[Ado : dès 13 ans] Les amoureux de Houri-Kouri, Nathalie et Yves-Marie Clément.

Aya Ahoutou, jeune femme ivoirienne, diplômée d’archéologie, spécialiste de la Préhistoire est appelée à se rendre au Mali pour réaliser des repérages sur un potentiel site de fouilles. Oscar Bonogo, vieux Burkinabé, doit partir sur les routes pour gagner l’argent qui lui servira à rembourser la tontine. Kim, fillette malienne, enrôlée dans une bande de mercenaires, se retrouve soudain dans la peau d’un soldat de dieu.
Trois protagonistes qui prennent tour à tour la parole… pendant que nous suivons la route de Nourh et de Dhib, nos lointains ancêtres disparus il y a 300 000 ans.

Mon avis :

Quelle belle découverte ! J’ai dévoré ce roman choral, que j’ai aimé de la première à la dernière page. J’ai été inquiète en lisant les parcours d’Oscar et de Kim, curieuse en suivant celui d’Aya, passionnée par celui de Nourh puis de Dhib. Ces deux personnages sont vraiment touchants et attendrissants, je dois même avouer qu’ils m’ont donné envie de me replonger dans les livres d’histoire. En effet, comme bon nombre de mes contemporains, je suis plus intéressée par notre époque contemporaine ou de ces derniers siècles que par nos racines lointaines, qui nous rappellent pourtant que nous avons une origine commune et que nos liens pourraient donc être plus forts. Nous ne sommes pas que des individualités mais le résultat de plusieurs mélanges génétiques.

Le roman alterne entre le passé, très lointain (les ancêtres ont disparu il y a plus de 300 000 ans), et l’actualité brûlante : les fouilles archéologiques, les découvertes, le terrorisme, et ce mélange fonctionne très bien.

Un roman que je vous recommande chaudement, publié aux éditions Du Pourquoi Pas !

[Jeunesse – ado] La-gueule-du-loup, Eric Pessan

Rester confiné en ville ? Impensable pour Jo, son frère et sa mère. Ils s’en vont à La Gueule-du-Loup, dans la maison des grands-parents que Jo n’a pas connus, inoccupée depuis leur décès, deux ans auparavant. Et il n’y a pas que des inconvénients : Jo peut faire du sport, profiter de la forêt toute proche, et jeter sur un cahier ses essais de poèmes. Mais bientôt, des phénomènes étranges se produisent. Des bruits inexpliqués. Une peluche qui disparaît. Un animal ensanglanté dans la maison. Qu’est-ce qui hante La Gueule-du-Loup ?

Mon avis :

Quoi ? Un roman qui parle de confinement ? Non merci ! C’est exactement ce que j’aurais répondu si je n’avais pas vu que le roman était écrit par Eric Pessan.

Le confinement, ici, à cause d’une menace sanitaire qui rôde, c’est une toile de fond. L’important est ailleurs : c’est cette maison maternelle, complètement isolée, ces bruits qui surviennent, ces animaux qui rôdent… Jo ne se sent pas à l’aise dans cette maison. Rien que la façade lui inspire du dégoût. Elle ne se sent pas la bienvenue et, depuis qu’ils sont arrivés, sa mère se comporte étrangement. Elle est plus angoissée, plus fatiguée. Si Jo comprend qu’elle soit inquiète pour leur père, resté chez eux pour travailler à l’hôpital, elle comprend que ce n’est pas tout. La maison a un effet négatif sur elle. Mais pourquoi ? Que cache cette demeure ?

C’est un roman fort, très bien écrit, comme bon nombre de romans de l’auteur. Le rythme des phrases mime celui des actions, tantôt rapide, tantôt plus lent, tantôt poétique. Le suspens reste jusqu’au bout et, alors, tout s’éclaire. La fin n’est pas celle qu’on attend, elle n’est pas souhaitable, ni souhaitée d’ailleurs en ce qui me concerne, mais elle est terrible.

Un roman publié à l’Ecole des Loisirs !

[Jeunesse] Hors la loi, Ahmed Kalouaz

Après avoir traversé une partie de l’Europe avec ses parents réfugiés, Badri, jeune Géorgien de 16 ans, se retrouve bloqué à Lourdes, dans l’attente d’une hypothétique régularisation.

Mais pour Margot, la fille de sa famille d’accueil, il n’est pas question d’attendre sans rien faire. Elle entraîne alors Badri dans une fugue riche en surprises et en rencontres à travers le massif des Pyrénées.

Mon avis :

Ahmed Kalouaz est l’un de mes auteurs jeunesse préférés. J’ai été absolument conquise par Le Regard des autres ou Uppercut. Alors, quand j’ai appris qu’il sortait un nouveau roman, aux éditions Le Muscadier, et en plus qu’il allait paraitre en même temps que le mien dans cette même maison, j’ai été absolument ravie.

Ce roman est plein d’amour et d’humanité. Margot décide sur un coup de tête de partir avec Badri. Elle a peur de voir la police venir et l’emmener avant qu’il n’obtienne une régularisation. Lui, il la suit, sans poser de questions : il a confiance. Sur le chemin, ils apprendront à se connaitre un peu plus, et Margot va prendre conscience de son acte.

Le début du texte est surprenant. Qu’est-ce qui peut bien pousser Margot à partir ainsi ? En quoi ce départ permettrait-il réellement de sauver Badri ? Je l’ai vu comme un choix par défaut : que faire, à son âge, pour sauver son ami ? Elle ne veut pas ou, plutôt, elle ne peut pas rester les bras croisés. Il faut dire que la jeune fille a la révolte et la contestation des injustices dans le sang : ses parents manifestent souvent leurs désaccords.

A découvrir !

[Jeunesse 3 – 6 ans] La princesse Ortie, Frédéric Maupomé et Marianne Barcilon

Ortie n’était pas une princesse comme les autres. Elle n’aimait pas les pommes. Elle n’aimait pas filer la laine. Elle n’aimait pas jouer au croquet avec ses suivantes. Et surtout, surtout, elle détestait enfiler des robes de bal pour danser avec des imbéciles de princes. Mais justement, un prince, Ortie allait en rencontrer un…

Mon avis :

En voilà une histoire rigolote ! Ortie n’est pas une princesse classique : les pommes ? Filer la laine ? Les robes de bal ? C’est pas son truc… au grand dam de ses parents ! Ces derniers décident donc de l’envoyer chez sa vieille tante afin qu’elle apprenne les bonnes manières de princesse.

Ortie se rend seule dans son carrosse chez sa tante, pas vraiment ravie. Sur le trajet, elle percute un cavalier qui marchait : un prince ! Mais ils ont à peine le temps de discuter (ou plutôt de commencer à se disputer) qu’un dragon arrive et kidnappe le prince, pensant qu’il s’agit de la princesse ( ce n’est pas sa faute, le dragon est myope). Alors la princesse décide d’aller le sauver…

L’histoire fait rire. Elle amuse par le détournement des codes du conte merveilleux et par les situations. Elle sera aussi un parfait contre-pied aux histoires classiques de contes de fées !

Un album paru aux éditions L’école des loisirs !

[Rentrée littéraire 2021] La vie dissimulée, Marinca Villanova

Et brusquement, le monde rassurant s’écroule. Le père de Nina part, son frère s’endurcit, sa mère se met au lit. Elles vont désormais rester toutes les deux. Nina guette les infimes variations de la présence de sa mère, dans le souffle de sa respiration ensommeillée, dans les silences de sa mélancolie. L’étau se resserre, les instants de joie hors de la maison sont des moments volés. L’enfant le sait, sa mère est devenue incapable de survivre sans elle. Personne ne doit deviner ce qui leur manque. Parfois, lorsque Nina est seule, l’odeur de la forêt revient. Celle de bois pourri, de fougère et de mousse trempée.

Mon avis :

Nina voit dès son plus jeune âge sa famille exploser. Son père part, sa mère se renferme, son frère explose. Au milieu, il y a Nina, notre narratrice. Elle comprend que le départ de papa coïncide avec quelque chose de mal, mais elle ne sait pas quoi.

Au début, la grand-mère maternelle s’occupe des enfants : leur mère est hospitalisée. Du côté de la mère, ils reçoivent des parents de l’argent, rien de plus. Alors Nina, de retour chez elle avec sa mère qui n’est plus capable de s’occuper du quotidien, endosse le rôle de cheffe de famille, malgré son jeune âge. Puis, un jour, le père revient. Nina accepte de passer du temps avec cet homme qu’elle ne reconnait plus vraiment.

Je suis passée un peu à côté de ce livre. La situation familiale est très lourde, beaucoup trop pour une enfant. Néanmoins, en tant qu’enseignante, je sais que c’est quelque chose de réaliste. C’est peut-être ça, qui m’a déplu. Me prendre en pleine figure une nouvelle preuve que la société déraille. Mais il y a aussi ce sentiment de ne pas comprendre, de ne pas savoir vraiment le pourquoi de l’histoire et de rester au fil des pages sur ce « et ? ».

S’il ne m’a pas séduit, je vous conseille toutefois de vous faire votre propre avis : l’écriture de l’autrice est très agréable à lire.

Un roman publié aux éditions Eyrolles.

[rentrée littéraire 2021] L’arbre ou la maison d’Azouz Begag 

Présentation de l’éditeur :

De retour en Algérie, deux frères redécouvrent la maison de leur enfance, en même temps qu’un pays en pleine révolution démocratique.
Un voyage initiatique fait de chair, de larmes et de rires.

Après une longue absence et la mort de leur mère, deux frères lyonnais se rendent à Sétif pour s’occuper de la maison familiale à l’abandon. Tandis que Samy craint de retourner dans cette ville où il n’a plus de repères, Azouz veut assister à la révolution démocratique qui secoue le pays de leurs racines. Par-dessus tout, il espère retrouver Ryme, son amour de jeunesse. Mais une fois arrivés, ils ne reconnaissent plus rien, et aux yeux des locaux, ils sont des inconnus venus de France. Seul le peuplier planté par leur père devant la maison, un demi-siècle plus tôt, n’a pas bougé. Mais il a tellement poussé que ses racines en menacent les fondations. Un dilemme se pose : garder l’arbre ou la maison.

Dans ce roman ensoleillé, pétri de tendresse et d’humanité, Azouz Begag, avec un irrésistible sens de l’humour, confronte la nostalgie de l’enfance à la réalité d’un pays en effervescence, résolument tourné vers l’avenir par la soif de liberté.

Mon avis :

C’est par ce livre très touchant que j’ai commencé à découvrir la rentrée littéraire 2021. C’est aussi mon premier roman de l’auteur – et pas le dernier.

J’ai été touchée par les retrouvailles entre les deux frères, mais aussi par les émotions et les souvenirs qui les assaillent une fois arrivés en Algérie. Au départ, Samy n’est pas très motivé : l’Algérie lui semble loin, en terme de kilomètres mais aussi de liens, contrairement à Azouz, qui a une triple motivation : voir l’Algérie en proie à la révolution, retrouver Ryme mais aussi régler cette question d’héritage.

Alors qu’ils pensent rentrer dans un second chez eux, là où se trouvent leurs racines familiales, ils sont considérés comme des étrangers et la population ne leur est pas forcément favorable… Dans une Algérie agitée, il sera temps pour eux de faire des choix, et pas seulement celui de savoir s’ils gardent l’arbre ou la maison, dont les racines du premier menace la seconde. Je trouve le lien entre les racines de l’arbre et les racines familiales judicieux et très intéressant. Il exprime bien le dilemme identitaire pour ces binationaux.

Si j’ai été autant touchée, c’est peut-être parce que l’auteur raconte son histoire : il y a bien ce peuplier, planté par son père, qui menaçait les fondations de la maison, et toutes les questions qui en découlent. Puis, il y a aussi cette écriture, fluide et non dépourvue d’humour que j’ai beaucoup appréciée.

Je vous conseille ce beau roman, qui vous fera rire, et qui devrait vous toucher.

Le roman est sorti aux éditions Julliard.

[Jeunesse – ado ] Le vol d’Icare, Christine Deroin et Angélique Excoiffier

Valentin a dix ans quand il arrive dans sa nouvelle école. Sur un mur de sa classe est affichée une reproduction du collage de Matisse « Icare ». Valentin fera comme Icare, il volera. Valentin fera mieux qu’Icare, il volera loin, très loin. Il en est certain.

Enfin, pas toujours. Parfois, il est aussi certain d’être le plus nul des garçons.

Mon avis :

C’est certainement l’un des romans de la collection « saison psy » qui m’apprend le plus de choses. Je n’ai jamais été confrontée en tant qu’enseignante à un élève bipolaire, ni dans mon entourage personnel proche et j’ai particulièrement apprécié la façon dont le trouble est présenté ici.

Valentin a des crises de colère assez surprenantes. Il en sort complètement vidé, épuisé. Il n’arrive pas à se contrôler, c’est plus fort que lui. A côté, il y a des moments pendant lesquels il se pense invincible, comme quand il est persuadé qu’il pourra voler.

Nous voyons aussi la façon dont est vu Valentin par son entourage scolaire, qui ne parvient pas forcément à le comprendre. Si au début ils amusaient les autres, ils ont commencé à s’en éloigner, et même à en avoir peur. Ses parents sont très aimants, mais on sent aussi qu’ils sont dépassés.

Comme toujours dans ces livres, des « moments psys » s’intercalent entre les chapitres pour expliquer les réactions du personnage principal et nous donner plus d’informations sur le trouble en question (explication de la bipolarité chez l’enfant, les difficultés dans la vie sociale, les comportements à risque…). Ces conseils sont toujours aussi précieux et très éclairants (dans celui-ci, ils sont rédigés par Angélique Excoiffier)

A retrouver sur le site de la maison d’édition Le Muscadier!

D’autres romans de la collection « Saison psy » :

Sur le fil (trouble bordeline)

(Dé)connexions

Caméléon (trouble Asperger)

Les éditions Usborne ont ce qu’il faut pour occuper les enfants cet été !

Vous ne savez pas avec quoi occuper vos loulous pendant les vacances ? Voici trois livres qui ont été essayés et adoptés à la maison ! Pour retrouver le livre sur la maison d’édition, cliquez sur le titre !

Fées, lutins et elfes :

Celui-là, il est idéal pour les voyages en voiture, ou les repas au restaurant afin d’occuper votre enfant. Composé de 200 autocollants, l’album est riche en couleurs !

Je dessine pas à pas

On oublie la voiture pour celui-là, ce n’est pas le lieu le plus pratique !

Les enfants auront plaisir à apprendre à dessiner de nombreux animaux avec Poppy et Sam. Les explications sont claires, la réalisation des dessins suffisamment progressive pour ne pas perdre l’enfant. Et rien n’interdit l’adulte de suivre aussi les consignes sur une feuille blanche !

TOUT SAVOIR SUR L’ART

Ce beau livre de 98 pages est très réussi. Il permet à l’enfant de découvrir des réalisations célèbres, mais il explique aussi ce qu’est l’art, les différentes façons d’en faire, donne des conseils, parle d’angles, de composition, de couleurs, de techniques etc…

Je le trouve assez complet pour une première immersion dans l’art. C’est le genre de livre qu’on garde précieusement dans sa bibliothèque et qu’on ressort régulièrement pour apprendre de nouvelles choses ! Alors si vous avez des enfants curieux ou amateurs d’art : n’hésitez pas ! Il est indiqué pour les enfants à partir de 09 ans, je pense que mes collégiens (6ème / 5ème) aimeraient tout autant.

Lectures estivales : « M’asseoir cinq minutes avec toi » de Sophie Jomain et « Les Victorieuses » de Laetitia Colombani

J’ai lu plusieurs romans ce mois de juillet, mais il y en a surtout deux m’ont touchée, évinçant presque les autres tant j’ai été emportée par leurs histoires.

M’asseoir cinq minutes avec toi, Sophie Jomain.

Claire et Julien se sont follement aimés. Un coup de foudre, un mariage et enfin, une fille, Pauline, belle, parfaite… et différente.
Ils étaient prêts, ils la voulaient de toutes leurs forces, mais peut-on rester des parents unis face au handicap d’un enfant ?
Ce roman c’est l’histoire de Claire qui voit partir l’homme de sa vie, de Julien qui étouffe sous le poids de la culpabilité, de Pauline qui voudrait que son papa et sa maman s’aiment de nouveau.

Mon avis :

C’est une histoire très touchante, et certainement le roman que j’ai préféré de l’autrice. Une histoire de vie fabuleuse, pleine d’amour, de questionnements, de faiblesse, de souffrance. La vraie vie en somme. Pauline présente des troubles du spectre autistique. L’idéal (s’il en est un) d’une famille classique s’envole et le couple commence à battre de l’aile… Oui, mais pas pour les raisons qu’on pourrait croire.

C’est un roman viscéral, d’une force peu commune. J’ai adoré suivre le point de vue de Claire, mais j’ai aussi apprécié que l’autrice prenne le temps de donner celui du père. L’alternance fonctionne très bien. Un vrai coup de cœur !

Les victorieuses, Laetitia Colombani

A 40 ans, Solène a tout sacrifié à sa carrière d’avocate : ses rêves, ses amis, ses amours. Un jour, elle craque, s’effondre. C’est la dépression, le burn-out. Tandis qu’elle cherche à remonter la pente, son psychiatre l’oriente vers le bénévolat : sortez de vous-même, tournez-vous vers les autres, lui dit-il. Peu convaincue, Solène répond pourtant à une petite annonce :  » association cherche volontaire pour mission d’écrivain public  » .
Elle déchante lorsqu’elle est envoyée dans un foyer pour femmes en difficultés… Dans le hall de l’immense Palais de la Femme où elle pose son ordinateur, elle se sent perdue. Loin de l’accueillir à bras ouverts, les résidentes se montrent distantes, insaisissables. A la faveur d’un cours de Zumba, d’une lettre à la Reine d’Angleterre ou d’une tasse de thé à la menthe, Solène va découvrir des femmes aux parcours singuliers, issues de toutes les traditions, venant du monde entier.
Auprès de Binta, Sumeya, Cynthia, Iris, Salma, Viviane, La Renée et les autres, elle va se révéler étonnamment vivante, et comprendre le sens de sa vocation : l’écriture. Près d’un siècle plus tôt, Blanche Peyron a un combat. Capitaine de l’Armée de Salut, elle rêve d’offrir un toit à toutes les femmes exclues de la société. Sa bataille porte un nom : le Palais de la Femme. Le Palais de la Femme existe.
Laetitia Colombani nous invite à y entrer pour découvrir ses habitantes, leurs drames et leur misère, mais aussi leurs passions, leur puissance de vie, leur générosité.

Mon avis :

Je voulais lire ce roman avant de lire « Le Cerf-volant ». J’avais adoré La tresse et je n’ai pas été déçue.

Laetitia Colombani parvient une nouvelle fois à me captiver : elle brosse avec brio les portraits de femmes fortes ou fragiles, mais criants de vérité. Les parcours sont pleins d’humanité. J’ai adoré découvrir Solène ainsi que les autres femmes du foyer, mais aussi le parcours de Blanche : un exemple de persévérance.

Certains cœurs lâchent pour trois fois rien, Gilles Paris.

Présentation :

« Les cliniques spécialisées, je connais. Je m’y suis frotté comme on s’arrache la peau, à vif. Les hôpitaux psychiatriques sont pleins de gens qui ont baissé les bras, qui fument une cigarette sur un banc, le regard vide, les épaules tombantes. J’ai été un parmi eux. »

Une dépression ne ressemble pas à une autre. Gilles Paris est tombé huit fois et, huit fois, s’est relevé. Dans ce récit où il ne s’épargne pas, l’auteur tente de comprendre l’origine de cette mélancolie qui l’a tenaillé pendant plus de trente ans. Une histoire de famille, un divorce, la violence du père. Il y a l’écriture aussi, qui soigne autant qu’elle appelle le vide après la publication de chacun de ses romans. Peut-être fallait-il cesser de se cacher derrière les personnages de fiction pour, enfin, connaître la délivrance. «Ce ne sont pas les épreuves qui comptent mais ce qu’on en fait », écrit-il. Avec ce témoignage tout en clair-obscur, en posant des mots sur sa souffrance, l’écrivain nous offre un récit à l’issue lumineuse. Parce qu’il n’existe pas d’ombre sans lumière. Il suffit de la trouver.

Mon avis :

Je savais en lisant ce livre que j’allais être émue. D’ailleurs, j’en ai retardé le moment. Je le regardais, de loin, à faire le beau dans les étals des librairies, à s’exposer inlassablement sur les réseaux sociaux. Nul doute : il me cherchait. On s’est trouvé. Un matin, je me suis réveillée en me disant que j’avais envie de lire, que j’avais envie de LE lire. Et c’était parti.

Pourquoi savais-je que ce livre allait m’émouvoir ? Je ne sais pas vraiment. Peut-être parce que ce n’est pas le premier livre que je lis de l’auteur et qu’il m’a déjà cueillie, peut-être parce que je repense au temps où j’étais en contact plus fréquemment avec lui pour les SP, peut-être parce que je me souviens de ce salon du livre, à Paris, en 2014, l’année des Lucioles, je crois. Je l’avais déjà rencontré quelques semaines plus tôt, à Lille, mais je ne m’en souviens guère. Pourquoi cette fois-là, à Paris, m’a marquée ? Je n’en sais pas plus. J’ai un souvenir à la fois précis et flou de l’auteur assis derrière la table, les piles de livres face à lui. Le salon était bondé, une odeur de transpiration mêlée de rire flottait, et il était là, visiblement paisible, le visage souriant. Je suis allée le voir plusieurs fois, un peu aimantée. La dernière fois, j’étais passée au stand de « J’ai lu » pour acheter « Au pays des kangourous », que je suis venue me faire dédicacer. Mais cela n’explique toujours rien. Il y a des visages qui marquent, parfois. Pas souvent chez moi, j’ai la mémoire visuelle vaporeuse. Là, ce n’est pas qu’un visage. C’était une présence.

Mais l’émotion n’est pas la seule raison pour laquelle j’ai retardé la lecture de ce roman. Dans ce texte, l’auteur parle de lui, de sa vie, et j’ai toujours un peu de gêne à lire les récits introspectifs à tendance hautement autobiographique, s’ils sont contemporains. Cela me donne l’impression d’être une voyeuse, je ne trouve pas que ce soit un sentiment toujours agréable. Je sais qu’il faut que je passe au-delà pour apprécier le texte, ses mots, son rythme, sa structure narrative. Et c’est ce que j’ai fini par faire.

Parce que l’auteur ne fait que raconter un pan de son histoire. Il nous emmène auprès de lui, entrainés par le rythme des phrases et des paragraphes. Et j’ai beaucoup apprécié laissé le Gilles auteur / responsable de communication pour suivre le Gilles personnage. C’est un parcours plein d’embuches que nous propose ce roman, avec des moments très sombres, mais je trouve l’ensemble profondément lumineux… et vivant. Je ne détaillerai pas l’histoire de ce livre, qui est vraiment à lire. Je me casserai la figure sur les mots.

Gilles, j’ai été touchée, profondément. J’ai eu envie de m’asseoir à côté de ton ancien toi sur un banc, envie de sentir mes genoux toucher les tiens et de m’enivrer de silence. J’ai eu envie de te regarder droit dans les yeux pour te convaincre que tu as de la valeur et du talent, j’ai eu envie de câliner Franklin quand tu ne te sentais pas capable, que tu n’avais pas envie qu’il vienne te faire la fête. Pourtant ceux qui me connaissent savent que je n’approche pas des chiens. Et je pense à toute cette violence, physique et verbale, qui peut détruire. A ces années nécessaires pour se reconstruire quand on a été brisé, au sens figuré, mais aussi au sens propre. Néanmoins, je veux surtout n’en retenir qu’une chose, Gilles : la route vers la lumière.

Un roman publié aux éditions Flammarion.