[Documentaires / 7 ans] Philo Z’enfants : la liberté, vivre ensemble, la violence, Oscar Brenifier et Frédéric Rébéna

Aujourd’hui je vous présente trois nouveaux livres de la collection « Philo Z’enfants » qui viennent de paraitre aux éditions Nathan. Si la collection n’est pas nouvelle, elle fait peau neuve avec une nouvelle charte graphique et des couvertures plus attirantes.

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Trois thèmes pour cette sortie :

  • La liberté
  • Vivre ensemble
  • La violence

Le principe, à chaque fois, est le même : six grandes questions et un tas de réponses variées, que ce soit sous forme de réflexions ou d’autres questions.

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A la fin des six grandes questions on retrouve une page bilan qui permet de faire le point.

Le dialogue s’ouvre avec les enfants et leur permet déjà de faire leurs premières analyses philosophiques et, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ils en ont déjà beaucoup à dire. C’est très intéressant, surtout quand on connait l’importance du dialogue et de l’expression des sentiments et des opinions.

J’aime beaucoup l’idée qu’il y ait des questions en réponse aux grandes interrogations car, après tout, si nous avons une réponse, est-ce la bonne pour notre enfant ?

Les livres ont été écrits par Oscar Brenifier, un docteur en philosophie, et illustrés par Frédéric Rébéna.

Vous trouvez les séries de six questions sur les dos des couvertures que voici :

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La_lanceuse_de_couteaux_c1_largePrésentation de l’éditeur :

Cette histoire, c’est l’histoire de Siloé, qui ne voit plus la magie du cirque dans lequel elle a grandi et le quitte pour de mauvaises raisons mais qui, en chemin, apprendra à faire ses propres choix et à définir ses envies personnelles. C’est l’histoire d’une indépendance progressive, piquée d’embûches, d’amitié et d’amour.

Siloé est orpheline de mère et vit dans le cirque familial, entourée par toute une galerie de personnages atypiques. Mais la jeune fille rêve d’être lanceuse de couteaux, ce que son père lui refuse obstinément. La voilà donc qui décide de rallier un cirque concurrent pour – enfin – essayer de faire ses preuves… Mais elle est loin d’imaginer les épreuves qui l’attendent !

« UN ROMAN PERCUTANT ET DÉROUTANT, TERRIBLEMENT ACTUEL. (…) ON FERME LE LIVRE AVEC L’IMPRESSION DE QUITTER DES AMIS. » Clarisse Sabard, auteure du best-seller Les Lettres de Rose

Mon avis :

J’étais ravie en recevant ce livre de redécouvrir la plume d’Eve Borelli. J’avais déjà aimé certaines de ses parutions, et j’avais vraiment hâte de découvrir l’histoire de Siloé. Je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps : ce livre, je l’ai dévoré et il est, à ce jour, mon roman préféré de l’auteure.

Siloé est circassienne, elle accompagne à chaque tournée sa famille et sa troupe, mais elle n’y a aucun rôle, au grand désespoir de son père. Pourtant, elle sait ce qu’elle aimerait faire, quel rôle lui conviendrait : lanceuse de couteaux. Mais son père refuse de l’entendre : il a peur pour elle. Les relations entre le père et la fille sont très compliquées, mais elle peut toujours compter sur Bowie pour se remonter le moral, son ami de longue date.

Plus elle grandit, moins elle se sent à sa place. C’est dans ce contexte qu’elle rencontre Raphaël, le fils d’un cirque concurrent. Rapidement, il l’hypnotise et elle décide de le suivre : lui, il lui offrira sa chance d’être celle qu’elle souhaite devenir, elle en est persuadée. Mais ça ne se passera pas vraiment comme prévu.

C’est un roman très chouette, malgré le sujet principal assez sombre. Pas d’histoire d’amour qui baigne dans le romantisme, mais les affres de la passion et les souffrances qui peuvent en découler. On ne devine pas l’histoire, on ne peut que la supposer, voire même la craindre.

J’ai beaucoup aimé Siloé, qu’on a un peu envie de secouer au début du texte mais qui finit par grandir sous nos yeux, et à comprendre la vie, tout simplement. Son père m’a aussi beaucoup touchée : un gros dur, rongé par la peine, qui ne sait pas exprimer ses sentiments.

Un texte intense, des personnages bien décrits, un fil conducteur très prenant, une écriture belle et fluide, bref, c‘est vraiment un gros coup de cœur.

La lanceuse de couteaux est sorti aux éditions Charleston !

[Ado] Des poings dans le ventre, Benjamin Desmares

Au collège, Blaise laisse parler ses poings : « Ba-Ba-Bam ». Et quand il finit par être viré, cette violence se répand dans les rues et jusqu’à chez lui. Mais au-delà du délinquant, Blaise est aussi un adolescent torturé, poursuivi sans relâche par ses angoisses et sa colère. Dans ce récit court et nerveux à la deuxième personne du singulier, Benjamin Desmares interpelle ouvertement son lecteur pour le faire réfléchir sur un thème contemporain très fort.

Mon avis :

Voici un livre qui m’a frappée dès les premiers mots que je ne peux m’empêcher de vous recopier :

« La cour est calme. Il a plu tout à l’heure, pendant le cours de physique. Le sol est encore humide. Luisant. Un vent froid hante les coursives. Il est 13 h 30. Le dos contre le mur du bâtiment de sciences, tu écoutes.

Tu es seul. Premier à sortir le midi, premier à rentrer chez toi. Premier aussi à remettre les pieds dans cet endroit que tu détestes. Ici ou chez toi, après tout, n’est-ce pas la même chose ?

Tu entends leurs bruits bien avant de les voir. C’est drôle, semaine après semaine, il y a toujours des rires. Malgré tout. Ils oublient vite. Tu les vois arriver, ils sont là, ils rient et se bousculent. Bientôt la cour en sera pleine. Alors, tu pourras faire ton choix. »

Blaise ne connait qu’une façon pour laisser exprimer ses émotions : il frappe. Sa signature ? Trois coups dans le ventre « Ba-Ba-Bam », une technique fiable et bien rodée. Le matin, quand il arrive au collège, son regard parcourt l’ensemble des élèves jusqu’à ce qu’il s’arrête sur le visage de celui qui sera sa victime. De la violence gratuite. Quand il est exclu du collège, il retrouve des « copains » à lui, qui trainent eux aussi. Ils se tiennent compagnie en buvant de la bière, parfois aussi en fumant de l’herbe. Quand Blaise rentre chez lui, il se retrouve seul avec sa mère. Et là aussi la violence finit par sortir. La nuit, il est tourmenté par des cauchemars mais refuse d’admettre qu’il connait la peur. Mais quel est ce sentiment alors qui le ronge face à cet homme cagoulé qu’il croise de plus en plus souvent, alors qu’il déambule la nuit ?

Sous ses airs de gros dur, Blaise cache un profond malaise. Ses angoisses ressurgissent la nuit sous forme de cauchemars, et pour ne plus y penser le jour : il frappe. C’est un peu comme s’il frappait le vide qui lui bouffe la vie.

Loin de vouloir dédouaner Blaise, Benjamin Desmares répond à une question qui peut recevoir des centaines de réponses : pourquoi autant de violence ? Que se passe-t-il dans la tête d’un simple collégien pour qu’il en vienne à se conduire ainsi ?

Le récit est court, mais il prend aux tripes. L’écriture nous frappe, elle est juste et puissante, les mots nous touchent, claquent et résonnent. La rage transpire le texte, la souffrance aussi.

Une claque.

Des poings dans le ventre est publié aux éditions du Rouergue jeunesse, en janvier 2017.

Retrouvez les avis de Noukette et de Jérôme !

Les regards des autres, Ahmed Kalouaz

Les regards des autres par Kalouaz

Présentation de l’éditeur :

Harcelée au collège par une bande de filles, Laure a bien du mal à réagir.  Elle finit cependant par alerter le principal et ses parents lorsque des élèves plus fragiles qu’elle se trouvent pris comme cible. Dans ce roman émouvant et fort, Ahmed Kalouaz décrypte remarquablement le mécanisme du harcèlement.

Mon avis :

Les livres sur le harcèlement commencent à être nombreux, et pour cause, c’est l’un des plus grands fléaux dans les établissements scolaires pour les jeunes.

Laure est harcelée par une bande de filles dans son collège, Émilie et ses amies. Elle est en troisième, et pourtant cela dure depuis déjà longtemps, trop longtemps.  Pourquoi ? Elle trainerait avec un garçon bizarre, « intello ». Alors quand vient le moment de retourner à l’école, c’est avec le ventre noué. Ses notes baissent. Elle n’a jamais voulu en parler à ses parents, qui s’interrogent, ni à sa tante, Perrine, dont elle est proche. Elle pensait que ça finirait pas s’arrêter, qu’à force de montrer que cela ne la touche pas, elle se lasserait. Mais non. Pourtant, un jour, elle comprendra que la parole est sa meilleure défense, et qu’elle doit réussir à en parler.

Comment parler du harcèlement ? Comment peut-on exprimer ce mal-être, cette peur, cette haine venant de l’autre dont on finit par se sentir responsable ? Comment ne pas craindre les représailles ?

Des questions difficiles auxquelles Ahmed Kalouaz essaie de trouver une réponse, sans baguette magique. La fin positive est bienvenue et aidera certainement les adolescents à montrer que tout est possible, qu’on peut s’en sortir,  même si on a l’impression d’être seul(e) au fond du trou et que rien ne s’arrêtera jamais.

Un livre essentiel à la bibliographie sur le harcèlement scolaire et de la violence.

Quelques phrases que j’ai particulièrement aimées :

« Les faibles ne se rebellent jamais, ils craignent les coups de poing dans l’épaule, les regards noirs, l’isolement où ils se retrouvent, pourtant, à force de silence » page 49.

« Bouc émissaire est un mot que je connaissais de loin, sans vraiment savoir ce qu’il voulait dire dans la réalité pour celui qui le subissait. Mais je ne me sens responsable de rien, simplement d’une amitié profonde avec un garçon que d’autres trouvent différent. A mes yeux, il ne l’est pas. Ce sont les tyrans qui voudraient qu’on leur ressemble, et qui viennent en cours seulement parce que c’est obligatoire et pour tuer le temps. » page 39

« Tu vas le payer, poufiasse ! » page 91

Les regards des autres est sorti aux éditions Le Rouergue, en février 2016, dans la collection Doado.

Danse Hermine, je vis, Mazarine Dupuich

Quatrième de couverture :
J’ai lutté toute ma vie pour faire la Lumière dans les coins les plus noirs. « Mon » père me maltraitait. « Il » maltraitait Maman aussi. Les conséquences peuvent être graves, elles créent des bleus au corps mais aussi des bleus à l’âme. Comment vivre quand on est régulièrement méprisée ?
Suite aux comportement anormaux d’un père, une enfant est prise dans la spirale incessante des enquêtes de justice et des réunions de suivis des travailleurs sociaux. Comment la justice prend-t-elle en compte la parole d’une enfant ? Ses volontés ? Et la réalité des faits ?


L’histoire et mon avis :
C’est le journal d’Yseult, une jeune fille de presque 13 ans que nous lisons. Une enfant surdouée, mais surtout une victime de violences à la fois physiques et morales infligées par « son » père, qui se sent perdue dans un système judiciaire injuste qui ne l’écoute pas.
Alors qu’une première enquête éducative s’est révélée positive quant à l’avenir d’Yseult (promise à un « brillant avenir », assurant l’absence de problèmes particuliers), elle se retrouve ballottée de réunions en réunions, l’obligeant parfois à rencontrer celui qui est nommé « son père » par la justice mais qu’elle refuse de voir comme tel, alors que ces rencontres sont plus douloureuses que bénéfiques pour elle.
Dans cette lutte elle n’est pas seule : elle peut compter sur le soutien de quelques amis mais aussi sur le soutien indéfectible et absolu de sa mère, elle aussi victime de ces mêmes violences.
Mazarine Dupuich a 13 ans, l’âge de notre narratrice. Elle présente avec une lucidité plutôt déconcertante pour son âge les insuffisances et les inepties de la Justice face à la maltraitance, et la place – ou plutôt la non-place – faite aux enfants qui en souffrent.
J’ai aimé ce livre, même si quelques points ont pu me gêner dans la lecture (certaines répétitions et l’utilisation excessive des points d’exclamation qu’on retrouve en troupeau de deux, trois voire plus … certainement pour insister sur l’indignation, mais je ne trouve pas cela utile et plutôt dérangeant – avis purement personnel évidemment). Cela reste un bon premier livre et une lecture que je recommande.

Quelques phrases … :
– « Maman m’a toujours aidée à m’envoler malgré tout. Petite, j’admirai deux personnes pour leur paix. C’était Maman et Gandhi. Je les admire toujours. » (page 11)
– «  »Il » essaie de m’emprisonner, de nous emprisonner. Je suis la chose de « sa chose » !! Il continue à vouloir nous chosifier ». (page 58).

Le bruit de tes pas, Valentina d’Urbano

Avant de vous faire découvrir le nouveau livre de Valentina d’Urbano, qui est sorti hier (Acquanera), j’en profite pour transférer la chronique de son premier livre (oui, oui, j’ai du retard ….) : une très bon souvenir.

Présentation :

« La Forteresse », 1974 : une banlieue faite de poussière et de béton, investie par les plus démunis, royaume de l’exclusion et de la violence où chacun essaie de s’en sortir à sa manière, travail précaire, larcins, deals en tous genres… C’est là que grandissent Beatrice et Alfredo : elle, issue d’une famille pauvre mais unie, qui tente de se construire une vie digne ; lui, élevé avec ses deux frères par un père alcoolique et brutal. Presque malgré eux, ils deviennent bientôt inséparables et s’influencent mutuellement au point de s’attirer le surnom de « jumeaux ».

Mais ce lien, qui les place au-dessus de leurs camarades comme des sortes de héros antiques, est à la fois leur force et leur faiblesse. Car, parallèlement à la société italienne, touchée par la violence des années de plomb, leurs caractères, leurs corps et leurs aspirations évoluent au fil des ans.

Chez Beatrice, courageuse, volontaire, qui rêve de rédemption et d’exil, l’amitié initiale se transforme peu à peu en amour sauvage, exclusif. Chez Alfredo, fragile et influençable, le désespoir s’accentue.

Drames familiaux, désœuvrement, alcool et drogue, tout semble se liguer pour détruire les deux jeunes gens. Quand l’héroïne s’insinue dans la vie d’Alfredo, Bea, tenace, ne ménage pas ses forces pour le sauver, refusant de comprendre que la partie est perdue d’avance. Le Bruit de tes pas, qui s’ouvre sur l’enterrement d’Alfredo, est le récit de ces quinze années d’amitié et d’amour indéfectibles.
Un texte intense, à la narration âpre portée par une sobre poésie.

 Mon avis :
Comme vous l’avez lu au-dessus, le livre s’ouvre sur l’enterrement d’un jeune homme, Alfredo, raconté par Béatrice. Tous les deux étaient surnommés « les Jumeaux », les voyant toujours ensemble. Pourtant, on ne peut pas dire que c’était les grandes effusions d’amour entre eux, d’ailleurs dès les premières pages on peut lire ceci « Alfredo n’était pas bon et personne ne l’aimait, je le sais : quand on est aimé, on ne s’expose pas au risque de mourir seul comme un chien. Quand on est aimé, on a la possibilité de s’en sortir. Non, Alfredo était un crétin. Il n’a été qu’un imbécile de sa naissance jusqu’à sa mort. Et quand il a crevé, il n’a pensé à rien, il ne s’en est probablement même pas aperçu ».  Ils vont même fréquemment jusqu’à se frapper l’un l’autre. Et pourtant, on se rend compte tout au long du livre qu’ils s’aiment autant qu’ils se détestent : ils ne peuvent réellement se passer l’un de l’autre. D’emblée les émotions sont là.
On comprend alors que ce n’est pas une belle histoire d’amour ordinaire que l’on va lire, ni une histoire à suspens : la fin est déjà là. Ce qui va nous intéresser, et c’est ce que j’ai voulu découvrir, intriguée dès les premières pages par cette description plutôt peu flatteuse d’Alfredo, c’est la nature des liens qui liaient les « jumeaux », et comment ils en sont arrivés là.
Ce n’est pas une histoire d’amour tout d’abord entre Béa et Alfredo. Tous les deux habitent dans le même immeuble, chacun avec sa famille, mais Alfredo est fréquemment frappé par son père, comme ses frères. Un jour, il trouve refuge chez la famille de Béatrice. Par la suite, il prendra l’habitude de venir dormir avec elle quand son père sera pris d’accès de violence, situation à l’origine anodine pour les deux enfants, mais qui deviendra plus délicate au moment de l’adolescence, quand l’attirance se fait ressentir. Ils ont tous les deux l’impression d’être coincés dans cette forteresse, puis un jour Béatrice décide de partir en voyage, sans Alfredo. Elle partira plus longtemps que prévu. A son retour, plus rien ne sera comme avant.J’ai pris énormément de plaisir à lire ce livre que j’ai dévoré. Il est touchant, poignant, les relations sont vraiment complexes et fortes. Les mots choisis sont justes (pourtant il s’agit d’une traduction) et nous emportent dans cette histoire vraiment dure mais tellement captivante. On a de la peine pour Alfredo, et je me suis surprise à espérer lire à la fin du livre qu’il allait s’en sortir, pas forcément pour lui, mais pour Béatrice, afin qu’elle soit heureuse, alors que je connaissais déjà la fin.

Une belle première lecture pour cette rentrée littéraire, que je vous conseille fortement !

Le bruit de tes pas sort le 05 septembre, aux éditions Philippe Rey. Retrouvez toutes les informations ici !

Quelques mots sur l’auteur :
Le bruit de tes pas est le premier roman de Valentina d’Urbano, illustratrice de livres pour la jeunesse, née en 1985 dans une banlieue de Rome dont elle a fait le décor de son livre, même si la capitale italienne n’est jamais nommée ici. Valentina D’Urbano a été éditée en Italie après avoir remporté avec « Le bruit de tes pas » le concours Io Scrittore organisé par le grand groupe éditorial italien Mauri Spagnol.