Retour sur quelques lectures pendant les vacances : en littérature jeunesse

Vous connaissez peut-être déjà le dragon Dave qui ne sait ni amasser un trésor ni brûler des villages, au grand dam de ses parents et qui a voulu être chevalier dans le premier tome de la série. Dans ce second tome, Dave le dragon-chevalier et Albrecht, le bouc germanophone, veulent libérer les animaux parlants, enlevé par le sorcier Terrence. Ils s’apprêtent donc à infiltrer la très secrète Guilde des Sorciers grâce à leur guide de L’Apprenti sorcier…

Un second tome aussi drôle que le premier, avec autant de rebondissements !

Second tome de la série « Les aventures d’Alduin et Léna ».

Alduin, le fils du chef et ami de Léna – fille de la guérisseuse -, part avec cette dernière à la recherche de Sigmund, un soldat qu’il a fait passer pour son frère et qui n’est pas revenu au village malgré la fin de la guerre. Alduin est inquiet : dans un rêve, il a vu son ami l’appeler à l’aide. L’aventure sera semée d’embûches et les plongera dans une mystérieuse forêt, sur laquelle règne un terrifiant Roi Vert !

Une série à découvrir à partir de 9 ans !

Celui-ci, il a plutôt été rapide à lire 😀 C’est un grand jour pour notre étrange petit garçon ! En effet, il adopte un chiot dans un refuge. Mais avoir un chien implique différentes choses, comme s’en occuper, et lui apprendre quelques règles afin que tout se passe au mieux (manger dans sa gamelle, dormir dans son panier… ).

Petit plus : si vous voulez écouter l’album, il vous suffit de scanner la couverture avec l’application Nathan Live !

Dans cet album plein d’humour, une petite fille raconte ses rêves les plus fous. Les textes, comme les illustrations, invitent à la rêverie ! Dès 3 ans.

Retour sur quelques lectures pendant les vacances : « A crier dans les ruines », Alexandra Koszelyk et « L’anomalie », Hervé Le Tellier

J’ai lu pas mal de livres pendant les fêtes de fin d’année, sans avoir le temps de les présenter un par un, même si j’en ai parlé sur les réseaux sociaux. Néanmoins, je tenais à vous présenter mes deux coups de cœur :

Du côté des adultes :

A crier dans les ruines, Alexandra Koszelyk

Présentation de l’éditeur :

Tchernobyl, 1986. Lena et Ivan sont deux adolescents qui s’aiment. Ils vivent dans un pays merveilleux, entre une modernité triomphante et une nature bienveillante. C’est alors qu’un incendie, dans la centrale nucléaire, bouleverse leur destin. Les deux amoureux sont sépares. Lena part avec sa famille en France, convaincue qu’Ivan est mort. Ivan, de son côté, ne peut s’éloigner de la zone, de sa terre qui, même sacrifiée, reste le pays de ses ancêtres. Il attend le retour de sa bien-aimée. Lena grandit dans un pays qui n’est pas le sien. Elle s’efforce d’oublier. Un jour, tout ce qui est enfoui remonte, revient, et elle part retrouver ce qu’elle a quitté vingt ans plus tôt.

Mon avis :

Ce livre a attendu quelques temps dans ma bibliothèque avant que je le lise. Il fait partie de ces romans pour lesquels on veut garder une attention particulière, ceux qu’on garde au chaud malgré notre impatience de les découvrir, afin de pouvoir le déguster à sa juste valeur. Je n’ai pas réussi à le déguster, je l’ai plutôt englouti, mais j’en ai apprécié toutes les saveurs.

Roman sur l’exil et la reconstruction, mais aussi sur les secrets de famille, l’histoire de Léna est vibrante (je m’abstiendrai de dire « irradiante »). L’auteur nous transporte entre Tchernobyl, où nous laissons à regret Ivan, et la France. J’ai tourné les pages avec une certaine fébrilité, attendant autant que craignant le retour de Léna dans son pays natal… Qu’allait-elle y retrouver ? Je n’ai pas été déçue.

A crier dans les ruines a été finaliste du prix Stanislas et fait partie de la sélection Jeunes Talents 2019 des librairies Cultura !

Et, deux bonnes nouvelles :

  • il est disponible au format poche
  • Le second roman de l’autrice, La dixième muse, sort le 15 janvier (demain !), toujours aux éditions Les Forges de Vulcain ! Et voici le résumé de l’éditeur, pour vous donner envie…

Au cimetière du Père-Lachaise, des racines ont engorgé les canalisations. Alors qu’il assiste aux travaux, Florent s’égare dans les allées silencieuses et découvre la tombe de Guillaume Apollinaire. En guise de souvenir, le jeune homme rapporte chez lui un mystérieux morceau de bois. Naît alors dans son cœur une passion dévorante pour le poète de la modernité. Entre rêveries, égarements et hallucinations vont défiler les muses du poète et les souvenirs d’une divinité oubliée : Florent doit-il accepter sa folie, ou croire en l’inconcevable ? Dans cet hommage à la poésie et à la nature, Alexandra Koszelyk nous entraîne dans une fable écologique, un conte gothique, une histoire d’amours. Et nous pose cette question : que reste-il de magique dans notre monde ?

L’anomalie, Hervé Le Tellier

Présentation de l’éditeur :

«Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension.»
En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris-New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte.
Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai.
Roman virtuose où la logique rencontre le magique, L’anomalie explore cette part de nous-mêmes qui nous échappe.

Mon avis :

Vous avez forcément entendu parler de ce livre, l’un des phénomènes de cette rentrée littéraire 2020, couronné par le prix Goncourt. Les chroniques sont tellement nombreuses concernant ce roman que je ne m’étalerai pas. Je partage les avis élogieux qui le qualifient : j’ai été séduite par ce roman qui rappelle à quel point le genre est protéiforme.

Si au début j’ai eu un peu de difficulté à me repérer entre les personnages, revenant en arrière pour m’assurer que je n’avais pas encore lu quoi que ce soit à propos d’un tel, ou au contraire, relire rapidement ce qui avait été écrit à son sujet, j’ai fini par m’y retrouver, et je me suis régalée.

Décrit comme un « roman-monde » par Elle, un « page-turner efficace » par Frédéric Beigbeder dans Le Figaro Magazine, un roman « Virtuose » qui bouscule « les frontières du réel » selon Arnaud de La Grange dans Le Figaro Littéraire ou encore plus précisément dans Le Point comme un « thriller avec services secrets et meurtres brutaux, récit SF multifacette, roman d’histoires d’amour fin de millénaire, conte philosophique sur les failles de la technologie et les abus de la surveillance », ce roman nous rappelle à quel point la langue française est manipulable, flexible, belle, et comme le style peut nous emporter tout autant que le récit. Bref, j’ai trouvé ce livre absolument brillant, et je n’ai pas eu un tel coup de cœur littéraire depuis Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013.

Si vous ne les avez pas encore lus, n’hésitez pas !

Demain, je vous parlerai des romans jeunesse !

[Rentrée littéraire 2020] La famille Martin, David Foenkinos

Présentation de l’éditeur :

J’avais du mal à écrire ; je tournais en rond. Mes personnages me procuraient un vertige d’ennui. J’ai pensé que n’importe quel récit réel aurait plus d’intérêt. Je pouvais descendre dans la rue, arrêter la première personne venue, lui demander de m’offrir quelques éléments biographiques, et j’étais à peu près certain que cela me motiverait davantage qu’une nouvelle invention. C’est ainsi que les choses ont commencé. Je me suis vraiment dit : tu descends dans la rue, tu abordes la première personne que tu vois, et elle sera le sujet de ton livre .»

Mon avis :

Voici encore un roman que j’ai beaucoup aimé. David Foenkinos met en scène un écrivain en manque d’inspiration. Ce dernier décide de descendre dans la rue et d’aborder la première personne qu’il voit pour écrire son histoire. Et le hasard fait bien les choses, car il rencontre Madeleine, une grand-mère qui l’invite chez lui dès qu’il lui présente son projet, afin de parler de sa vie. Cette rencontre en entrainera d’autres, notamment celle de Valérie, la fille de Madeleine, mais aussi celles des autres membres de la famille Martin. Ces personnes / personnages l’entraineront de révélations en révélations. L’écrivain aura un rôle de plus en plus important, donnant parfois l’impression de faire de l’ingérence. Mais l’histoire est assez finement racontée pour qu’on se demande qui, parfois, joue avec qui…

La question de l’écriture et de l’écrivain qui accompagne l’ensemble du texte est intéressante, et je n’ai pas pu m’empêcher d’approuver certaines réflexions, comme cela doit être le cas pour d’autres auteurs !

Les phrases que j’ai aimées :

Un être humain est un condensé d’autofiction.

Madeleine avait parlé de René d’une manière si vivante (on aurait presque pu croire qu’il allait nous rejoindre dans le salon). C’était à mes yeux la plus belle des postérités ; continuer à exister dans un cœur.

Valérie me prenait vraisemblablement pour un escroc, ce qui en soi n’était pas si éloigné que ça du métier d’écrivain.

J’ai souvent cicatrisé par le silence. Et puis, il y a autre chose : c’est peut-être absurde, mais j’ai l’impression de me connaître mieux que quiconque ; je vois où sont mes erreurs et mes défauts, je vois parfaitement ce que je rate. Alors je conserve en moi les mots de l’intime. Il m’est arrivé de me raconter, lors de déjeuners amicaux par exemple, uniquement pour offrir quelques gages dans le partage obligatoire des confessions. Il n’y a finalement rien d’étonnant à ce que l’écriture soit devenue mon obsession ; cela demeure la meilleure façon de voyager loin de soi. Et je cherche bien davantage à me fuir qu’à me comprendre.

Un roman publié aux éditions Gallimard

[Ado] Phoenix Melody, Cathy Cassidy

Présentation de l’éditeur :
Phoenix est une fille « à problèmes ». Virée de son internat, elle débarque à Milford avec sa voix et ses poèmes, au moment même où les Lost & Found cherchent une nouvelle chanteuse. C’est un miracle ! Mais deux caractères aussi forts que Marley et Phoenix peuvent-ils s’entendre ? Le groupe réussira-t-il à percer la carapace de Phoenix et à lui prouver qu’elle peut être meilleure que sa réputation ?
Roman à lire dès 11 ans.

Mon avis :

Voici le 4eme tome de la série « Le bureau des cœurs trouvés ». Et, une nouvelle fois, j’ai beaucoup aimé ! Phoenix est un personnage très attachant. On comprend dès le début qu’elle trouvera facilement sa place auprès des Lost & Found, même si son arrivée est synonyme de changement pour le groupe qui évoluera désormais vers un son plus rock, avec moins d’accord symphonique. D’ailleurs, son arrivée en tant que chanteuse tombe à pic, puisque Sacha ne peut plus assurer ce rôle et que Marley, comme à son habitude, a déjà pris des engagements pour une représentation…

C’est certainement le livre le plus émouvant de la série : parce qu’il la conclut, tout d’abord, mais aussi parce que j’ai été très touchée par les personnages de Phoenix et de mamie Lou. La mère de l’héroïne m’a moins touchée, et son revirement de comportement est un peu facile… A la fin, on quitte les personnages à regret, comme si on disait au revoir à des amis, mais avec beaucoup d’espoir pour eux.

Si vous ne connaissez pas cette série, je vous conseille de commencer par le premier tome, afin de tout comprendre !

Lexie Melodie : tome 1

Sami Melodie : tome 2

Publié aux éditions Nathan !

[Rentrée littéraire 2020, prix Médicis] Le coeur synthétique, Chloé Delaume

Adélaïde vient de rompre, après des années de vie commune. Alors qu’elle s’élance sur le marché de l’amour, elle découvre avec effroi qu’avoir quarante-six ans est un puissant facteur de décote à la bourse des sentiments. Obnubilée par l’idée de rencontrer un homme et de l’épouser au plus vite, elle culpabilise de ne pas gérer sa solitude comme une vraie féministe le devrait. Entourée de ses amies elles-mêmes empêtrées dans leur crise existentielle, elle tente d’apprivoiser le célibat, tout en effectuant au mieux son travail dans une grande maison d’édition. En seconde partie de vie, une femme seule fait ce qu’elle peut. Les statistiques tournent dans sa tête et ne parlent pas en sa faveur : « Il y a plus de femmes que d’hommes, et ils meurent en premier. »

À l’heure de #metoo, Chloé Delaume écrit un roman drôle, poignant, et porté par une écriture magnifique.

Mon avis :

Chloé Delaume n’est pas à son premier roman. Pourtant, c’est avec celui-ci que je la découvre.

L’histoire est plaisante et facile à lire. Adélaïde a quitté son conjoint, et c’est le point de départ d’une nouvelle vie. Une nouvelle vie seule. Or, la solitude, elle n’aime pas. Elle a toujours eu l’habitude de vivre avec quelqu’un, elle n’a pas le mode d’emploi. Pourtant, elle l’a voulue, cette séparation. Son souhait ? Rencontrer l’homme idéal qu’elle pourrait épouser. Un homme fantasmé, nommé Vladimir. Or, trouver un homme célibataire à son âge à Paris est une vraie gageure. Il ne reste plus grand monde sur le marché… et les seuls exemplaires disponibles s’intéressent à des femmes plus jeunes qu’elle. Pourtant, elle essaie de mettre toutes les chances de son côté, elle va même se fier aux statistiques :

« Adélaïde consulte les statistiques. En France, 14 % des hommes en couple ont rencontré leur partenaire sur leur lieu de travail. 12 % d’une autre manière. 11 % dans une fête ou une soirée privée entre amis. 10 % sur leur lieu d’études. 10 % via un site ou une application de rencontre. 9 % dans un bar ou un restaurant. 7 % dans un bal, une fête publique.

En attendant, elle a le soutien de ses amies, un soutien indéfectible qui lui rappelle qu’à défaut d’être célibataire, elle n’est pas seule. Le célibat et la solitude ne marchent pas forcément de paire.

Son travail ? Attachée de presse. Là encore, la présentation de son métier est à la fois acerbe et drôle. La jeune femme a affaire à toutes sortes d’auteurs, à l’égo plus ou moins important. Ce dernier d’ailleurs peut aussi être frappé par la solitude, notamment lors des salons :

« Adelaïde entraîne Bastien dans son enclos à signatures. Le dispositif est immuable, l’auteur coincé derrière sa table attend le client autant qu’il le redoute. l’écrivain est captif, assis face à des gens qui eux se tiennent debout. Un peu comme à l’école, il ne peut faire qu’écouter. Moins l’auteur est connu, plus il doit écouter. Des gens viennent à lui juste pour passer le temps et se venger de leur vie. Ainsi Bastien entend : Votre voisin a du monde et vous vous ne vendez rien, alors je vous en prends un, c’est ma BA de la semaine« 

On voit que certains lecteurs savent faire preuve d’une étrange sollicitude…

Si les mots sont parfois cruels, l’histoire n’en est pas moins drôle, et j’ai aimé découvrir ce savoureux mélange. Pour autant, je n’ai pas été particulièrement emballée : peut-être parce que je suis toujours restée loin de cette Adélaïde, cette anti-héroïne, qui n’a pas su me toucher. Je ne pense pas que ce soit un problème dans le fond, car je n’ai pas l’impression que l’autrice ait voulu en faire un personnage empathique. Toutefois, j’ai beaucoup aimé le style d’écriture de Chloé Delaume, que je voudrais découvrir dans un autre texte.

Un roman publié aux éditions Seuil, qui a reçu le Prix Médecis 2020.

[Dès 6 ans] Mon coffret Montessori minéraux, aux éditions Nathan !

Présentation de l’éditeur : La magie des minéraux dans un coffret Montessori ! Opale, or, pyrite, rubis, topaze… Plonger dans l’univers des minéraux à travers la pédagogie Montessori permet à l’enfant de découvrir des pierres fascinantes, de comprendre leur origine, leurs propriétés, leurs symboles ou leur utilisation au fil des siècles et des civilisations.

Voici un coffret qui plaira aux petites curieuses et aux petits curieux, avides de science en général, ou des pierres en particulier !

Le coffret contient :

Un livret pour découvrir les minéraux :

La table des matières

Il permet de découvrir en détail les minéraux et propose de mener des expériences simples.

Exemple avec l’Opale et l’Or

Les découvertes peuvent être notées dans le carnet du petit minéralogiste :

Vous trouverez aussi dans le coffret 60 cartes classifiées pour reconnaître 20 minéraux ainsi que 3 cartes « définitions » pour distinguer roche, minéral et cristal.

Et enfin, deux petits trésors : deux pierres, l’améthyste et le lapis-lazuli :

Les explications sont toujours claires et concises. Une excellente idée à mettre sous le sapin !

[Prix Goncourt des lycéens 2020] Les impatientes, Djaïli Amadou Amal

Trois femmes, trois histoires, trois destins liés. Ce roman polyphonique retrace le destin de la jeune Ramla, arrachée à son amour pour être mariée à l’époux de Safira, tandis que Hindou, sa sœur, est contrainte d’épouser son cousin. Patience !
C’est le seul et unique conseil qui leur est donné par leur entourage, puisqu’il est impensable d’aller contre la volonté d’Allah. Comme le dit le proverbe peul : « Au bout de la patience, il y a le ciel. » Mais le ciel peut devenir un enfer. Comment ces trois femmes impatientes parviendront-elles à se libérer ?

Mariage forcé, viol conjugal, consensus et polygamie : ce roman de Djaïli Amadou Amal brise les tabous en dénonçant la condition féminine au Sahel et nous livre un roman bouleversant sur la question universelle des violences faites aux femmes.

Née dans l’extrême nord du Cameroun, Djaïli Amadou Amal est peule et musulmane. Mariée à 17 ans, elle a connu tout ce qui fait la difficulté de la vie des femmes au Sahel. Conteuse hors pair, elle a été lauréate du Prix de la meilleure auteure africaine 2019 et du Prix Orange du livre en Afrique 2019. Publiée pour la première fois en France, c’est une des valeurs sûres de la littérature africaine.

Mon avis :

Je ne suis pas forcément une grande lectrice des romans primés, mais je déroge un peu à la règle cette année. Et, je peux déjà dire qu’avec Les impatientes, j’ai plutôt bien fait : j’ai dévoré ce roman en deux jours.

L’auteur nous raconte l’histoire de trois jeunes femmes : Ramla, Hindou et Safira. A travers les portraits de ces femmes, c’est celui du peuple Peul qui nous est raconté. Là-bas, les femmes doivent respecter les demandes des hommes : de leur père, tout d’abord, mais aussi de leurs oncles qui ont leur mot à dire, puis celles de leur mari.

 « J’ai aujourd’hui achevé mon devoir de père envers vous. Je vous ai élevées, instruites, et je vous confie ce jour à des hommes responsables ! Vous êtes à présent de grandes filles – des femmes plutôt ! Vous êtes désormais mariées et devez respect et considération à vos époux. »

Elles ne peuvent pas choisir leur époux ce n’est pas une question d’amour. Dans leur vie, tout sera une question de « Munyal », c’est à dire de patience.

« Patience » / « Munyal » : c’est certainement le mot qui revient le plus souvent. Une femme ne doit pas se plaindre de sa condition : qu’elle soit battue, insultée, déconsidérée : elle doit se montrer patiente. Mais nos trois femmes sont lassées, épuisées, malheureuses. Elles deviennent Les impatientes.

Safira et Ramla sont les deux épouses d’un même homme. C’est intéressant de découvrir l’annonce du mariage entre Ramla et son mari ainsi que le début de leur relation, des deux points de vue. On découvre que leur relation n’est pas comme l’imaginait Safira, la première femme (qui devient donc une « daada saaré »), et qui intervient dans la dernière partie du roman. Les deux femmes se considèrent aussitôt comme des ennemies, alors que si elles se connaissaient mieux, il en serait certainement autrement. Elles souffrent toutes les deux de la situation.

La souffrance, Hindou la connait bien. Régulièrement son cousin, qu’elle a dû épouser, la bat, très violemment. On tremble dès qu’on lit son histoire, se demandant si elle ne va pas mourir « sous nos yeux »…

Cette lecture est prenante et terrifiante, surtout que ce n’est pas une simple fiction qui sort de l’imagination d’une auteure. Dommage, cela aurait été rassurant. Non. C’est la réalité. Djaïli Amadou Amal est peule : elle parle de ce qu’elle connait. Et, pour nous, lecteurs, c’est glaçant.

Je suis heureuse de savoir que ce livre a été choisi par le Goncourt des lycéens : il ouvre les yeux.

Un roman paru aux éditions Emmanuel Collas !

Muette, Eric Pessan

« La nuit, déjà, et Muette écoute vibrer les insectes, glissée jusqu’au nez dans son sac de couchage. Elle a chaud mais ne peut se résoudre à se découvrir. Dehors, dans le grand monde, des gens courent à sa recherche, elle n’a plus de doute à ce sujet. Elle y est. Elle a grand ouvert les portes de sa vie. »

Par sa maîtrise de la langue au plus près des émotions, des impulsions et des souvenirs d’une jeune fugueuse, Eric Pessan, l’auteur d’Incident de personne, compose un roman envoûtant et d’une rare justesse pour évoquer la mue mystérieuse de l’adolescence.

Mon avis :

L’adolescence. Ce moment difficile qui peut s’avérer terrible si personne n’est là pour nous guider, pour nous écouter.

Muette vit avec ses parents, mais ils sont plus dans une relation de colocation que dans un rapport d’amour parents / enfant. Elle ne reçoit que des injonctions ou des reproches, prononcés uniquement dans le but de cracher un agacement qui ne peut s’arrêter. Ces paroles, rabaissantes, violentes – aussi à cause de leur répétition, sont son quotidien.

Muette ne peut pas parler. Elle ne doit pas parler. Il y a toutes ces choses qu’on ne dit pas, pas même à l’infirmière scolaire qui s’inquiète sur son cas, et quand elle veut en raconter, à ses parents, on la traite de menteuse. On lui commande de se taire. On l’accuse de mentir, sans chercher la moindre vérité.

C’est dur, pour une adolescente, cette impression d’être soit une gêne, soit quelqu’un d’invisible. Alors, elle décide de partir, là où on ne devrait pas la chercher : pas très loin de chez elle, dans une petite grange abandonnée.

J’ai aimé cette histoire, du début à la fin – ouverte, que je n’attendais (ne voulais ? ) pourtant pas. J’ai aussi aimé le rythme insufflé à l’histoire : la cadence des reproches faits à Muette, qui reviennent comme des refrains entêtants, et qui montrent à quel point ces mots sont ancrés dans la tête de la jeune fille. Les pensées de Muette vont et viennent, entre passé et présent. Des retours en arrière nous permettent de découvrir la vie de la jeune fille et le caractère de ses parents, qui s’humanisent au fil des pages, enfin surtout la mère pour moi, qui jongle entre son travail et tout ce qu’il faut faire dans sa maison, pour l’entretenir, mais aussi pour être la femme parfaite auprès de son mari. Eux non plus, ils ne savent pas exprimer ce qu’ils ressentent. La maladresse verbale est génétique. Il ne faut pas faire de bruit, non plus. Alors, quand Muette leur parle de quelque chose – qui nous est tu – qui l’a visiblement blessée, on lui dit de se taire, qu’elle ment.

Je connais surtout Eric Pessan pour ses romans ados, et pour ses dessins (si vous l’avez croisé en salon, je suis sûre qu’il griffonnait !). Une nouvelle fois, je suis séduite par sa narration mais aussi par la capacité qu’il a de s’imprégner complètement des pensées de son personnage. On retrouve des thèmes de ses romans jeunesse : le besoin de courir, de fuir, ou encore les nuits à la belle étoile (d’ailleurs, ça ferait une bonne idée pour un mémoire ou une thèse en littérature contemporaine !).

Un roman paru en 2013, aux éditions Albin Michel

D’autres romans de l’auteur :

Tenir debout dans la nuit

Aussi loin que possible

[Les petits] Tralal’art : Les animaux et Les jouets, Sandrine Andrews

Aujourd’hui je vous présente deux livres cartonnés pour les petits, de la collection Tralal’art, une collection de livres d’art animés ! Les livres permettent de découvrir différents tableaux, de façon ludique. L’enfant s’amuse à faire bouger les œuvres :

Avec Les animaux, vous (re) découvrirez :

Albrecht Dürer : la petite chouette
Henri Rousseau : Le rêve – 1910
Ohara Koson : Singe dans un arbre à kakis (1877-1945)
Rosa bonheur : chef d’un veau – 1878
Franz Marc : Le chat blanc

Du côté de Les jouets :

Félix Vallotton: le ballon
Edouard Manet: les bulles de savon
Auguste Renoir : Gabrielle et le fils de l’artiste
Henri Rousseau : Enfant avec un pantin
Jean-Baptiste Camille Corot : Petite Fille à la poupée

Une bonne idée pour allier culture et plaisir !

A retrouver aux éditions Nathan !

Un enfant à tout prix, Pascale Rault-Delmas

Hôtesse sur le Concorde, Isabelle est libre comme l’air, volant de pays exotiques en amants de passage. Lorsqu’elle rencontre le bel Andrew sur un Paris-New York, elle pense avoir enfin trouvé l’homme de sa vie. Au point d’essayer de lui faire un enfant, puisqu’il en rêve. Mais alors que le désir de maternité s’éveille peu à peu en elle, sa relation avec Andrew se dégrade. Si seulement elle arrivait à tomber enceinte, cela résoudrait tout, mais son corps s’y refuse. Il lui faudrait un enfant. Un enfant à tout prix…Dans ce roman au rythme entêtant, Pascale Rault-Delmas explore, loin des clichés, les espoirs et blessures du désir d’enfant… jusqu’à l’obsession.

Mon avis :

C’est le premier roman que je lis de l’autrice, qui n’en est pourtant pas à son coup d’essai. En effet, elle a aussi publié en 2015 aux éditions Mazarine « La compagnie des livres », dont on a beaucoup entendu parler (en bien !).

Un enfant à tout prix est une très belle histoire, touchante et émouvante.

Isabelle et Andrew, c’est une rencontre qui semble idéal. Isabelle adore son travail. Prendre l’avion, découvrir un nouveau pays, ou le retrouver. Une vie d’exotisme qui a un goût de liberté. Mais, petit à petit, son histoire avec Andrew prend une autre tournure : il veut un enfant. Elle, elle ne veut pas, elle ne sait pas. Elle n’en ressent pas le besoin. Après plusieurs semaines de réflexion, de sous-entendus réguliers, elle décide de se lancer : elle est prête, mais pas encore son corps. Elle n’a pas de cycle, pas d’ovulation. Un médecin lui conseille de changer ses horaires de travail, d’avoir des horaires fixes. Son corps en a besoin. Elle accepte, et devient personnel au sol. Mais, malgré cela, l’enfant ne vient pas. La situation se tend entre Isabelle et Andrew. L’incompréhension, la culpabilité, les non-dits rendent leur vie difficile.

En parallèle nous découvrons aussi l’histoire d’Agnès et d’Antoine, un couple qui souhaite aussi avoir un enfant. Pour eux non plus, ce n’est pas facile. Leur histoire rejoindra celle d’Isabelle, avec un point d’orgue assez tragique.

Si le récit est très bien mené, l’ambiance est parfois lourde. A un moment du livre, j’ai été complètement désespérée pour l’un des personnages (Agnès). Le roman est à la fois plein de tendresse, de folie, mais il est aussi cruel, à l’image de nos vies, finalement. Cela nous rappelle que, parfois, on fait fausse route, et qu’on peut voir la vie différemment. Qu’on peut se relever, après avoir été au sol. Mais que la fin peut être tragique aussi, pour des raisons annexes ou non. Dans ce roman, il faut aussi avouer que le destin est particulièrement facétieux.

Un roman paru aux éditions Charleston !