il était heureux, Emile. De plaire à son père, de ne plus être battu. Mais aussi, il avait terriblement peur. Parce qu’à 13 ans, c’est lourd un pistolet. C’est pour ça qu’il a demandé à Luca de rejoindre le complot. Luca était Pied-Noir. Tout juste rapatrié d’Algérie, le collégien voulait se venger du général. « Tout ça, c’est des bêtises », disait la mère d’Emile. Pour rassurer son enfant, elle lui répétait: « Tu sais bien que ton père est malade ». Non, Emile ne le savait pas. Le père était tellement malade que même le fils a failli en mourir.

La septième fonction du langage, Laurent Binet, Grasset

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Le 25 février 1980, Roland Barthes se fait écraser par une camionnette, alors qu’il sort d’un déjeuner avec François Mitterrand. C’est un assassinat. Le mobile : Barthes avait sur lui un document inédit de Jakobson, la septième fonction du langage, une fonction qui permet à celui qui la maitrise de convaincre n’importe qui de n’importe quoi dans toutes les situations.
Le commissaire Jacques Bayard, vieux réac peu porté sur le structuralisme, embauche Simon Herzog, jeune gauchiste sémiologue, pour mener l’enquête. Leur mission, assignée par Giscard qui prépare sa réélection, est de retrouver cette septième fonction. Cela implique d’interroger la crème du milieu intellectuel français : Michel Foucault, Gilles Deleuze, Julia Kristeva, Philippe Sollers, Louis Althusser, etc. Le couple d’enquêteurs découvre l’existence du Logos Club, une puissante société secrète où l’on se livre à des joutes oratoires féroces. La piste du Logos Club les emmène à la rencontre d’Umberto Eco à Bologne, puis sur un campus américain, où Derrida et Searle s’affrontent dans un combat mortel, et à Venise, où doit avoir lieu l’ultime joute. L’enquête s’achèvera à Paris, le 10 mai 1981.
Au fil du récit, Simon Herzog révèle des qualités de Sherlock Holmes et de James Bond. Bayard, quant à lui, se découvre un intérêt inattendu pour la French Theory. Mais Simon développe aussi une paranoïa qui le fait s’interroger sur son statut ontologique : et s’il n’était, au fond, qu’un personnage de roman ?

Histoire de l’amour et de la haine, Charles Dantzig, Grasset

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Voici sept personnages à un moment de l’Histoire de France, qui s’ouvre avec les premières manifestations contre le « mariage pour tous » à Paris et s’achève avec les dernières. Il y a Ferdinand, garçon de vingt ans qui souffre de la vulgarité de son père, le député Furnesse, vedette homophobe des médias et fier de l’être ; Armand et Aron, qui vivent en couple et partagent un grand appartement avec Anne, belle et victime de sa beauté ; Pierre, grand écrivain qui n’écrit plus et entreprend une histoire d’amour avec Ginevra. Et bien des personnages secondaires, tous apportant leur voix à ce concert de l’amour et de la haine qui a retenti dans la ville pendant ces quelques mois.