Prudence Rock, Anne Véronique Herter

Alerte au coup de cœur !

J’adore, que dis-je, j’aime profondément la plume d’Anne-Véronique Herter. J’avais dévoré Zou, son premier roman, j’en ai fait tout autant avec celui-ci.

Dans Prudence Rock, nous suivons une bout de vie de Prudence, une adolescente mal dans sa peau qui devient une femme qui se cherche. Une vie qui commence sous les moqueries de ses camarades à cause de l’association plutôt étrange et farfelue de son prénom et de son nom. Certains y verront le signe d’un début de vie bancal, d’autre la simple méchanceté enfantine.

Prudence joue le jeu de la vie. Un jeu dans lequel elle n’est pas tout à fait à sa place, sans savoir vraiment pourquoi. La cruauté l’entoure, elle est malmenée et se malmène, infligeant des souffrances à son corps, ce corps dont elle ne sait que faire. Un terrible accident a marqué sa jeunesse, mais personne n’en parle, c’est oublié. Adulte, elle continuera le jeu : avoir un mari,  être une épouse la plus parfaite possible, mais son corps lui joue des tours : elle ne tombe pas enceinte. Quand elle découvre que son mari la trompe, elle se réjouit : une bonne raison pour le quitter. Et puis, quelques semaines plus tard, il y a Jules. Jules, cet homme plein de charme qui travaille dans la boite qu’elle vient d’intégrer grâce à son père. Jules, un talentueux créateur, qui attire tous les regards, homme craint et admiré. Et si c’était le début du bonheur ? On aimerait mais…

L’histoire est terriblement touchante. Prudence, on voudrait la sauver, la serrer contre soi, lui murmurer à l’oreille que tout ira bien. Parfois, on a envie de la bousculer aussi. On assiste à sa dérive, presque programmée. Sa soeur, Lucie, est constamment près d’elle, apparaissant dans les moments de doute, de peine. Elle sait l’écouter.

J’ai aimé les références musicales, glissées ça et là. Prudence nous montre à quel point il peut parfois être difficile de vivre, la difficulté de l’être humain à être. A croire que certains ne naissent pas avec le bon mode d’emploi.

L’écriture d’Anne-Véronique est puissante, les émotions sont magnifiquement retranscrites, le rythme est entrainant, les gestes et obsessions de Prudence martelés de rythmes ternaires voire plus. Il se dégage de cette écriture quasi poétique une belle fragilité. Les dernières pages m’ont arraché des larmes, alors que je connaissais déjà la fin (j’avais déjà eu la chance de lire le manuscrit).

Une parfaite réussite.

Prudence Rock est sorti aux éditions Félicia-France Doumayrenc !

[roman jeunesse / ado] Cathy Ytak, Les mains dans la terre

En ce moment, je lis beaucoup. Tellement que j’ai un retard monstre sur le blog. Pourtant, il y a de jolies pépites, en jeunesse comme en adulte. Alors avant de vous écrire quelques mots au sujet du magnifique Prudence Rock d’Anne Véronique Herter, je vous présente un roman jeunesse « Les mains dans la terre », de la talentueuse Cathy Ytak.

Couverture du livre Les mains dans la terre - Cathy Ytak - ISBN 9791090685703

« Chers parents, j’arrête mes études. Je renonce à cette dernière année, à cette carrière annoncée qui n’exige guère d’effort et ne m’apporte en retour aucune satisfaction. Quand vous lirez cette lettre, je serai déjà parti. »

Revenu d’un séjour au Brésil avec, dans ses bagages, une petite statuette en terre cuite, Mathias va devoir choisir la vie qu’il veut pour lui : la richesse sans partage, ou les mains dans la terre. Et mettre des mots sur son histoire.

Mon avis :

Je dois admettre qu’au début, je n’étais pas très emballée par ce livre (je ne sais pas vraiment pourquoi, vous êtes tous passés par là). Mais, il avait deux points positifs : il est écrit par Cathy Ytak, dont le talent n’est plus à démontrer, et il est publié au Muscadier, dans la collection « Rester vivant », collection que je chéris tout particulièrement (il faut dire qu’outre le fait que mon roman jeunesse sera publié dans cette collection, je n’ai jamais été déçue par un seul de leur roman. En même temps avec un directeur de collection comme Christophe Léon – les amateurs de littérature jeunesse connaissent certainement son nom -, on sait d’avance que c’est une valeur sûre).

Donc, je commence ma lecture un peu hésitante. Je découvre cette lettre, écrite par un fils, Mathias, à ses parents. Cette lettre dans laquelle il annonce renoncer à l’avenir tout tracé qu’ils lui ont créé au sein de l’entreprise familiale, un avenir qui lui assurera une belle réussite financière, écrasant au passage les plus « petits ». Me voilà aussitôt dans l’histoire, je veux découvrir le choix de ce fils, les raisons qui l’ont poussé à prendre une telle décision. Puis, Mathias remonte le temps. Il parle d’un voyage en Brésil, au sein d’un complexe très luxueux, le Nôvastal, ou tout est disponible en abondance. Quand le jeune garçon demande s’ils vont pouvoir visiter l’extérieur du complexe, on lui répond que des artistes locaux viendront présenter leurs créations (on ne leur montrera que des bricoles made in China). Un soir, Mathias fausse compagnie à ses parents et au personnel de l’hôtel grâce à l’un des serveurs. Il découvre alors le vrai visage du village qu’il a traversé avant d’arriver au Nôvostal : l’absence d’électricité, la pauvreté, le dénuement. Il rencontrera aussi un homme qui l’initiera au travail de la terre, lui permettra de poser pour la première fois ses mains sur l’argile. Ce dernier lui offrira aussi une petite figurine, un « Caruarú », une statuette de 10 cm de haut, au pied fêlé. Cette petite statuette ne le quittera plus. Enfin, sur le trajet du retour, il rencontrera en Provence Frédéric…

On s’attache très vite à Mathias. J’ai eu beaucoup d’empathie pour cet  adolescent qui nous raconte ses interrogations et ses inquiétudes, ravie de suivre le chemin qui l’a mené à la décision qu’on découvre dès les premières lignes du roman. Les thèmes sont variés (la famille, la réussite financière,  la consommation, la réussite personnelle, la recherche de son identité et même l’homosexualité …) et rendent l’ensemble riche. Une belle réussite.

Retrouvez Les mains dans la terre sur le site de la maison d’édition Le Muscadier !

[Jeunesse]La peau noire des anges, Yves-Marie Clément

Couverture du livre La peau noire des anges - Yves-Marie Clément - ISBN 9791090685734

Présentation :

Les parents d’Angelina rêvent d’une vie meilleure, loin de la misère de Madagascar. Mais après le naufrage de leur barque au large de Mayotte, la vie d’Angelina et de son petit frère va basculer. Maintenant, elle doit payer la dette de ses parents, afin de rembourser les passeurs.

Elle retourne alors dans son pays, puis part pour Beyrouth, où elle est exploitée pour un salaire de misère. Ses rencontres l’aideront-elles à retrouver sa liberté ?

Mon avis :

Voici un très beau roman qui raconte la vie d’Angélina (principalement) et son frère, deux enfants qui ont perdu leurs parents lors d’une tentative d’immigration qui a tourné au drame. A Mayotte, Angélina « La Malgache » et son frère ne se sentent pas à leur place. Pour vivre, Angélina est bonne dans la famille de Mme Ichati, une grosse dame peu agréable, en échange cette dernière les logeait et les nourrissait. Jusqu’à ce qu’un feu embrase la case : qui pourrait en être responsable, si ce n’est deux étrangers ? Évidemment, Angélina et son frère n’y sont pour rien mais ils doivent fuir la colère et la haine qui s’abattent sur eux, sans raison. Suite à une rencontre, une question taraude Angélina : ses parents sont-ils réellement morts ? Pour en avoir le cœur net, elle va vouloir se rendre à Madagascar. Pour cela, elle devra laisser son frère à Mayotte, avant de venir le retrouver. Mais elle devra aussi travailler et gagner beaucoup d’argent pour payer son voyage, et rembourser la dette de ses parents (ils ont emprunté de l’argent pour payer les passeurs). Ce sera le début d’un long voyage initiatique.

Le texte est facile à comprendre et vraiment intéressant. En effet, je trouve que les conséquences que peut avoir l’immigration sur deux jeunes enfants est un thème important en littérature jeunesse. Non, tout n’est pas toujours rose et Angélina fait preuve d’un courage exemplaire. Elle rencontrera des personnes qui l’abuseront ou qui voudront essayer, mais elle aura aussi la chance de trouver des mains tendues vers elle.

NB : j’ai beaucoup aimé à la fin le « lexique de Célestin » qui reprend les mots dont on ne connait souvent pas la signification (« padzas », « badamier », « camarons »…) pour nous en proposer une définition, parfois illustrée d’une photo.

Retrouvez La peau noire des anges sur le site de la maison d’édition Le Muscadier, collection « rester vivant ».

Deux cigarettes dans le noir, Julien Dufresne Lamy

Il y a avec la danse une intrigue meurtrière. Avec elle, la fin l’emporte toujours.Clémentine travaille dans une usine de parfum. Elle attend un enfant. Au volant de sa voiture en direction de la maternité, elle percute quelqu’un sans pouvoir s’arrêter. De retour à la maison seule avec son bébé, elle apprend la mort à Paris, deux jours plus tôt, de la chorégraphe Pina Bausch. Clémentine se souvient : une silhouette maigre, de longs cheveux gris ? C’est Pina qu’elle a fauchée. Elle a tué un génie en mettant au monde son enfant. La maternité, la danse, la vie, la mort se côtoient dans le nouveau roman de Julien Dufresne-Lamy, qui trouble et bouscule par son intelligence et son originalité.

Mon avis :

Je me souviendrai longtemps de ce livre. Tout d’abord parce qu’il est arrivé un jour dans ma boite aux lettres, sans crier gare, se payant même le luxe d’être dédicacé par son auteur (merci).

Puis, il y a cette histoire, que j’ai aussi aimée. Cette femme, Clémentine, qui donne la vie le jour même où elle pense signer la mort d’une jeune femme qui traverse la route, sa route. J’ai suivi avec attention les interrogations qui en découlent, son comportement étrange, sa fascination pour la danseuse Pina Bausch – que j’ai découverte au passage-, qu’elle pense avoir tuée. C’est cet aspect du livre que j’ai préféré, accordant moins d’importance à la narration axée sur la vie ouvrière (Clémentine travaille dans une usine loin de chez elle), dans le nord de la France, chez moi, un milieu que je connais bien – et à cause d’une petite phrase qui a failli me fâcher.

Le comportement de Clémentine est étrange, c’est cette étrangeté qui la rend si intéressante et saisissante. Elle est mère célibataire, le père de Barnabé, son enfant, n’est pas au courant de ce bébé. Elle aime son fils, profondément, comme elle peut : elle n’est pas vraiment prête pour ça. Le matin, elle laisse son enfant dormir, alors qu’elle part à la bibliothèque, par exemple, à la recherche de documentaires concernant Pina Bausch. L’après-midi, elle regardera les chorégraphies, assise dans son canapé, son enfant blotti contre elle. Une fascination un peu macabre. Et puis, il y a ce mystère sur le temps écoulé entre le moment où elle pense être partie de chez elle, et celui où elle est arrivée à l’hôpital.

J’ai tout de suite été séduite par l’écriture de l’auteur, avant même d’aimer l’histoire (il me faut toujours plus de temps pour ça). Un style particulier, de ceux qu’on retient, une plume juste, touchante, poétique et percutante. Un rythme qui ne nous lasse pas, et nous entraîne dans l’histoire. Une facilité déconcertante à se mettre dans la peau d’une femme. Julien Dufresne Lamy c’est tout ça, et plus encore.

Deux cigarettes dans le noir est sorti aux éditions Belfond. Ne passez pas à côté.

 

 

 

[Jeunesse] Atlas du monde, livre et livret d’autocollants

En ce mercredi, je vous présente deux livres magnifiques, publiés aux éditions Usborne !

L’atlas est composé de 15 pages. Les premières présentent le sommaire, ainsi que la définition d’un atlas. Une carte illustre aussi les différents types de paysages.

Ensuite, l’atlas nous fait visiter différentes zones : l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Europe, l’Afrique, l’Asie, l’Océanie et enfin l’Antarctique.

A la fin, un poster géant représente les 195 pays du monde, avec leur capitale et les drapeaux.

Sur chaque page, on trouve les bâtiments, les animaux, les panoramas ou les élément typiques de chaque région. Il y a aussi de nombreux rabats à soulever pour découvrir des informations supplémentaires. J’aime beaucoup cette idée, qui donne l’impression qu’on dévoile un secret.

L’atlas est conseillé à partir de 6 ans.

Avec cet atlas, Usborne vous propose un livret d’autocollants, sur le même thème.

Atlas du monde illustré

Plus de 350 autocollants à poser sur les différents continents : animaux, bâtiments, personnages, activités, objets… Un vrai régal et une belle façon d’apprendre en s’amusant.

Que ce soit pour le livret ou le livre, vos enfants en prendront plein les yeux:  les illustrations sont parfaitement peaufinées, et les couleurs vives et attirantes.

Un beau cadeau !

[Jeunesse] Théo, chasseur de baignoires en Laponie, Pascal Prévot

Le comte Krolock Van Rujn a un gros problème… Une des baignoires de son immense château en Laponie est redevenue sauvage et sème la terreur parmi ses habitants. Heureusement pour lui, il existe une personne pouvant l’aider : le père de Théo qui est le plus célèbre, le plus redouté, le plus incroyable chasseur de baignoires au monde !

Mon avis :

Voici une histoire plutôt originale : Théo, apprenti chasseur de baignoires, accompagne son père, chasseur chevronné, pour une mission risquée : en Laponie, au château du comte, une baignoire est redevenue sauvage. Le comte n’aurait pas fait attention aux premiers signes de transformations de l’objet, une situation de plus en plus fréquente dans le monde.

Et il faut faire vite ! En effet, la salle de bains a déjà disparu, et la contamination est possible….  étant donné la taille de la maison (je vous rappelle qu’il s’agit d’un château), les baignoires et lavabos sont nombreux ! Et s’il est déjà compliqué d’attraper une seule baignoire sauvage, imaginez s’il y en a deux…

Père et fils vont mettre en place des pièges, après avoir tenté de localiser la baignoire sauvage. Vont-ils y parvenir ? Les invités présents dans le château, oseront-ils encore mettre le nez dans les couloirs ?

Le sujet est complètement loufoque, l’histoire aussi. Et ça fait du bien ! Le récit est drôle, surprenant. J’imagine bien demander à mes élèves par la suite d’inventer une histoire avec pour point de départ le retour à l’état sauvage d’un autre objet de la maison !

Un livre qui plait aux jeunes et pour preuve, il a reçu le prix Gulli du roman 2016 ! Retrouvez-le sur le site de la maison d’édition, Le Rouergue !

[Jeunesse / ado] Station sous-paradis, Jean-Luc Luciani

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Présentation :

Après avoir racheté une station-service moribonde, Gorki y végète en prenant le temps de vivre, sous le regard critique de Gus, un enseignant en dépression.

Mais bientôt, de nouveaux venus vont perturber la tranquillité de la petite commune… Leur présence dans ce coin jusqu’à présent bien tranquille serait-elle liée à la construction de ce terrain de golf que le maire de la ville tient absolument à installer… en dépit de tout bon sens écologique ?

Mon avis :

Voici un livre que j’ai dévoré en deux soirées. Certes il ne fait pas beaucoup de pages ( un peu plus de 100), mais le thème n’est pas très courant en littérature jeunesse, et l’histoire très plaisante à lire.

Ce sont les vacances. Max et Eddy, deux frères jumeaux, végètent sur leur canapé, au grand désespoir de leur amie Miranda, en quête d’actions. Et ça tombe bien : après deux jours d’absence, Miranda contacte les jumeaux et leur demande de la rejoindre, en se munissant de leur matériel d’escalade.

Gus, ancien enseignant en congé longue maladie et soigné pour dépression nerveuse, passe ses journées à la station service Sous-Paradis, rachetée par Gorki. Ce dernier n’a aucune envie de se faire de l’argent, il a racheté les locaux pour une somme modique et continue à distribuer de l’essence, en attendant de trouver ce qu’il pourrait faire du lieu.

Alexandre a remporté un appel d’offre lancé par la mairie, contrat obtenu après avoir tiré ses tarifs vers le bas, pris à la gorge par ses besoins financiers : il doit déboiser vingt-cinq hectares de forêt d’ici la fin de l’année. Heureusement son fils, Stéphane, sera là pour l’aider.

Mais rien ne se passera comme prévu.

Quand Alexandre se rend sur le terrain, le panneau « Zone à déboiser » est devenu « Zone à défendre » : des activistes occupent le terrain, certains sont harnachés aux arbres. C’est là qu’on retrouvera Miranda, Max et Eddy. C’est non loin de là que se trouve la station de Gorki, une station qui deviendra un lieu de rassemblement pour les activistes.

Mais les élus ne comptent pas se laisser faire : un golf doit y être construit. Ils demandent au préfet de faire intervenir les forces de l’ordre, avec ordre de dégager les manifestants. Et du sang coulera.

Ce roman est dédié en souvenir à Rémi Fraisse, dont le nom est malheureusement connu de tous. Le texte est d’actualité (les endroits où l’homme n’a rien construit sont de moins en moins nombreux), les thèmes multiples : l’écologie et l’environnement, la lutte, la solidarité, la violence… Le texte est facile à lire et à comprendre, ce qui le rend parfaitement adapté aux adolescents, mais je le trouve aussi très intéressant pour les adultes, comme la plupart des livres qui paraissent dans la collection « Rester Vivant » du Muscadier. Bref, foncez !

La collection « Rester Vivant », qu’est-ce que c’est ?

La collection Rester vivant est constituée de nouvelles et de romans qui parlent du monde d’aujourd’hui, en abordant sans détour les questions écologiques, sociales et éthiques qui émergent au sein de la société dans laquelle nous évoluons. Elle s’adresse en priorité aux pré-ados, aux ados… et plus généralement à tous les lecteurs qui résistent encore à l’asservissement des esprits, quel que soit leur âge. Ces livres ont pour ambition, en plus d’attiser l’imaginaire du lecteur, d’éveiller son sens critique et de poser un regard incisif sur nos comportements individuels et collectifs.

Retrouver Station sous-paradis sur le site de la maison d’édition Le Muscadier !