[Jeunesse / ado] La fille des manifs, Isabelle Collombat

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Barbara marche pour le climat. Elle s’est tellement engagée dans le mouvement des jeunes pour sauver la planète qu’elle est devenue le nouveau visage de cette contestation. Impossible pour elle d’accepter que les adultes soient aussi passifs ou cyniques. Mais son franc-parler ne plaît pas à tout le monde : un mot de trop lors d’une interview, et elle est victime d’un véritable lynchage médiatique. Pour trouver la force de résister, elle écrit un journal à sa grand-mère, dont le destin tragique prend un tout nouveau sens.

Mon avis :

Barbara est une lycéenne comme les autres. Plus tard, elle souhaite devenir cheffe de cuisine. Mais elle comprend que la vie ne se résume pas qu’au travail, et qu’il n’y a pas que pour atteindre ses souhaits professionnelles qu’il faut se remuer.

L’injustice, elle déteste ça. Alors elle milite, s’engage pour la défense de l’environnement,  elle ne peut pas faire autrement. Rapidement, son visage devient celui de la contestation, et aussi celui de toutes les critiques. Pourquoi ? C’est une femme, métisse, jeune, qui ose l’ouvrir pour exprimer ce qui la dérange et qui se destine à un métier manuel (la cuisine). Ses parents sont derrière elle, l’encouragent, même si certains moments sont très durs à vivre.

Tous les jours, la jeune femme écrit à sa grand-mère, décédée un an plus tôt. Elle essaie de la comprendre, de comprendre ce qu’elle a vécu, se demandant si les choses auraient pu être différentes, si une autre fin était possible.

En bref :

Ce livre est très riche. Il ne s’intéresse pas qu’à l’engagement pour la défense de l’environnement, il met en avant l’importance des combats contre toutes les formes de violence. Barbara est une héroïne touchante, assez symbolique de son époque. Elle lutte non pas par héroïsme, mais parce que cela lui semble nécessaire, et même vital. Mais cela dérange… Alors, elle est attaquée sur plusieurs points, des agressions, verbales, psychiques… et physiques. Un roman très fort.

 

 

Un roman paru aux éditions Syros !

 

[Jeunesse] Niko et le pinceau magique, Delphine Laurent

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Niko vient de recevoir un cadeau extraordinaire : un pinceau magique qui fait apparaître ce qu’il désire le plus ! Il peut avoir tout ce qu’il veut, comme ce portable qu’il convoite tant…

Mais quand avec ses amis, ils décident de se venger de Max, la terreur du collège, les choses se compliquent… Réussiront-ils à maîtriser le pouvoir du pinceau ?

Mon avis :

Voici un chouette roman qui plaira aux enfants. Qui n’aimerait pas recevoir un pinceau magique, qu’il soit enfant, adolescent, ou même adulte ? Quelle serait la première chose que vous aimeriez voir apparaitre ? Niko finira par partager son secret avec Ahmed, son meilleur ami, et Krissy, avec laquelle ils viennent de sympathiser. Ensemble, ils prendront une décision : ils vont se servir du pouvoir du pinceau pour venger tous les élèves maltraités par Max, une terreur. Mais comment faire ? Jusqu’où aller ?

Le livre est très bien écrit, et l’histoire pleine de rebondissements. On s’attache vite aux personnages, même Ahmed et Krissy, qui sont secondaires. La fin, ouverte, pourrait laisser présager une suite… Au travail, Delphine 😀

A la fin du livre, on trouve un petit cahier de jeux de 5 pages. Au programme : anagrammes, code secret, mots croisés, mot mystérieux , dessin… Je trouve ça chouette !

Un roman paru aux éditions Scrineo, à dévorer à partir de 10 ans !

[Album] Le destin de Fausto, Oliver Jeffers

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Il était une fois un homme qui croyait que tout lui appartenait. Un jour, il décida d’aller faire l’inventaire de ce qui était à lui.
Une fable intemporelle sur la tyrannie et le désir de possession par l’auteur de Nous sommes là.

Mon avis :

Fausto est un homme hautain et colérique. Il pense que tout lui appartient, ou qu’il suffit de se mettre en colère en tapant des pieds et des poings pour obtenir ce qu’il désire. Si au début rien ne lui résiste ( une fleur, un mouton, un arbre… qui font preuve d’une belle humilité), il finira par tomber sur plus fort / plus malin que lui.

Fausto n’est pas capable de se contenter de ce qu’il a. Il en veut toujours plus. Si l’album est pour les enfants, on ne peut que remarquer un parallèle avec le comportement des adultes qui estiment que la nature leur appartient… A l’instar de Fausto, il faut en subir les conséquences. On est en plein dedans.

Le titre, Le destin de Fausto, me fait penser à la légende de Faust. Vous savez, ce savant qui contracte un pacte avec le diable…. Lui aussi doit en subir les conséquences.

La mise en scène est minimaliste, ce qui donne encore plus de force aux mots de Fausto.

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Un album publié à l’école des loisirs !

 

[Docu / fiction] »[Dé]connexions » et « Caméléon », Christine Deroin.

Aujourd’hui je vous présente deux livres parus aux éditions le Muscadier, dans la collection « Saison psy », dirigée par Christine Deroin.

Le premier, (Dé)connexions, s’intéresse à l’addiction aux écrans.

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Manon, Clément et Enzo sont trois adolescents. Manon veut devenir créatrice de jeu et piaffe d’impatience. Enzo est accro aux jeux en réseau et aux jeux d’énigmes, et son mal-être le pousse à s’identifier à ses avatars. Clément vient de perdre le chien de son enfance et ne trouve d’oreilles compatissantes que parmi les adeptes des réseaux sociaux.

Trois expériences différentes qui démontrent la complexité et la diversité de ce qu’on appelle communément l’addiction aux écrans.

L’addiction aux écrans n’est pas une nouveauté. Sa dangerosité a déjà été démontrée plus d’une fois mais les écrans continuent à prendre de plus en plus de place, plus encore pendant cette période de confinement pendant laquelle les enfants / adolescents sont chez eux. Récemment, j’ai lu que les ventes de jeux vidéos sont en pleine expansion depuis un mois…

Il faut dire qu’ils ont tout pour attirer.  Face à l’écran, on oublie un peu le monde qui nous entoure, on se crée une nouvelle famille virtuelle qui nous apparait rapidement comme essentielle, on se sent moins seul. Le temps passe à toute vitesse, tellement que les nuits raccourcissent, ce qui a des conséquences sur la vie quotidienne et la santé (fatigue, mauvaise alimentation, irritabilité, etc). On a aussi tendance à faire facilement confiance à la personne avec laquelle on discute, alors qu’on ne la connait pas… et qu’elle peut nous faire croire ce qu’elle veut. Le livre illustre très bien ces dangers.

Notons que, contrairement à ce qu’on croit, l’addiction aux jeux vidéos ne concerne pas que les garçons, comme le prouve la présence de Manon.


Le second, Caméléon, traite du trouble Asperger.

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Alice est une adolescente que tout le monde a toujours qualifiée de haut-potentiel sans reconnaître la profondeur de son malaise et son véritable trouble Asperger. Un déménagement et un changement de collège vont la déstabiliser et faire jaillir sa personnalité d’ovni (« objet vivant non intégré »), comme l’appelle sa sœur.

Son admiration pour Fanny, la star de la classe, et sa volonté de lui ressembler en tout point pour être aimée, vont faire exploser ses repères et la mettre en danger.

Le trouble Asperger chez les filles est rarement diagnostiqué dans l’enfance. Le déceler tôt permettrait d’aider les adolescentes à s’épanouir, et aiderait leur entourage à l’accepter.

J’ai adoré lire ce livre et découvrir le cheminement d’Alice. Cette dernière a dû mal à comprendre les codes de la vie en société et s’intègre difficilement. Les ados s’agacent de la voir s’imposer si maladroitement et les adultes aimeraient qu’elle fasse plus d’efforts… comme si c’était sa faute ! La souffrance de l’adolescente est réelle.

 


 

Ces livres sont vraiment des mines d’or indispensables pour comprendre les problèmes et les enjeux de notre société. Les histoires sont vraisemblables, les analyses pertinentes et les aides réelles. Ils peuvent convenir à toute la famille : les adolescents y trouveront des reflets de leurs vies, sans avoir le sentiment désagréable d’être jugés, et les parents des explications grâce aux interventions des spécialistes.

« La collection Saison psy traite de problématiques liées au quotidien et aux questionnements des adolescent·e·s. Les aspects psy et bien-être ne sont jamais abordés l’un sans l’autre, de telle manière que les réponses données au fil des pages permettent d’alléger voire de dissiper totalement le désarroi des lecteurs et des lectrices face à certaines situations compliquées de la vie.

Chaque livre propose une double approche de la thématique : sous forme de fiction, d’une part, et sous forme documentaire, d’autre part. Tous les titres de la collection sont découpés en épisodes – constitués chacun d’un chapitre du récit et d’une analyse psychologique – qui forment un ensemble cohérent, comme une saison complète d’une série TV dans laquelle les personnages auraient le droit à une séance psy à la fin de chaque épisode pour mieux décortiquer leurs actions et leurs comportements.

Au fil des saisons, chacun·e trouvera des réponses pour mieux aborder les maux qui jalonnent l’existence d’un·e ado d’aujourd’hui.. »

[BD] Béatrice, Joris Mertens

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Béatrice est vendeuse au rayon gants d’un grand magasin. Chaque jour elle prend le train pour se rendre au travail. Dans la cohue de la gare, un sac à main rouge attire son attention. Jour après jour, à chaque passage dans la gare, il semble l’attendre. Succombant à sa curiosité dévorante, Béatrice, en emportant l’objet chez elle, ouvre les portes d’un monde nouveau loin de sa routine quotidienne et qui la transporte dans une autre époque. Béatrice pourra-t-elle revivre une autre vie et pour combien de temps ? 

Mon avis :

Voici une très jolie BD, sans texte. Les illustrations sont d’autant plus importantes, et parfaitement réussies, que ce soit au niveau du graphisme général, des couleurs, des jeux de lumière ou des expressions des personnages, surtout Béatrice, vêtue de rouge.

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Béatrice est paru aux éditions Rue de Sèvres !

 

 

La femme au manteau violet, Clarisse Sabard

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2018.

À la suite d’un accident, Jo apprend qu’elle risque la rupture d’anévrisme, et que l’opération qui pourrait la sauver n’est pas sans risques. Persuadée qu’elle va mourir, elle se réfugie chez son grand-père. Elle découvre alors qu’il a reçu quinze ans plus tôt un pendentif, accompagné de quelques mots griffonnés : « De la part de Charlotte, qui n’a jamais oublié Gabriel. Ce souvenir vous revient de droit. » Déterminée à percer ce secret de famille, Jo se rend en Angleterre, sur les traces du mystérieux bijou.

1929.

Charlotte et son mari se rendent à New York en voyage d’affaires. Là-bas, la jeune femme s’éprend du charmant Ryan… Lorsqu’il apprend qu’elle l’a trahi, son époux, pris d’un violent accès de rage, la laisse pour morte. À son réveil, Charlotte comprend, effondrée, qu’il est parti avec ses papiers : il lui est désormais impossible de rentrer en France et de rejoindre son fils Gabriel.

Un roman qui traverse les océans, les générations, et s’interroge sur la maternité dans la vie d’une femme.

Mon avis :

Voici un roman dans lequel je me suis plongée avec délice.

Nous embarquons d’un côté dans le New York des années 30, une période que je connais peu mais que l’autrice décrit suffisamment bien pour que l’on puisse s’y imaginer. Au programme : la prohibition, les gangsters, la crise de 29 et les catastrophes économiques qui en découlent avec notamment un taux de chômage effarant, la violence envers les personnes noires de peau… C’est l’univers de Charlotte, qui a été abandonnée par son mari. Elle vit une histoire d’amour complexe mais forte avec Ryan. Elle avancera, malgré les tempêtes et trouvera de l’aide auprès de Curtis, un musicien de jazz, et de Norma, sa cousine, deux personnages que j’ai beaucoup aimés.

Charlotte est un personnage au caractère fort, qui m’a rappelé par certains aspects Tess, le personnage du roman « Baby Jane à Broadway », écrit par Ahava Soraruff. Cette histoire avait été un coup de cœur du prix du livre Romantique des éditions Charleston.

Puis, nous revenons dans le présent avec le personnage de Jo. Elle part sous la demande de son grand-père trouver la réponse à une question : pourquoi son aïeul a-t-il reçu un médaillon quelques années plus tôt ? Elle sera accompagnée d’une amie. Jo m’a moins touchée, sans que je ne sache vraiment pourquoi. Il faut dire que l’histoire de Charlotte est tellement forte qu’il est difficile de rivaliser à côté. Néanmoins, la double temporalité fonctionne très bien.

Ce roman est une belle réussite. C’est, pour moi, le meilleur texte de Clarisse Sabard et je vous conseille de le noter pour aller l’acheter quand les librairies relèveront le rideau, ou de l’acheter en numérique. Vous passerez un merveilleux moment et oublierez le temps de quelques heures le quotidien.

D’autres romans de l’autrice :

La vie est belle et drôle à la fois

Le jardin de l’oubli

La plage de la mariée

Les lettres de Rose

[Jeunesse ] Maman les p’tits bateaux, Claire Mazard

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Marie-Bénédicte a 12 ans. Pour son anniversaire, ses parents lui offrent un ordinateur. À cet ordinateur, elle va confier son terrible secret : depuis cinq mois, tous les mercredis après-midi, son oncle Laurent – le jeune frère de sa mère avec qui elle a passé de si belles vacances lorsqu’elle était enfant – abuse d’elle sexuellement.

Elle écrit son mal-être, sa souffrance, son sentiment de culpabilité, son découragement devant son entourage qui ne peut ou ne veut rien voir. Mais comment briser le silence ?

Mon avis :

Vous connaissez peut-être déjà ce livre puisqu’il est paru une première fois aux éditions Casterman, en 2000. C’est une très bonne chose car sans cette réédition je serais passée à côté, ce qui aurait été vraiment dommage.

Marie-Bénédicte est régulièrement violée par son oncle. Un oncle qu’elle idolâtrait plus jeune et qui a commencé à poser un regard différent sur elle quand ses formes sont apparues. Elle a essayé d’être moins belle, elle a même rasé ses cheveux qu’il trouvait si longs et si doux… En vain. Cela lui aura valu les cris de sa mère et une convocation au bureau de la CPE, mais aucun effet répulsif sur l’oncle.

La jeune adolescente n’ose pas en parler, alors elle l’écrit, sur le nouvel ordinateur qu’on vient de lui offrir et avec lequel elle ne sait pas quoi faire un premier temps. Pourquoi ne rien dire ? Tout d’abord parce qu’il lui interdit. Puis, parce qu’elle n’ose plus. Dans la famille, tout le monde l’aime, l’oncle Laurent. Mais ses appels à l’aide finiront par être entendus.

C’est un livre au thème dur, puisqu’il parle d’inceste mais qui est très bien écrit. Pas de détails sordides, rien de tout ça, rassurez-vous, ce qui en fait une lecture tout à fait adaptée aux adolescents.

Autre roman de l’autrice chroniqué sur le blog :

[Jeunesse / ado] Jours de soleil, Claire Mazard