[Jeunesse] Traquées, Sandrine Beau

Maman avait tout préparé, le sac de voyage, l’itinéraire… Au cas où elle ne reviendrait plus, m’avait elle dit. J’ai toujours pensé que cela n’arriverait pas. Jusqu’à aujourd’hui. Me voilà seule avec ma petite sœur, toutes les deux sur la route pour retrouver maman, avec un tueur à nos trousses…

Mon avis :

Sandrine Beau va bientôt devenir, je pense, l’auteure que j’aurai le plus chroniqué sur ce blog. Il faut dire que ses livres se suivent et ne se ressemblent pas, excepté sur un point : la qualité. Dans Traquées, elle s’attaque à un nouveau genre : le roman policier.

Annabelle et Marjolaine sont sans nouvelles de leur mère depuis deux jours. Annabelle, la plus grande, sait ce que cela veut dire : elle doit partir, avec sa sœur, et vite. L’itinéraire, elle le connait, elle l’a appris. Il faut dire que sa mère lui avait déjà plusieurs fois évoqué la possibilité qu’elles soient obligées de fuir, mais Annabelle espérait de tout cœur que cela n’arriverait pas. Et voilà qu’une petite fille se retrouve sur les routes, accompagnée de sa petite sœur et de son doudou Pimpim, pour rejoindre un premier lieu qui l’éclairera sur la suite. Mais la peur les a retardées et un homme dans une voiture blanche les a repérées et est à leur recherche. Va-t-il réussir à les capturer ? Pourquoi le souhaite-t-il ? Où est partie leur mère ? Beaucoup de mystères et d’angoisses pour deux enfants.

L’histoire est crédible, et intéressante à lire. On tremble pour les petites filles, jusqu’à la fin, on a envie de museler Marjolaine tant elle est parfois pénible (comme toutes les filles de son âge !), mais aussi de la prendre dans nos bras pour lui donner du courage, Annabelle aussi.  Évidemment, on souhaite aussi découvrir la fin de l’histoire, espérant de tout cœur que tout finira bien.

Encore un roman réussi pour l’auteure, un policier prenant à mettre dans les petites mains dès 11 ans !

Traquées est paru aux éditions Alice, collection Deuzio !

 

 

[Jeunesse] « Noémie Superstar » et « Voilà comment je suis devenu un héros » d’Anne-Laure Bondoux

Aujourd’hui je vous présente deux petits livres de la collection « Mini Syros roman », aux éditions Syros. Ces romans ont été écrits par Anne-Laure Bondoux, ce sont des rééditions. Les illustrations sont de Julia Wauters.

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Un film va être tourné au village ! C’est la boulangère qui a montré l’annonce à Noémie : « Pour les besoins du film, la production recherche des enfants entre sept et neuf ans. Envoyer une photo… » Noémie aimerait bien jouer la star, mais elle n’y croit pas trop… Car avec ses lunettes, elle ne se trouve pas assez jolie !

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Comment je suis devenu un héros ? Par hasard, ou presque, en tombant amoureux le jour de la rentrée et en m’attirant les foudres de Philibert Brock, le nouveau caïd de la classe, puis en rencontrant le vieux Gégé… Mais pour tout savoir, lisez plutôt mon histoire !

Ce sont deux romans que les enfants peuvent lire dès 8 ans. Des thèmes communs s’en dégagent : le regard des autres, le regard aussi qu’on porte sur soi, la confiance, la popularité, des thèmes bien familiers aux enfants. Les histoires finissent bien et sont plutôt pleines d’optimisme : de quoi rassurer leurs lecteurs ! A découvrir !

[Jeunesse / ado] Orient extrême, Mireille Disdero

Couverture du livre "Orient extrême" - Mireille Disdero - ISBN 979-10-90685-76-5

 

« Ici, les larmes ne font pas partie de la vie. Mais tout est trempé comme si on pleurait sans cesse. Ici, je n’ai pas peur de m’enfoncer dans la boue qui me sépare de ma sœur… pour la retrouver. »

Après avoir été envoyée en Malaisie comme domestique, une adolescente cambodgienne revient en catastrophe dans la ferme des parents. Elle est sous le choc. Que lui est-il arrivé, de l’autre côté de la mer ?

À travers cinq récits courts ou longs, on plonge en Asie du Sud-Est (Vietnam, Cambodge, Indonésie, Malaisie, Thaïlande) dans la vie de certains adolescents. Alors, on est confronté à la pauvreté, à la maltraitance des plus jeunes, mais aussi à l’engagement et à la nécessité de construire un monde plus juste.

Mon avis :

Orient extrême est un recueil composé de cinq nouvelles, qui se font échos. Un point commun s’en dégage rapidement : la puissance de mots et de textes.

Le livre s’ouvre sur la nouvelle « l’infiniment petit ».  Une nouvelle très courte (2 phrases, 4 lignes) mais déjà puissante, qui nous emmène au Vietnam. Pour vous donner une idée :

« L’ombre et la tiédeur se faufilent entre les murs.

Deux fillettes assises dans la rue, les cheveux mouillés, sombres et brillants, jouent à la coiffeuse, cherchent la petite bête et l’écrasent entre deux doigts ».

Puis, c’est autour du Cambodge avec « Do you want a cup of tea » ? J’ai adoré cette nouvelle, la plus longue de toutes, et certainement ma préférée. Deux sœurs, Sinoun et Sinath. Sinoun a été achetée en échange d’un sac de riz, d’un peu d’argent, et d’un téléphone portable made in china. Elle a été envoyée en Malaisie pour un soi-disant travail de domestique, le nom correct donné à l’esclavage.Un jour, elle a craqué et est revenue, complètement changée. Elle ne prononce plus qu’une seule phrase « do you want a cup of tea ? » et a été vue dansant nue sur la place du marcher, invitant les hommes à la suivre dans les rizières. Depuis, elle vit dans une cabane au fond du jardin. Son père la voit comme la honte de la famille, les autres comme la cause de tous les malheurs. Pourtant, elle ne fait que reproduire, sans pouvoir s’arrêter, le comportement qu’on l’a obligée à adopter en Malaisie. Que lui est-il réellement arrivé là-bas ? Pourra-t-elle redevenir la jeune fille qu’elle était avant ?

Après le Vietnam, la troisième nouvelle nous emmène en Indonésie : une nouvelle surprenante et glaçante, « Ruelles obscures ».

« Dans le cratère » nous envoie en Indonésie, à Bali. Notre narrateur a 18 ans, il est revenu seul avec son sac à dos à la recherche d’une jeune fille qu’il a croisé un mois plutôt, quand il était venu avec ses parents « Une enfant. Intouchable. Mais tous pouvaient la toucher moyennant quelques pièces« . Peut-il encore la sauver ?

Enfin, le recueil se clôt sur une nouvelle courte « Chienne de vie ». Un joli texte qui permet de terminer sur une note d’optimisme.

En résumé : Cinq nouvelles réussies, une écriture parfaitement maitrisée, percutante, aux mots puissants. Un livre à découvrir.

Retrouvez Orient extrême sur le site de la maison d’édition Le Muscadier, collection « Rester vivant » !

[Ado] Des poings dans le ventre, Benjamin Desmares

Au collège, Blaise laisse parler ses poings : « Ba-Ba-Bam ». Et quand il finit par être viré, cette violence se répand dans les rues et jusqu’à chez lui. Mais au-delà du délinquant, Blaise est aussi un adolescent torturé, poursuivi sans relâche par ses angoisses et sa colère. Dans ce récit court et nerveux à la deuxième personne du singulier, Benjamin Desmares interpelle ouvertement son lecteur pour le faire réfléchir sur un thème contemporain très fort.

Mon avis :

Voici un livre qui m’a frappée dès les premiers mots que je ne peux m’empêcher de vous recopier :

« La cour est calme. Il a plu tout à l’heure, pendant le cours de physique. Le sol est encore humide. Luisant. Un vent froid hante les coursives. Il est 13 h 30. Le dos contre le mur du bâtiment de sciences, tu écoutes.

Tu es seul. Premier à sortir le midi, premier à rentrer chez toi. Premier aussi à remettre les pieds dans cet endroit que tu détestes. Ici ou chez toi, après tout, n’est-ce pas la même chose ?

Tu entends leurs bruits bien avant de les voir. C’est drôle, semaine après semaine, il y a toujours des rires. Malgré tout. Ils oublient vite. Tu les vois arriver, ils sont là, ils rient et se bousculent. Bientôt la cour en sera pleine. Alors, tu pourras faire ton choix. »

Blaise ne connait qu’une façon pour laisser exprimer ses émotions : il frappe. Sa signature ? Trois coups dans le ventre « Ba-Ba-Bam », une technique fiable et bien rodée. Le matin, quand il arrive au collège, son regard parcourt l’ensemble des élèves jusqu’à ce qu’il s’arrête sur le visage de celui qui sera sa victime. De la violence gratuite. Quand il est exclu du collège, il retrouve des « copains » à lui, qui trainent eux aussi. Ils se tiennent compagnie en buvant de la bière, parfois aussi en fumant de l’herbe. Quand Blaise rentre chez lui, il se retrouve seul avec sa mère. Et là aussi la violence finit par sortir. La nuit, il est tourmenté par des cauchemars mais refuse d’admettre qu’il connait la peur. Mais quel est ce sentiment alors qui le ronge face à cet homme cagoulé qu’il croise de plus en plus souvent, alors qu’il déambule la nuit ?

Sous ses airs de gros dur, Blaise cache un profond malaise. Ses angoisses ressurgissent la nuit sous forme de cauchemars, et pour ne plus y penser le jour : il frappe. C’est un peu comme s’il frappait le vide qui lui bouffe la vie.

Loin de vouloir dédouaner Blaise, Benjamin Desmares répond à une question qui peut recevoir des centaines de réponses : pourquoi autant de violence ? Que se passe-t-il dans la tête d’un simple collégien pour qu’il en vienne à se conduire ainsi ?

Le récit est court, mais il prend aux tripes. L’écriture nous frappe, elle est juste et puissante, les mots nous touchent, claquent et résonnent. La rage transpire le texte, la souffrance aussi.

Une claque.

Des poings dans le ventre est publié aux éditions du Rouergue jeunesse, en janvier 2017.

Retrouvez les avis de Noukette et de Jérôme !

[Jeunesse] Virée nomade, Alain Bellet

Couverture du livre Virée nomade - Alain Bellet - ISBN 9791090685727

« Tu restes enfermé en préventive jusqu’à ton procès en assises, ou tu acceptes de jouer une nouvelle carte, l’aventure d’un centre d’éducation renforcée avec d’autres jeunes dans ta situation », avait proposé le juge. « Peut-être qu’une immersion totale au pays des Touaregs te remettra sur le droit chemin. »

Confronté à la vie saharienne avec six autres délinquants au cœur du Ténéré, Maxou côtoie les chameaux et les scorpions, subit le manque d’eau, souffre de la faim et de la chaleur terrible… Il découvre au désert la loi de la survie, la droiture et l’éducation au respect d’une culture traditionnelle où le rapport à l’être prend le pas sur l’envie de posséder.

Mon avis :

Après un braquage, dernier délit en date, Maxou a le choix : être enfermé jusqu’au procès ou accepter de suivre des éducateurs, le temps d’un voyage dans le sahara. Son choix est vite fait : le voilà en route pour de longues journées de marche, accompagné par six autres délinquants auxquels il ne souhaite pas trop se mêler, et les chameliers.

Bientôt la fatigue arrive, mais aussi la soif, la fin, et les interrogations. Quoi de mieux qu’un désert pour se retrouver soi-même ? Une sorte de prison, à ciel ouvert. Le soir, sur le haut d’une dune, Maxou contemple le paysage, méditant sur son passé (l’argent facile, ses « amis », Marie …), son présent, cherchant une vision sur son avenir, comprenant la différence entre l’être et l’avoir. Et toujours, face à eux, le regard des touaregs, guettant leur réaction.

Virée nomade pose une question essentielle : quel avenir pour les jeunes à la dérive ? Ce voyage dans le Sahara, c’est un peu un voyage initiatique qui permettra à Maxou de se retrouver. C’est aussi un texte très bien écrit, d’une grande intelligence et d’une belle clarté.

Un roman à découvrir publié aux éditions Le Muscadier, collection « Rester Vivant ».

[roman jeunesse / ado] Cathy Ytak, Les mains dans la terre

En ce moment, je lis beaucoup. Tellement que j’ai un retard monstre sur le blog. Pourtant, il y a de jolies pépites, en jeunesse comme en adulte. Alors avant de vous écrire quelques mots au sujet du magnifique Prudence Rock d’Anne Véronique Herter, je vous présente un roman jeunesse « Les mains dans la terre », de la talentueuse Cathy Ytak.

Couverture du livre Les mains dans la terre - Cathy Ytak - ISBN 9791090685703

« Chers parents, j’arrête mes études. Je renonce à cette dernière année, à cette carrière annoncée qui n’exige guère d’effort et ne m’apporte en retour aucune satisfaction. Quand vous lirez cette lettre, je serai déjà parti. »

Revenu d’un séjour au Brésil avec, dans ses bagages, une petite statuette en terre cuite, Mathias va devoir choisir la vie qu’il veut pour lui : la richesse sans partage, ou les mains dans la terre. Et mettre des mots sur son histoire.

Mon avis :

Je dois admettre qu’au début, je n’étais pas très emballée par ce livre (je ne sais pas vraiment pourquoi, vous êtes tous passés par là). Mais, il avait deux points positifs : il est écrit par Cathy Ytak, dont le talent n’est plus à démontrer, et il est publié au Muscadier, dans la collection « Rester vivant », collection que je chéris tout particulièrement (il faut dire qu’outre le fait que mon roman jeunesse sera publié dans cette collection, je n’ai jamais été déçue par un seul de leur roman. En même temps avec un directeur de collection comme Christophe Léon – les amateurs de littérature jeunesse connaissent certainement son nom -, on sait d’avance que c’est une valeur sûre).

Donc, je commence ma lecture un peu hésitante. Je découvre cette lettre, écrite par un fils, Mathias, à ses parents. Cette lettre dans laquelle il annonce renoncer à l’avenir tout tracé qu’ils lui ont créé au sein de l’entreprise familiale, un avenir qui lui assurera une belle réussite financière, écrasant au passage les plus « petits ». Me voilà aussitôt dans l’histoire, je veux découvrir le choix de ce fils, les raisons qui l’ont poussé à prendre une telle décision. Puis, Mathias remonte le temps. Il parle d’un voyage en Brésil, au sein d’un complexe très luxueux, le Nôvastal, ou tout est disponible en abondance. Quand le jeune garçon demande s’ils vont pouvoir visiter l’extérieur du complexe, on lui répond que des artistes locaux viendront présenter leurs créations (on ne leur montrera que des bricoles made in China). Un soir, Mathias fausse compagnie à ses parents et au personnel de l’hôtel grâce à l’un des serveurs. Il découvre alors le vrai visage du village qu’il a traversé avant d’arriver au Nôvostal : l’absence d’électricité, la pauvreté, le dénuement. Il rencontrera aussi un homme qui l’initiera au travail de la terre, lui permettra de poser pour la première fois ses mains sur l’argile. Ce dernier lui offrira aussi une petite figurine, un « Caruarú », une statuette de 10 cm de haut, au pied fêlé. Cette petite statuette ne le quittera plus. Enfin, sur le trajet du retour, il rencontrera en Provence Frédéric…

On s’attache très vite à Mathias. J’ai eu beaucoup d’empathie pour cet  adolescent qui nous raconte ses interrogations et ses inquiétudes, ravie de suivre le chemin qui l’a mené à la décision qu’on découvre dès les premières lignes du roman. Les thèmes sont variés (la famille, la réussite financière,  la consommation, la réussite personnelle, la recherche de son identité et même l’homosexualité …) et rendent l’ensemble riche. Une belle réussite.

Retrouvez Les mains dans la terre sur le site de la maison d’édition Le Muscadier !

[Jeunesse] Théo, chasseur de baignoires en Laponie, Pascal Prévot

Le comte Krolock Van Rujn a un gros problème… Une des baignoires de son immense château en Laponie est redevenue sauvage et sème la terreur parmi ses habitants. Heureusement pour lui, il existe une personne pouvant l’aider : le père de Théo qui est le plus célèbre, le plus redouté, le plus incroyable chasseur de baignoires au monde !

Mon avis :

Voici une histoire plutôt originale : Théo, apprenti chasseur de baignoires, accompagne son père, chasseur chevronné, pour une mission risquée : en Laponie, au château du comte, une baignoire est redevenue sauvage. Le comte n’aurait pas fait attention aux premiers signes de transformations de l’objet, une situation de plus en plus fréquente dans le monde.

Et il faut faire vite ! En effet, la salle de bains a déjà disparu, et la contamination est possible….  étant donné la taille de la maison (je vous rappelle qu’il s’agit d’un château), les baignoires et lavabos sont nombreux ! Et s’il est déjà compliqué d’attraper une seule baignoire sauvage, imaginez s’il y en a deux…

Père et fils vont mettre en place des pièges, après avoir tenté de localiser la baignoire sauvage. Vont-ils y parvenir ? Les invités présents dans le château, oseront-ils encore mettre le nez dans les couloirs ?

Le sujet est complètement loufoque, l’histoire aussi. Et ça fait du bien ! Le récit est drôle, surprenant. J’imagine bien demander à mes élèves par la suite d’inventer une histoire avec pour point de départ le retour à l’état sauvage d’un autre objet de la maison !

Un livre qui plait aux jeunes et pour preuve, il a reçu le prix Gulli du roman 2016 ! Retrouvez-le sur le site de la maison d’édition, Le Rouergue !