[Ado : dès 13 ans] Les amoureux de Houri-Kouri, Nathalie et Yves-Marie Clément.

Aya Ahoutou, jeune femme ivoirienne, diplômée d’archéologie, spécialiste de la Préhistoire est appelée à se rendre au Mali pour réaliser des repérages sur un potentiel site de fouilles. Oscar Bonogo, vieux Burkinabé, doit partir sur les routes pour gagner l’argent qui lui servira à rembourser la tontine. Kim, fillette malienne, enrôlée dans une bande de mercenaires, se retrouve soudain dans la peau d’un soldat de dieu.
Trois protagonistes qui prennent tour à tour la parole… pendant que nous suivons la route de Nourh et de Dhib, nos lointains ancêtres disparus il y a 300 000 ans.

Mon avis :

Quelle belle découverte ! J’ai dévoré ce roman choral, que j’ai aimé de la première à la dernière page. J’ai été inquiète en lisant les parcours d’Oscar et de Kim, curieuse en suivant celui d’Aya, passionnée par celui de Nourh puis de Dhib. Ces deux personnages sont vraiment touchants et attendrissants, je dois même avouer qu’ils m’ont donné envie de me replonger dans les livres d’histoire. En effet, comme bon nombre de mes contemporains, je suis plus intéressée par notre époque contemporaine ou de ces derniers siècles que par nos racines lointaines, qui nous rappellent pourtant que nous avons une origine commune et que nos liens pourraient donc être plus forts. Nous ne sommes pas que des individualités mais le résultat de plusieurs mélanges génétiques.

Le roman alterne entre le passé, très lointain (les ancêtres ont disparu il y a plus de 300 000 ans), et l’actualité brûlante : les fouilles archéologiques, les découvertes, le terrorisme, et ce mélange fonctionne très bien.

Un roman que je vous recommande chaudement, publié aux éditions Du Pourquoi Pas !

[Jeunesse] Hors la loi, Ahmed Kalouaz

Après avoir traversé une partie de l’Europe avec ses parents réfugiés, Badri, jeune Géorgien de 16 ans, se retrouve bloqué à Lourdes, dans l’attente d’une hypothétique régularisation.

Mais pour Margot, la fille de sa famille d’accueil, il n’est pas question d’attendre sans rien faire. Elle entraîne alors Badri dans une fugue riche en surprises et en rencontres à travers le massif des Pyrénées.

Mon avis :

Ahmed Kalouaz est l’un de mes auteurs jeunesse préférés. J’ai été absolument conquise par Le Regard des autres ou Uppercut. Alors, quand j’ai appris qu’il sortait un nouveau roman, aux éditions Le Muscadier, et en plus qu’il allait paraitre en même temps que le mien dans cette même maison, j’ai été absolument ravie.

Ce roman est plein d’amour et d’humanité. Margot décide sur un coup de tête de partir avec Badri. Elle a peur de voir la police venir et l’emmener avant qu’il n’obtienne une régularisation. Lui, il la suit, sans poser de questions : il a confiance. Sur le chemin, ils apprendront à se connaitre un peu plus, et Margot va prendre conscience de son acte.

Le début du texte est surprenant. Qu’est-ce qui peut bien pousser Margot à partir ainsi ? En quoi ce départ permettrait-il réellement de sauver Badri ? Je l’ai vu comme un choix par défaut : que faire, à son âge, pour sauver son ami ? Elle ne veut pas ou, plutôt, elle ne peut pas rester les bras croisés. Il faut dire que la jeune fille a la révolte et la contestation des injustices dans le sang : ses parents manifestent souvent leurs désaccords.

A découvrir !

Deux titres en littérature jeunesse à découvrir !

Le premier roman est destiné aux adolescents, à partir de 13 ans. Vous avez peut-être déjà entendu parler de d’Or et d’Oreillers, qui cartonne déjà auprès des petits et grands lecteurs, et dont voici la présentation :

C’est un lit vertigineux, sur lequel on a empilé une dizaine de matelas. Il trône au centre de la chambre qui accueille les prétendantes de Lord Handerson. Le riche héritier a conçu un test pour choisir au mieux sa  future épouse. Chaque candidate est invitée à passer une nuit à Blenkinsop Castle, seule, dans ce lit d’une hauteur invraisemblable. Pour l’heure, les prétendantes, toutes filles de bonne famille, ont été renvoyées chez elles au petit matin, sans aucune explication. Mais voici que Lord Handerson propose à Sadima de passer l’épreuve. Robuste et vaillante, simple femme de chambre, Sadima n’a pourtant rien d’une princesse au petit pois ! Et c’est tant mieux, car nous ne sommes pas dans un conte de fées mais dans une histoire d’amour et de sorcellerie où l’on apprend ce que les jeunes filles font en secret, la nuit, dans leur lit…

C’est un roman vraiment drôle et chouette à lire. Les références aux contes de fées qui ont bercé notre enfance sont légions, et nous donne d’emblée une connivence avec le texte qui n’est pas désagréable, au contraire. L’héroïne est active, c’est un personnage fort qui refuse de se laisser bercer par des histoires… L’ambiance gothique donne une atmosphère vraiment délicieuse à ce livre qui est une parfaite réussite.

A retrouver sur le site de l’école des loisirs !

Caractéristiques :

  • Prix : 15,00 €
  • ISBN : 9782211310239
  • Paru la première fois le 03.03.2021
  • Collection Medium +
  • A partir de 13 ans

Autre roman, pour les plus jeunes cette fois ( à partir de 8 ans) : La sorcière de la bouche d’égout, d’Isabelle Renaud. Présentation :

Les sorcières existent ! Véridique ! D’ailleurs, Maud et Melinda ont découvert qu’il y en a une qui vit dans leur école. Oui, dans leur cour de récréation même, bien cachée au fond d’une bouche d’égout. Elle n’est pas méchante et ne ferait jamais de mal à personne. Enfin, sauf si on oublie de la nourrir… Car si par malheur cela se produit alors bonjour les dégâts ! L’arrosage automatique se casse ou l’eau des robinets devient orange. Alors le jour où leur maitresse adorée se fracture l’épaule et est remplacée par l’horrible Mme Tric (qui leur fait disséquer des poissons, beurk !), Maud n’a plus le choix : elle doit demander de l’aide à la sorcière de la bouche d’égout !

Dans ce roman aussi, on rit. Nos petites têtes blondes en ont assez de la remplaçante et décident de faire appel à la Sorcière qui vit depuis cinq ans dans la bouche d’égout. Elle essaie d’abord de l’amadouer en lui donner des friandises, notamment des bonbons à la framboise, ses préférés ! Puis, elle lui glisse un message dans lequel elle demande à la sorcière de les aider à arrêter Madame Tric. Et elle acceptera de les aider, à sa façon…

A retrouver sur le site de la maison d’édition Le Rouergue !

Caractéristiques :

  • sorti en mars 2021
  • 64 pages environ
  • 8.5 €
  • ISBN 978-2-8126-2172-7

[Ado ] La falaise, Ghislaine Roman

Présentation de l’éditeur :

« Je vois exactement la scène au ralenti.
Mon père ouvre son journal et change de tête.
Ma mère écarquille les yeux, façon de lui demander ce qui se passe.
Mon père froisse les feuilles,
les laisse tomber sur le carrelage et dit : “Ben zut alors !”
À ce moment-là, je ne me doute de rien. »

Charlotte, quinze ans, apprend que sa mère a été abusée quand elle était enfant. Au moment où son amour pour Pablo éveille son désir, elle va devoir faire face à la vague qui balaie sa famille. Elle découvrira l’abjection dont les adultes sont capables : certains savaient et n’ont rien dit. Entre rage et tendresse, Charlotte va devoir trouver son chemin.

Mon avis :

J’étais très tentée par ce livre, et je ne suis pas déçue. Le thème est important et même encore assez tabou malgré les voix qui s’élèvent de plus en plus pour qu’ils soient reconnus et condamnés : les abus sexuels.

Dans cette famille, c’est la découverte d’un article de journal qui finit par libérer la parole. La maman de Charlotte fait partie des victimes d’abus sexuel de son ancien professeur de musique. C’est un choc pour la jeune fille, dont la vie bascule du jour au lendemain. Comment ne pas être totalement déboussolée et choquée quand on découvre ce qu’a subi la personne qui nous a mise au monde, cette personne qu’on aime tant ?

Charlotte voudrait que sa mère parle, mais cette dernière n’est pas encore prête. Tout ça, c’était enfoui. Elle culpabilise, il lui faut du temps pour accepter de ressortir cette souffrance et cette humiliation profondément enfouies. Du côté de la jeune fille, cette annonce arrive à un moment délicat : celui des premiers émois amoureux. Elle est de plus en plus proche de Pablo, elle le désire. Ce dernier va découvrir un secret qui ronge sa mère, avec laquelle il vit seul. Cela explique bien des moments difficiles de leur vie et le poussera à s’éloigner un peu de la narratrice.

Le point fort de cette histoire, c’est le réalisme. C’est malheureusement un récit dans lequel des adolescent(e)s et les parents pourront se retrouver. Les abus sexuels sont plus nombreux qu’on l’imagine, trop nombreux. C’est un fléau dont on doit parler, dont on doit se libérer, autant que cela soit possible. Ici, la victime finit par réagir, et je trouve que c’est essentiel en littérature jeunesse de montrer qu’on peut, et même qu’on doit le faire. Au bord de la falaise on peut reculer, malgré les rochers qui peuvent nous faire tomber.

Pour autant, rassurez-vous : si les mots sont très justement choisis, il n’y a pas de passages difficiles à lire, trop explicites. Le style est vif et entrainant, on lit l’histoire rapidement. Il n’y a pas de pathos non plus, d’ailleurs on ne sombre jamais dedans dans la collection Rester Vivant. Mais on écrit, on dénonce, on montre les voix/es possibles. Et, dans un monde chamboulé comme le notre, c’est absolument nécessaire puisque fermer les yeux sur les faits de société ne les fait pas disparaitre.

A retrouver sur le site de la maison d’édition, Le Muscadier !

[Littérature jeunesse – ado] Les dernières reines, Christophe Léon et Patricia Vigier

Le réchauffement climatique atteint des sommets dans cette zone équatoriale de l’Afrique où la forêt primaire n’est plus que résiduelle. L’agriculture intensive a investi toutes les terres disponibles et mobilise les dernières innovations technologiques – jusqu’à la pollinisation… Mais quand la fille du magnat de l’agroalimentaire achète sur le marché noir un mystérieux petit pot jaune à un séduisant africtiviste, un grain de sable s’immisce dans les rouages de la multinationale.

La catastrophe écologique qui se déclare risque de faire basculer de nombreuses vies, en direct sur les réseaux sociaux.

Mon avis :

Encore un roman de Christophe Léon que j’ai beaucoup aimé, mais la particularité de ce texte est qu’il a été écrit avec Patricia Vigier, que je découvre.

Nous sommes en Afrique, en 2049, où règne la multinationale Pionsanto, dirigée par Donald Prunt, un homme qui ne brille pas par son empathie et son altruisme… Il a une fille, Sunsee, qui a grandi dans la richesse et loin des informations réelles. Un jour, cette dernière échappe à la vigilance de son garde du corps et rencontre un garçon qui lui vend un pot de miel. Ravie de sa découverte, elle la montre avec joie à sa mère qui déchante et appelle aussitôt son mari, et pour cause : les abeilles sont interdites… Donald Prunt va tout faire pour découvrir la provenance de cet or jaune, tandis que Sunsee va ouvrir les yeux sur le monde tel qu’il est réellement. Elle sera sidérée par le nombre de personnes qui meurent à cause des produits que fabrique l’entreprise de son père, et se rangera du côté des opposants.

Ce roman est terrifiant : ce n’est pas un film d’horreur, loin de là, mais il est criant de réalisme et on ne peut s’empêcher de penser que les dérives actuelles pourraient nous emmener vers un tel destin. Après tout, sommes-nous loin de ce dirigeant avide de pouvoir ? Qui ne pense qu’en terme d’argent, de bénéfices ? Non. Alors, science fiction ou simple récit avant-gardiste ? Je poserais bien la question à des élèves de troisième, ou en lycée !

A retrouver sur le site de la maison d’édition Le Muscadier !

D’autres romans de Christophe Léon :

La décision

Pas bête(s) !

Argentina, Argentina

Fani

Hoax

Les mangues resteront vertes

[Jeunesse – 12 ans] La dernière fausse note, Charlotte Erlih

Clémentine joue du violoncelle depuis l’âge de 6 ans, entrainée par son père, violoniste professionnel et professeur implacable. Pour lui, c’est évident : sa fille suivra ses traces. Mais entre les nombreuses répétitions et sa difficile intégration dans son nouveau collège, Clémentine n’en peut plus. Elle se dispute violemment avec son père et décide d’arrêter le violoncelle. Plus question de passer son temps libre à faire des gammes, elle va enfin vivre la vie de toutes les jeunes filles de son âge.
Mais son père meurt d’une crise cardiaque, le lendemain même de leur dispute.
Clémentine est-elle responsable de la mort de son père ?
Un roman pour les enfants dès 10 ans.

Mon avis :

Le sujet est délicat. Parler de la mort avec les enfants n’est pas facile, mais ce n’est pas une raison pour ne pas le faire, au contraire. N’oublions pas que les personnages nous rappellent que nous ne sommes pas les seuls à ressentir toute une palette d’émotions.

Clémentine joue du violoncelle depuis des années. Son père, premier violon de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, est exigeant, ce qui rend parfois la relation très tendue entre le père et sa fille. Et, cet instrument, Clémentine va finir par le détester au point de ne plus jamais vouloir en faire : déjà à cause de lui ils ont déménagé pour se rapprocher du conservatoire de musique de Bordeaux, l’obligeant à laisser derrière elle ses amis. Mais ce n’est pas tout : quand elle l’a apporté au collège, suite à la demande d’un de ses enseignants, les autres élèves se sont moqués d’elle… c’est trop ! Alors, elle crie la décision à son père, de rage : « J‘arrête le violoncelle. C’est fini ! Plus jamais je n’en jouerai. Désormais je veux une vie NORMALE ! » . Le soir-même, elle est soulagée : une nouvelle vie l’attend. Elle ne sait pas à quel point.

Clémentine n’a plus revu son père. Le lendemain, on vient la chercher en classe pour lui annoncer la tragédie : il est mort, certainement une crise cardiaque, lors de son footing. La fillette est bouleversée : et si c’était sa faute ? Elle culpabilise « Ce sont mes mauvaises pensées qui l’ont tué. » Quelques temps plus tard, elle apprendra que son père a succombé à un accident vasculaire cérébral, c’est physiologique. Elle n’est responsable de rien. Même si cela n’enlève rien à la souffrance, elle ressent un poids en moins.

Du collège, elle a des nouvelles de Yara, une fille qui arrive du Portugal. Elle débarque chez elle un jour, donne son numéro de téléphone et propose de lui rapporter les cours. Petit à petit, Clémentine découvrira qu’elle n’est pas seule à souffrir et Clémentine apprendra à vivre avec l’absence physique de son père.

Comme on peut s’en douter, c’est un livre plein d’émotions. Clémentine nous touche, on a envie de la consoler, de la prendre dans nos bras. D’une manière générale, c’est une histoire intéressante qui plaira aux adolescents (à partir du collège, donc : l’éditeur cible à partir de 10 ans, mais je trouve ça tôt, sauf si l’enfant est confronté au deuil). Mais je pense qu’il peut aussi avoir un effet cathartique pour les enfants vivant ce drame. Il n’y a rien de pesant, pas de pathos qui gâcherait l’ensemble. C’est donc un roman qui devrait trouver sa place dans les médiathèques et CDI.

La dernière fausse note est paru aux éditions Nathan.

Autres romans de Charlotte Erlih :

[Docu / fiction] »[Dé]connexions » et « Caméléon », Christine Deroin.

Aujourd’hui je vous présente deux livres parus aux éditions le Muscadier, dans la collection « Saison psy », dirigée par Christine Deroin.

Le premier, (Dé)connexions, s’intéresse à l’addiction aux écrans.

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Manon, Clément et Enzo sont trois adolescents. Manon veut devenir créatrice de jeu et piaffe d’impatience. Enzo est accro aux jeux en réseau et aux jeux d’énigmes, et son mal-être le pousse à s’identifier à ses avatars. Clément vient de perdre le chien de son enfance et ne trouve d’oreilles compatissantes que parmi les adeptes des réseaux sociaux.

Trois expériences différentes qui démontrent la complexité et la diversité de ce qu’on appelle communément l’addiction aux écrans.

L’addiction aux écrans n’est pas une nouveauté. Sa dangerosité a déjà été démontrée plus d’une fois mais les écrans continuent à prendre de plus en plus de place, plus encore pendant cette période de confinement pendant laquelle les enfants / adolescents sont chez eux. Récemment, j’ai lu que les ventes de jeux vidéos sont en pleine expansion depuis un mois…

Il faut dire qu’ils ont tout pour attirer.  Face à l’écran, on oublie un peu le monde qui nous entoure, on se crée une nouvelle famille virtuelle qui nous apparait rapidement comme essentielle, on se sent moins seul. Le temps passe à toute vitesse, tellement que les nuits raccourcissent, ce qui a des conséquences sur la vie quotidienne et la santé (fatigue, mauvaise alimentation, irritabilité, etc). On a aussi tendance à faire facilement confiance à la personne avec laquelle on discute, alors qu’on ne la connait pas… et qu’elle peut nous faire croire ce qu’elle veut. Le livre illustre très bien ces dangers.

Notons que, contrairement à ce qu’on croit, l’addiction aux jeux vidéos ne concerne pas que les garçons, comme le prouve la présence de Manon.


Le second, Caméléon, traite du trouble Asperger.

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Alice est une adolescente que tout le monde a toujours qualifiée de haut-potentiel sans reconnaître la profondeur de son malaise et son véritable trouble Asperger. Un déménagement et un changement de collège vont la déstabiliser et faire jaillir sa personnalité d’ovni (« objet vivant non intégré »), comme l’appelle sa sœur.

Son admiration pour Fanny, la star de la classe, et sa volonté de lui ressembler en tout point pour être aimée, vont faire exploser ses repères et la mettre en danger.

Le trouble Asperger chez les filles est rarement diagnostiqué dans l’enfance. Le déceler tôt permettrait d’aider les adolescentes à s’épanouir, et aiderait leur entourage à l’accepter.

J’ai adoré lire ce livre et découvrir le cheminement d’Alice. Cette dernière a dû mal à comprendre les codes de la vie en société et s’intègre difficilement. Les ados s’agacent de la voir s’imposer si maladroitement et les adultes aimeraient qu’elle fasse plus d’efforts… comme si c’était sa faute ! La souffrance de l’adolescente est réelle.

 


 

Ces livres sont vraiment des mines d’or indispensables pour comprendre les problèmes et les enjeux de notre société. Les histoires sont vraisemblables, les analyses pertinentes et les aides réelles. Ils peuvent convenir à toute la famille : les adolescents y trouveront des reflets de leurs vies, sans avoir le sentiment désagréable d’être jugés, et les parents des explications grâce aux interventions des spécialistes.

« La collection Saison psy traite de problématiques liées au quotidien et aux questionnements des adolescent·e·s. Les aspects psy et bien-être ne sont jamais abordés l’un sans l’autre, de telle manière que les réponses données au fil des pages permettent d’alléger voire de dissiper totalement le désarroi des lecteurs et des lectrices face à certaines situations compliquées de la vie.

Chaque livre propose une double approche de la thématique : sous forme de fiction, d’une part, et sous forme documentaire, d’autre part. Tous les titres de la collection sont découpés en épisodes – constitués chacun d’un chapitre du récit et d’une analyse psychologique – qui forment un ensemble cohérent, comme une saison complète d’une série TV dans laquelle les personnages auraient le droit à une séance psy à la fin de chaque épisode pour mieux décortiquer leurs actions et leurs comportements.

Au fil des saisons, chacun·e trouvera des réponses pour mieux aborder les maux qui jalonnent l’existence d’un·e ado d’aujourd’hui.. »

[Jeunesse ] Maman les p’tits bateaux, Claire Mazard

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Marie-Bénédicte a 12 ans. Pour son anniversaire, ses parents lui offrent un ordinateur. À cet ordinateur, elle va confier son terrible secret : depuis cinq mois, tous les mercredis après-midi, son oncle Laurent – le jeune frère de sa mère avec qui elle a passé de si belles vacances lorsqu’elle était enfant – abuse d’elle sexuellement.

Elle écrit son mal-être, sa souffrance, son sentiment de culpabilité, son découragement devant son entourage qui ne peut ou ne veut rien voir. Mais comment briser le silence ?

Mon avis :

Vous connaissez peut-être déjà ce livre puisqu’il est paru une première fois aux éditions Casterman, en 2000. C’est une très bonne chose car sans cette réédition je serais passée à côté, ce qui aurait été vraiment dommage.

Marie-Bénédicte est régulièrement violée par son oncle. Un oncle qu’elle idolâtrait plus jeune et qui a commencé à poser un regard différent sur elle quand ses formes sont apparues. Elle a essayé d’être moins belle, elle a même rasé ses cheveux qu’il trouvait si longs et si doux… En vain. Cela lui aura valu les cris de sa mère et une convocation au bureau de la CPE, mais aucun effet répulsif sur l’oncle.

La jeune adolescente n’ose pas en parler, alors elle l’écrit, sur le nouvel ordinateur qu’on vient de lui offrir et avec lequel elle ne sait pas quoi faire un premier temps. Pourquoi ne rien dire ? Tout d’abord parce qu’il lui interdit. Puis, parce qu’elle n’ose plus. Dans la famille, tout le monde l’aime, l’oncle Laurent. Mais ses appels à l’aide finiront par être entendus.

C’est un livre au thème dur, puisqu’il parle d’inceste mais qui est très bien écrit. Pas de détails sordides, rien de tout ça, rassurez-vous, ce qui en fait une lecture tout à fait adaptée aux adolescents.

Autre roman de l’autrice chroniqué sur le blog :

[Jeunesse / ado] Jours de soleil, Claire Mazard

 

[Jeunesse / ado] Tenir debout dans la nuit, Eric Pessan

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New York, Lalie n’y est jamais allée. Elle n’a même jamais osé en rêver. C’est trop beau, trop loin, trop cher. Alors, quand Piotr lui propose de l’y accompagner, elle est prête à tout pour saisir cette chance. À tout ? Non. Car il y a des choses qu’on ne peut accepter. Des contreparties qu’on ne peut pas donner. Et maintenant la voici dans la rue, face aux regards de travers et aux mille dangers de la nuit, avec une seule obsession : rester éveillée. Résister. Tenir debout.

Mon avis :

« Au début, au tout début, une fois la surprise et la douleur passées, c’est la colère qui m’a fait tenir debout. J’avais beau avoir peur, être perdue,  blessée, terriblement honteuse, paniquée, la colère l’a emporté sur les autres sentiments : une colère brute et puissante, énorme et rouge vif, une colère dirigée contre Piotr’, bien sûr, mais aussi contre moi, pauvre cloche, qui me suis fourrée toute seule dans un piège terrible; une colère contre le monde entier où, à de rares exceptions près, il vaut mieux être un homme qu’une femme…  »

Voici comment s’ouvre le roman d’Eric Pessan. Une seule phrase, longue (qui ne s’essouffle qu’au bout de dix lignes), qui nous fait comprendre que Lali a vécu l’horreur. Une seule phrase, longue, à l’instar du temps qui a ralenti quand Piotr’, son ami, a décidé qu’il voulait s’envoyer en l’air et qu’elle, elle en avait forcément envie puisqu’elle ne parvenait pas à articuler le mot « non ». Après tout, elle ne pensait quand même pas pouvoir bénéficier de vacances à New York à moindre frais sans devoir offrir une compensation ?

Lalie est dehors. Il fait froid. Il fait noir. Elle a faim. Elle est sous le choc, à déambuler dans cette ville qu’elle admirait tant, mais qu’elle ne connait pas. Elle n’a pas d’argent, pas de pièces d’identité, pas de téléphone. Piotr’ a tout planqué. Elle marche, prend le métro, regarde autour d’elle, craintive. Elle s’en voudrait presque d’être une femme. Déjà qu’elle ne met plus de jupe depuis longtemps pour éviter les remarques… La tentative de viol dont elle vient d’être victime lui revient sous forme de flash-back.

Pour venir ici, Lalie a dû mentir à sa mère : elle a inventé l’existence de cousines américaines qui leur tiendraient compagnie. Sans cela, elle n’aurait jamais accepté. La maman de Lalie se méfie des hommes, à cause de son passé. Lalie était persuadée qu’à elle, il ne pourrait rien lui arriver. Toujours l’idée du « ça n’arrive qu’aux autres ».

Piotr’, lui, est dans l’appartement. Sa mère, Vanessa, avec laquelle ils ont voyagé, dort à l’hôtel avec une de ses conquêtes. Elle reviendra le lendemain, à 9 heures et laisse les deux adolescents seuls, sans s’inquiéter. Lalie attend ce moment avec impatience : Vanessa l’aidera. C’est sûr. Enfin, pas tant que ça…

J’ai beaucoup aimé ce livre, que j’ai lu en une soirée. Les thèmes sont importants : le consentement,  le harcèlement de rue, la violence physique et psychique, les préjugés mais aussi les difficultés à prouver  une agression qui ne laisse pas de traces physiques. Pour autant, ce n’est pas un livre dur à lire, il n’y a pas de dramatisation. Les faits sont là, simplement, ce qui ne nous empêche pas de ressentir la violence de la situation.

Enfin, je dois dire que je suis assez admirative de l’auteur. Il a réussi, je trouve, à se mettre avec brio dans la tête d’une adolescente de seize ans. Tout sonne juste, c’est certainement ce qui donne autant de force à ce roman.

Un roman paru à l’école des loisirs !

[Jeunesse] Prendre son courage à deux mails, Matt7ieu Radenac

9782748526738

L’éditeur :
Les échanges savoureux et décomplexés entre un écrivain et une/un ado qui ne dit pas si elle/il est fille ou garçon. Bonne humeur garantie !
Un jour, par défi, Alex envoie un mail au célèbre auteur Filippe Cavreini… Rapidement, ils deviennent amis et confidents, sans que Filippe sache si Alex est une fille ou un garçon (car Alex ne laisse jamais aucun indice dans ses messages !).Alex et Filippe ont chacun une décision importante à prendre…. Ils vont avoir plus que jamais besoin l’un de l’autre.

Mon avis :

Après le succès de son roman « Des livres et moi », quelle joie de retrouver Alex et Filippe !

Et je me suis régalée ! Alex a muri : on découvre un (ou une ? ) adolescent(e) plus posée, plus mature, qui aime la lecture, même s’il garde une partie de folie.

Si dès le début on sait que le fil conducteur sera l’identité du père d’Alex (il veut, que dis-je, il a besoin de savoir qui est ce dernier pour savoir qui il est lui/elle-même), de nombreux thèmes se greffent à celui-ci, comme l’intérêt de la lecture, la vision de l’avenir, le regard de l’autre, le cinéma, les préjugés, mais aussi l’amouuuuur, à tous les âges !

Les échanges sont vifs et très plaisants à lire. Les deux personnages, malgré leurs âges, sont sur un pied d’égalité puisqu’ils ont besoin des conseils l’un de l’autre. Ce ne sont plus des correspondants, mais de vrais amis.

Enfin, la question qui vous brûle les lèvres…

Apprenons-nous si Alex est un garçon ou une fille ?

Peut-être que oui. Peut-être que non. Lisez 🙂

Un roman publié aux éditions Syros :